| Les
noms dArlet et de Ficat sont de par le monde orthopédique
indéfectiblement liés à la classification des nécroses
de hanche. Jacques Arlet, un clinicien chercheur, enseignant,
pétri de qualités humaines, nous raconte avec simplicité
le chemin qui la conduit à la Rhumatologie à une
époque où cette spécialité nétait
pas développée. Il nous montre quà la base
de travaux fondamentaux, il ny a pas forcément de lourdes
structures de recherche. |

M.O.
: Vous avez été Professeur de Rhumatologie à la Faculté
de Médecine de Toulouse pendant plus de trente ans. Comment était
la rhumatologie lorsque vous étiez Interne en médecine ?
J. A. : Je suis obligé de corriger un peu la question dancienneté.
Jai enseigné la rhumatologie pendant plus de trente ans, cest
vrai, mais je nai été Professeur que pendant vingt ans.
Jai dabord été Médecin des Hôpitaux,
à partir de 1959. Je moccupe en fait de rhumatologie depuis presque
cinquante ans, puisque jai commencé à installer un Service
de Rhumatologie alors que jétais Interne dans un Service de Médecine
Générale à Purpan en 1947. Mais cette spécialité
nexistait pas officiellement. Il y avait quelques parisiens qui avaient
orienté lactivité hospitalière sur la Rhumatologie
comme De Seze et comme Coste et Lièvre ; par ailleurs il y avait une
activité rhumatologique de haut niveau clinique à Aix-les-Bains.
Si bien que lorsque jai décidé de me spécialiser
en Rhumatologie, je suis allé à Paris et à Aix-les-Bains.
Pendant quelques mois jai fait cet apprentissage indispensable, ce parcours
incontournable.
M.O. : Pourquoi avoir choisi cette spécialité ?
J. A. : Mon Maître Riser, voulait que je fasse de la Psychiatrie
mais ça na pas duré longtemps, ce nétait
vraiment pas pour moi. Je voulais faire une spécialité et certaines
spécialités commençaient à être encombrées
: la pneumologie bien entendu depuis longtemps, et la cardiologie qui commençait
à être prise en charge par un certain nombre damis ou de
jeunes Maîtres. Alors comme la spécialité «appareil
locomoteur» ou «rhumatologie» nexistait pas, jai
décidé de faire ça. En fait, jétais un peu
ambitieux, un petit peu imprudent car je voulais être à la fois
médecin et chirurgien de lappareil locomoteur. Mais jétais
déjà assez âgé, javais passé linternat
tardivement et cétait impossible de faire les deux à la
fois. Javais déjà une famille sur les bras, donc il fallait
que jaille plus vite et jai abandonné la chirurgie.
M.O. : A quelle pathologie la Rhumatologie sadressait-elle
dans les années 50 ?
J. A. : Cétait une spécialité très
très vaste et cest ce qui en faisait lintérêt.
Cétait passionnant parce quau fond on sintéressait
à tout lappareil locomoteur, toutes les structures ostéo-articulaires
et par exemple aussi bien à la polyarthrite rhumatoïde quaux
tendinites, aussi bien à la sciatique quà la maladie de
Kahler, car il y avait un certain nombre de maladies un peu marginales qui
nintéressaient personne. Je me rappelle que Riser (et Dieu sait
si jai de ladmiration pour Marcel Riser) ne pouvait pas supporter
la sciatique, ça ne lintéressait absolument pas. Les rhumatologues
sen étaient alors emparé avec Forestier avec De Seze et
donc je me suis emparé aussi de la sciatique que jai trouvée
tout à fait passionnante à traiter, parce quen fait son
traitement est surtout médical, un traitement de soins physiques. Bien
entendu, je me suis occupé de la polyarthrite qui nintéressait
personne et qui était très méconnue. Le diagnostic de
polyarthrite était à peine porté par les médecins
internistes, même par les meilleurs ; ils pensaient au rhumatisme articulaire
aigu, à des infections articulaires, à la tuberculose mais assez
peu à la polyarthrite. Et cela à tel point que je suis allé
chercher dans les hospices des malades qui avaient des polyarthrites chroniques
assez invalidantes et je les ai installés dans le Service de mon Maître
Roques. A ce moment-là, nous avions changé dHôpital,
nous étions passés de lHôtel-Dieu à Purpan
et on a disposé dun espace considérable à remplir.
