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Comme chaque année, une large
place était faite à la chirurgie du genou et les chirurgiens
américains, proximité aidant, étaient au rendez-vous.
Nous avons pu nous entretenir avec Peter
Keblish qui a contribué au développement
des prothèses à plateau mobile et qui a particulièrement
étudié l'abord externe dans
les déviations en valgus du genou Les
multiples hommages rendus tout au long du congrès à
leur fondateur, le regretté Raymond
Roy-Camille, n'ont toutefois pu faire oublier son absence.
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M.O.
: Monsieur Keblish, où êtes-vous né ?
PK : Je suis
né en Pennsylvanie, quelque part entre New-York et Philadelphie et
finalement je ne me suis pas trop éloigné depuis puisque mon
lieu de naissance est à environ 100 miles de ma résidence actuelle.
M.O. : Pourquoi
êtes-vous devenu chirurgien ?
PK : J'ai toujours
aimé réaliser des choses de mes mains et quand j'étais
enfant, la menuiserie m'intéressait beaucoup. Plus tard quand je suis
allé à l'université c'était pour être dentiste,
car j'avais de bons amis dentistes et que ce métier impliquait de travailler
avec ses mains. Et puis j'ai réalisé que je voulais être
plutôt médecin. J'étais très intéressé
par le contact humain, et par l'idée de soigner les gens. Ensuite,
lorsque j'ai décidé de devenir docteur, il m'apparut évident
que je devais être chirurgien. Ma toute première idée
était de devenir neuro-chirurgien ou plasticien ou chirurgien orthopédiste.
Pour de multiples raisons, j'ai choisi l'orthopédie.
M.O. : A
quel moment avez-vous choisi ?
PK : Au début
des années 60. Il fallait d'abord faire une année de chirurgie
générale. C'était l'époque de la guerre du Vietnam
et j'ai été incorporé après cette année
de chirurgie générale. Heureusement, j'ai pu continuer mon éducation
et ma formation orthopédique dans les hôpitaux universitaires
militaires.
M.O. : Dans
quelle structure ?
PK : US Army
au Texas, au William Beaumont General Hospital.
M.O. : Avez-vous
été impliqué dans la guerre du Vietnam ?
PK : Oui, immédiatement
après la fin de mon internat en 1968. Mon arrivée était
au moment de l'offensive du Tet. Il y a eu des bombardements intenses et j'ai
dû attendre 3 jours avant d'être débarqué en terrain
hostile. C'était très éprouvant. Ensuite, j'ai été
nommé responsable au 91st Evacuation Hospital à Tuy-hoa,
situé entre Nanking et Keenion au sud de la mer de Chine.
M.O. : Quelles
étaient les lésions habituelles que vous traitiez ?
PK : On traitait
beaucoup de blessures par balle sur différentes parties du corps. Mais
on soignait également les civils. On prenait en charge toutes les blessures
des populations civiles de la région, ce qui nécessitait pas
mal de soins orthopédiques.
M.O. : Utilisiez-vous
des fixateurs externes ?
PK : En fait,
il fallait bricoler. Des broches noyées dans un plâtre nous servaient
de fixateur externe ; parfois on utilisait des tuteurs en bois. Et cela marchait
assez bien. Nous soignions également des enfants amputés partiellement
au niveau des pieds, à cause des mines.
M.O. : Dans
ce contexte de sauvetage, avez-vous beaucoup progressé en orthopédie
?
PK : Oh oui,
et je suis en fait devenu un spécialiste de l'amputation. Trois ans
après mon retour, je devenais chef du département amputation
au Valley Forge Hospital en Pensylvannie, l'un des plus grands hôpitaux
militaires. J'avais la responsabilité de 150 patients amputés.
M.O. : Trente
ans après, quel est votre sentiment sur cette guerre ?
PK : C'était
une guerre qui n'avait pas été très bien réfléchie.
Nous avons succédé aux français sans tirer les leçons
de leur échec. La plupart du temps, on bombardait la nuit sans voir
l'ennemi. Lorsque vous êtes médecin militaire, vous avez un engagement
et vous devez soigner les gens coûte que coûte. Sur un plan philosophique
je n'aimais pas cette guerre mais j'avais une mission à remplir.
