M.O.
: Comment avez-vous connu Jean-Pierre Farcy ?
R. G. : Jean-Pierre a été
mon professeur à l'université de Columbia et j'ai pu apprécier
tous ses talents en orthopédie. A l'époque, Jean-Pierre
travaillait dans un hôpital qui s'appelle Helen Hayes, et je l'ai
rencontré lors de mon dernier choix de résident. Mais
cela faisait pas mal de temps que tout le monde me disait "Vous allez
voir, vous qui parlez français, ce type Farcy, il est formidable."
Je n'ai pas été déçu.
M.O. : En quoi était-il formidable
?
R. G. : Jean-Pierre était
très différent des autres chirurgiens chez qui j'étais
passé dans la mesure où il s'intéressait énormément
à l'enseignement. Dès le début, il vous prenait
par la main et il vous enseignait tout de A à Z. D'autres chirurgiens
venaient faire leur opération, enseigner un peu çà
et là, mais Jean-Pierre, lui, s'intéressait vraiment à
tous les internes. Sa réputation s'est faite très rapidement
et tout les internes voulaient passer dans son service. Il nous invitait
chez lui car il était aussi excellent chef cuisinier et autour
d'un gigot à la ficelle, on discutait de tel cas clinique complexe
ou de telle technique originale. Un jour il nous a sorti une banane
du frigo pour nous expliquer une ostéotomie ! De plus sa présence
à Columbia était très exceptionnelle. En général
les étrangers ne sont pas très acceptés dans le
monde de la médecine américaine.
M.O. : Vous parlez couramment le
français...
R. G. : Mes parents sont d'origine
française et j'ai étudié au lycée français
de New-York.
M.O. : Comment s'est décidée
votre orientation professionnelle ?
R.G. : Je m'étais toujours
intéressé aux prothèses articulaires. J'étais
ingénieur à l'université et dans la chirurgie des
prothèses il y avait un aspect mécanique qui me passionnait.
A la fin de mon internat, Jean-Pierre m'a recommandé d'aller
en France et de visiter Philippe Cartier afin de sortir de la routine
américaine.
M.O. : Qu'avez-vous pensé
de la France à ce moment-là ?
R. G. : En 1985, j'avais 32 ans
et j'étais ravi de pouvoir vraiment utiliser mon français.
J'étais content de constater que la France avait bien de l'avance
dans certains domaines. En fait je m'en doutais déjà parce
qu'à cette période aux Etats-Unis on commençait
tout juste les clous verrouillés qui venaient de France. En pratique,
j'ai découvert le monde de la rotule et le monde des prothèses
unicompartimentaires où la France avait bien de l'avance sur
les Etats-Unis.
M.O. : Qu'est-ce qui vous a le plus
frappé dans la pratique de Cartier ?
R.
G. : D'abord il avait une vision
des problèmes de rotule qui n'existait pas aux Etats-Unis. Il
avait un plan, un concept et une approche thérapeutique que je
n'avais jamais vu auparavant. Aux Etats-Unis les chirurgiens ne se rendaient
le plus souvent pas compte qu'il y avait un problème rotulien.
Parce que la douleur n'est pas toujours typique, elle n'est pas toujours
devant. Philippe Cartier évoquait un problème rotulien
même quand les douleurs étaient latérales. Le concept
de la bascule de la rotule était quelque chose que l'on ne m'avait
jamais enseigné. Cartier regardait dans quel plan se faisait
la bascule de la rotule. Ensuite, il palpait les facettes de la rotule,
et il avait un plan d'étude très systématique.
On pouvait être d'accord ou pas d'accord mais il avait son plan
thérapeutique ; pour ce genre de bascule et d'angle Q du quadriceps,
il faisait ce genre d'opération, et pour une autre situation
pathologique il avait une autre opération. Aux Etats-Unis, les
grands chirurgiens du genou n'avaient pas de plan systématique.
Il faisait la même opération pour tout le monde. Parfois
cela marchait, parfois cela ne marchait pas. C'est encore à peu
près vrai, la chirurgie de la rotule est moins prévisible
et moins gagnante chez nous, mais c'était particulièrement
vrai dans les environs de 1985.
