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LE SYNDROME DU TUNNEL TARSIEN :
DIAGNOSTIC, ETIOLOGIES ET TRAITEMENTS
P. GUILLON, J-M CARCOPINO, L . MARIE, Ph. MOINET
C.H.I. Le Raincy - Montfermeil - Service de chirurgie orthopédique
La première description du syndrome du tunnel tarsien est récente. Koppel (13) en 1960 évoquait les séquelles de lésions du nerf tibial postérieur. Keck (12)
en 1969 fut le premier à décrire une compression du nerf tibial
postérieur par le ligament annulaire interne. Il s'agissait d'un jeune
militaire qui, à la suite d'un entraînement intensif, présentait une
anesthésie plantaire bilatérale. L'ouverture du ligament annulaire
interne avait permis une récupération totale en 48 heures. Notre
objectif est ici d'évoquer les circonstances du diagnostic de ce
syndrome, d'en analyser les causes anatomiques et pathologiques, de
présenter les types de traitements suivis, à l'éclairage de la
littérature et d'une série de 30 cas opérés dans le service
d'orthopédie du C.H.I. le Raincy Montfermeil.
RAPPELS
ANATOMIQUES
a) Les parois du tunnel
(figures 3 et 4)
En
dehors, le fond du canal est fait d'un mur ostéo-articulaire complexe
formé successivement par le bord postérieur du talus, l'interligne
articulaire talo-calcanéen et enfin la face interne du calcanéum
tapissée tout en bas par l'abducteur de l'hallux.
Plus
en avant, ce mur n'est plus formé que par la partie antérieure du
calcanéum surmontée par le sustentaculum tali et l'articulation
talo-calcanéenne antérieure. En avant et au dessus de ces structures,
la partie interne de l'os naviculaire suspendue par la terminaison du
tibial postérieur surplombe l'entrée vers la plante.
En
dedans, sous la couverture cutanée, le canal est fermé par le ligament
annulaire interne (rétinaculum des fléchisseurs) qui émet des
expansions fibreuses profondes séparant les éléments contenus dans le
tunnel. Ces cloisons sont surtout développées à la partie sous
malléolaire du tunnel. En dedans et en bas, le muscle abducteur de
l'hallux dont la partie postérieure d'attache calcanéenne est renforcée
par une lame aponévrotique résistante, va peu à peu croiser les paquets.
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Fig. 3 : Vue postérieure de la partie proximale du tunnel tarsien
1 : Tibial
postérieur
2 : Veine tibiale postérieure
3 : Artère
tibiale postérieure
4 : Nerf tibial postérieur |
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Fig. 4 : Coupe passant par A-A'
1 : Tibial antérieur
2 : Extenseur
hallux
3 : Long extenseur orteils
4 : Court fibulaire
5 : Long fibulaire
6 : Achille
7 : Nerf tibial
8 : Long
fléchisseur hallux
9 : Artère et veines tibiales
postérieures
10 : Fléchisseur commum des orteils
11 : Tibial
postérieur |
b) L'intérieur du tunnel
(figures 3, 4 et 5)
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Fig. 5 : Coupe passant par B-B'
1 : Tibial antérieur
2 : Extenseur hallux
3 : Artère dorsale postérieure
4 : Long extenseur des orteils
5 : Court extenseur des orteils
6 : Court fibulaire
7 : Long fibulaire
8 : Abducteur du V
9 : Fléchisseur accessoire
10 : Court fléchisseur des orteils
11 : Nerf plantaire latéral
12 : Long fléchisseur hallux
13 : Abducteur hallux
14 : Nerf plantaire médial
15 : Long fléchisseur des orteils
16 : Tibial postérieur |
Chaque élément contenu dans le tunnel
tarsien est isolé de ses voisins par une gaine fibreuse formée par les
expansions fibreuses du rétinaculum des fléchisseurs. On trouve ainsi :
De haut en bas les tendons :
* du tibial postérieur plaqué en arrière puis en dessous de la malléole interne
* du fléchisseur long des orteils juste au dessous du précédent
* du fléchisseur long de l'hallux légèrement à distance plus bas
Le
paquet vasculo-nerveux tibial postérieur formé du nerf en arrière de
l'artère, se divise assez haut à l'entrée dans la portion sous
malléolaire du tunnel en pédicules plantaires médial et latéral. La
hauteur de cette bifurcation est variable selon les individus mais se
fait le plus souvent à la partie initiale rétro-malléolaire du tunnel
tarsien (23). La bifurcation artérielle en branche
plantaire médiale et plantaire latérale siège un peu plus en aval dans
le tunnel. Ces deux pédicules plantaires ainsi formés vont s'engager
enfin sous la plante, croisés à cet endroit par l'abducteur de
l'hallux, renforcé d'une aponévrose fibreuse profonde épaisse,
véritable arcade de l'abducteur, plaquant les deux pédicules contre les
structures osseuses plantaires (figure 6). Cette arcade aponévrotique
de l'abducteur de l'hallux représente la clef de la libération
chirurgicale du tunnel tarsien (18).
