M.O.
: Comment se porte l'orthopédie libanaise ?
F.D. : L'orthopédie
libanaise se porte bien. Elle a globalement un très bon niveau mais,
dans le détail, ce niveau est assez inégal parce qu'après
la fin de la guerre il y a eu un afflux d'orthopédistes qui sont venus
de tous les coins du monde. Nous vivons une époque où comme
partout ailleurs la prestation médicale pose beaucoup de problèmes.
Au Liban ils sont rendus plus aigus à cause de la situation économique
et sociale particulière qui est le résultat de la guerre.
M.O. : Comment
fonctionne votre système de santé en ce qui concerne la prise
en charge des patients ?
F.D. : Le système
de santé est très complexe comprenant plusieurs secteurs. Il
y a le secteur privé pur où le malade paye lui-même toutes
ses prestations. Il y a le secteur des assurances et il y a le secteur public.
Ce secteur public est lui-même subdivisé en plusieurs branches
avec l'assistance publique, la sécurité sociale, la mutuelle
des fonctionnaires et les forces armées qu'il s'agisse des forces armées
libanaises ou des forces de sécurité. Dans tout cela le malade
est un peu perdu, le médecin aussi, les hôpitaux également.
Les prises en charge par le public se font au compte-gouttes ce qui pose beaucoup
de problèmes. Parfois la prise en charge est plus facile mais c'est
le mode de paiement qui est difficile parce que justement nous vivons une
crise économique très sérieuse.
M.O. : Schématiquement
comment se répartissent les coûts ?
F.D. : Les honoraires
médicaux actuellement sont uniformes. En d'autre terme, il y a un code
et un K opératoire et il est très difficile de faire des dépassements,
sinon impossible. Mais le geste chirurgical représente une part minime
de la facture. Aujourd'hui le coût essentiel provient de l'hospitalisation
avec les prestations diagnostiques, notamment l'imagerie qui sont nécessaires
et qui coûtent cher. Bien sûr il y a aussi la part des implants.
Les implants, nous le savons, coûtent de plus en plus cher et ils ont
une place importante en chirurgie orthopédique et nous sommes là
confrontés à un problème assez sérieux.
M.O. : Comment
se fait la formation des orthopédistes au Liban ?
F.D. : Au Liban
il existe trois facultés de médecine qui délivrent des
diplômes de Docteur en Médecine et qui sont habilitées
à former des spécialistes. Le cursus en chirurgie orthopédique
après les études médicales est de 5 années dont
un tronc commun de chirurgie générale, suivi de trois années
de formation en orthopédie dans les services reconnus qualifiants.
Après cela les jeunes orthopédistes voyagent en France ou dans
d'autres pays comme l'Angleterre ou les Etats-Unis pour compléter leur
formation. Ceci est la voie habituelle suivie au niveau de la Faculté
Française de Médecine et au niveau de l'Université Libanaise.
Par contre au niveau de l'Université Américaine les étudiants
qui ont fait leur formation en chirurgie orthopédique vont ensuite
aux Etats-Unis faire leur fellowship. Actuellement, et de plus en plus, très
peu de chirurgiens orthopédistes bien formés reviennent au Liban.
Pire encore beaucoup sont repartis vers la France ou vers les Etats-Unis après
avoir fait un essai au Liban.
M.O. : Tout
le monde a eu ce cursus ?
F.D. : Justement
non. Ceux qui ont cette formation représentent aujourd'hui une minorité.
Beaucoup de spécialistes libanais sont rentrés des pays de l'est
ou d'ailleurs, avec une formation qui est peut-être bonne mais que nous
ne connaissons pas. Nous la découvrons avec le temps, et parfois avec
beaucoup de surprises.
M.O. : Qui
délivre les autorisations d'exercer ?
F.D. : Les autorisations
d'exercer sont délivrées par le ministère de la santé,
et par le Conseil de l'ordre des médecins. En fait le Conseil de l'Ordre
entérine la décision du Ministère de la Santé.
M.O. : Comment
le Ministère de la Santé juge-t-il ?
F.D. : Sur les
diplômes et les attestations que présente le postulant. Il fait
aussi passer un examen qu'on appelle "Colloquium" dont la valeur reste à
réévaluer à mon avis.
M.O. : La
guerre a-t-elle beaucoup désorganisé votre spécialité
?
