Heinz WAGNER est une figure imposante de la chirurgie orthopédique germanique.
Ses innovations ont été marquantes dans plusieurs domaines de notre spécialité.
Au terme dune carrière particulièrement bien remplie,
il nous fait part de son expérience et de sa vision de lorthopédie. |
M.O.
: Que pensez-vous du couple de friction articulaire métal-métal ?
H.W. : Les résultats précoces spectaculaires des prothèses totales de hanche nous ont encouragé à y recourir chez les jeunes patients et cest pourquoi nous sommes actuellement confrontés au descellement aseptique qui représente la complication tardive majeure. Compte tenu du nombre croissant de cas, nous pouvons même parler dune épidémie mondiale de descellement aseptique. Récemment il a été montré que la cause de ce descellement était la résorption osseuse elle-même provoquée par les particules de polyéthylène libérées par le fonctionnement de larticulation prothétique. Cest très déprimant pour nous les chirurgiens qui faisons de notre mieux pour nos patients de constater que douze ou quinze ans plus tard les prothèses se descellent uniquement parce que nous avons utilisé des matériaux inap-propriés. Et ces dernières années nous avons été à la recherche de matériaux moins susceptibles de libérer des débris articulaires. Patricia Campbell, une très sérieuse chercheuse de Los Angeles a fait des mesures sur ces débris dusure et elle a trouvé quune prothèse totale de hanche avec un cotyle en polyéthylène libère 370 000 particules à chaque pas. Cest un chiffre effrayant qui souligne aussi la petite taille de ces particules. Des mesures tribologiques ont été faites et ont montré que les couples céramique-céramique et métal-métal ont un très faible taux de libération de particules et si il est exact que la libération des particules est la cause du descellement, le recours à ces couples de friction devrait améliorer la longévité des prothèses.
M.O.
: Pourquoi ne pas préférer le couple céramique-céramique ?
H.W. : Chacun des deux couples à ses avantages et ses désavantages. Le couple céramique-céramique est répandu en France, mais il a probablement trois grands inconvénients. Le premier cest quil est cassant. Il est dur comme du verre mais comme lui il peut casser. Cette rupture nest pas fréquente mais quand elle se produit cest une catastrophe pour le patient. Deuxièmement, les conditions tribologiques de la céramique sont bonnes si la tête est suffisament couverte. Mais en cas de cotyle fuyant, il se produit un transfert de charge équatorial et le taux dusure augmente considérablement. Le troisième inconvénient est dû à la fragilité de la céramique ; il nest pas possible de faire de petits cotyles pour des petites hanches ou pour des pays où la demande en cotyles de 44mm de diamètre est importante. Dun autre côté, avec le couple métal-métal nous avons la chance de bénéficier grâce aux anciens modèles dune expérience de 30 ans. Le taux déchec était très élevé en raison des techniques de fabrication limitées de lépoque. Par exemple pour la prothèse McKee, les deux composants étaient réalisés chez des fabricants différents et ne saccouplaient pas bien. Mais quand laccouplement avait été, par chance, bon, les prothèses ont duré 25 ans et plus sans le moindre signe dusure.
M.O.
: Et la libération des particules métalliques ?
H.W. : Les méthodes de mesure modernes sont tellement performantes que nous pouvons détecter dinfimes traces métalliques même chez des personnes qui nont pas de prothèse. Nous avons effectivement des mesures mais nous ne savons pas quen faire et quelle est leur valeur. Personne ne sest préoccupé des particules métalliques provenant des tiges cimentées alors que lon sait quune grande quantité en est libérée. La question est de savoir ce que deviennent ces particules : sont-elles excrétées dans les urines ou sont-elles stockées dans lorganisme? Ces questions devront être sérieusement abordées dans un futur proche.
M.O.
: Posez-vous des prothèses avec couple métal-métal ?
H.W. : Oui, jen ai posé plus de cinq cents avec un recul maximum de sept ans et demi. Nous avons suivi ces patients très méticuleusement mais pour linstant toutes les données recueillies se rapportent plus à la prothèse quau couple de friction. La seule certitude que nous ayions cest quà sept ans et demi le couple métal-métal ne présente aucun inconvénient. Cest tout ce que je peux dire. Dans les sept ans qui vont suivre nous allons entrer dans la période où le polyéthylène pose des problèmes et sil ne se passe rien pour le couple métal-métal, alors nous pourrons affirmer sa supériorité. Cela dit, nous disposons dautres indicateurs de prédiction comme par exemple la longévité exceptionnelle des prothèses McKee lorsquelles sont bien accouplées.