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Fig 6
1 : Abducteur
hallux
2 : Rétinaculaire
des fléchisseurs
3 : Nerf plantaire
médial
4 : Nerf plantaire latéral
5 : Rameau
calcanéen
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c) Distribution du nerf tibial postérieur dans le tunnel tarsien (figures 2 et 6)
Dans
la région rétro-malléolaire, le nerf tibial postérieur, un peu avant sa
bifurcation émet une branche collatérale, le nerf calcanéen interne
dirigée en bas et en arrière vers la face interne de la grande
tubérosité calcanéenne, ce rameau calcanéen donne la sensibilité de la
partie postérieure de la plante, correspondant à la face plantaire du
talon.
Le
nerf tibial postérieur bifurque ensuite en ses deux branches terminales
: le nerf plantaire médial et le nerf plantaire latéral. Le nerf
plantaire latéral donne aussitôt une branche motrice pour l'abducteur
du 5ème orteil. Lors du passage contre l'abducteur du gros orteil, le nerf plantaire médial émet le rameau moteur à ce muscle.
d) Territoires sensitivo-moteurs
territoire sensitif (figure 1)
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Fig. 1 : Distribution sensitive du nerf tibial postérieur
1 : Nerf plantaire médial
2 : Nerf plantaire latéral
3 : Rameau calcanéen |
-
Le talon est innervé par le rameau calcanéen.
- La partie interne de la plante et la pulpe des orteils situés en dedans de la ligne passant par le milieu du 4ème orteil sont innervés par le nerf plantaire médial.
- La partie externe de la plante située en dehors de la ligne médiane du 4ème orteil sont innervés par le nerf plantaire latéral.
territoire moteur
-
Le nerf plantaire médial innerve :
- L'abducteur de l'hallux
- Le court fléchisseur plantaire
- Le court fléchisseur de l'hallux
- Le premier lombrical
- Le nerf plantaire latéral innerve :
- Les interosseux
- L'adducteur de l'hallux
- L'abducteur du 5ème orteil
- Le court fléchisseur des orteils
- Le court fléchisseur du 5ème orteil
- L'accessoire du long fléchisseur
- L'adducteur de l'hallux
- L'opposant du V
PHYSIOPATHOLOGIE
La souffrance du nerf tibial postérieur ou d'une de ses branches collatérale ou terminale peut avoir plusieurs origines.
a) Compressives
Par une tumeur (kyste, neurinome, lipome) (8, 9, 30, 31)
Par
un épaississement fibreux des gaines et du ligament annulaire interne
après traumatismes (entorses, fractures malléolaires internes,
fractures du talus, fractures du calcanéum) ou du fait de surmenages
fonctionnels (montées sur échelles, course à pied, sport de saut,
chaussures de ski).
b) Irritatives inflammatoires
Ténosynovites,
cellulites oedèmateuses de l'atmosphère fibro-conjonctive du tunnel
après certains traumatismes ou lors de syndromes de loge postérieure de
jambe a minima au décours de fractures de jambes, après oedèmes
traumatiques, après hématomes, du fait d'une algoneurodystrophie.
c) Par élongations
Troubles statiques (pieds plats, cals vicieux du calcanéum).
d) Vasculaires
Artériels
ischémiques : comme le nerf médian, le nerf tibial postérieur est
sensible à l'ischémie locale. Les signes initiaux restent longtemps
sensitifs, les signes moteurs d'apparition plus tardive traduisent des
remaniements intra fasciculaires et axonaux volontiers mal réversibles (14).
L'arcade de l'abducteur de l'hallux joue ici un rôle important,
responsable de strictions du paquet dans cette partie la plus étroite
du tunnel, entraînant volontiers des facteurs ischémiques
Dilatations veineuses des lacis péri artériels
e) Idiopathiques
Selon Cimino (2) environ 25% des cas publiés dans l'ensemble des séries.
f) Anomalies musculaires
Par hypertrophie ou muscles aberrants surnuméraires (22).