F.D. : Il y
a deux aspects à considérer. Il y a certainement eu un aspect
positif dans la mesure où la guerre a fait progresser les techniques
parce qu'elle nous a obligé à adopter des attitudes chirurgicales
qu'on ne prendrait pas dans des situations normales. Donc nous avons acquis
une très grosse expérience en traumatologie. L'aspect négatif
est la stagnation dans la formation puisque nous n'avions pas la possibilité
d'avoir des échanges culturels avec les autres; nous nous sommes refermés
sur nous mêmes pour quelques années. Mais là de nouveau
les choses sont redevenues normales et vous connaissez le potentiel libanais
à s'adapter à toutes les situations nouvelles et difficiles.
M.O. : Comment
vous êtes-vous organisé pendant cette période ?
F.D. : Nous
avions institué à l'hôpital une structure un peu particulière
située dans des abris souterrains, qui commençait depuis les
urgences, en passant par le bloc opératoire et se terminait dans le
service d'orthopédie. Une équipe prenait en charge les blessés
et commençait par le plus urgent. Le transfert se faisait directement
au bloc et on opérait dans des conditions assez difficiles. Je dois
reconnaître que l'asepsie en a pris un coup. Malgré cela, nous
n'avons pas eu énormément de problème d'infection, en
ce sens que malgré la gravité des lésions cela se passait
souvent bien sur le plan infectieux.
M.O. : Cela
tenait probablement à la qualité de vos parages ?
F.D. : Evidemment
car c'était le temps le plus important. Pour la synthèse, nous
utilisions beaucoup de fixateurs externes. J'avais à l'époque
introduit la technique d'Illizarov et je dois avouer que cela m'a permis de
sauver énormément de membres chez les blessés en leur
évitant l'amputation.
M.O. : Pourquoi
l'Illizarov plutôt qu'un autre fixateur ?
F.D. : Pour
deux raisons. La première c'est qu'il est moins cher, et en chirurgie
de guerre c'est particulièrement intéressant ; la deuxième
est que la conception biomécanique du fixateur circulaire est certainement
de loin supérieure à celle du fixateur en monoplan, du moins
pour la jambe. J'ai donc eu une très grande expérience du fixateur
externe d'Illizarov. Comme il y avait d'importantes pertes de substance osseuse
avec de graves lésions des parties molles, cela m'a permis de faire
de grandes reconstructions diaphysaires. J'ai une très grande série
de reconstructions diaphysaires par la méthode de l'ascenseur que j'ai
commencé à utiliser dès 1985.
M.O. : Quelles
étaient les lésions les plus graves ?
F.D. : Incontestablement
celles provoquées par les éclats d'obus. Avec le blast, la brûlure
des tissus, tout était complètement déchiqueté.
Les dégâts qui accompagnaient la fracture étaient beaucoup
plus graves que la fracture elle-même. Ces lésions étaient
de loin plus dangereuses que celles produites par arme à feu. Mais
nous avions peu de blessures par arme à feu puisqu'il ne s'agissait
pas de batailles rangées mais de bombardements au canon.
M.O. : Revenons
au présent ; que devient la faculté française ?
F.D. : La faculté
française n'est plus française. Elle n'a gardé que le
nom puisque depuis 1977, si mes souvenirs sont bons, la France ne délivre
plus le diplôme d'état français. C'est un diplôme
de faculté où les études médicales se font en
français. Ces études sont à mon avis de haut niveau puisque
nos étudiants vont continuer leurs stages dans les facultés
françaises ou américaines et nous avons un taux de réussite
impressionnant au niveau des concours d'entrée aux Etats-Unis. Actuellement
la faculté est en train de réaliser une réforme de l'enseignement.
Elle a commencé depuis quelques années à expérimenter
l'apprentissage par problème qui est une nouvelle méthodologie
de l'enseignement et qui fait participer l'étudiant davantage que par
les méthodes classiques. Vous voyez que la faculté n'est pas
du tout en retard par rapport à la modernisation de l'enseignement.
M.O. : Il
y a combien d'hôpitaux rattachés à la faculté de
médecine ?
