M.O. : Comment vous êtes-vous fait connaître en matière de chirurgie de l'épaule ?
I.K.
: C'est la question ! Je pense que comme pour beaucoup d'entre nous
c'est arrivé incidemment. Quand j'ai fini mon internat, j'étais
orienté vers la reconstruction articulaire avec un certain penchant
pour la polyarthrite rhumatoïde (PR). Un de mes supérieurs
s'était spécialisé au Canada dans la chirurgie
de l'épaule et de la PR et avait développé cette
activité à Glasgow. Lorsqu'il est reparti pour s'installer
définitivement au Canada il laissait sur place une forte demande.
J'avais alors une petite expérience de l'épaule instable
et traumatique et je me suis mis à la prothèse d'épaule.
M.O.
: A quelle période ?
I.K.
: C'était au début des années 80. Je faisais
alors de la chirurgie de la hanche et du genou, en particulier du genou
ligamentaire, mais comme je m'intéressais aussi à l'épaule
tous mes collègues me demandaient de prendre en charge leurs
problèmes d'épaule. C'est alors que j'ai réalisé
que je n'y connaissais en fait pas grand chose et que je me suis mis
à lire. Il n'y avait pas beaucoup d'ouvrages sur le sujet et
j'ai dû souvent prendre des décisions thérapeutiques
très personnelles. Je me suis penché sur l'anatomie et
je crois qu'en 1984 je suis allé à mon premier congrès
sur l'épaule. Je me rappelle qu'en écoutant les conférences
des rares ténors de cette chirurgie je constatais beaucoup de
choses vraies mais aussi des choses qui contredisaient franchement mon
expérience clinique. Cela m'a encouragé à faire
des recherches. J'ai beaucoup appris de mes malades à qui je
posais des tas de questions. Je n'avais aucune certitude et j'essayais
tout simplement de comprendre cette pathologie à une période
où ce n'était pas à la mode d'être chirurgien
de l'épaule. Je pense que j'ai eu de la chance de me trouver
dans un domaine de la chirurgie qui était en plein développement.
M.O.
: Vous étiez le seul spécialiste de l'épaule à
Glasgow ?
I.K.
: A vrai dire j'étais le seul de toute l'Ecosse. Les problèmes
auxquels j'étais confronté étaient d'ailleurs assez
complexes. J'ai mis en route une consultation réservée
aux cas difficiles d'épaule où je ne voyais que des patients
adressés par mes collègues et qui souvent venaient d'assez
loin. Tout cela a suscité une réflexion et un enseignement.
Aujourd'hui, le niveau de la chirurgie de l'épaule est tout à
fait satisfaisant. Il y a à présent de très nombreux
spécialistes de cette chirurgie en Ecosse.
M.O.
: Pourquoi ce fort recrutement de PR ?
I.K.
: Parce que d'une part, c'est une pathologie fréquente dans
cette région, et surtout que d'autre part l'organisation de la
rhumatologie en Ecosse concentre toutes les PR à Glasgow. Ainsi
en cas d'indication chirurgicale c'est plutôt un chirurgien de
Glasgow qui est sollicité. J'ai donc fait mon expérience
de la prothèse d'épaule sur les PR, mais il m'est rapidement
apparu que ces patients avaient des problèmes d'épaule
pour lesquels la prothèse n'était pas la solution : pathologie
acromio-claviculaire ou sous-acromiale. J'ai donc commencé à
faire des études concernant la localisation précise des
douleurs.
M.O.
: De quelle manière ?
I.K.
: Cela a commencé au cours d'une année sabbatique
que j'ai pris à Lund en Suède. J'ai examiné un
patient qui se plaignait de douleurs à la mobilité de
l'épaule avec une destruction radiographique de l'articulation
gléno-humérale. L'indication d'une prothèse paraissait
logique. Cependant sa mobilité globale était bonne et
je l'ai infiltré en sous-acromial avec de la xylocaïne et
cela l'a bien amélioré. Par la suite, nous l'avons guéri
par une acromioplastie, mais le fait marquant était que sa gléno-humérale
était atteinte. A partir de ce cas, j'ai examiné les patients
avec beaucoup de méfiance et je les infiltrais avec 1ml de xylocaïne
sur les zones susceptibles d'être à l'origine de leurs
douleurs : l'acromio-claviculaire, la sous-acromiale ou la gléno-humérale.