Chaque service de Médecine Interne avait trois étages de salles,
sans laboratoire, sans bureau pour les examens et rien pour les médecins,
rien du tout. Le père Roques mavait dit : «Écoutez,
vous vous intéressez à la rhumatologie, moi, ça mintéresse
aussi ! Vous pourriez essayer doccuper les salles du haut avec des rhumatisants,
ça nous aiderait à remplir le service» Nous en étions
là. Et cest comme ça que jai eu carte blanche alors
que je nétais quinterne, pour installer là un petit
service de Rhumatologie avec des polyarthrites, avec des sciatiques, avec
tout ce qui tourne autour, rhumatismes inflammatoires et dégénératifs.
M.O. : Et sur le plan thérapeutique, de quels moyens disposiez-vous
à lépoque ?
J. A. : En matière de traitement anti-inflammatoire on navait
pas grand chose dautre que lAspirine, mais en 49 on a vu apparaître
la Cortisone, ce qui fut une véritable révolution . Je peux
parler dailleurs de la première expérience de la Cortisone
sur la polyarthrite que jai été chargé de conduire
à Toulouse puisque lon avait reçu un petit stock de Cortisone
quil fallait utiliser avec des normes et une surveillance très
précise. Jai été frappé à lépoque
par le fait quun certain nombre de malades quon avait traités
pendant vingt jours restaient guéris. Cela mavait intrigué
beaucoup plus que de les voir rechuter car nous savions quils rechutaient.
Donc un certain nombre restaient guéris et ce fait mest resté
dans la tête, et cest comme ça que, petit à petit,
on est arrivé à lassaut cortisonique moyennement fort
qui donne un coup darrêt vraiment durable à beaucoup de
polyarthrites. Puis la Butazolidine est arrivée assez vite avec sa
remarquable efficacité. Soyons honnêtes, quels sont les traitements
anti-inflammatoires, les plus efficaces sont la Cortisone et la Butozolidine,
à mon avis il ny a pas mieux.... Comme traitement de fond évidemment,
on avait les Sels dOr. Les américains nen faisaient pas,
maintenant ils en font. Les Sels dOr, ça dure et cest une
très belle invention. Avant la guerre, Forestier les a utilisés
pour la première fois de façon très précise et
systématique dans les polyarthrites. Il a donc fait les premiers travaux
importants qui ont été aussitôt adoptés par les
anglais et les allemands, mais pas par les américains bien quil
soit allé leur présenter ses résultats en 37-38.
M.O. : Avez-vous limpression sur le plan thérapeutique
que des progrès fondamentaux ont été faits ces dix dernières
années ?
J. A. : Oui, il y a eu des progrès depuis que jai commencé
à faire de la rhumatologie, des progrès incontestables. Les
trois plus notables à mon avis sont premièrement la prévention
du rhumatisme articulaire aigu, que nous voyions encore dans les années
50 et quon ne voit plus. Deuxièmement le contrôle de lhyperuricémie
qui permet de contrôler la goutte. En 1950, javais vu 100 cas
de goutte avec mon ami Charles Laporte alors quelle avait disparu pendant
la guerre, peut être la cause du régime que nous imposaient les
allemands, car elle a réapparu très fort après guerre.
Le troisième progrès fondamental, cest la prothèse,
en particulier la prothèse de hanche.
Quant aux médicaments rhumatologiques, il ny a pas eu de médicaments
miracles aussi importants que la Cortisone, mais on sait manier la Cortisone
mieux quavant, on en connaît ses dangers, on connaît ses
limites, on manie également mieux les anti-inflammatoires, on manie
aussi beaucoup mieux les antimitotiques qui sont utilisés pour les
rhumatismes inflammatoires. Il y a aussi des progrès dans le domaine
des maladies osseuses avec la Calcitonine et les Biphosphonates indiscutablement.
M.O. : Vous avez semble-t-il fait un couple très uni et
très efficace avec Paul Ficat. Comment lavez-vous connu ?