M.O. : Pensez-vous que le couple métal-métal sadresse à toutes les indications de PTH ?
H.W. : Vous savez, il faut voir de quels patients il sagit. Pour une fracture du col fémoral chez un patient de plus de 75 ans, il ny a pas de discussion et on peut utiliser une prothèse classique car elle durera autant que lespérance de vie de lopéré. Le problème se pose pour les patients qui ont une grande espérance de vie. Pour cette population nous devons rechercher la prothèse qui laisse présager de la plus grande durée et actuellement il y a un certain consensus sur lutilisation au niveau du cotyle dune prothèse sans ciment avec une surface extérieure en titane pour permettre une intégration osseuse et avec un couple de friction métal-métal pour avoir le moins de particules libérées possible.
M.O. : Quel type de tige utilisez-vous ?
H.W. : Pour les patients jeunes jutilise dans la plupart des cas une tige sans ciment en titane à surface irrégulière et avec des arêtes saillantes longitudinales qui pénètrent dans los et donnent une stabilité rotatoire. Cest une prothèse que jai mis au point. Je pense que pour une prothèse sans ciment la charge proximale est très importante. Comme vous le savez il y a plusieurs dessins de tige ; par exemple, une tige anatomique est destinée à préserver lanatomie normale du fémur. Mais lorsque lon analyse les radiographies des meilleures séries, on peut constater que le fémur ne présente plus son aspect davant la prothèse, cest-à-dire davant la transmission normale des contraintes. En effet, normalement les charges sont transmises par le fémur via la surface du cortex alors quavec une prothèse la charge est transmise via le canal médullaire et cest pourquoi les lignes de force se modifient et que los se remodèle pour sadapter à une nouvelle situation biomécanique. Donc je suis convaincu que nous devons nous orienter vers une prothèse qui transmette les contraintes en proximal et qui facilite ainsi ladaptation de los aux nouvelles conditions mécaniques induite par la prothèse.
M.O. : Avez-vous eu connaissance de problèmes à linterface entre le titane et le ciment ?
H.W. : Les tiges de titane sans ciment et avec irrégularités de surface permettent lintégration osseuse et si on parvient à réussir cette intégration, le titane ne pose plus de problèmes. Cest le grand avantage du titane. En revanche les surfaces lisses de titane autorisent une micromobilité entre los et le titane qui balaye la couche passive doxyde de titane et cela crée des problèmes. Récemment il semble y avoir eu des inquiétudes à propos des tiges de titane cimentées et il a été rapporté des corrosions de la surface du titane lorsque la tige est trop mince. Cela est lié au fait que le titane est plus élastique que le chrome cobalt et plus enclin aux micromobilités ; de plus avec la couche de ciment loxydation protectrice de la surface du titane ne peut se faire et il se produit une corrosion avec apparition dun milieu acide qui peut descendre jusquà 1, ce qui est vraiment très acide ! Je pense donc que les tiges cimentées en titane doivent être utilisée avec précaution et que le ciment contre-indique lutilisation de tige mince en titane.
M.O. : Quest-ce qui est à lorigine de vos travaux sur les reprises de prothèse ?
H.W. : Jétais chirurgien-chef dun très gros hôpital orthopédique et nous devions prendre en charge les cas particulièrement difficiles. Nous avions des patients adressés de tout le pays avec des descellements septiques et aseptiques et avec des pertes osseuses majeures, parfois si importantes quaucune nouvelle prothèse ne pouvait être fixée dans le fémur restant. Il fallait bien que lon trouve une solution.
M.O. : Quelles étaient alors les solutions classiques ?
H.W. : Nous faisions alors comme tout le monde. Nous nettoyions la cavité et nous utilisions des plaques dostéosynthèses, des cerclages etc... et nous scellions une nouvelle prothèse avec du ciment. Mais la longévité de ces reprises était courte car après un descellement on na jamais une aussi bonne fixation du ciment que pour la première prothèse. Nous nous sommes alors rendu compte quil fallait ponter les défects. Sur ce principe nous avons mis au point une prothèse très performante. Je dois avouer que le succès de cette prothèse ma surpris. Non seulement elle marchait bien mais on assistait à une réparation osseuse rapide dans le lit de lancienne prothèse.