Il est apparu au terme de cette étude que si un patient avait
une trentaine de degré de RE et une tête humérale
relativement sphérique, la douleur provenait le plus certainement
de la sous-acromiale ou de l'acromio-claviculaire et donc qu'il n'avait
pas besoin de prothèse.
M.O.
: Comment s'est organisé la Société de Chirurgie
de l'Epaule et du Coude ?
I.K.
: Au cours d'un congrès international de la spécialité,
je crois que c'était en 1986 au Japon, les chirurgiens britanniques
ont pensé qu'ils devraient se regrouper dans une Société
et ils m'ont soumis le projet. L'idée me paraissait bonne. J'ai
alors organisé un congrès en mars 1987 à Glasgow
et c'est là que la British Society of Shoulder and Elbow s'est
créé. Je pense que nous étions 24 membres. Cette
Société s'est renforcée au point de devenir une
structure d'enseignement et un partenaire des autorités gouvernementales
sur les choix thérapeutiques et les choix d'implants dans la
spécialité. La Société est ouverte non seulement
aux chirurgiens mais aux rhumatologues aux kinésithérapeutes
aux ingénieurs etc... Nous avons un congrès annuel.
M.O.
: Qui étaient les membres influents de l'époque ?
I.K.
: Ian Bayley, Mike Watson, Steven Copeland, Angus Wallace. Il y
avait aussi Brian Reeves de Leeds qui travaillait sur l'épaule
depuis longtemps et qui avait été parmi les premiers à
mettre au point une prothèse inversée. Son modèle
n'a pas eu de succès mais c'était surtout un biomécanicien
dont les travaux sont injustement méconnus. Christopher Constant
y était de même que Willy Souter
M.O.
: Quelles étaient vos fonctions ?
I.K.
: Au début j'étais le secrétaire de la société
et Willy Souter le premier président. J'ai quitté le comité
que j'ai rejoint plus tard comme vice-président, puis je suis
devenu président en 1996. En 1987, se tenait à Paris le
Congrès Europeen de l'Epaule et du Coude. J'étais déjà
impliqué puisque j'ai réalisé avec Gilles Walch
le texte bilingue de la plaquette du congrès. Ensuite je suis
devenu un délégué national de la Société
Européenne. Celle-ci joue un rôle très important
pour notre spécialité. Au début elle avait des
statuts un peu démodés et les choses se sont ensuite améliorées.
Lorsque le Journal of Shoulder and Elbow (JSES) a été
créé, j'étais le co-rédacteur en chef Europe
avec M. Mansat.
M.O.
: Quand êtes-vous devenu membre de l'American Shoulder and Elbow
Society ?
I.K.
: J'ai été invité à être membre
il y a 4 ans environ. C'est une petite société qui communique
très activement. Le JSES a, il faut le dire, été
crée grâce aux américains. Les européens
avaient beaucoup discuté de l'intérêt d'un tel journal
mais les choses ne se faisaient pas et ce sont les américains
qui ont pris les contacts avec l'éditeur Mosby et ont fédérés
toutes les sociétés à travers le monde.
M.O.
: Il y a peu d'exemples d'un journal chirurgical qui unisse tous les
spécialistes du monde !
I.K.
: C'est probablement parce que cette spécialité s'est
développée dans les années 80 à une période
où la communication internationale était excellente, les
idées rapidement diffusées et où tous les intéressés
ont ressenti le besoin de créer un journal en même temps.
M.O.
: Voyez-vous de grandes différences d'approche entre les américains
et les européens en matière d'épaule ?
I.K.