F.D. : Un seul
hôpital est rattaché à la faculté de médecine,
c'est l'Hôtel-Dieu de France. Il y a d'autres hôpitaux qui sont
liés par des conventions et ceci représente 4 ou 5 hôpitaux
où nos étudiants vont faire des stages d'internat ou de résidanat
dans les spécialités.
M.O. : Où
se situe le gros service d'Orthopédie ?
F.D. : Le gros
service d'Orthopédie est à l'Hôtel-Dieu. Il comprend deux
secteurs. Un secteur d'environ 30 lits pour le court séjour où
l'on fait la traumatologie, les prothèses et la chirurgie ambulatoire,
et un secteur situé dans la montagne à une heure de voiture
qui est rattaché à celui de l'Hôtel-Dieu qui comprend
lui aussi 30 lits. Ce dernier concerne les moyens et longs séjours,
c'est-à-dire des hospitalisations qui dépassent une semaine
comme par exemple les scolioses. Ce sont les mêmes chirurgiens qui travaillent
dans les deux services.
M.O. : Avec
60 lits vous arrivez à faire face ?
F.D. : Oui tout
à fait.
M.O. : Combien
êtes-vous de chirurgiens seniors permanents ?
F.D. : Le service
d'orthopédie fonctionne en sous-spécialités. Il y a deux
seniors qui font le rachis, deux qui font le membre supérieur, deux
qui font le membre inférieur et deux qui font l'orthopédie pédiatrique.
Ce qui fait qu'à 8 nous arrivons à faire face à la demande.
Il existe aussi des jeunes qui sont les résidents. Ils sont au nombre
de 10 mais comme ils ont un tronc commun de formation au départ, et
qu'ils se répartissent ensuite dans trois autres hôpitaux, leur
nombre est à peine suffisant pour les deux secteurs du service d'orthopédie.
M.O. : Quelle
a été votre formation ?
F.D. : J'ai
commencé ma formation à Beyrouth et j'y ai terminé ma
médecine. Puis j'ai fait 4 années de résidanat ce qui
est l'équivalent de l'internat en France. Ensuite j'ai complété
ma formation en France durant 4 années. A Paris, chez Monsieur Cauchoix,
puis chez Monsieur Bedouelle, ensuite à l'institut Calot chez messieurs
Morel et Cotrel, et enfin à Lyon chez Albert Trillat et Henri Dejour.
M.O. : Quelle
analyse faites-vous de votre formation en France ?
F.D. : Ce que
j'ai retenu de ma formation en France c'est l'apprentissage à la réflexion
et à la discussion des cas. La critique et le jugement étaient
aussi sinon plus important que l'acte chirurgical lui-même.
M.O. : Mais
vous opériez quand même ?
F.D. : Oui bien
sûr. Je crois que l'un des avantages ou peut-être un des inconvénients
du système français c'est que l'interne est un peu laissé
à lui-même. Il doit arriver à se former sous la directive
un peu éloignée de ses patrons. Il n'y a pas un programme à
suivre comme chez les américains. C'est un inconvénient ou un
avantage, cela dépend comment on voit les choses.
M.O. : Qui
finançait votre formation en France ?
F.D. : C'est
la France qui a financé ma formation et je l'en remercie. Il y avait
une prise en charge en tant qu'interne, il fallait mettre un peu du sien,
puisque mes parents m'avaient aidé à l'époque.
M.O. : Quand
vous êtes revenu au Liban, qu'elle a été votre orientation
orthopédique ?
F.D. : Quand
je suis rentré en 1976, le contexte n'était pas en faveur d'une
sous-spécialité. J'ai donc fait de l'orthopédie générale.
Au bout de quelques années avec mon ami le Docteur Kharrat qui a fait
le même cursus que moi, nous avons décidé de nous orienter
vers les sous-spécialités. Il a commencé à s'occuper
particulièrement du rachis et de l'orthopédie pédiatrique
et petit à petit nous avons orienté nos élèves
dans des domaines précis et au bout de quelques années nous
avons divisé le service en 4 sous-spécialités. Actuellement,
je ne fais que du membre inférieur et surtout du bassin et de la hanche.
M.O. : Vous
faites plutôt plus de prothèses que d'intervention conservatrice
?
F.D. : Dans
ma pratique de chirurgie de la hanche, je fais deux fois plus de chirurgie
prothétique que de chirurgie conservatrice. Pour le genou aussi la
proportion est actuellement la même car les patients tardent à
venir à la chirurgie.