J. A. : ça remonte au moment où jai été
un peu abandonné par le Professeur de médecine qui avait succédé
à mon patron, et qui ne voulait plus de moi. Monsieur Ducuing alors
ma recueilli. En particulier, il ma permis dinstaller un
petit laboratoire détude sur le liquide synovial, quelque chose
qui ne se faisait pas et que javais appris aux Etats-Unis en 1952. Quand
je suis rentré, jai donc installé un petit laboratoire
avec laide dune petite bourse de lInstitut National dHygiène,
(un organisme qui précédait lINSERM). Javais touché
un microscope et je travaillais avec un garçon espagnol qui était
très habile du point de vue manipulation. Paul Ficat, élève
de Ducuing, venait dans ce laboratoire; nous avons commencé à
travailler ensemble et à faire un peu de recherche. Un jour Ducuing
nous a dit : «Vous savez, la pathologie vasculaire de los, je suis
sûr que cest important, vous devriez vous en occuper». A
Toulouse on savait déjà faire beaucoup de choses dans ce domaine
comme la veinographie per-osseuse et lartériographie. Je suis
allé passer quelques mois, en Angleterre à Oxford, dans le Service
du Professeur Trueta qui a été le pionnier de laventure
de la vascularisation osseuse et qui a mis le doigt sur limportance
de la circulation osseuse dans toute la pathologie de los et de lappareil
locomoteur. Jai appris à faire des artériographies intra-osseuses,
jai appris lanatomie et la physiologie de la circulation intra-osseuse
et en rentrant jai commencé à travailler cette question
avec Paul Ficat, alors ladjoint de Rieunau. Lorsque Ficat a eu un Service
et quil a été patron lui-même, il a eu la gentillesse
de favoriser aussi mon installation au-dessous de chez lui dans un Service
de Rhumatologie. Donc nous avons été à ce moment-là
les deux doigts de la main. Il y avait en même temps dailleurs
un service de Rééducation au rez-de-chaussée de lHôtel-Dieu,
cétait merveilleux, il y avait tout un ensemble quon a
carrément appelé un département de pathologie ostéo-articulaire.
Je dois que la chirurgie mintéressait beaucoup. A tel point quil
marrivait assez souvent de dire à Ficat : «Il faudrait peut
être opérer ce malade» et Ficat répondait : «Non,
il ne faut pas opérer». Cétait moi qui poussait à
la roue et Ficat qui freinait, cétait peut être un peu
paradoxal mais cétait ainsi.
M.O. : Dans les années 60, face à une hanche douloureuse,
le diagnostic de nécrose était-il souvent évoqué
?
J. A. : Non, sûrement pas. On commençait juste à
connaître un peu la nécrose, mais en fait, on recherchait dabord
une infection à germe banal, une tuberculose ou une métastase
et seulement ensuite une coxarthrose. Bien entendu cette dernière était
finalement dans la consultation de rhumatologie la maladie de la hanche la
plus fréquente. Puis de temps en temps on voyait un cas qui était
un petit peu bizarre et on évoquait le diagnostic de nécrose.
M.O. : Quel est lhistorique de la nécrose ?
J. A. : On sait que cest une maladie qui a été
décrite sur le plan anatomopathologique par les auteurs allemands,
en particulier par Koenig au début du siècle et même on
peut dire quils ont, dès le début, pensé que cétait
dû à une ischémie et même à une oblitération
artérielle, ce qui est lhypothèse qui est encore considérée
comme la plus probable. Mais je pense quon est passé à
côté du diagnostic pendant longtemps, et que les patients étaient
pris en charge dans le vaste cadre général de la coxarthrose
et des coxopathies chroniques. Donc il a fallu attendre les années
60 et à ce moment-là on peut dire que cest en France que
la nécrose a été recréée, quelle
a revécue une nouvelle jeunesse avec des descriptions cliniques très
précises et de très bonne qualité, faites essentiellement
à Paris. Ils ont presque tout dit, évoquant même la période
pré-radiologique mais en schématisant un peu.
M.O. : Comment sest développé votre interêt
pour la nécrose de hanche ?