APPROCHE CLINIQUE DU SYNDROME DU TUNNEL TARSIEN
a) Les manifestations
douloureuses
Douleurs
à prédominance plantaire parfois insupportables faites de paresthésies
: engourdissements, fourmillements, brûlures, picotements
Parfois nocturnes, crampes, brûlures
Souvent
mécaniques déclenchées par une marche prolongée, la montée sur une
échelle ou des escaliers, l'appui sur une pédale de frein
De topographie :
-
Parfois typique sur un territoire
plantaire défini : talalgies sur le rameau calcanéen, syndromes du nerf
plantaire médial ou latéral (28)
- Parfois paradoxales ascendantes vers la jambe mais ne dépassant pas le genou
Dans
notre série (30 cas), la majorité des patients (70%) éprouvaient des
douleurs plantaires, près de 25% souffraient de douleurs ascendantes
paradoxales.
b) Signes moteurs
très exceptionnels
Parésie de l'abducteur de l'hallux qui chevauche le 2ème orteil
Parésie de l'abducteur du 5ème orteil (28)
c) Examen clinique
Examen sensitif : rarement normal (hypo ou hyperesthésie plantaire)
Examen
moteur : recherche d'une parésie du court fléchisseur plantaire, de
l'abducteur de l'hallux (chevauchement du gros orteil avec le
deuxième), de l'abducteur du 5ème orteil.
Examen neurologique complet : cherchera à éliminer une possible sciatique par hernie discale avec souffrance radiculaire S1.
d) Le pseudo Tinel
C'est
la reproduction des mêmes douleurs dans le territoire incriminé par la
percussion ou la pression du trajet du nerf. Ce signe demeure le
meilleur argument d'examen. Il siège sur le trajet du nerf ou de l'une
de ses branches, volontiers distal en regard de l'arcade de
l'abducteur. Certains auteurs le retrouvent dans 100% des cas (1, 16, 25). Dans notre série, 80% des sujets présentaient ce signe.
e) Autres signes
On recherchera :
La présence d'une tuméfaction sur le trajet du canal (kyste synovial, synovite, neurinome, lipome)
L'existence de cicatrices et la notion d'antécédents traumatiques.
Une
déformation de l'arrière pied soit constitutionnelle (pieds plats),
soit secondaire à un traumatisme (fractures de l'arrière pied)
Une raideur anormale des articulations de l'arrière pied (synostose du tarse)
LES DIAGNOSTICS
DIFFERENTIELS
Parmi ceux retrouvés dans la littérature, on retrouve (2, 11, 16, 30).
-
Sciatique de topographie S1
-
Algoneurodystrophies : volontiers associées au syndrome du tunnel tarsien
-
Les aponévrosites plantaires
-
Ténosynovites du jambier postérieur, des longs fléchisseurs
-
Névrome de Morton
-
Douleurs simples par griffes d'orteils
-
Neuropathie diabétique
-
Artérite des membres inférieurs.
LES EXAMENS
COMPLEMENTAIRES
Radiographies systématiques (des 2 pieds et chevilles en charge de face et profil)
-
Recherchent une cause osseuse :
- Déformation statique d'un pied plat
- Cal vicieux calcanéen, fractures malléolaires, fractures des tubercules postérieurs du talus (24)
- Exostose
- Synostose du tarse (25)
Tomodensitométrie
-
Le scanner ne sera demandé que pour mieux analyser une cause ostéo articulaire déjà évoquée sur les radios.
Résonnance magnétique nucléaire
-
Cet examen permet théoriquement d'étudier parfaitement l'anatomie du tunnel tarsien (32).
Le rétinaculum des fléchisseurs, les tendons, le nerf et ses branches,
les vaisseaux peuvent être vus et suivis sur leur trajet. Ainsi les
kystes synoviaux, les neurinomes, une hypertrophie du rétinaculum des
fléchisseurs, une ténosynovite peuvent être analysés dans leur
situation et leur étendue (26). L'intérêt de l'IRM reste
cependant modeste quand elle est pratiquée à titre systématique (Frey
la retrouve normale dans 50% des cas lorsqu'elle est pratiquée à titre
systématique (6)). Par contre, les échecs du traitement
chirurgical du syndrome du tunnel tarsien sont bien explorés par l'IRM
puisqu'elle peut mettre en évidence une ouverture insuffisante du
ligament annulaire interne ou de l'arcade de l'abducteur du I (32).
Ainsi, le recours à l'IRM doit rester exceptionnel, réservé aux causes tumorales et aux échecs après chirurgie.
