L'intervention du Sandwich
dans la cure chirurgicale de l'hallux valgus est une technique originale.
Il s'agit d'une évolution née des limites de l'intervention
de Petersen [19] [20]. Elle constitue une arthroplastie conservatrice
de la 1ère phalange du gros orteil associée à la
technique de Petersen. Elle permet trois modifications spatiales de
la déformation du gros orteil : un accourcissement, une rotation
et une varisation.
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Considérations mécaniques
de la déformation de l'avant-pied |
Pour que l'avant-pied
se déforme, il faut une prédisposition congénitale,
la chaussure et le type de chaussage font ensuite le reste en aggravant
les contraintes valgisantes [8] [13] [18].
Le morphotype «égyptien»
intervient en premier lieu dans la genèse de la déformation
du pied [5] [6] [18]. L'hallomégalie étant à la
fois une des cause et un facteur d'entretien de l'hallux valgus notamment
par l'utilisation de chaussures trop serrées [8] [11] [13]. L'excès
de longueur de ce premier rayon se situe la plupart du temps sur la
1ère phalange du gros orteil. Cet excès de longueur induit
le plus souvent un premier métatarsien court appelé Index
Minus [11].
La déformation
valgisante peut être aggravée par un hallux valgus phalangien.
La déformation du gros orteil est alors en «crosse»
par hypertrophie du condyle interne de la première phalange ou
plus rarement par orientation en valgus de la deuxième phalange
[2] [17].
Le premier métatarsien
se situe souvent en varus. L'évolution de la déformation
aggrave l'éloignement en dedans du 2ème métatarsien.
Ce facteur favorise le déplacement du gros orteil en valgus.
L'origine du métatarsus varus est variable :
- Soit congénitale
par éloignement des deux premiers métatarsiens in utero
- Soit aggravée
par une mauvaise orientation de l'interligne cunéo-métatarsienne
qui est dirigée en dedans [14] [11].
- Soit acquise sous
l'effet des contraintes mécaniques lors de la marche : par un
chaussage trop court et par un excès pondéral [8] [11].
Les lésions
acquises concernent le système capsulaire, ligamentaire, tendineux
et articulaire.
Les tendons extenseurs
et fléchisseurs forment progressivement la «corde de l'arc»
qui va entretenir et aggraver la déformation du gros orteil [11].
La seule résistance tendineuse possible pour éviter cette
déformation est constituée par le muscle court adducteur
(terminologie française). Celui-ci se trouve luxé en position
plantaire, s'il existe un hallux valgus. Cette situation anihile tout
effet varisant sur le gros orteil. Le désordre articulaire concerne
directement la première articulation métatarso-phalangienne.
Celle-ci est «décoiffée» de la première
phalange du gros orteil. Elle s'hypertrophie en aggravant la saillie
médiale du premier métatarsien. Cette déformation
aboutie à l'apparition de «l'oignon» interne bien
connu et siège d'une bursite réactionnelle.
L'aggravation de la
déformation en valgus du gros orteil aboutie à un bouleversement
du système sésamoïdien qui se luxe par rapport au
premier métatarsien. L'orteil se déplace en valgus et
en rotation interne plus ou moins prononcée.
Ces déformations
sont auto-entretenues et irréversibles, ce qui fait que l'aggravation
est incontournable à long terme [24].
En résumé
l'ensemble des déformations du gros orteil doit être colligé
pour arriver à une correction adaptée. La planification
préopératoire s'établit sur une radiographie de
face et de profil en charge. Le cliché de profil strict est utile
pour déterminer l'angle de Méary et l'incidence sésamoïdienne
pour apprécier le type de luxation de ces deux os.
La cotation des déformations
est déterminante en ce qui concerne la décision chirurgicale.
Celle-ci est évaluée en degré pour l'hallux valgus,
le valgus inter-phalangien, le métatarsus varus.
Le degré de
rotation interne du gros orteil s'apprécie cliniquement en mesurant
l'orientation transversale de l'ongle par rapport au plan horizontal
(figure 1).
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| Fig.1a. |
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| Fig.1b. |
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| Fig.1c. |
Figure 1 : Mesure des
différents angles de déformation transversale. Seule la
rotation interne est appréciée cliniquement.
a : radiographie du pied de face en charge. - Angle VP : angle du valgus
phalangien - Angle HV : angle de l'hallux valgus - Angle MV : angle
du varus métatarsien
b : angle de rotation interne, entre le plan de l'ongle du gros orteil
et le plan horizontal
c : radiographie du pied avec incidence sésamoïde. Cette
radiographie permet de définir un des 3 stades de luxation sésamoïdienne.