M.O. : Comment avez-vous trouvé cette nouvelle forme ?
H.W. : Lidée était davoir une tige qui pourrait ponter le défect osseux et qui procurerait une grande stabilité en particulier rotatoire. Jai fait un petit peu de mécanique et je me suis souvenu que pour les machines, une jonction en cône était très efficace et jai pensé que si lon pouvait aléser la médullaire en forme de cône et y insérer un implant conique nous pourrions obtenir une très bonne stabilité. De plus, les arêtes verticales pénétrant dans los contribuent à cette grande stabilité rotatoire.
M.O. : Votre idée au départ cétait dobtenir une bonne stabilité rotatoire ?
H.W. : Oui, mais entre les arêtes il y a des espaces qui permettent la revascularisation de la cavité médullaire et les contraintes sont transmises de façon discontinues car elles passent par le sommet des arêtes. A ces niveaux il y a des pics de contrainte qui se sont avérés avantageux pour la repousse osseuse. Assez rapidement, le professeur Schenk de Suisse a pu analyser quelques cas et mettre en évidence une notion inconnue auparavant, cest que dans les implants sans ciment los néoformé ne poussait pas dans les sillons mais était comme attiré par les pics. En conséquence, nous pouvons dire quune prothèse sans ciment ne doit pas avoir de nombreux sillons mais de nombreuses arêtes.
M.O. : Compactez-vous des greffons osseux autour de la
tige ?
H.W. : Je le faisais au début jusquà ce que je réalise que los se reformait tout seul. A présent je ne mets plus de greffons entre la coque osseuse et la tige. Je ne mets que quelques greffons sur le versant externe du fémur sil existe un défect car à ce niveau la réparation osseuse est lente. Et sil y a un défect de plus dun centimètre et demi le comblement de cet espace peut être très long. Un défect plus important en interne se réparera tout seul de manière étonnante. Il ny a pas besoin de greffon en dedans car la régénération osseuse y est très rapide.
M.O. : Et comment fixez-vous vos greffons ?
H.W. : Dans les cas difficiles jutilise labord transfémoral. Jouvre le fémur en faisant une fenêtre osseuse avec beaucoup de précautions pour ne pas désinsérer les muscles attachés au volet. De cette façon, lorsque je remets en place le couvercle osseux, les muscles se remettent également en place et je peux placer des greffons sous ces muscles. Dans de rares cas je fais des laçages musculaires pour maintenir les greffons en place.
M.O. : Pourquoi avoir valgisé votre col prothétique ?
H.W. : Cest une longue histoire. Les premières prothèses étaient faites de tiges droites en titane et celles-ci ne pouvaient pas être coudées à plus de 145° au risque de se rompre. La torsion était réalisée à basse température et les ingénieurs mont demandé si cela était acceptable. Jai repondu oui ; nous avions une courte entretoise mais lorsque la tige et le cotyle était bien en place cela nentraînait pas dinconvénients majeurs. Par la suite les techniques de fabrication se sont améliorées et le col pouvait se couder à 90°si on voulait et nous avons repris la discussion sur la valeur de langle du col. Mais les ingénieurs mont prévenu que pour les petits diamètres de tiges il nétait pas question daugmenter le varus cervical car les contraintes seraient alors excessives. Laugmentation du varus excluait les petits diamètes de tige qui cependant sont souvent utilisés. Nous avons donc fait un compromis : les tiges étroites gardent un valgus cervical et laugmentation du diamètre des tiges saccompagne dune augmentation du varus cervical et donc de lentretoise.
M.O. : Quand vous-êtes vous rendu compte du succès de votre implant ?
H.W. : Très rapidement, au cours des dix premières poses. Elles ont toutes générées de los dans les trois mois. Cétait un régal ! Vous savez ce nest pas très excitant dapporter de petites modifications aux idées des autres. Ce qui est fascinant cest de développer des choses vraiment nouvelles.
M.O. : Comment expliquez-vous la formation dos au niveau métaphysaire où il ny a pas de contraintes ?