M.O. : Quel
type de chirurgie conservatrice pratiquez-vous à la hanche ?
F.D. : L'ostéotomie
périacétabulaire de Ganz que je pratique assez régulièrement.
J'ai un recul de huit ans et j'ai présenté mon expérience
à la SOFCOT cette année. Je dois avoir une centaine de cas actuellement.
Il m'arrive aussi de faire des ostéotomies femorales ou des ostéotomies
du bassin de Chiari.
M.O. : Que
pensez-vous de l'ostéotomie de Ganz ?
F.D. : Tout
dépend de l'indication. Si on fait l'intervention au bon moment, à
un stade d'arthrose précoce c'est-à-dire un stade I ou II chez
un sujet jeune, sur une hanche encore bien mobile, je pense que c'est une
excellente intervention. Elle est difficile et c'est là son grand handicap
; mais sur le plan biomécanique, elle reste nettement supérieure
à toutes les autres interventions conservatrices qui ont été
proposées à ce jour. Je ne crois pas que la difficulté
d'une intervention puisse diminuer de sa valeur.
M.O. : Vous
revoyez régulièrement vos opérés ?
F.D. : Absolument.
Je les revois régulièrement et je pense que c'est une chirurgie
dont la technique et le suivi sont très bien codifiés. Avec
une bonne technique et une bonne indication, elle doit donner régulièrement
un bon résultat. La technique je le reconnais n'est pas facile et les
complications sont inhérentes à la technique.
M.O. : Qu'est-ce
que vous pensez de l'apport de la chirurgie assistée par ordinateur
?
F.D. : A terme
la chirurgie assistée par ordinateur devrait faciliter la technique
chirurgicale et la rendre plus sûre et donc moins risquée sans
toutefois en résoudre tous les problèmes. Il est probable que
dans les années à venir l'utilisation de la navigation deviendra
obligatoire surtout dans l'ostéotomie péri-acétabulaire,
la chirurgie du rachis et dans les prothèses.
M.O. : Vous
faites encore des butées ?
F.D. : Non je
ne fais plus de butée. Comparé à l'ostéotomie
péri-acétabulaire, elle n'a pas les mêmes visées
biomécaniques. Les butées ont faits leur preuve il n'y a aucun
doute et ont un effet antalgique, mais sur le plan de la biomécanique
cela ne me satisfait pas. Par contre, la réorientation d'un cotyle
parvient à corriger le défaut là où il existe.
M.O. : Et
sur le genou ?
F.D. : Aussi
étonnant que cela paraisse, je fais de plus en plus de prothèses
chez des sujets relativement jeunes c'est-à-dire de la soixantaine.
La moyenne d'âge des patients opérés a diminué
comme dans tous les services du monde entier. A partir du moment où
l'on a bien défini les critères et que l'on sait qu'une ostéotomie
va très vite se dégrader on arrive assez rapidement à
la prothèse.
M.O. : Avez-vous
le sentiment, par rapport à l'orthopédie du temps de votre formation,
que les choses ont changées ?
F.D. : Enormément.
Aujourd'hui nous connaissons mieux la biomécanique et nous pouvons
mieux prévoir les résultats à terme. Il y a eu une époque
où l'âge était la barrière. On sait à présent
que dans certains cas une ostéotomie tibiale donnera un bon résultat
à 75 ans, alors que la même intervention à 60 ans se soldera
par un échec. Ceci a bien été montré par l'école
lyonnaise. La technique et l'instrumentation ont changé. La précision,
les exigences du chirurgien et du patient sont tout à fait différentes.
Avec tous les médias le malade est plus informé et c'est la
course aux bons résultats. Tous les orthopédistes vous diront
comme moi qu'ils ont l'impression de pratiquer une orthopédie très
différente de celle qu'ils ont appris pendant leur internat et leur
clinicat.
M.O. : Que
pensez-vous de la francophonie ?
F.D. : Je crois
qu'il est important de préserver et de sauvegarder la francophonie.
Plus qu'une langue, le français doit rester une culture et un carrefour
de rencontre des idées et des libertés. Durant mon discours
d'accueil au congrès de l'AOLF à Beyrouth, j'avais dit que le
Liban et la Francophonie avaient un peu le même destin puisque tous
les deux se battent pour survivre dans un environnement qui leur est hostile.