M.O. : Il y avait quand même
de bonnes notions d'instabilité rotulienne aux Etats-Unis ?
R.
G. : Non, c'était flou.
Il y avait l'école de Jack Hughston qui est un grand nom du genou
et de la rotule. Il avait un important recrutement de sportif et c'est
d'ailleurs un des premiers qui a montré que les problèmes
rotuliens ne se retrouvent pas uniquement chez les jeunes filles. Il
a été un des premiers à décrire aux Etats-Unis
les transferts de tubérosité mais cela avait déjà
été fait en France avec Albert Trillat. C'est encore un
peu le problème aux Etats-Unis, les chirurgiens ne connaissent
que deux opérations : soit la libération de l'aileron
externe soit la transposition de la TTA.
M.O. : Et dans le domaine de l'arthrose
fémoro-tibiale ?
R. G. : Aux Etats-Unis nous n'avions
le choix qu'entre la prothèse totale et l'ostéotomie du
tibia. Personne à New-York ne posait des prothèses unicompartimentaires.
A New-York on m'a toujours enseigné que les prothèses
unicompartimentaires étaient vraiment très inférieures
aux prothèses totales. Comme interne, on croit tout ce qu'on
vous dit, je n'aurais jamais pensé autrement si je n'avais vu
les résultats de Philippe Cartier : ses malades étaient
suivis à trois ans, cinq ans, dix ans et en effet cela semblait
très bien marcher.
M.O. : Comment se déroulent
vos débuts professionnels ?
R. G. : A New-York, après
un fellowship d'un an chez Eftekhar et Stinchfield je commence dans
le privé et je m'intéresse aux hanches et aux genoux.
J'opère à l'Hospital for Joint Diseases et je me rends
compte que c'est un hôpital où il y a déjà
deux autres chirurgiens qui ne font que de la prothèse de hanche
et du genou . Alors je réalise qu'il faut que j'applique le "principe
Zoulou", cher à Jean-Pierre Farcy*. Je me suis dit que j'avais
intérêt à me focaliser un peu plus sur les prothèses
unicompartimentaires et sur les problèmes de rotule. Je me suis
aussi intéressé au laser en chirurgie orthopédique
et à toutes les nouveautés en me disant qu'il y aurait
bien une de ces graines qui pousserait. A posteriori cela a surtout
été la rotule.
M.O. : En pratique par quel bout
avez-vous commencé ?
R. G. : J'ai commencé
et je continue toujours dans le domaine de la radiographie. J'ai eu
quelques idées sur les patella alta, comment les déceler
etc... et cela m'a lancé dans le monde de la rotule.
M.O. : Quelles sont vos orientations
thérapeutiques ?
R. G. : C'est 99 % de la kiné,
et 1 % de chirurgie.
M.O. : Et dans ce 1 % de chirurgie...
R. G. : D'abord je ne veux pas
passer si rapidement sur la kiné parce que ce que j'ai appris
au fil des années c'est que toutes les formes de kiné
ne sont pas équivalentes. Si le kiné qui n'est pas familier
des problèmes rotuliens, il y a des chances pour que le malade
ait encore plus de douleur, ce qui d'ailleurs est parfait pour un chirurgien
qui cherche à opérer à tout prix. A l'inverse si
le ou la kiné est très averti, il y a de fortes chances
que le malade aille mieux. Pour la chirurgie, je suis complètement
d'accord avec l'école européenne qui essaye d'adapter
la chirurgie à la pathologie. Je suis passé chez Monsieur
Neer, grand chirurgien de l'épaule. A une l'époque où
quelle que soit la luxation récidivante de l'épaule tout
le monde faisait la même intervention, lui essayait de voir exactement
où se trouvait l'anomalie à réparer. Il me semble
que pour la rotule ce soit pareil. L'épaule c'est surtout la
chirurgie des parties molles, de même la rotule c'est aussi dans
une grande mesure de la chirurgie des parties molles. Il y a aussi tous
les problèmes de dysplasie de rotule et de trochlée. C'est
une idée qui est strictement européenne, française
et belge. Les américains ne pensent pas du tout au problème
de la dysplasie, ils passent souvent à côté. Les
radiologues ne sont pas du tout axés vers la rotule. Quand un
malade passe une IRM ils ne font pas toujours une coupe axiale.