: Les rapports sont souvent présentés en terme de
compétition mais en fait, et cela est très réconfortant,
il y a beaucoup de Nord Américains présents dans les réunions
de la Société Européenne. Bien sûr le mode
de vie et les habitudes culturelles sont à l'origine de différences
dans les indications thérapeutiques mais je ne pense pas qu'il
y ait une approche différente dans la pathologie.
M.O.
: Avez-vous des contacts avec des chirurgiens français de l'épaule
?
I.K.
: Mon correspondant principal est Michel Mansat et ce à plusieurs
niveaux. D'abord au niveau de la Société Européenne
et ensuite sur les prothèses d'épaule. Nous avons travaillé
tous les deux sur la prothèse 3M et sur le projet de la prothèse
modulaire à peu près à la même époque.
Nous nous sommes connus ainsi et nous partageons de plus une passion
pour le rugby. Puis peu après, lorsque le JSES est paru j'étais
co-rédacteur pour l'Europe ce qui a encore augmenté nos
contacts. Je suis allé à plusieurs reprises à Toulouse
et j'ai pris chez moi l'un des internes de Mansat. A travers la Société,
j'ai aussi correspondu avec Gilles Walch.
M.O.
: Ou avez-vous fait vos études de médecine ?
I.K.
: J'ai fait mes études de médecine à Edimbourg.
En fait, j'avais commencé par faire de la psychologie avant de
me décider à faire médecine. Un de mes premiers
stages a été dans un petit hôpital à Perth
dans lequel travaillait Smillie, célèbre pour ses ménisectomies,
et j'ai décidé de faire de l'orthopédie. Puis je
suis retourné à Edimbourg pour faire mon internat en orthopédie.
J'ai travaillé au Princesse Margaret Rose Hospital et à
la Royal Infirmary avec le Professeur James et bien d'autres. Puis avant
de faire mon clinicat, je devais faire de la chirurgie générale
et je n'ai pas trouvé de poste à Edimbourg mais à
Liverpool pour 2 années. Ensuite je devais retourner à
Edimbourg mais il n'y avait pas encore de poste et on m'a conseillé
de prendre un poste à Glasgow où je suis arrivé
en 1977 avec l'intention de retourner à Edimbourg et voilà,
je suis toujours à Glasgow.
M.O.
: Il y a une grande différence entre ces deux villes ?
I.K.
: Il y a une très ancienne et très forte rivalité
entre ces deux villes. Les gens d'Edimbourg sont censés être
plus réservés et moins accueillants que ceux de Glasgow.
Une anecdote traditionnelle dit que si vous arrivez en fin d'après-midi
chez des gens à Glasgow on vous proposera de prendre votre "afternoon
tea" alors que si vous êtes reçu à la même
heure à Edimbourg on vous dira que vous avez déjà
pris votre thé. Il y a aussi une différence de climat
; Glasgow est très humide en raison de sa situation à
l'ouest. Avant de venir à Glasgow, je n'avais pas porté
d'imperméable depuis longtemps. Edimbourg est à l'est
où il fait plus froid mais beaucoup moins humide. Les deux villes
ne sont séparées que de 50 miles mais elles sont très
différentes. C'est probablement les miles les plus longs du pays
!
M.O.
: Vous êtes né à Edimbourg ?
I.K.
: Non à Liverpool où j'ai grandi.
M.O.
: Si vous avez grandi à Liverpool dans les années 60,
comment avez-vous échappé à la pop music ?
I.K.
: Je n'étais pas assez bon ! J'étais tout à
fait là quand les Beatles faisaient leurs débuts à
"The Cavern" et c'est vrai que c'était une période très
excitante et que cette musique avait quelque chose de révolutionnaire.
Cela dit je faisais quand même un peu de folk-music.
M.O.
: Pourquoi avez-vous quitté Liverpool ?
I.K.