H.W. : Si vous pratiquez un abord transfémoral comme nous le pratiquons dans les cas sévères, et ce ne ne sont que de ces cas dont je parle, vous créez quelque chose déquivalent à une fracture et vous savez en traumatologie que dans les fractures pertrochantériennes la formation osseuse est très rapide. Je pense donc que lostéotomie de labord stimule la formation osseuse. De plus, nous savons par expérience que le titane est très prisé par los ; quil lattire en quelque sorte. Enfin, le remodelage de los est un phénomène très important et cest une loi de la nature que los ne se remodèle que sous contrainte mécanique. Cest un fait connu depuis très longtemps, et Galilé a publié sur le sujet. Ainsi, des contraintes mécaniques doivent être appliquées au segment fémoral à réparer. Et au cours de cette formation osseuse, los migre proximalement. Au début, les contraintes sont transmises en distal puis avec la formation de los, les contraintes se distribuent de plus en plus proximalement. Jai lhabitude de répondre sur
ce sujet fréquemment évoqué quavec la tige de reprise, nous plaçons les contraintes distales aussi distales que nécessaire et aussi proximales que possible.
M.O. : Ne croyez-vous pas que lune des explications de cette formation osseuse proximale pourrait être lexistence dune mobilité proximale de votre tige ?
H.W. : Oui, mais vous savez aussi que vous laissez tous les muscles en place. La contracture musculaire induit des contraintes mécaniques sur le couvercle osseux fémoral, et aussi en proximal.
M.O. : Pourquoi les anciennes méthodes de reprise ne marchaient-elles pas ?
H.W. : Il y a plusieurs raisons à cela. Une des raisons cest que los de ce segment osseux est très pauvre. La seconde raison cest que dans les descellements, lintérieur de la cavité fémorale est lisse et que lon na pas une bonne pénétration du ciment. Enfin, un facteur très important est quavec le ciment on pérennise la taille du défect osseux qui ne peut jamais se combler car il est occupé par du ciment. Avec une reprise sans ciment il y a de la place pour que los se répare.
M.O.: Pensez-vous que votre procédé de reprise sera durable ? Ny voyez-vous aucun inconvénient ?
H.W. : Non ! Il faut comparer aux autres solutions. Quelles autres solutions avez-vous ? Il ny a rien à part le ciment. Je pense que nous faisons un bon compromis. Ce serait beaucoup mieux si nous pouvions éviter les descellements aseptiques grâce aux couples articulaires métal-métal, mais cela, cest une autre histoire.
M.O. : Quelle est votre situation professionnelle ?
H.W. : Jai été le directeur médical dun hôpital orthopédique de 250 lits dans la banlieue de Nuremberg en Bavière. Jai quitté cette situation il y a deux ans car jai 67 ans. Je peux à présent jouir dun nouveau mode de vie qui est très agréable non seulement pour moi mais pour mon épouse et pour toute ma famille. Je peux à présent aller à un concert quand jen ai envie.
M.O. : Vous ne pouviez pas auparavant ?
H.W. : Non, javais un métier à plein temps et je travaillais souvent la moitié de la nuit.
M.O. : Vous ny étiez pas obligé ; vous auriez pu vous ménager...
H.W. : Cest vrai mais vous savez, dans notre système en Allemagne le chef est responsable de tout et il faut tout surveiller. En France les choses sont différentes et plusieurs chirurgiens sont responsables ce qui facilite la vie. Les médecins peuvent partager leur temps entre un exercice libéral et hospitalier. Cela nétait pas possible en Allemagne mais je crois que cest en train de changer.
M.O. : Il semble que le système hospitalier en Allemagne soit plus dictatorial quailleurs ?
H.W. : Oui, mais vous savez, mon cher ami Robert Merle dAubigné était un personnage qui exerçait une sorte de dictature modérée. Et cest un vrai problème dactualité : une dictature modérée fonctionne très bien quand le dictateur est bon. Mais si lon place quelquun de pas bon dans une position forte cest une catastrophe pour tout le système. Par ailleurs le système de soin est en train de changer. Quand jai pris ma retraite mon hôpital était en train de devenir un court-séjour. Dans le passé, nous avions besoin dun grand service parce que les patients avaient des immobilisations plâtrées, des systèmes de traction et ils devaient rester durant des mois avec des tuberculoses et ainsi de suite. Mais à présent nous opérons beaucoup, les patients rentrent chez eux au 12ème jour et la charge de travail est beaucoup plus grande par lit et par jour. Au moment de mon départ javais le sentiment que ce grand hôpital devait être scindé en plusieurs départements et effectivement il y a à présent 5 départements et la structure est moins dictatoriale.