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Considérations historiques
de l'ostéotomie phalangienne du gros orteil |
La technique d'ostéotomie
phalangienne n'est pas nouvelle. C'est l'américain Akin [1] en
1925, qui propose pour la première fois une ostéotomie
cunéiforme isolée de la base de la 1ère phalange
du gros orteil. Elle est associée à une résection
de l'exostose interne de la tête du premier métatarsien
[21] [25].
En France, les premières
techniques d'ostéotomie phalangienne étaient très
agressives pour l'articulation métatarso-phalangienne : que ce
soit l'intervention de Keller-Brandes [18] avec une résection
de la base de la première phalange ou l'ostéotomie de
Régnauld beaucoup moins sévère puisque le cartilage
était réenclavé dans la base de la 1ère
phalange [22] [23].
Si ces techniques réalisent
un accourcissement et une ré-axation relative de la première
phalange du gros orteil [18] [23], 50% évoluent vers l'hallux
rigidus.
En 1971 Lavigne [12]
[17] présente une technique d'accourcissement pur qui conserve
l'articulation métacarpo-phalangienne. Elle est ensuite reprise
et améliorée par Docquier [12].
Mais l'ostéotomie
isolée de la première phalange induit un grand nombre
de récidives. Il s'agit d'une correction osseuse pure qui ne
modifie en rien la déformation articulaire. Elle laisse en place
des luxations résiduelles du gros orteil si l'hallux valgus est
important [21] [25]. Il s'agit donc d'une chirurgie d'appoint qui nécessite
un complément correcteur.
Barouk [5] complète
et systématise les indications de l'ostéotomie phalangienne.
Il dissocie l'accourcissement phalangien par une résection osseuse
cylindrique et la varisation phalangienne qu'il réalise par une
ostéotomie cunéiforme de soustraction [7]. Ses indications
associent systématiquement une ostéotomie métatarsienne.
Celle-ci nous semble trop agressive pour des hallux valgus modérés
et n'apporte pas d'effet correcteur supplémentaire dans ces cas
[11].
Delagoutte [10] [11],
Groulier [14] [16] et Schnepp [24] réalisent également
une ostéotomie cunéiforme bi-polaire phalangienne et métatarsienne.
J.F. Lelièvre
préconise l'ostéotomie en «sandwich» au début
des années 80 [19]. Il réalise une correction de la déformation
par l'enclavement de la 1ère phalange en double chevron. Cette
ostéotomie permet de réaliser par une ostéotomie
osseuse, une correction de la déviation de l'hallux dans trois
directions de l'espace : accourcissement, varisation et dérotation.
La technique du sandwich s'associe toujours à une correction
des parties molles et osseuses de type Petersen.
Petersen avait décrit
sa technique en 1888. En 1961 R. Roy-Camille remet cette technique au
goût du jour en la modifiant [20] [26] par une ablation du sésamoïde
externe et la confection d'un point en «X» inter métatarsien.
Les résultats montrent un grand nombre d'hyper-réductions
faisant suite à l'utilisation isolée de cette technique
[19]. Curey [26] dans sa thèse en détail l'intérêt
et constate 10% d'hyper-réduction.
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La technique chirurgicale
de l'ostéotomie de la première phalange en Sandwich |
Elle comporte 3 temps
principaux : la libération du sésamoïde externe,
l'exostosectomie interne et l'ostéotomie d'accourcissement, dérotation,
varisation de la première phalange.
L'intervention s'effectue
sous anesthésie générale, loco-régionale
voire tronculaire sur les nerfs tibial antérieur et tibial postérieur.
Le patient est installé en décubitus dorsal sur une table
chirurgicale ordinaire. Un garrot pneumatique est placé à
la racine du membre opéré.
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| Figure 2 : Principes de l'intervention
du Petersen-Sandwich. L'accourcissement moyen étant de 6
mm. |
La voie est d'abord
oblique depuis le relief de l'extenseur propre au niveau du pôle
postérieur de l'exostose vers le second orteil. L'incision est
transversale dans la 1ère commissure entre le 1er et le deuxième
métatarsien sur 4 à 5 mm. En distal on remonte le long
du bord externe de la phalange à hauteur de l'articulation métatarso-phalangienne.
L'incision s'arrête avant la face dorsale de l'orteil à
5 mm de l'angle externe de l'ongle (figure 3). Il est important d'épargner
les éléments vasculo-nerveux de l'hallux. A choisir il
est préférable de sacrifier les éléments
destinés au second orteil.