: Les fortes influences celtiques familiales m'ont donné
envie d'aller étudier en Ecosse. Je voulais étudier la
psychologie. Les études médicales en Angleterre durent
5 années au terme desquelles vous êtes qualifié
en médecine mais il faut faire ensuite une année de résidanat,
intitulé Junior House Officer en Angleterre et résident
en Ecosse, pour devenir docteur en Médecine (fully registered
doctor). Cette année comprend 6 mois de fonctions en médecine
et six mois en chirurgie. Ensuite, la plupart prennent un poste de Senior
House Officer pour deux ans ce qui aujourd'hui peut constituer le début
d'une formation chirurgicale. Il n'y a pas d'examen d'entrée
et on apprend durant ces deux ans les bases de la formation chirurgicale.
A la fin de ces deux ans, il faut passer un examen au Royal College
of Surgeons.
La
réussite de cet examen donne le titre de MRCS (Master of Royal
College of Surgery). Puis vous pouvez commencer la formation chirurgicale
supérieure qui en orthopédie dure 6 ans. Cependant, là
il y a une forte demande et il peut y avoir une attente pour pouvoir
accéder à la formation chirurgicale supérieure.
Il y a donc des postes intermédiaires également appelés
Senior House Officer que les gens prennent en attendant et qu'ils utilisent
pour faire de la recherche ou pour publier afin d'améliorer leurs
chances d'intégrer la formation supérieure. Cette formation
de 6 ans se fait par stages de 6 mois durant lesquelles toutes les spécialités
orthopédiques sont pratiquées. Après 4 ans on a
la possibilité de prendre un fellowship en orthopédie
et traumatologie mais il faut passer un examen important, indispensable
si on veut être spécialiste en orthopédie. Cela
comprend une épreuve écrite et plusieurs oraux. Pour les
deux années de fellowship, il est d'usage de rechercher un poste
à l'étranger et de s'orienter vers son domaine de prédilection.
A la fin des 6 années, on peut postuler pour un poste de Consultant.
M.O.
: Quel choix avez-vous fait à la fin de votre formation ?
I.K.
: A la fin de ma formation, j'étais particulièrement
intéressé par la recherche sur la biomécanique
du mouvement et j'ai obtenu une bourse de voyage qui m'a permis de visiter
les centres Nord Américains qui étaient alors très
impliqués dans l'analyse de la marche. J'ai pu passer quelques
temps à la Mayo Clinic et j'avais envisagé de travailler
dans leur laboratoire de Bio-Ingeneering. Mais des considérations
financières ne m'ont pas permis de concrétiser ce projet
et j'ai finalement travaillé à l'Université de
Lund en Suède où il y a un très grand centre sur
la PR et avec lequel j'ai noué beaucoup de contacts.
M.O.
: Durant ces dix dernières années comment avez-vous évolué
par rapport aux concepts pathologiques dominants des années 80/90
?
I.K.
: J'ai le plus grand respect pour Neer que j'ai eu la chance de
visiter au cours d'un voyage d'étude. Sa contribution en pathologie
de l'épaule est immense mais bien sûr je ne suis pas d'accord
avec toutes ses opinions. Je n'ai par exemple jamais accepté
sa classification sur les conflits sous-acromiaux. Pourquoi les ostéophytes
se formeraient en premier ? Je pense que l'origine des troubles se situe
plutôt dans la coiffe des rotateurs et que l'accrochage n'est
que secondaire. De plus mon expérience sur l'instabilité
me fait penser qu'il y a un aspect dynamique fondamental et une interaction
entre la douleur et le contrôle musculaire de l'épaule
qui contribue au conflit sous acromial. Je suis bien entendu pas le
seul à être en contradiction avec Neer sur ces sujets.
M.O.
: De quelle façon pensez-vous avoir contribué à
la chirurgie de l'épaule ?
I.K.
: J'espère avoir un peu contribué à une meilleure
compréhension de l'épaule rhumatoïde. Je me sens
bien loin d'avoir tout compris. J'ai plusieurs projets de recherche
et à présent j'ai besoin de chercheurs en biologie moléculaire
pour avancer. Comme dans beaucoup de domaine, lorsqu'on se plonge en
profondeur dans un sujet, il devient de plus en plus fascinant. Et j'ai
été particulièrement passionné par les différentes
manifestations de la PR au niveau de l'épaule et ses implications
dans les options thérapeutiques chirurgicales.