M.O. : Comment
évoluez-vous sur le plan professionnel après l'armée
?
PK : J'ai cherché
à travailler dans des hôpitaux qui avaient des attaches universitaires.
J'ai choisi de rester à l'Est car j'aimais la région, proche
de New-York, de Philadelphie. Bien sûr, nous étions aux débuts
de l'arthroplastie, de la traumatologie moderne et de la médecine du
sport. La plupart des chirurgiens faisaient beaucoup de choses et n'y avait
pas de spécialisation. Je me suis intéressé à
l'arthroplastie prothétique, car cela représentait pour moi
le traitement des vrais problèmes.
M.O. : Avez-vous
eu des maîtres dans le domaine de l'arthroplastie ?
PK : Oui, le
Dr Everetts à Cleveland dans l'Ohio. C'était l'un des premiers
poseurs de Charnley au Etats-Unis et aussi le Dr. Charles Bechtel, un chirurgien
très connu à cette époque. Il y avait dans mon université
de Philadelphie des chirurgiens qui s'intéressaient particulièrement
à la polyarthrite rhumatoïde (PR) et qui avaient développés
leur implant comme par exemple une prothèse unicompartimentaire métal-métal.
J'avais moi-même acquis une bonne expérience de la PR au Texas.
Et comme il y avait beaucoup de patients rhumatoïdes avec une forte demande,
nous avons pu leur proposer l'arthroplastie prothétique du genou dès
que la technique s'est perfectionnée.
M.O. : A
quel moment avez-vous commencé à poser des prothèses
de genou pour des arthrites rhumatoïdes ?
PK : En 1972.
Nous utilisions alors la Marmor unicondylaire ou bicondylaire, la Geomedic
; puis au milieu des années 70 la Kinématic Condylar est arrivée,
puis la Total Condylar de John Insall
M.O. : Qu'en
pensiez-vous ?
PK : C'était
le début d'un développement très excitant, et nous apprenions
beaucoup sur le genou. Nous avions commencé avec des modèles
de type charnière. J'ai fait ma première prothèse totale
du genou pendant mon internat en 1964 avec la prothèse scandinave Waldius
et ensuite ce fut la Guépar.
J'ai continué
à utiliser les prothèses charnières aux début
des années 70 pour des déformations très sévères,
puis j'ai commencé à utiliser davantage les prothèses
plus développées que j'ai déjà mentionné
comme la Geomedic, la Total Condylar etc.. j'ai utilisé peut-être
10 sortes de prothèses dans les années 70. Ensuite, en 1980,
on m'a demandé d'étudier le concept du genou à plateau
mobile et donc j'ai travaillé sur cette conception très spéciale,
avec la possibilité de réaliser des unicompartimentaires, de
conserver les deux croisés ou le LCP ou encore de les sacrifier et
tout cela avec un système qui avait un dessin très particulier
et une partie mobile.
M.O. : Qui
vous a demandé ?
PK : Les concepteurs
; les docteurs Buechel et Pappas. Le Dr. Pappas en était l'ingénieur
concepteur. J'ai donc été impliqué dans le développement
de ce concept d'arthroplastie du genou et nous avons mis en route une étude
multicentrique. Les premières études cliniques pour la FDA (Food
and Drug Administration) ont été réalisées dans
26 centres différents, afin d'obtenir suffisamment de cas. Parce que
le concept du plateau mobile était si inquiétant à l'époque,
que cela nécessitait 4 analyses FDA.
«Jusque
là, une prothèse du genou était une prothèse du
genou et c'était la première fois qu'une évaluation était
exigée. La rigueur de la FDA nous a obligé à démontrer
que le concept était valable et viable.»
M.O. : Qu'avez-vous
pensé la première fois que vous avez vu cette prothèse
?
PK : J'ai été
immédiatement impressionné car à cette époque
je croyais que la conservation du LCP entraînait toujours des problèmes.
Le concept de la mobilité en gardant la stabilité était
très attrayant. Le fait également que le fémur et le
tibia prothétique étaient toujours bien articulés ensemble,
malgré la disproportion de tailles, représentait un énorme
pas en avant. En effet, les autres systèmes à plateau fixe ne
pouvaient pas réaliser cela, et souvent, vous aviez des fémurs
plus petits et des tibias plus gros.