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| Figure 3 : Voie d'abord cutanée. |
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Suppression des
contraintes ligamentaires |
L'incision permet un
abord direct sur le tendon de l'abducteur du gros orteil (terminologie
française). Celui-ci est désinséré de la
base de la première phalange et du sésamoïde externe.
On prendra bien soin de sauvegarder le tendon du long fléchisseur
propre du gros orteil qui est luxé et prend la corde de l'arc
à ce niveau. Le sésamoïde externe n'est pas réséqué.
Une arthrotomie est
alors réalisée par capsulotomie verticale externe de l'articulation
métatarso-phalangienne. Ce geste permet un recentrage des sésamoïdes
en libérant la sangle externe, le premier métatarsien
retourne à sa position physiologique sur les sésamoïdes.
L'abducteur et la capsule sont délaissés car ils nous
semblent avoir un rôle nuisible et notamment dans les récidives
(figure 4).
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| Figure 4 : Suppression des contraintes
ligamentaires. |
L'exostose interne est
exposée en étendant la capsulotomie sur le versant supérieur
et en luxant l'articulation métatarso-phalangienne. Celle-ci
s'obtient en portant le gros orteil en bas et en dedans. Ce geste d'apparence
agressive donne un jour parfait sur le versant interne de la tête
du métatarsien sans être nocif sur les éléments
artériel ou nerveux. L'exostose interne est dégagée
en libérant bien la diaphyse interne. On pratique l'exostosectomie
perpendiculaire au plan d'appui des orteils au ciseau à frapper
de 10 mm en suivant la limite articulaire et en se prolongeant au raz
du bord interne de la diaphyse. La coupe est aplanie et régularisée
à la pince gouge (figure 5).
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| Figure 5 : Exostosectomie. |
Cette technique permet
d'éviter les cicatrices internes plus ou moins vicieuses et responsables
de conflit avec la chaussure.
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L'ostéotomie
d'accourcissement, dérotation, varisation de la première
phalange |
La première phalange
est abordée en sous-périosté, ce qui permet de
s'abriter des vaisseaux, nerfs et tendons du gros orteil.
Une scie oscillante
permet une section transversale légèrement oblique en
bas et en arrière de 10° pour préparer la varisation.
Elle se situe à environ 12 à 13 mm de 1'articulation métatarso-phalangienne.
La phalange est maintenue
fermement à sa partie distale par un petit davier de Verbruge.
Une section complémentaire peu être réalisée
sur un coin interne et inférieur de 2 mm pour améliorer
la correction en varus. L'angle du varus est défini en préopératoire,
il est d'environ de 10° à 15° en moyenne. En cas d'hallomégalie
importante ; on retire un cylindre qui peut avoir jusqu'à 10
mm de haut selon l'importance de l'accourcissement désiré
(figure 6).
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| Figure 6 : Accourcissement de la
première phalange. |
Une tranchée
est réalisée sur la section du fragment distal. Elle est
effectuée à l'aide de la scie oscillante dirigée
parallèlement par rapport à la coupe distale sur 3 à
4 mm.
La tranchée
du fragment proximale est réalisée en donnant une direction
oblique en haut et en dedans. L'obliquité permet de corriger
de façon fiable la rotation interne du gros orteil et de redonner
une orientation horizontale à l'ongle du gros orteil en fin d'intervention.
Ce geste permet en outre de recentrer le long fléchisseur du
gros orteil élément essentiel d'une correction durable
(figure 7).
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| Figure 7 : Dérotation et
varisation du fragment distal. |
On peut apprécier
le résultat en laissant les deux fragments enclavés. Souvent
une tenue spontanée est possible.
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L'ostéosynthèse
au fil d'acier |
Forage
des tunnels osseux
On réalise un
tunnel osseux transversal de dedans en dehors au niveau du fragment
distal phalangien. Celui-ci s'effectue à l'aide d'une mèche
de 2 mm de diamètre (figure 8).
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| Figure 8 : Forage des tunnels «AB»
et «AC» et du tunnel transversal distal. |
Au niveau du fragment
proximal 2 tunnels sont réalisés des tubercules interne
et externe vers la tranche de section osseuse. Un tunnel transversal
simple est à éviter en raison des risques d'effraction
articulaire dans la concavité de l'articulation phalangienne
(figure 8).
Le fil d'acier doublé
de 3/10 mm est passé à l'aide d'un simple trocart. Une
fois fixé par un toron externe, le montage forme un «V»
inversé au niveau de la base de la 1ère phalange (figure
9). La tenue mécanique est excellente et fiable.