J. A. : Ficat au lieu de faire un forage avec un foret plein a eu
lidée de faire un forage avec un foret creux et quand il a retiré
son foret, il a retiré en même temps la carotte osseuse. Voilà,
cest comme ça que ça sest passé . Il y avait
en fait un «mélange» de recherche thérapeutique, puisque
le forage avait déjà été décrit à
Lyon, en particulier par Duvernet, dans les coxarthroses et de recherche histopathologique.
Je dois dire que, là, lexistence de mon petit laboratoire de
rien du tout mais qui permettait quand même de faire des études
de synoviales et dos décalcifié au microscope, a permis
assez rapidement de décrire les lésions de la nécrose
à tous les stades et donc de réactualiser, de rajeunir un peu
toute cette question. Notre apport majeur, cest essentiellement lhistopathologie,
la notion que la nécrose commence alors quil ny a pas de
signe radiologique, ce qui est devenu une évidence, mais ce qui a été
très contesté pendant longtemps.
M.O. : Votre classification comprend quatre stades parce quelle
inclue le fameux stade pré-radiologique. Avez-vous toujours décrit
ce stade ou est-ce un rajout ultérieur ?
J. A. : Non, non, le stade I on la toujours décrit parce
quil nous a toujours paru essentiel. Le reste étant assez banal
finalement, parce que lorsquon commence à voir apparaître
les signes radiologiques le diagnostic est rapidement évoqué,
et puis lorsquil y a un affaissement, bon, cest terminé,
le diagnostic est sûr et malheureusement le pronostic aussi. Donc, le
stade I purement histologique cétait ça le point essentiel,
cest ça notre apport et cest sur ce sujet quon a
été très contesté. Mon ami Mazabraud qui est un
des spécialistes de lhistopathologie osseuse est venu passer
une journée entière à Toulouse et il a passé des
heures à regarder nos coupes en concluant : «Ben oui, tu as raison
effectivement». Mais pour beaucoup, cétait une autre maladie.
Maintenant depuis que lIRM est arrivée, plus personne ne discute
cette notion et ce qui nous a paru essentiel cest justement quon
pouvait peut être guérir les malades à ce stade.
M.O. : En fait, vous avez été accusé au stade
I de forer beaucoup dalgodystrophies et lIRM maintenant nous montre
quelles existent mais en nombre relativement faible par rapport aux
nécroses.
J. A. : Oui, cette question dalgodystrophie est très
intéressante, très importante parce quelle revient à
lordre du jour étant donné que les chirurgiens autrichiens
autour dHoffman et de lanatomopathologiste Plenk disent : «Mais
vous savez, les algodystrophies, cest le stade I de la nécrose,
pas dans tous les cas, mais dans un certain nombre de cas» et ils ajoutent
: Pourquoi ne pas les forer puisque grâce au forage on supprime
les douleurs immédiatement et donc on les guérit plus vite.
A la première proposition, je réponds : «Non, je ne crois
pas que lalgodystrophie soit le stade I de la nécrose» et
jai discuté pendant des heures avec Hoffman et avec Plenk à
ce sujet. Dailleurs, lhistopathologie des algodystrophies est
totalement différente de lhistopathologie de la nécrose
au stade I telle que nous lavons décrite et qui est le plus souvent
une lésion de nécrose diffuse de la moëlle et non oedème,
fibrose, ostéoïdose que lon voit dans lalgodystrophie.
Il y a là aussi un fait qui na pas été très
bien compris par mes amis français. Je peux affirmer que ce sont deux
maladies différentes même sil y a un contexte qui fait
quelles sont peut être liées dans certain cas et que les
circonstances étiologiques sont quelquefois assez proches.
M.O. : Puisque nous en sommes à lhistologie, est-ce
quil y a une corrélation entre la classification histologique
des nécroses et la classification radiologique ?
J. A. : Cest un problème plus difficile, je vais expliquer
pourquoi. Dabord je réponds à la question. «Oui,
en gros, il y a une relation entre les stades radiologiques et les stades
pathologiques mais pas toujours. Et pourquoi ? Mon explication est la suivante.