M.O. : A
cette époque , il y avait 2 "ménisques" ou un seul plateau mobile
?
PK : Non, nous
avions le système complet dès le début. Nous avions l'uni
compartimentaire mobile, nous avions le modèle avec conservation des
deux croisés ou seulement du LCP, et également la plate forme
rotative pour les cas graves . Nous n'avions pas toutes les tailles, mais
toutes les idées étaient déjà là.
Ce nouveau système
était très excitant. On m'a demandé également
de commencer le développement de matériel ancillaire, et d'envisager
la meilleure approche pour réaliser des implantations correctes. J'avais
des réticences sur le remplacement de la rotule mais l'évaluation
de la rotule n'était pas incluse dans les études FDA. Je pouvais
donc choisir de "surfacer" ou de ne pas "surfacer" la rotule ce qui était
très interessant. A cette époque, nous venions à peine
de réaliser que le genou n'était pas une charnière, que
sa dynamique était complexe et que l'élément fondamental
était la rotation.
M.O. : Combien
de temps a duré cette étude sur le genou ?
PK : La première
étude a été faite en 1980. La fixation des genoux sans
ciment venait juste d'être proposée et donc de 1980 à
1984, tous les implants étaient cimentés. La 1ère
étude s'est terminée en juin 84 et avec 3 ou 4 chirurgiens nous
l'avons rapporté devant la FDA à Washington.
M.O. : Sur
combien de cas ?
PK : Sur 600
cas environ. J'avais moi-même probablement 80 à 90 cas et j'avais
même réalisé quelques vérifications arthroscopiques
afin de m'assurer du mouvement de la partie mobile.
M.O. : Vous
avez démarré l'arthroscopie à ce moment là ?
PK : J'ai commencé
l'arthroscopie en fait en 1975. Karl Storz a commencé à fabriquer
des arthroscopes en 1975 ; je m'en souviens car notre nouvel hôpital
venait d'ouvrir, et nous avons eu la permission d'en acheter un.
M.O. : Qu'avez-vous
vu en arthroscopie ?
PK : Lorsque
la pose était correcte, les «ménisques» se déplaçaient
normalement d'avant en arrière comme nous l'avions constaté
en scopie et qu'il n'y avait pas de conflit avec le LCA.
M.O. : Quelles
sont vos conclusions sur cette étude ?
PK : Très
bonnes. Sur l'ensemble des cas, nous avions 2% de luxation et quelques petits
problèmes techniques. Nous disposions d'un matériel ancillaire
très primitif. Parfois le tenseur n'était pas très précis,
mais dans l'ensemble c'était mieux que ce que nous espérions,
car nous démarrions un tout nouveau concept. Je n'avais pas eu de grosse
complication et en particulier pas de luxation. Bien entendu, plus tard sont
apparus les problèmes liés à l'usure.
Donc, dans l'ensemble
nous étions extrêmement contents de ces premières études.
En 1984 quand nous finissions l'étude avec la fixation cimentée,
la fixation sans ciment commençait a être acceptée. Ainsi,
immédiatement après avoir arrêté la première
étude, nous en avons commencé une autre avec tous les composants
sans ciment. En 93, pratiquement tous les nouveaux implants sans ciment furent
acceptés par la FDA. Et tout cela parce qu'à cette époque
nous pensions que le ciment posait un problème. Mais, comme vous le
savez, le problème n'est probablement pas le ciment, mais plutôt
le polyéthylène. Quoiqu'il en soit, pendant 9 ans, je crois
que je n'ai cimenté qu'un ou deux genou pour des cas très particuliers
et j'ai acquis ainsi une très bonne expérience du sans
ciment.
M.O. : Quels
étaient les modèles que vous utilisiez le plus, total ou unilatéral
?
PK : Seulement
5 à 10% d' unicondylaires. Pour les totales, je faisais initialement
plus de conservation du croisé postérieur avec un ratio 6/4.
M.O. : Pourtant,
vous pensiez qu'il valait mieux se débarrasser du ligament postérieur
?
PK : Oui et
je l'ai fait dans 40% des cas de ma première étude. Chaque fois
que le LCP ne me paraissait pas normal je le retirais. J'ai un peu changé
d'avis à la lumière de nouvelles études cinématiques.