M.O.
: Lorsque l'indication est une prothèse, doit-elle être
totale ?
I.K.
: La réponse est complexe. Quand j'ai commencé la
chirurgie de la PTE, la technique classique était d'aborder l'épaule,
de réséquer la tête, d'implanter une glène
et de mettre la prothèse humérale que l'on pouvait faire
entrer. Cela donnait des épaules très serrées.
Par la suite, j'ai réalisé qu'il fallait tenir compte
des rétractions tissulaires de la même façon que
nous le faisions pour les genoux. J'ai donc modifié ma technique
et je commençais l'opération par une arthrolyse. Puis
se posait le problème des critères de sélection
de la taille des implants. A la fin des années 80, il y avait
deux études sur la mobilité nécessaire pour pouvoir
réaliser les gestes de la vie quotidienne. J'ai donc décidé
d'obtenir en fin d'intervention, au moins 30° de rotation externe,
90° de rotation interne et 90° d'abduction. Et il apparaissait
au terme du temps d'arthrolyse que l'espace chirurgicalement créé
ne permettait pas toujours de placer une tête et une glène.
Dans ces cas, je ne faisais qu'une hémiarthroplastie. Mais compte
tenu de travaux publiés qui mettaient en évidence un meilleur
résultat clinique avec la prothèse totale, je m'efforçais,
chaque fois que possible de mettre une prothèse totale. La revue
des résultats à moyen terme des deux techniques, c'est-à-dire
PTE systématique versus arthrolyse et choix en fonction de l'espace
n'a pas montré de différences significatives entre les
deux techniques. J'ai l'impression de faire au mieux mais en terme de
mobilité et de satisfaction des patients il ne semble pas y avoir
de différence. Voilà pourquoi je ne peux vous donner une
réponse simple. Cependant ce qui a une importance c'est la forme
clinique de la PR. L'hémiarthroplastie sur une forme érosive
donne plus de probabilité d'avoir une usure évolutive
de la glène en 6 ans et de surcroît dans cette forme les
ruptures de la coiffe sont plus fréquentes. Le contexte de la
PR entre aussi en ligne de compte dans mon choix thérapeutique.
Mais ces connaissances sont incomplètes et ne peuvent pas encore
être utilisées avec précision.
M.O.
: Et que pensez-vous des prothèse bipolaires ?
I.K.
: Je n'en ai jamais utilisées. Mais certains de mes collègues
en sont satisfaits. Dans la mesure où beaucoup de PR ont des
coiffes non fonctionnelles, il y a une certaine logique à ces
modèles. Mais les problèmes c'est qu'ils sont souvent
utilisés pour n'importe quoi.
M.O.
: Que faites-vous quand il n'y a plus de coiffe ?
I.K.
: Beaucoup de choses. Chez les sujets de 70 ans et au-delà
je mets une prothèse contrainte de type Grammont quoique je n'en
ai mis que 3 depuis 2 ans. Le problème avec ces implants qui
marchent bien à court terme est le devenir de la fixation glénoïdienne
qui ne peut que faillir et c'est pourquoi je réserve cet implant
aux personnes âgées avec une faible demande fonctionnelle
et faible espérance de vie.
Une
hémiarthroplastie peut être également envisagée
et quand le sous-scapulaire est absent je transpose les 2/3 supérieur
du grand pectoral sous le coraco-biceps et sur la petite tubérosité
et parfois sur la partie antérieure de la grosse tubérosité
et cela marche bien. Mais cela nécessite l'existence d'un peu
de sous épineux. Lorsqu'il n'y a ni sous scapulaire ni sous-épineux
la situation est critique. Je n'ai pas l'expérience des transferts
de grand dorsal. J'ai fait quelques essais de transferts de grand rond
pour tenter de stabiliser une prothèse. J'ai aussi fait des ostéotomies
de type Benjamin qui consiste à faire une section incomplète
du col chirurgical en gardant la corticale postérieure. Cette
intervention est à visée purement antalgique et agirait
par décompression veineuse. Cela ne marche pas toujours mais
c'est parfois très efficace et c'est une méthode conservatrice.