Premièrement nous nous basons sur des forages, cest-à-dire
sur une partie seulement de la tête fémorale et ce nest
pas toujours au bon endroit que lon fait le forage nest-ce pas
? Deuxièmement il faut savoir que les stades radiologiques qui sont
actuellement complétés par les stades en résonance magnétique
nucléaire ne peuvent pas nous donner authentiquement un diagnostic
histopathologique. On a tort de dire : voilà létendue
de la nécrose, sur une radiographie ou sur une image de résonance
magnétique nucléaire car se sont des images indirectes mais
absolument pas de lhistologie et donc, quand on veut faire la mesure
du volume ou de lextension de la nécrose, cest très
approximatif. La zone qui est située au-dessus de cette fameuse limite
entre le mort et le vif nest pas toujours morte de façon définitive.
Je ne crois pas que lon puisse dire que tout est séquestré.
Il y a là un problème difficile qui nest pas bien résolu.
M.O. : Il semble maintenant admis que les très petites
nécroses névoluent pas vers la fracture et que les grandes
nécroses, cest à dire de plus de 50% évoluent presque
toujours vers la fracture. Quen pensez-vous ?
J. A. : Je suis daccord avec la notion de volume qui explique
en partie le pronostic, mais il ne faut pas trop semballer. Il est sûr
que si le forage réussit cest peut être aussi parce que
lévolution naturelle dun foyer de nécrose modeste
se fait vers la guérison. Cest le cas des kystes à distance
de la surface articulaire : ou bien ces kystes restent stables ou bien même
ils guérissent éventuellement. Dun autre côté,
sil y a des lésions très importantes, est-ce quelles
guérissent ? Malheureusement, je ne suis pas de lépoque
où lon faisait systématiquement la mensuration du volume
de la nécrose, donc je nai personnellement pas de documents très
précis mais jai le souvenir de lésions apparemment importantes
sur les images radiologiques et qui ont guéri avec le forage.
M.O. : On associe aujourdhui au forage de nouvelles techniques
comme une autogreffe osseuse, une autogreffe vascularisée, un comblement
avec du ciment, une stimulation électrique de lostéogénèse,
une injection de moëlle autologue, voire une injection de protéine
ostéo-inductrice. Quen pensez vous ?
J. A. : Je crois évidemment quil y a des choses importantes
dans tout cela, mais cela dépend du stade. Je ne suis pas sûr
que lon améliore beaucoup les résultats du forage au stade
I. Les statistiques de Steinberg qui est celui qui a fait le plus de forage
avec greffon - elles sont tout à fait intéressantes et importantes
- ne sont pas très différentes du forage simple au stade I quant
aux résultats. En ce qui concerne linjection de produit ostéo-inducteur,
je trouve que cest très intéressant et jattends
les résultats. Alors, en ce qui concerne la greffe vascularisée,
je ne suis pas sûr que ce soit vraiment utile de faire ça au
stade I, par contre au stade II avec des lésions radiologiques qui
paraissent volumineuses et à condition de ne pas perforer justement
la coque qui est encore en bon état, je crois que cette technique mérite
dêtre poursuivie mais entre des mains expertes et habiles, parce
que cest quand même une technique difficile.
M.O. : Quest-ce que lA.R.C.O. ?
J. A. : Cest lAssociation de Recherche sur la Circulation
Osseuse. On a beaucoup discuté sur ce sigle lors de la réunion
fondatrice à Londres en 1989 et nous avons abouti à cette solution
car elle fonctionne aussi en anglais : Association Research Circulation Osseus.
Elle a été acceptée par tous, il y avait des français,
des anglais, des japonais, des américains. Cest une fondation
de recherche, mais de recherche clinique aussi bien quexpérimentale.
Il y a dans cette association des cliniciens, des chirurgiens orthopédistes
qui ne font pas beaucoup de recherche et des chercheurs purs qui font des
recherches de physiologie expérimentale et des recherches de médecine
nucléaire, etc... et même des hématologistes. Cest
très vaste et ce nest pas uniquement centré sur la nécrose
osseuse. En fait, cest toute la pathologie osseuse et toute la physiologie
de la circulation intra-osseuse qui sont en cause car on peut dire que dans
toute pathologie osseuse il y a intervention de la circulation. Nous sommes
environ 200 dans cette Association que jai présidée pendant
cinq ans. Mon successeur a été John-Paul Jones, chirurgien orthopédiste
en Californie. Actuellement, le Président est un Hollandais, Gardeniers,
chirurgien orthopédiste. Cette association est cosmopolite avec une
assez bonne quantité daméricains et il y a beaucoup de
gens dextrême-orient : japonais, coréens et même
quelques chinois et quelques gens de Singapour.