L'analyse cinématique du genou est toujours délicate à
réaliser, mais les résultats sont meilleurs en l'absence du
LCP. Je suis impliqué dans 2 études avec les Drs Stiehl, Dennis
et Komistek. Il semble qu'il y ait plus de prévisibilité dans
les résultats lorsque vous enlevez le ligament croisé. Cela
dit, j'utilise toujours le modèle de prothèse à "ménisques"
mais avec un meilleur polyéthylène et en l'absence de grosse
déformation et pour les gens qui ont des ligaments croisés normaux.
La plupart de nos échecs étaient liés au polyéthylène.
Le plateau mobile rotatoire et maintenant la version A-P Glide disposent d'un
polyéthylène plus épais et d'une meilleure congruence,
toutefois je pense que la problèmatique de la conservation du LCP existera
toujours.
M.O. : Quelle
était l'épaisseur du polyéthylène au début
?
PK : L'épaisseur
minimale du polyéthylène proposée était d'environ
4,5 mm d'épaisseur, et nous avons été assez prudents
pour ne poser que des 6,5mm d'épaisseur. Mais comme Greenwald l'a démontré,
si vous avez une bonne congruence, l'épaisseur n'est qu'une partie
de l'équation. La congruence et l'épaisseur sont deux problèmes
différents.
M.O. : Quels
sont les freins des "ménisques" en polyethylène ?
PK : Les "ménisques"
en polyéthylène ont une embase en forme de queue d'aronde qui
s'engage dans le sillon antéro-postérieur du plateau métallique
; ce sillon a en coupe une forme de queue d'aronde. Ainsi les "ménisques"
peuvent se déplacer librement sans risque de luxation latérale
ou médiale. Ils ne peuvent aller que d'avant en arrière dans
le sillon et ils sont alors arrêtés par les parties molles. Le
réglage convenable de la tension des parties molles est un sujet sur
lequel nous avons toujours beaucoup insisté et qui est une des clés
du bon résultat.
M.O. : Comment
se sont produits les usures ?
PK : En fait,
les premiers échecs des prothèses à "ménisques"
étaient liés à un rebord trop fin du polyéthylène
et à un effet de levier qui s'exerçait vers l'arrière
lors de la flexion dans les cas où la réalisation des espaces
n'était pas convenable. L'usure postérieure et centrale finissait
par fissurer le "ménisque". Cela ne s'est pas produit avec le plateau
rotatif, car il possède une grande tige, et une importante épaisseur
de polyéthylène.
M.O. : Quelle
a été l'évolution ?
PK : A l'origine
les Docteurs Buechel et Pappas étaient les principaux concernés.
Puis au cours des années, il y a eu tout un mouvement à la recherche
de différents modèles. Il y a 10 ans le concept du A-P Glide
(glissement antéro-postérieur d'une plate-forme) s'est développé,
pour éviter les inconvénients du composant "ménisque"
de petite taille et profiter des avantages du gros plateau. Plus récemment,
en raison du succès du genou postéro-stabilisé, un groupe
de chirurgiens américains a évalué un modèle rotatoire
postéro-stabilisé pour combiner la rotation avec le recul du
condyle lors de la flexion c'est à dire le "roll back". Cette évolution
vient de la compréhension de l'importance de la rotation, qui est la
clé du plateau mobile. La question est de savoir si le "roll back"
est si important ? Nos études cliniques démontrent peut-être
que non, mais au laboratoire ou dans les études en fluoroscopie il
apparaît que cela procure une meilleure amplitude de flexion.
M.O. : Et
sur la rotule ?
PK : La rotule
a 20 ans de recul et a su résister à l'épreuve du temps.
Elle représente ce que la LCS a de meilleur. Je dois dire que la LCS,
dans son dessin, est la seule qui ait commencée par l'articulation
fémoro-patellaire. Tous les autres genoux prothétiques ont été
conçus d'abord par la fémoro-tibiale. Je pense que la raison
pour laquelle la course rotulienne est si bonne dans la LCS est que cette
prothèse a été conçue autour de l'articulation
fémoro-patellaire.
M.O. : Vous
n'avez jamais pensé vous défaire de cette arthroplastie de la
rotule ?
