LES PROTHÈSES DE HANCHE AUXQUELLES
VOUS AVEZ ÉCHAPPÉ

 

Frédéric LAUDE - Levon DOURSOUNIAN

 

La PTH a connu durant ces 30 dernières années un essor prodigieux. L'Europe a joué sans aucun doute un rôle de premier plan dans le développement et le succès de cet implant. La multiplicité des problèmes que soulèvent la pose d'une prothèse articulaire a été à l'origine d'un foisonnement d'idées qui a engendré une multiplicité de modèles. Nous aurions pu nous acheminer vers une situation ou chaque orthopédiste aurait eu sa prothèse si cette perspective raisonnable n'avait été combattue par les tenants du «chaque hanche sa prothèse».

Malheureusement des impératifs économiques mesquins ont sévèrement gelé cette éclosion prothétique et de nombreux modèles en gestation n'ont pu voir le jour. Il nous a paru opportun, à l'occasion de cet anniversaire, de présenter quelques uns de ces nombreux embryons de PTH en congélation qui n'attendent qu'une conjoncture propice pour reprendre leur développement.

L'anatomique

L'ANATOMIQUE

S'il est un qualificatif que beaucoup de PTH ont revendiqué c'est bien celui d'anatomique ! Or aucune ne respecte la véritable anatomie car aucune ne se soucie du ligament rond. Cet oubli est d'autant plus étonnant que les ligaments artificiels ont été appréciés par beaucoup de nos collègues. Voilà donc la vraie prothèse anatomique qui remplace le ligament rond et prévient ainsi les luxations. L'inconvénient théorique de ce modèle est négligeable : une limitation de l'amplitude des mouvement de la hanche. Mais que diable, lorsque l'on se remet d'une coxarthrose évoluée on ne demande pas à faire le grand écart.

 

LA CLOCHE

De nombreux arguments militent en faveur de la conservation osseuse au niveau du «fémur proximal» comme ils disent. Par ailleurs la mode est à une certaine inversion des géométries articulaires (comme des mœurs d'ailleurs). Alors voilà un modèle qui devrait séduire les esprits sophistiqués, exalter les chantres de l'innovation et repousser plus loin encore dans leurs oubliettes obscures les tenants de la vieille «ball and cup».

La cloche  copier


la Kangourou. copier

LA KANGOUROU

(l'autre possibilité de dénomination étant déjà brevetée)

Il est affligeant d'imposer à une métaphyse qui a été élevée dans la plus grande souplesse, l'intimité d'un implant rigide qui la contraint à une dynamique guindée. A ce jour, toutes les tentatives pour trouver un implant ou un ciment qui éviterait à la métaphyse fémorale les affres de la rigidité sont restées vaines. Alors, afin de redonner à vos patients déprimés par leur handicap tout le ressort de leur jeunesse, je vous conseille la prothèse Kangourou. Celle-ci, grâce à un simple et ingénieux dispositif placé de part et d'autre de la tête fémorale prothétique, rendra à l'arthrosique sa démarche sautillante qui autrefois, faisait la joie de son entourage.
Et avec çà, on verra si le Merckel se résorbe...

LA GRUYÈRE

S'il est une question qui obsède l'orthopédiste, c'est bien de savoir s'il faut, oui ou non, sceller son fémur. Je vous épargnerai un long développement sur les avantages respectifs de chacune des attitudes de même que la liste des arguments qui doivent incliner l'opérateur vers l'une ou l'autre option. Cependant lorsque l'implant sans ciment est en place, il est difficile de faire marche arrière, et vous voilà rongé par un remords de mauvais aloi. Il existe un moyen de soulager sa conscience, c'est d'utiliser la prothèse «Gruyère». Après impaction de la tige fémorale, si vous jugez qu'un peu de ciment ne messiérait pas, vous avez la possibilité d'injecter du ciment liquide dans un orifice spécialement aménagé à cet effet au niveau de l'épaule de la tige. Ce ciment liquide diffusera par tous les pores de la prothèse vers les interstices entre l'os et l'implant et je vous prie de croire que cette sacrée tige ne vous empêchera plus de dormir.

Je sais que des esprits chagrins rétorqueront qu'en cas de non cimentation, notre subtil réseau capillaire fragilisera la tige, mais il n'en est rien. Tous ces pores sont d'autant de havres tranquilles dans lesquels les ostéoblastes stressés trouverons un repos bien mérité. Et pour cette hospitalité généreuse notre tige gagnera une juste récompense dans un surcroît de stabilité.

La gruyère  copier

 
La Kuntcher copier

LA KÜNTSCHER

La fracture sous prothèse est une redoutable complication qui plonge le traumatisé et son chirurgien dans les affres d'une réintervention délicate. Ceux parmi nous qui ont eu à réparer ces lésions frémissent à la vue des jeunes «skaters» frôlant sur les trottoirs les personnes âgées, ou à l'audition du simple mot : verglas. Avec la prothèse Küntscher, plus d'angoisse de ce genre. Vous vous surprendrez même à secrètement souhaiter ce genre d'accident tant la méthode pour les réparer est simple. En effet, la prothèse fémorale Küntscher est constituée d'une âme amovible qui en cas de besoin, laisse passer un clou qui réalise l'ostéosynthèse idéale de la fracture. Je sais, je sais, beaucoup d'entre vous diront que l'on ne peut pas mettre un clou comme cela. Et bien soit, vous pouvez d'abord glisser un guide-clou et ne descendre le clou qu'ensuite. Mais entre nous, franchement, on n'est pas obligé d'être maladroit.

 
L'Ascenseur

L'ASCENSEUR

S'il est un paramètre auquel les orthopédistes consacrent toute leur attention, c'est celui de la longueur des membres opérés. Or il n'y a pas de méthode idéale per-opératoire pour résoudre ce problème. Les instruments proposés pour contrôler la longueur en per-opératoire ne tiennent pas compte de la stabilité du couple prothétique qui parfois peut nécessiter une mise en tension salutaire des muscles. Par ailleurs en cas de coxarthrose bilatérale faut-il anticiper l'inégalité ?

La solution ne pouvant se trouver en per-opératoire, il faut la trouver en post-opératoire. C'est tout l'intérêt de la tige ascenseur. Vous placez votre implant fémoral en position intermédiaire et ainsi, à distance et à la demande, vous pouvez réajuster la longueur de la prothèse et donc du membre. Ce réajustement se fait en consultation, sous anesthésie locale, en utilisant un tournevis spécial. Mais je ne doute pas que les nanotechnologies du futur ne nous permettent une régulation «à distance». Je vois déjà les petits garnements de demain jouer avec la longueur du membre de leur grand-père (en l'occurrence probablement nous).

cotyle en place cotyle subluxé 2 flexion hanche sublux airbag

LA VIGILANTE

Cette prothèse vous est présentée à titre tout à fait privé et par faveur spéciale. En effet, les inventeurs redoutaient particulièrement le piratage tant est grande la part de l'innovation. Nous leur avons juré que leur secret ne sortirait pas de Traîtrise Orthopédique.

Le dispositif fonctionne avec un solénoïde dans le col et l'un dans le cotyle. Le courant étant fourni par une petite pile à longue durée. Plus le col prothétique de rapproche du bord du cotyle, plus de dispositif émet de signaux. Lorsque la menace de luxation est réelle, l'intensité du signal est maximum et un Airbag placé entre les jambes s'ouvre brusquement et salutairement.

Jusqu'où ira le génie orthopédique français ?