M.O. : Comment prenez-vous en charge
les dysplasies trochléennes ?
R. G. : Un peu comme les européens,
je tâtonne un peu. Dans les trochlées très plates,
je penche plutôt vers le creusement de la trochlée mais
c'est vraiment une chirurgie exceptionnelle. Au moins, j'ai la satisfaction
de reconnaître qu'il y a un problème. Au lieu de suggérer
au patient une petite section de l'aileron rotulien, je l'informe que
le problème est sérieux et qu'il faudra bien plus qu'une
petite section arthroscopique de l'aileron rotulien pour le résoudre.
Déjà, j'évite au malade des opérations inutiles.
M.O. : Une question ingénue
: pourquoi la rotule fait-elle mal ?
R. G. : Question très
complexe ! Comme le dit Jean-Yves Dupont, il existe de multiples paramètres
avec pénétration clinique variable. Autrement dit il y
a beaucoup de facteurs qui contribuent aux douleurs rotuliennes. D'abord
on peut schématiquement considérer qu'il y a deux symptômes
rotuliens différents, qui bien sûr s'entrecoupent : il
y a l'instabilité rotulienne et la douleur rotulienne. Les deux
ne vont pas nécessairement ensemble ; beaucoup de malades qui
sont instables n'ont pas de douleurs, et bien des malades qui ont des
douleurs ne sont pas instables. L'instabilité dans un sens est
plus facile à comprendre parce que c'est purement mécanique.
On peut expliquer les instabilités par des paramètres
mécaniques qu'on peut visualiser à l'imagerie. C'est la
dysplasie de la rotule, c'est le vaste interne qui commence ou qui finit
trop haut, c'est le condyle externe qui est trop plat, etc... Les instabilités,
on arrive à les expliquer mais les douleurs sans instabilité
sont bien difficiles à comprendre. La théorie qui vient
d'Europe, c'est l'hyperpression, c'est la théorie de Ficat. Et
je crois qu'elle est valable. Les sujets qui ont des bascules rotuliennes
ont des hyperpressions ; ils n'ont peut être pas tous mal, mais
l'hyperpression est certainement un facteur qui favorise les douleurs.
D'ailleurs dans ces bascules rotuliennes externes, au scanner, on voit
que l'os sous chondral est plus épais sur la joue externe ce
qui confirme qu'il y a une hyperpression à ce niveau. Même
si le cartilage lui-même n'a pas de nerfs, l'os lui en a.
M.O. : Pas beaucoup !
R. G. : Il y en a assez, quand
on se cogne le genou cela fait mal. Bien sûr, la synoviale a aussi
des nerfs. L'hyperpression peut-être essentiellement intra-osseuse
et c'est pourquoi certains chirurgiens font des forages rotuliens et
observent des améliorations cliniques. Il est aussi possible
que les bascules rotuliennes provoquent des problèmes de débit
veineux source d'hyperpression intraosseuse ; ainsi lorsqu'on fait une
section de l'aileron externe, on corrigerait à la fois la bascule
et le problème de débit veineux.
M.O. : En matière de prothèse
comment avez-vous évolué ?
R. G. : Comme je le disais précédemment,
j'ai pris l'option de l'innovation et j'ai décidé d'essayer
toutes les nouveautés. Dans la hanche, j'ai utilisé une
prothèse extrêmement coûteuse qui s'appelait Identifit,
c'était une prothèse faite sur mesure et extemporanément
c'est-à-dire pendant l'intervention. On faisait un moule de la
cavité fémorale et pendant qu'on préparait le cotyle,
dans la pièce à côté, avec des ordinateurs
des lasers et de la technologie avancée, une prothèse
était fabriquée avec exactement les dimensions de l'intérieur
du fémur.
M.O. : Et la stérilisation
?