PK : Oui bien
sûr, très tôt j'ai commencé à analyser les
prothèses avec rotules non "surfacée" que je posais car à
cette époque les complications rotuliennes étaient sévères.
La prothèse rotulienne de la LCS est une rotule mobile, mais il semble
que les résultats soient bons avec ou sans le "resurfacing"..
M.O. : Avez-vous
participé aux modifications de cette prothèse ?
PK : J'ai été
indirectement impliqué dans les changements. Ma principale contribution
durant ces années a été d'optimiser les voies d'abord
et les instrumentations et de contribuer à de petites variations autour
du concept d'origine. Le Dr Pappas était un ingénieur mécanicien
et non un bio-ingénieur, et en 1976, lorsqu'il nous a parlé
de contraintes minimales, personne ne s'y intéressait. Il a vraiment
introduit ce concept important, en se disant que ce qui ne marchait pas pour
un avion, ne pouvait pas marcher dans le corps humain. Ce concept de faibles
contraintes constitue le génie de ce genou. Par conséquent,
nos modifications ultérieures ont été tout à fait
mineures.
M.O. : Pourquoi
n'utilisez-vous pas le voie d'abord antéro-interne comme tout le monde
?
PK : je l'ai
beaucoup fait. C'est comme cela que j'opérais les genu valgum, dans
les années 1970, mais je n'étais jamais vraiment satisfait car
je n'avais pas une exposition correcte. Jusqu'au jour où j'ai commencé
une unicompartimentaire externe que j'ai été obligé de
totaliser... Cela remonte à 1980 et depuis j'ai décidé
d'aborder par voie externe les genu-valgum pour mieux m'exposer.
Le seul inconvénient
c'est que c'est un abord un peu plus difficile à apprendre. Mais on
rencontre des problèmes qui peuvent se résoudre et j'ai pu apprécier
au cours des années, les avantages de cette voie. J'ai progressivement
amélioré les problèmes de couverture auxquels on peut
être confronté mais il faut dire que par cette voie, la course
de la rotule et la stabilité globale sont garanties. Par ailleurs,
il y a de nombreux cas où les chirurgiens après un abord classique
interne sont obligé de faire des "releases" ligamentaires majeurs en
latéral ce qui est source de complications. Je vois encore régulièrement
dans ma région des résultats catastrophique de genu-valgum opérés
en utilisant l'abord interne. Enfin, la voie externe est intéressante
car elle donne un point de vue inhabituel sur l'articulation du genou.
M.O. : Etes-vous
pour le ciment ?
PK : Avec les
prothèses totales nous avons longtemps pensé que le ciment pouvait
être la réponse à tous les problèmes ; on pouvait
tout remplir avec du ciment sans se préoccuper de biologie. Puis nous
avons appris que le ciment, pour diverses raisons ne marchait pas toujours,
et nous nous sommes alors posé des questions et en particulier nous
avons envisagé la possibilité de fixation biologique des implants.
Il y avait en particulier à résoudre un problème d'insuffisance
osseuse chez les patients rhumatoïdes pour lequel j'ai proposé
la méthode d'impaction de greffon. Il s'agissait, dans les gros defects,
de faire des greffes cortico-spongieuses en étai sous la prothèse.
Mais, en cas d'insuffisance osseuse, même lorsque je cimente, j'utilise
l'impaction de greffon pour renforcer l'os et améliorer la réponse
biologique. C'est particulièrement vrai pour les malade rhumatoïdes
chez lesquels le doigt de l'opérateur peut littéralement s'enfoncer
dans l'os.
M.O : Comment
traitez-vous les révisions des PTG ?
PK : J'utilise
quasi tout le temps la LCS sauf dans les cas de grande instabilité.
Cela permet d'éviter une fixation diaphysaire. Le problème c'est
surtout la tension des partie molles en flexion/extension. La plupart du temps
on peut s'en sortir avec des composant standards mais en cas de doute il faut
recourir à la tige tibiale de révision.
M.O. : Que
pensez-vous des coins métalliques ?