M.O. : Comment sest déroulée votre formation ?
H.W. : Jai eu une formation conventionnelle et jai été chez le Professeur Hepp à Munster qui était très orienté vers la chirurgie fonctionnelle. Puis jai eu la chance dêtre en étroit contact avec le Professeur Maurice Muller de Suisse qui était lâme de lAO. Il tenait à ma collaboration parce que javais un laboratoire dhistologie et jai fait les premières recherches histologiques pour lAO avant que le professeur Schenk rejoigne le groupe. Jai travaillé sur la réaction du tissu osseux aux implants, sur la fixation interne des fractures et sur les ostéotomies. A cette époque lostéosynthèse nous apportait la possibilité de réaliser de lanatomie fonctionnelle. Vous mavez beaucoup questionné sur les prothèses de hanche et je suis venu à cette chirurgie par nécessité. Mais mon grand pôle dintérêt nest pas les endoprothèses mais lostéotomie reconstructrice. Jai beaucoup travaillé sur différents types dostéotomies du membre supérieur et inférieur, et beaucoup sur la luxation congénitale de hanche.
M.O. : Pensez-vous que les ostéotomies de hanche aient un avenir ?
H.W. : Cest très difficile à dire car les jeunes chirurgiens napprennent pas grand chose sur les ostéotomies ; et la PTH qui est lindication la plus fréquente de réparation articulaire est devenue très facile avec des résultats précoces spectaculaires. Les gens ne pensent pas beaucoup au futur lointain et cest le problème. Et avec les ostéotomies de hanche les résultats ne sont pas souvent spectaculaires. Ils sont bons sans plus. Mais les risques lointains sont faibles. Cest pourquoi je suis très perplexe. Je pense que les ostéotomies recons-tructrices chez le jeune améliorent le pronostic de façon très importante. mais dans larthrose le problème de lostéotomie est très délicat car il y a peu de gens qui sachent bien poser lindication et bien la pratiquer. Et les patients ne seraient probablement pas satisfaits des résultats car ils auraient dans leur entourage des personnes ayant une hanche artificielle avec un meilleur résultat précoce.
M.O.: Vous pencheriez pour plus dostéotomie au-dessous de 40 ans ?
H.W. : Si le chirurgien a une grande expérience des ostéotomies le patient a une bonne chance, sur le plan anatomique, dêtre amélioré durant les 10-15 ans ; et si le patient est assez intelligent pour comprendre le problème je pense alors quil y a une très bonne place pour lostéotomie. Personnellement je fais des ostéotomies acétabulaires si la tête fémorale est sphérique. Mais nous devons aussi traiter des jeunes hanches où la tête fémorale est déformée et ce sont de bonnes indications dostéotomie de Chiari.
M.O. : Quel type dostéotomie pelvienne réalisez-vous ?
H.W. : Je fais des ostéotomies péri-acétabulaires sphériques que jai publié en 1965. Jai récemment publié le suivi à 35 ans. Elles sont splendides et je suis très heureux davoir eu la chance de montrer à quoi de telles articulations ressemblent 20 à 30 ans après une chirurgie conservatrice. Le résultat est que si vous réussissez à couvrir la tête fémorale avec du cartilage vous aurez la chance dobtenir un fonctionnement à très long terme dune articulation naturelle.
M.O. : Il semble que cette technique nécessite un très long apprentissage ?
H.W. : Je pense quelle doit être réalisée par des spécialistes dans ce domaine. Ce nest pas lintervention de tout le monde. Les structures anatomiques doivent être manipulées avec beaucoup de précautions. Il faut avoir une bonne exposition, les bons instruments et être très prudent. Je pense que cela peut rester une bonne opération mais une opération réservée à un petit groupe de spécialiste en la matière.
M.O. : Pourriez-vous nous parler de votre expérience des cupules ?