Electromyogramme
-
Cet examen a souvent été d'un intérêt
souvent contesté. En effet, les premières mesures étaient les temps de
latence motrice qui pouvaient rester non modifiés dans plus de la
moitié des syndromes du tunnel tarsien (5).
- Kaplan (11) proposa
d'améliorer la sensibilité de cet examen en étudiant l'amplitude et la
durée des potentiels évoqués moteurs des muscles abducteurs du I et du
V.
- Actuellement, la vitesse de conduction
sensitive et les potentiels évoqués sensitifs sont les meilleurs
examens électriques. Quoiqu'il en soit, la sensibilité de ces examens
dans les dernières séries de la littérature est supérieure à 85% (2). Dans notre série, elle atteint 85%.
- Les résultats de ces examens n'ont aucune relation avec la clinique.
- Ils ne peuvent préjuger de l'efficacité ultérieure du traitement chirurgical.
- Le rôle de l'électrologie reste donc
celui d'affirmer la présence de signes électriques de souffrance
tronculaire du nerf tibial postérieur ou de l'une de ses branches.
TRAITEMENT
DU SYNDROME
DU TUNNEL TARSIEN
a) Traitement médical
Il dépend de la cause :
Traitement de la maladie générale (goutte, diabète, polyarthrite).
La correction d'un trouble statique de l'arrière pied (par méthodes orthopédiques, semelles et chaussures adaptées).
Traitements adjuvants
-
Anti-inflammatoires
- Antalgiques
- Neuroleptiques, anticonvulsivants
Les
résultats des traitements médicaux semblent assez décevants dans les
quelques publications qui en font état de l'ordre de 30%
d'améliorations seulement.
b) Infiltrations
Utilisant
un cortisonique hydrosoluble, l'aiguille est enfoncée oblique en bas et
en dehors, en un point situé à mi distance entre le bord postérieur de
la malléole interne et le tendon d'Achille. On se contente de 2 ou 3
infiltrations espacées de 15 jours chaque fois (figure 7).
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Fig 7
1 : Artère tibiale
2 : Nerf tibial |
c) Traitement chirurgical
Indications
-
D'emblée pour les compressions tumorales (kystes, neurinomes, lipomes)
- Après échec des infiltrations pour les
autres formes, la chirurgie reste l'ultime recours chez un patient bien
prévenu de l'incertitude du résultat chirurgical.
Technique opératoire
-
La technique que nous utilisons est dérivée de celle décrite par Lam en 1969 (14).
L'intervention est menée en décubitus oblique avec coussin sous la
fesse controlatérale, garrot pneumatique, sous anesthésie générale,
rachi-anesthésie ou anesthésie loco-régionale.
- L'incision cutanée est curviligne,
rétro et sous malléolaire interne. Son extrémité proximale débute en
haut environ 3 cm au dessus de la malléole tibiale à peu près à mi
distance entre le bord postérieur du tibia et le bord interne du tendon
d'Achille. Elle se termine pour sa partie distale un peu au dessous de
l'articulation talo-naviculaire (figure 2).
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Fig. 2
1 : Artère tibiale postérieure
2 : Nerf tibial
3 : Rameau calcanéen
4 : Ligne d'incision cutanée |
- Après hémostase et dissection du tissu
cellulaire sous cutané, le rétinaculum des fléchisseurs (ligament
annulaire interne) est incisé. Il faut éviter d'ouvrir ce ligament trop
en avant afin de ne pas ouvrir la gaine du tendon tibial postérieur, ce
qui exposerait à une instabilité de ce tendon.
- Le pédicule vasculo-nerveux est alors
repéré et suivi délicatement jusqu'à ses branches de division. Sa
dissection est inutile voire dangereuse car elle risque d'entraîner de
nombreuses lésions veineuses, sources d'hématome post-opératoire et
aussi parfois des lésions étendues des réseaux lymphatiques profonds,
responsables exceptionnellement de lymphorées post-opératoires à
travers la cicatrice.
- Le geste essentiel et indispensable est
la section de l'arcade de l'abducteur de l'hallux, source de conflit
avec le nerf plantaire médial. Un instrument protecteur mousse type
spatule est placé à la face profonde de l'arcade pour protéger le
pédicule qui est ici au contact de l'arcade. La section de l'arcade
peut alors être effectuée sans danger selon l'axe C-C' (figure 8).
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Fig. 8
Ligne d'incision de l'arcade de l'abducteur
|
- La fermeture peut se faire sans
drainage. L'immobilisation post-opératoire est inutile et la reprise de
la marche est autorisée aussitôt. Un traitement anticoagulant préventif
des complications thrombotiques est systématique pour une quinzaine de
jours.