R. G. : Sitôt la pièce
usinée, elle était stérilisée. Cela prenait
45 minutes en tout, fabrication et stérilisation. C'était
le principe de la clé-minute ! Bien entendu la prothèse
était extrêmement chère, c'est-à-dire à
peu près
7 000$ en 90. C'était vraiment extraordinaire jusqu'au moment
où on s'est rendu compte que cela ne marchait pas. Une grande
partie des opérés avaient mal et il a fallu pratiquement
toutes les reprendre. J'ai eu aussi des expériences malheureuses
avec les prothèses sans ciment qui étaient à la
mode en 1985 et qui ont été à l'origine d'ostéolyses
majeures. De reprise en reprise, tant pour la hanche que le genou, j'ai
fini par devenir très prudent face aux innovations. Je me suis
décidé à poser des prothèses certes imparfaites
mais qui étaient connues depuis longtemps. Le jour où
on me prouvera qu'il y a une prothèse qui est meilleure grâce
non pas à un ordinateur mais à un recul clinique de 15-20
ans là je serai prêt à changer.
M.O. : Que pensez-vous de la chirurgie
assistée par ordinateur, du Robodoc etc...
R. G. : On peut avoir deux philosophies
lorsqu'il s'agit de prothèses sans ciment. Soit on accepte le
fait que la prothèse ne soit en contact avec l'os que dans certains
points, ce qui est le cas dans la grande majorité des prothèses.
Et on s'en contente. Même avec notre prothèse Identifit
le contact n'était pas parfait. Il y avait entre 85 et 95% de
contact. Donc il y avait toujours de 5 à 15 % de non contact
dans ces prothèses soit disant parfaites. Soit on veut qu'il
y ait un contact partout. C'est l'ambition du Robodoc, et il faut que
la prothèse soit en contact à 100% parce que sinon les
techniques habituelles suffisent largement. A mon avis, à la
hanche, la chirurgie assistée par ordinateur est surtout intéressant
pour la pose de la cupule car nous arrivons mal à juger de son
orientation. Il y a une étude qui a été faite en
Suède ou des chirurgiens de la hanche expérimentés
ont essayé de déterminer quelle était l'antéversion
de leur cotyle. Ensuite ils ont fait passer l'opéré au
scanner, et ils ont reconnu que même si le chirurgien avait beaucoup
d'expérience, il jugeait assez mal cette antéversion.
Parfois il y avait même 15° d'erreur ce qui est énorme.
Là je pense qu'un système plus fiable avec des points
et des mesures objectives, pourrait trouver sa place. Par ailleurs il
y a aussi le problème coût. La plupart de ceux qui ont
besoin de prothèses de hanche ont plus de 70 ans et pour eux,
une prothèse classique durera toute la vie.
M.O. : Dans quel domaine restez-vous
innovateur en matière d'arthroplastie ?
R. G. : Dans le domaine de la
rotule. Je pose des prothèses de rotule. En France il n'y a rien
d'extraordinaire à cela mais à New York je suis le seul
à le faire. Je n'en pose pas beaucoup mais j'en pose.
M.O. : Laquelle posez-vous ?
R. G. : Je commence à
poser une prothèse fabriquée par Depuy et qui fait partie
de la LCS, autrement dit c'est la rotule mobile de la prothèse
LCS. En face il y a un bouclier trochléen qui a la forme de la
prothèse LCA.
M.O. : Etes-vous content de vos résultats
?
R. G. : Sur sept cas on ne peut
rien dire. Pour l'instant je suis satisfait. Récemment j'ai traité
une canadienne de 40 ans qui avait une rotule terriblement dysplasique,
et une arthrose très évoluée. Elle avait déjà
eu toutes les opérations possibles et elle pouvait à peine
marcher et plier le genou. Il ne restait plus comme option thérapeutique
que la patellectomie, ou la prothèse totale. A 40 ans, j'ai opté
pour la prothèse de rotule. Trois ou quatre semaines plus tard,
elle m'écrivait du Canada pour me dire qu'elle était ravie
et qu'elle avait même pu danser. Elle m'a même demandée
si elle pouvait faire un "petit ski". Cela faisait 20 ans qu'elle n'avait
pas eu un genou aussi indolore.
M.O. : Au point de vue prothèse
totale de genou, comment avez-vous évolué ?
R. G. : Pendant mon internat
je n'ai connu que des prothèses tout à fait conventionnelles.