H.W. : Volontiers. Je vous ai déjà dit que jétais très en faveur des ostéotomies en particulier chez les jeunes. Mais il y a des situations où lostéotomie ne marche pas en particulier si larticulation est enraidie. Lostéotomie ne donne pas de bons résultats dans les raideurs. Je me suis donc plongé dans la littérature et jai découvert quil y avait eu des recherches en Hongrie sur la transplantation de cartilage de tête fémorale. Et jai pensé que si lon devait transplanter une articulation il faudrait transplanter les deux versants cest-à-dire le cotyle et la tête. Et jai mis au point des instruments qui permettent de prélever les surfaces articulaires. Le principe étant davoir le cartilage hyalin avec une mince couche dun millimètre dos et de le placer de manière très serrée dans le cotyle et sur la tête fémorale. Les résultats cliniques et radiologiques étaient très bons mais au bout de la sixième année ils se sont détériorés.
M.O. : Vous voulez dire que vous avez fait des allogreffes articulaires ?
H.W. : Oui, jai fait des transplantations des deux versants articulaires de la hanche mais les transplants nont pas duré assez longtemps. Cétait une très belle intervention mais cela prend beaucoup de temps de prélever limplant du donneur, de le préparer en salle dopération, de le conserver à basse température et enfin de le transplanter. Et six ans de survie ce nest pas suffisant ; quoiquil en soit les patients ny ont pas trop perdu car lorsque le cartilage était parti ils se retrouvaient dans leur situation de départ. Cela ma amené à me dire que si les surfaces de remplacement donnent de bon résultats initiaux nous devrions pouvoir les obtenir avec des implants artificiels. Et avec cette idée, jai commencé mes arthroplasties de resurfaçage en utilisant une cupule fémorale en chrome-cobalt et une cotyle en polyéthylène. A cette époque nous ignorions les problèmes du polyéthylène qui nous concernent tant à présent. Les résultats précoces étaient très bons mais avec la fine couche de polyéthylène nous avons eu un taux de descellement précoce très élevé.
M.O. : Elles se sont toutes descellées ?
H.W. : Non et cest très étonnant que certaines fonctionnent encore après 18 ans. Nous savons par notre expérience des PTH que tout le monde na pas la même sensibilité vis-à-vis des particules de polyéthylène. Nous ne savons pas pourquoi mais il y a des réactions différentes. Quoiquil en soit nous avons essayé des composants fémoraux en céramique pour diminuer lusure du polyéthylène et cela à un peu amélioré les résultats mais ceux-ci restaient non satisfaisants à long terme. Il faut savoir quil y a 20 ans, nous étions contre la PTH chez les jeunes et que lattitude habituelle était soit de réaliser une arthrodèse soit de laisser le patient souffrir. Et nous nous sommes dit : faisons une arthroplastie prothétique de surface en attendant. Ma grande erreur a été de laisser le fabricant vendre cette prothèse qui sest répandue comme un raz de marée. Elle a été populaire dans le monde entier. Souvent elle a été posé sans toutes les précautions que nécessite cette chirurgie. Puis les nouvelles connaissances sur le couple de frottement métal-métal sont arrivées et les resurfaçages que nous réalisons à présent sont avec des cupules sans ciment et un couple de friction métal-métal.
M.O. : Vous continuez donc à faire des arthroplasties totales à cupule ?
H.W. : Nous en faisons encore. Mais les indications ont changé car les PTH conventionnelles actuelles avec le couple métal-métal sont bien sûr meilleures que les prothèses dil y a 25 ans. Mais, et cela pourrait vous étonner, il reste de bonnes indications même chez les patients âgés : par exemple dans les cals vicieux de fractures pertrochantériennes où il est difficile de placer une tige standard ; ou chez un patient ayant eu une infection trochantérienne secondaire à une ostéosynthèse, ou la mise en place dun tige augmente le risque infectieux. Donc dans ces situations actuelles et concernant des personnes âgées nous voyons de bonnes indications de prothèses de resurfaçage.
M.O.: Ny a-t-il pas dexplications mécaniques à vos échecs ?
H.W. : Cela na pas été mon expérience. Pour moi le problème était le tissu de granulation provenant de lusure du polyéthylène.
M.O. : Sil ne sagit que dun problème dusure, utilisez-vous larthroplastie métal-métal à cupule dans les nécroses avasculaires de la tête fémorale ?
H.W. : Oui, mais il faut un os de bonne qualité. Si los est de médiocre qualité ce nest pas une indication de resurfaçage.
M.O. : La nécrose avasculaire est-elle une complication de cette chirurgie ?