Je ne crois pas m'être beaucoup trompé.
M.O. : Faire
une association d'orthopédistes francophones cela a-t-il un sens ?
F.D. : Dans
ce cas la Francophonie a-t-elle un sens ? Il me paraît important de
garder et d'aider cette association d'orthopédistes francophone pour
qu'à travers la langue Française des cultures, des religions
et des idées différentes puissent se rencontrer et s'exprimer.
N'oublions pas qu'un des buts de l'AOLF est de permettre aux orthopédistes
des pays les moins favorisés de pouvoir s'exprimer à leur manière
et en "mauvais français" au cours d'une réunion de niveau international.
M.O. : Comment
voudriez-vous faire évoluer l'AOLF ?
F.D. : Je crois
qu'il faut la faire évoluer vers un niveau scientifique et organisationnel
plus rigoureux sans enlever le côté amical et convivial de l'AOLF
performant. Il est surtout capital que la France et les Français s'investissent
dans l'AOLF comme ils l'ont fait à Beyrouth.
M.O. : Ce
que l'on a entendu ici, ce n'était pas si mal !
F.D. : Il semble
en effet que le niveau scientifique était bon. Je souhaite que le congrès
de l'AOLF au Liban puisse contribuer à redonner à l'AOLF un
nouvel élan et de nouveaux objectifs.
M.O. : Peut-on
être concerné par un congrès qui a lieu tous les deux
ans et qui n'offre pas de retombées académiques ?
F.D. : Ceux
qui font partie de l'AOLF s'évertuent à lui donner un niveau
scientifique valable. La Revue de Chirurgie Orthopédique publie les
communications du congrès dans un supplément à part à
condition qu'elles soient corrigées et réévaluées.
A partir de là, le reste doit venir. La valeur d'un congrès
tient à la qualité de son organisation et de son niveau scientifique.
Je crois que cet objectif a été atteint à Beyrouth, et
je suis sûr que les Roumains feront aussi bien sinon mieux à
Bucarest en 2002.
M.O. : Autrefois,
le Liban c'était un peu la France, est-ce toujours le cas ? J'entends
les jeunes parler anglais à tout coin de rue, qu'est-ce qui se passe
?
F.D. : En fait
le libanais est naturellement trilingue. Ceux parmi nous qui sont de culture
française parlent très bien l'anglais, alors que ceux qui sont
de culture anglo-saxonne ne parlent pas le français. Bien sûr
l'anglais est devenu la langue de communication internationale dans le monde
des affaires surtout et le Liban n'a pas échappé à cette
mondialisation à l'américaine. Mais le Liban a besoin de la
Francophonie pour demeurer le carrefour des cultures et des religions au Moyen-Orient.
M.O. : Comment
appréhendez-vous la culture anglo-saxonne ?
F.D. : Je ne
connais pas bien la culture anglo-saxonne, elle est certainement très
différente de la culture française. Je crois qu'il s'agit plus
d'un mode de vie que d'une véritable culture. La haute technicité,
la notion du "droit au but", la vision particulière des valeurs humaines,
le manque de poésie et rêveries restent le fondement de la "culture"
anglo-saxonne.
M.O. : Comment
est vécue la particularité culturelle du Liban au sein du monde
arabe ?
F.D. : Tous
les pays arabes reconnaissent au Liban sa place particulière. Lieu
de rencontre entre la culture orientale et occidentale, le Liban pays des
Cèdres 3 fois millénaire était un havre de paix et de
tolérance. La jalousie et la convoitise des autres ont transformé
ce petit pays en un lieu de bataille où la folie meurtrière
n'a entraîné que morts et destructions. Aujourd'hui les arabes
comme le monde occidental ont compris la nécessité de la présence
d'un Liban pacifié regardant à la fois vers l'occident et vers
l'orient.
M.O. : Dans
l'esprit, quelle est la langue qui se rapproche le plus de l'arabe, le français
ou l'anglais ?
F.D. : Dans
l'esprit et dans le cur c'est certainement le français qui se
rapproche le plus de l'arabe. Il y a plus d'émotion et de sentiments
dans ces deux langues. Le français comme l'arabe peuvent avoir le monopole
du cur et de l'esprit.