PK : Je pense
qu'ils sont largement utilisés. J'étais très focalisé
sur les greffons avant l'arrivée des coins, et j'avais pas mal de réticences
à les utiliser. Mais à présent je m'en sers volontiers
et lorsque je suis confronté à de larges défects, je
combine parfois les deux : greffe et coin métallique. Mais ces coins
ne peuvent suffire seuls à assurer la stabilité de la prothèse,
il faut également une tige et une bonne technique opératoire.
M.O. : Les
prothèses à "ménisques" sont-elles encore commercialisées
?
PK : Les deux
modèles, c'est-à-dire celui à unique plateau mobile et
celui à "ménisques" existent toujours. Le modèle à
"ménisques" est beaucoup plus sophistiqué car il donne des mouvements
indépendants de chaque plateau. C'est plus précis, plus naturel.
Sur un plan clinique, nous avons observé beaucoup de bons résultats.
Après 15 ans, le LCP fonctionne toujours. Le problème à
terme fut l'augmentation des échecs liés à l'usure. Les
"ménisques" sont plus petits et chez les patients les plus lourds,
il y a eu un réel problème d'usure du polyéthylène,
et ce d'autant que la qualité du polyéthylène n'était
pas toujours irréprochable.
M.O. : Que
pensez-vous de la chirurgie assistée par ordinateur ?
PK : Il faut
faire la différence entre la robotique et la navigation.
Il y a véritablement
une place pour les outils de navigation chirurgicale. Cependant, pour la fixation
des implants on peut se poser des questions sur les bénéfices
obtenus compte tenu du coût et du temps passé mais je pense qu'il
y aura un véritable
plus pour la création des écarts en flexion-extension. Ils devraient
nous donner
les quelques degrés de précision qui nous manquent encore avec
l'ancillaire conventionnel.
M.O. : Les
ancillaires contrôlent la stabilité en flexion et en extension,
mais que se passe-t-il à 45° ?
PK : Je pense
que c'est une bonne remarque, mais comment les systèmes de navigation
pourront-il nous aider à 45° ? C'est là où nous
pensons que le plateau mobile a toute sa valeur. Avec un plateau mobile la
congruence est constante et la stabilité à mi-flexion demeure.
Dans les grandes déformations, il suffit d'avoir de petites imprécisions
sur le versant tibial et aussi sur le versant fémoral pour que les
ennuis commencent. Ce dont nous avons besoin ce sont des prothèses
qui pardonnent les petites fautes. Et les prothèses à plateau
mobile pardonnent !
M.O. : Dans
une situation de reprise, avec un genou raide, comment vous exposez vous ?
PK : Je commence
par agrandir mon incision en proximal et en cas de difficulté je fais
des pré-coupes osseuses. Si cela ne suffit pas je fais alors une ostéotomie
de la tubérosité tibiale antérieure. Je préfère
cette option à la section du tendon quadricipital.
M.O. : Une
fois que vous avez fait votre ostéotomie de la TTA comment la fixez-vous
?
PK : Je la fixe
habituellement avec des vis obliques. Je n'ai pas eu une bonne expérience
avec les sutures.
M.O. : Quand
commencez-vous la rééducation de vos genoux après prothèse
?
PK : Dans la
salle de réveil. Mon pourcentage de mobilisation sous AG est de moins
de 5%.
M.O. : Et
quel est le meilleur moment pour une mobilisation ?
PK : Je pense
que le meilleur moment est entre 6 et 12 semaines, mais dans certains cas,
j'ai été amené à mobiliser au 6ème
mois et curieusement cela a bien marché...
M.O. : Vous
voyagez beaucoup ?
PK : Oui et
je suis venu en France très souvent. Depuis longtemps les chirurgiens
français sont intéressés par les plateaux mobiles. En
fait, j'ai fait la connaissance de plus de 200 chirurgiens français
qui sont venu me visiter aux Etats-Unis, et j'en ai rencontré au moins
autant en France. C'est ainsi que j'ai connu Yves Catonné. Nous nous
sommes rapprochés grâce à mes travaux sur la voie d'abord
externe.
M.O. : Que
pensez-vous de La Martinique ?
PK : C'est unique.
Le congrès est magnifique et traite de beaucoup de sujets. Je pense
qu'il faut féliciter Yves pour cette organisation. Par la variété
des sujets traités et la volonté d'enseignement c'est un congrès
qui évoque celui de l'American Academy.