H.W. : Vous savez, lorsque jai posé le premier modèle, beaucoup de gens se sont posés des questions sur les risques de nécrose de la tête fémorale, mais si lon respecte les vaisseaux en arrière du col fémoral, il ny a jamais de nécrose. Jai eu un échec lié à une nécrose chez un transplanté rénal. Cétait au départ une petite nécrose céphalique que jai resurfaçé. Le patient était sous prednisolone à cause de son rein et trois ans après la nécrose sest étendue et la prothèse sest descellée. Mais je nai jamais vu déchec par nécrose secondaire à la chirurgie ; le problème a toujours été du côté acétabulaire.
M.O. : Il y a bien longtemps, vous avez mis au point un fixateur externe très innovant ?
H.W. : Jai réalisé 650 allongements de membre en utilisant un appareil de ma conception et cela a été une expérience fantastique. En général en chirurgie nous atténuons une déformation mais dans les allongements de membre nous pouvons supprimer la déformation. Les résultats de nos efforts sont de braves jeunes gens qui peuvent mener une vie normale. Et dans ces cas nous navons pas seulement réparé le membre mais aussi toute lexistence du patient.
M.O. : Comment vous est venue lidée ?
H.W. : Très facilement. Jétais en Angleterre en 1961 je crois et jai rencontré Monsieur Anderson à Edinburg qui travaillait sur les allongements de membre. Les patients étaient gardés au lit avec un cadre dallongement qui était adapté tous les jours de manière à obtenir un allongement très progressif. Mais il y avait des problèmes doedème, de raideur etc... Je me suis dit que cette idée de faire des allongements très lentement et très progressivement était excellente mais pourquoi ne pas mobiliser et faire marcher les patients ? Quand je suis rentré chez moi jai fait un prototype de fixateur et jai trouvé quelquun qui avait une fabrique déquipement électrique. Il vivait dans mon voisinage et il maimait bien. Il ma fabriqué le premier fixateur externe. Nous lavons appliqué à la face externe dun fémur et à la face interne dun tibia et les patients en allongement pouvaient bouger leurs articulations et se déplacer. Et tous les problèmes de raideurs et autres se sont améliorés.
M.O.: Votre fixateur dallongement a été très en vogue. Est-il encore utilisé ?
H.W. : Oui. Il y a eu un engouement pour lIlizarov avec les anneaux et les broches, mais cest un procédé très long. Il est pénible pour les patients et il présente beaucoup dinconvénients comme par exemple les anneaux autour de la cuisse. De plus les raideurs des articulations voisines sont fréquentes. Jai suivi la tendance et je remarque que les gens reviennent au fixateur externe monoplan pour les allongements fémoraux. Beaucoup continuent avec lIlizarov pour le tibia. Mais vous savez, les allongements de jambe peuvent sembler faciles et pourtant cest une technique très sophistiquée car il faut faire attention à une foule de détails. Il faut préserver la mobilité articulaire, il faut prendre soin des parties molles et il faut aussi motiver le patient. Javais un très bon plateau technique et je préférais dans la plupart des cas faire une fixation interne dès que javais obtenu la longueur désirée. Jai eu des patients, en particulier des bruns originaires des pays arabes qui consolidaient beaucoup plus rapidement que les blonds originaires dEurope centrale.
M.O. : Vous croyez ?
H.W. : Oui, ce sont mes constatations. Mais je nai jamais pu trouver pourquoi. Donc chez certains patients qui ont une très rapide formation osseuse, je laissais le fixateur externe jusquau bout, mais dans la plupart des cas je le retirais après mise en place dune plaque ce qui était plus confortable pour le patient. Mais il faut être dans de bonnes conditions. Si vous avez trop dinfections vous ne devriez pas procéder ainsi et probablement que vous ne devriez tout simplement pas faire dallongement.
M.O. : Il y a aujourdhui beaucoup de copies de votre appareil ?
H.W. : Oui, jai eu beaucoup de visiteurs à qui jai montré mon système en particulier à De Bastiani de Vérone et quand ils sont rentrés chez eux ils ont fait des variantes avec modifications. Mais vous savez, cest toujours comme cela quand quelque chose est bien. Ce sera toujours copié. Et si un procédé nest pas copié, alors on peut émettre des doutes sur sa valeur.