- Certains gestes complémentaires sont
nécessaires dans certaines formes étiologiques : exérèse d'une tumeur,
d'une exostose, cure chirurgicale d'une synostose du tarse.
Complications de la chirurgie
-
Elles sont plutôt rares et peu d'auteurs en font part. Pfeiffer (20) sur sa série de 32 neurolyses en rapporte 13%.
- Il s'agit essentiellement de problèmes de cicatrisation cutanée (2 cas dans notre série de 30 interventions)
-
Langan (15) décrit une luxation du tibial postérieur du fait d'une ouverture trop antérieure de la gaine de ce tendon.
- Nous déplorons enfin dans notre série
deux lymphorées (en plus des 2 retards de cicatrisations) qui se sont
taries lentement en deux mois. Cette complication, non rapportée dans
la littérature est probablement le fait d'une dissection excessive et
inutile du pédicule.
Résultats de la chirurgie
-
Globalement, les résultats varient dans
la littérature entre 44 et 95% de bons résultats (80% dans notre
série). Cependant, ils sont corrélés à la cause du syndrome du tunnel
tarsien (1, 2, 14, 16, 19, 26).
- Lorsqu'il existe une compression
évidente par une tumeur, exostose ou synostose leur cure chirurgicale
donne d'excellents résultats. Ainsi, les 34 patients de Takakura (25)
traités pour ces causes ont tous été guéris. De même, un de nos
patients qui présentait un schwanommme dans notre série a été
totalement soulagé.
- Lorsqu'on est en présence de formes
dites «idiopathiques» de syndrome du tunnel tarsien, les résultats de
la chirurgie sont bons pour peu que l'arcade de l'abducteur soit
suffisamment ouverte. Ainsi, Lam (14) qui était le premier
auteur à préconiser l'ouverture de l'arcade, a obtenu 90% de bons
résultats pour les formes idiopathiques. Ce résultat se rapproche de
celui obtenu dans notre série pour ces formes (80% de bons résultats)
- Les causes post-traumatiques donnent
classiquement de mauvais résultats. En effet, le nerf tibial postérieur
est souvent le siège d'une fibrose nécessitant une neurolyse. Sur nos 3
formes post-traumatiques, un seul patient a obtenu un bon résultat.
- Les syndromes du tunnel tarsien
associés à une maladie systémique donnent eux aussi des mauvais
résultats. Ainsi, Pfeiffer note 10 échecs de la chirurgie sur 11
patients présentant une maladie systémique. Une de nos patiente
présentait une polyarthrite rhumatoïde. La cure chirurgicale a été un
échec.
- L'hypertrophie des laci veineux est
décrite comme classique de syndrome du tunnel tarsien. Leur excision
donne des résultats variables. Leur présence surtout chez le sujet âgé
est peut être une variante de la normale et ne permet certainement pas
à elle seule d'expliquer la symptomatologie.
Le syndrome du tunnel tarsien longtemps considéré comme rare est en fait une pathologie mésestimée.
Le tableau clinique est volontiers
trompeur (douleurs paradoxales ascendantes, douleurs mal
systématisées). Il faut savoir y penser pour en rechercher les signes
et en établir le diagnostic. La présence de troubles sensitifs dans les
régions sous malléolaire et plantaire, l'existence d'un pseudo-Tinel
sur le trajet nerveux sont les meilleurs arguments d'examen clinique.
En cas de doute, l'électromyographie,
permettant d'affirmer la souffrance tronculaire, reste d'un apport non
négligeable puisque sa sensibilité approche 80%.
Les radiographies systématiques,
rechercheront une cause osseuse qui sera ensuite mieux analysée par le
scanner. L'IRM, étudiant les parties molles reste réservée à l'analyse
fine des formes tumorales ou des récidives après cure chirurgicale.
Elle doit rester un examen d'exception du fait de son coût.
Certaines formes étiologiques
(post-traumatiques, maladies systémiques et inflammatoires) répondent
moyennement à la cure chirurgicale.
Les formes compressives et les formes
idiopathiques donnent de bons résultats dans plus de 80% des cas à
condition d'ouvrir le tunnel tarsien toute sa longueur, du rétinaculum
des fléchisseurs jusqu'à l'arcade de l'abducteur de l'hallux, lieu
habituel du conflit sur le nerf plantaire médial. Cette section de
l'arcade de l'abducteur reste la clef d'une libération chirurgicale
complète.
| Bibliographie |
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Maîtrise Orthopédique n° 100 - Janvier 2001
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