On pourrait ne faire que des perforations osseuses.
M.O.
: Mais pourquoi une prothèse ?
I.K.
: Il s'agit ici non pas de tête chauve, c'est-à-dire
de rupture large de coiffe mais bien de "cuff arthropathie". Certains
de ces patients âgés répondent bien aux infiltrations.
De toute façon quoiqu'on leur fasse ces patients ne retrouvent
jamais une bonne fonction. Mais je pense que la prothèse en leur
donnant une bonne surface articulaire facilite notablement la mobilité
restante. La simple arthrolyse de l'épaule ne donnerait pas à
mon avis un aussi bon résultat.
M.O.
: Et devant une PR avec coiffe mince ?
I.K.
: Le processus rhumatoïde progresse dans la coiffe et les prothèses
mises dans ces cas ont évolué pour une grande proportion
vers la luxation supérieure. Cette évolution des lésions
est la cause des mobilités limitées à 90°/100°
des PTE dans les PR.
La
synovectomie est utilisée dans certains pays ; elle est probablement
intéressante dans les formes érosives. Il faut la faire
arthroscopiquement quoique je n'en ai pas l'expérience, mais
dans les synovectomies à ciel ouvert on est frappé par
la fragilité du sous scapulaire. La synovectomie arthroscopique
est sûrement préférable.
M.O.
: Comment traitez-vous les instabilités constitutionnelles ?
I.K.
: La plupart du temps par de la rééducation spécialisée.
Mon expérience de cette pathologie est qu'elle est très
souvent méconnue. J'ai la chance de travailler avec une équipe
de kinés très pointue sur le sujet et nous voyons beaucoup
de nageurs chez qui le problème se pose et pour lesquels nous
avons développé divers programmes. Le principal problème
est de convaincre les intéressés de se plier à
cette rééducation pendant longtemps mais cela marche bien.
A vrai dire ceux qui se présentent avec une symptomatologie de
conflit sous acromial au premier plan s'en sortent bien avec la physiothérapie
alors que le résultat est moins bon avec ceux qui ont des luxations
récidivantes. Pour ceux, là j'utilise une variante de
rétension de la capsule inférieure.
M.O.
: Quelle variante ?
I.K.
: Il y a eu beaucoup de versions de cette opération et j'en
utilise une qui se rapproche beaucoup de celle originale de Neer. Je
fais des sutures capsulaires et je n'utilise pas d'ancre.
M.O.
: Et les méthodes arthroscopiques ?
I.K.
: En ce qui concerne le "shrinkage" je considère qu'il s'agit
d'une méthode encore en évaluation. Je m'intéresse
beaucoup à l'arthroscopie mais je n'ai, à vrai dire, que
4 ou 5 patients par an chez lesquels une telle intervention pourrait
s'envisager. Et dans ces cas je les adresse à Steven Copeland
qui fait une étude sur le sujet. De cette manière je contribue
à sa série et je confie mes patients à quelqu'un
qui maîtrise beaucoup mieux que moi la technique.
M.O.
: Vous vous sentez particulièrement Ecossais ?
I.K.
: Bien que je ne sois pas né en Ecosse, j'ai grandi sous
influence écossaise et je vis depuis 35 ans en Ecosse. Je m'y
sens bien. Je m'étais beaucoup intéressé aux danses
écossaises avant même de vivre en écosse. Par ailleurs,
pour le plaisir, je me suis initié aux instruments de musique
d'ici comme la cornemuse. La qualité de vie est excellente pour
ma famille et je peux poursuivre professionnellement mes travaux personnels.
Je peux aussi m'adonner à mes hobbies préférés
: le rugby et la pêche à la mouche.
Maîtrise
Orthopédique n° 112 - Mars 2002