Quand je suis venu à Paris, j'ai remarqué que Philippe
Cartier se servait d'une prothèse à plateau mobile qui
pratiquement était fabriquée derrière chez moi,
c'est-à-dire dans le New Jersey. J'ai trouvé le principe
remarquable. J'avais déjà entendu parler de cette prothèse
mais à New York, les orthopédistes sont fortement influencés
par Insall, et avec lui, ils disaient que c'était une idée
débile, que la prothèse ne durerait jamais, que la tige
de polyéthylène dans l'embase en métal casserait.
Quand j'ai vu que les opérés de Philippe Cartier allaient
bien, je me suis dit c'était peut-être une bonne idée.
Depuis cette époque, je n'ai posé que cela. Maintenant
le plateau mobile est à la mode, et même Insall avait sorti
un modèle. Du coup tous ses élèves à New
York vont dire d'ici quelques années qu'il n'y a que cela de
vrai. Ils oublieront tous qu'il y a 15 ans ils trouvaient cela débile.
M.O. : Avez-vous fait de la recherche
?
R. G. : Après avoir commencé
à opérer dans le privé, je suis retourné
sur un poste universitaire à l'université de Columbia.
J'étais directeur clinique de la recherche sur le genou. Le directeur
du laboratoire est un chercheur extrêmement connu dans le monde
du cartilage. Il s'appelle Van Mow. Le laboratoire était divisé
en section anatomique. Il y avait l'épaule, le genou, le rachis.
Moi ma section c'était le genou et surtout la rotule. J'ai passé
plusieurs années à étudier le cartilage de la rotule.
Dans la recherche clinique on s'attend à avoir des résultats
relativement immédiats, alors que dans la recherche fondamentale
cela s'étale sur des années. Il faut des années
pour simplement préparer l'étude, ensuite pour obtenir
des crédits, ensuite faire l'étude, et enfin pour voir
apparaître des résultats.
M.O. : Quel était votre projet
?
R. G. : On analysait les propriétés
du cartilage rotulien qui est différent des autres cartilages
à plusieurs égards : taille, biomécanique, biochimique.
Le cartilage rotulien est différent du cartilage de la trochlée.
On a vérifié depuis que ce phénomène se
retrouve dans d'autres articulations, autrement dit que le cartilage
d'un côté de l'articulation n'est pas tout à fait
le même que de l'autre côté.
M.O. : En quoi diffère-t-il
?
R. G. : En épaisseur,
le cartilage rotulien est le plus épais du corps humain. Il y
a jusqu'à 7 mm d'épaisseur alors que le cartilage de la
trochlée a deux ou trois millimètres. De plus le cartilage
de la rotule est particulier dans la mesure où il ne suit pas
les contours de l'os, autrement dit le cliché radiographique
ne permet pas de prévoir la forme du cartilage. Ensuite le cartilage
de la rotule est plus mou que le cartilage de la trochlée. Le
cartilage de la rotule est plus perméable et l'eau rentre et
sort bien plus facilement dans le cartilage de la rotule que dans le
cartilage de la trochlée. A cause de tout cela les déformations
du cartilage de la rotule sont bien plus grandes que les déformations
du cartilage de la trochlée ou de n'importe quelle autre partie
du corps. Il est possible que ces déformations soient la cause
de la fréquence des lésions cartilagineuses rotuliennes
par rapport aux autres articulations. Et dans tous les cas, il y a plus
de lésions sur le versant rotulien que sur le versant trochléen.
M.O. : Pensez-vous qu'il existe de
grandes différences de pensée entre un orthopédiste
américain et français ?
R. G. : A mon sens il en existe
de moins en moins. Les américains prennent de plus en plus conscience
des travaux européens et il y a de plus en plus d'échanges
entre les jeunes chirurgiens. Grâce à internet et à
ses puissants moteurs de recherche, il est facile d'avoir à disposition
la littérature internationale et la plupart des articles français
ont un résumé anglais. Il n'y a donc pas de différences
caricaturales entre la pensée chirurgicale française et
américaine. En réfléchissant, je ne trouve que
des différences anecdotiques entre la pratique chirurgicale des
deux pays, comme par exemple le fait que les vestiaires sont toujours
strictement séparés aux Etats Unis.
Maîtrise
Orthopédique n°107 - Octobre 2001