M.O. : Où aura lieu la prochaine réunion de lA.R.C.O.
?
J. A. : La prochaine réunion de lA.R.C.O. aura lieu
en avril 99 à Sydney en Australie organisée par les Pr Cheras
et Ghosh et puis en principe il y aura une réunion autour de lan
2000 à Toulouse. LA.R.C.O. se réunit une fois par an,
elle est très ouverte en ce sens quon invite tous ceux que ça
intéresse. Il y a toujours des auditeurs qui ne sont pas membres. Dautre
part, lA.R.C.O. publie un bulletin deux fois par an ; ce bulletin est
très intéressant sur les innovations, sur les travaux en cours
et puis il y a des résumés qui sont très précieux
et qui font le tour de tout ce qui se publie dans le monde dans le domaine
de la circulation osseuse, et en particulier de la nécrose, mais aussi
des maladies voisines. Par conséquent, avoir la collection complète
des bulletins de lA.R.C.O. - il y a un thésaurus, il y a un index
- cest pouvoir se référer à des centaines darticles
sur la circulation osseuse. Comme lA.R.C.O. est une Association très
moderne, si vous voulez en savoir plus, éventuellement vous abonner,
il vous suffit par internet de faire : http://www-sv.cict.fr/arco.
M.O. : Vous avez écrit un livre sur la vie de Forestier.
Limportance des travaux de ce chercheur a-t-elle été reconnue
à sa juste valeur ?
J. A. : Eh bien, je le crois oui, et jen donne pour preuve
ce qui sest passé lors dun congrès international
de rhumatologie de San Francisco dans les années 70. Ce Congrès
a commencé par un hommage, spectaculaire à Jacques Forestier
avec un film sur grand écran, etc... et je crois effectivement quen
dehors de son rôle accompagnateur de son père dans la création
de la Ligue Européenne contre le Rhumatisme, il a apporté des
informations essentielles dans le domaine de la rhumatologie et contribué
à des progrès formidables aussi bien dans le traitement par
les Sels dOr que dans le diagnostic et dans la description de maladies
nouvelles comme lhyperostose ankylosante ou comme la pseudo-polyarthrite
rhizomélique. Cétait un homme de grande qualité
humaine et un clinicien tout à fait hors pair et je crois que ceci
a été reconnu par les rhumatologues du monde entier.
M.O. : Vous êtes un Professeur Toulousain sans accent, pourquoi
?
J. A. : Eh bien parce que je ne suis pas né à Toulouse.
Je ne suis pas né dans le midi bien que mes parents soient du Périgord,
lun et lautre, mais jai été élevé
dans lEst et à Paris. Je navais aucune raison de prendre
laccent, mes parents ne lavaient pas non plus. Je ne lai
pas trop pris depuis que je suis à Toulouse, bien que jai adopté
avec beaucoup denthousiasme les habitudes toulousaines dans lensemble.
M.O. : Vous êtes à la retraite mais vous organisez
des congrès internationaux sur la Circulation Osseuse et la Nécrose.
Avez-vous le temps de prendre des loisirs ?
J. A. : Mon activité a beaucoup diminué, aussi bien
en ce qui concerne lactivité hospitalière, puisquelle
est maintenant nulle, que lactivité dans le cadre des Congrès.
Ca fait maintenant un ou deux ans que je ne men occupe plus. Auparavant,
alors que je navais plus dactivité hospitalière,
je moccupais du bulletin de lA.R.C.O. et je faisais une grande
partie des analyses, des articles mais maintenant tout ceci est terminé.
De toute façon à partir du moment où jai quitté
lhôpital jai eu quand même beaucoup plus de temps
libre.
M.O. : Quen faites-vous ?
J. A. : Eh bien, je lis, je marche, je fais un peu de montagne, et
puis je me suis mis à écrire depuis quelques années,
et à peindre. Je peins depuis longtemps, enfin je faisais ça
surtout lété au cours des trois semaines de vacances que
je prenais. Maintenant mon activité préférée,
cest lire et écrire, autre chose que de la médecine et
puis peindre, puisque je marche moins.
M.O. : Il parait que vous faites des conférences sur Simenon.
Quest-ce qui vous a attiré vers ce romancier ?
J. A. : Je ne suis pas le seul à aimer Simenon. Il y a des
précédents. Gide le considérait comme un des plus grands
romanciers contemporains. Jaime beaucoup Simenon parce que je trouve
que cest pas uniquement un auteur de romans policiers, cest un
fin psychologue, connaisseur de lâme humaine, il fait partie de
ces extraordinaires romanciers dont on a limpression quils ont
tout vu, tout su ; on se demande sils ont un cerveau à part.
Il se trouve aussi que dans Simenon il y a beaucoup de médecins. Simenon
aimait bien les médecins, il avait des amis médecins en grand
nombre. Je me suis amusé sur une centaine doeuvres de Simenon
à extraire les personnages médicaux, les portraits de médecins
quil a faits. Il a fait des portraits de toute sorte de médecin,
depuis le médecin de campagne, jusquau médecin légiste,
en passant par les patrons, etc... toujours assez remarquables.
M.O. : Quels ouvrages non médicaux avez-vous déjà
publiés ?
J. A. : Javais écrit des contes mais qui nont
jamais été publiés et que jai rédigé
pour la famille. Le premier ouvrage que jai publié, cest
la biographie de Jacques Forestier. Cela ma beaucoup intéressé
et à partir de ce moment-là, jai décidé
que jallais écrire autre chose que de la médecine ; parce
que dans la biographie de Jacques Forestier, il y a deux chapitres médicaux,
mais tout le reste cest sa vie et Dieu sait si elle était riche
dautres choses. Puis, jai écrit une deuxième biographie,
celle dun curé tout à fait extraordinaire, Casy Rivières,
que je connaissais, que javais rencontré et avec lequel je devais
dailleurs faire un petit bouquin en forme de dialogue. Mais il est mort
et donc jai écrit sa vie parce que lon ma confié
toutes les lettres décrivains célèbres quil
avait reçues. Ce livre a eu un certain succès. Ensuite jai
voulu continuer dans le domaine de la biographie mais je me suis finalement
enfoncé dans lhistoire des gens à Toulouse, lhistoire
de Toulouse au XIXème siècle. Jai fait un premier livre
sur la vie à Toulouse sous Louis Philippe, un deuxième livre
sur le Second Empire à Toulouse et maintenant jétudie,
pour faire un troisième livre, la vie à Toulouse autour de 1900
à la Belle Epoque, que jespère sortir, si Dieu me prête
vie, aux environs de lan 2000.
M.O. : Pensez-vous que les études de médecine devraient
être ouvertes plus largement aux étudiants ayant par exemple
un Baccalauréat littéraire ?
J. A. : Oui, à ça je réponds oui, sans conteste.
Jai fait, mais à lépoque cétait plus
facile, le double bachot, bachot math et bachot philo. Jétais
donc assez bon en math mais je pense que le niveau de ma classe nétait
pas terrible ! Je peux dire que je ne me suis pas servi des mathématiques
dans mon métier de médecin et que jaurai eu du mal à
men servir. Il mest arrivé quand même de demander
le secours de quelques statisticiens. Je pense que la rigueur scientifique
dans ce domaine médical, qui est la même rigueur que la rigueur
dans le domaine biologique, nest pas la même que la rigueur mathématique.
Cest une rigueur avec une part dapproximation et cette part dapproximation
cest très important den tenir compte, comme en philosophie.
Donc je pense que rigueur scientifique = honnêteté scientifique,
cest la même chose nest-ce pas ? Et cette honnêteté
on lapprend dans le Français, on lapprend dans le Latin,
on lapprend dans lHistoire, sérieusement, avec de bons
professeurs, et je pense que cela contribue à faire un bon médecin.