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| Figure 9 : Ostéosynthèse. |
Un drain aspiratif type
Manovac® est mis en place afin d'éviter la formation d'un
hématome.
La fermeture cutanée
s'effectue directement par des points séparés au fil à
résorption rapide.
Un pansement circulaire
est ensuite réalisé avec des compresses stériles
et de la bande élastique transversales (Élastoplate®).
Une radiographie réalisée
en post-opératoire permet d'apprécier la réduction
finale (figure 10 et 11).
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| Figure 10 : Résultat final
du Petersen-Sandwich. |
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| Figure 11 : Radiographie d'un Petersen-Sandwich
bilatéral. |
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Suites et soins
post-opératoires |
Les suites opératoires
sont simples. Le pansement circulaire est refait tous les deux jours
à l'aide de bandes d'élastoplaste®. Ce pansement permet
de maintenir de la réduction et évite la formation de
l'oedème post-chirurgical. Il permet également d'assurer
une hémostase complémentaire en attendant la levée
du drain (mobilisé au 2ème jour). Le patient est levé
dès le lendemain de l'intervention. Il marche d'abord sur les
talons puis en appui à l'aide de simples tennis coupées.
Ce n'est qu'au 21ème jour que le patient retrouve l'appui complet
en essayant de monter progressivement sur la pointe des pieds.
Un protocole d'auto-rééducation
active précoce est remis au patient. Celui-ci est débuté
avec l'aide d'un kinésithérapeute dès le deuxième
jour et pendant au moins un mois. Il consiste à travailler de
façon passive la flexion dorsale du gros orteil. Des mouvements
de circumduction et d'étirement y sont associés. Le but
étant d'aboutir à une flexion dorsale supérieure
à 60°.
Il est logique d'associer
des anticoagulants les premiers jours après l'intervention (type
héparine de bas poids moléculaire).
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Pourquoi réaliser
une ostéotomie de la première phalange ? |
L'ostéotomie
phalangienne est un geste complémentaire à la cure chirurgicale
d'un hallux valgus [3] [4] [11] [14] [23].
Elle ne peut à
elle seule corriger l'ensemble des déformations d'un hallux valgus
comme l'avait suggéré initialement Akin [1].
Les limites apparaissent
pour des déformations importantes avec un hallux valgus dépassant
40° et lorsque le varus métatarsien est au-delà de
15°. L'orteil reste alors en position luxée ou subluxée
donnant un aspect de premier rayon en «z». Le dysfonctionnement
articulaire est maintenu et associé à une gêne fonctionnelle.
L'ostéotomie
phalangienne est donc un complément correcteur important qui
doit s'associer à un geste de recentrage des sésamoïdes
[23], une exostosectomie interne voire une ostéotomie métatarsienne
si la déformation est importante [3] [4] [10] [11] [16].
L'ostéotomie
phalangienne du gros orteil a un rôle préventif dans les
récidives des hallux valgus :
- L'accourcissement permet de modifier le canon du pied.
Les pieds grecs ou carrés induisent beaucoup moins de déformations
valgisantes [5] [6] [18].
- Elle diminue la tension des tendons du gros orteil. Les
forces valgisantes d'origine musculaires créées par les
tendons extenseur et fléchisseur sont amoindries par l'accourcissement
de la première phalange. La dérotation permet également
d'améliorer les contraintes mécaniques du tendon fléchisseur
portant sur la deuxième phalange.
- Elle modifie les contraintes subies par le gros orteil
dans la chaussure. Notamment les chaussures trop serrées par
diminution de la largeur du pied et les chaussures trop courtes par
l'accourcissement.
- L'accourcissement aurait également un rô1e
protecteur dans la dégradation arthrosique de l'articulation
métatarso-phalangienne [3] [25].
L'ostéotomie en sandwich est modulable et s'adapte très
précisément aux différentes déformations acquises
de l'avant-pied :
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Elle permet
un accourcissement et une varisation concernant les pieds égyptiens
ou carrés.
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Elle permet
une varisation complémentaire sans accourcissement en cas
de pied grec.
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Elle permet
de corriger individuellement une grosse valgisation qui participe
à la déformation du gros orteil.
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Elle reste une
bonne technique d'appoint en cas de métatarsus varus modéré
(moins de 15°). Une correction par ostéotomie du premier
métatarsien étant inutile si le déplacement
est mineur pour Delagoutte [11].
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Il s'agit de
la seule ostéotomie capable de contrôler avec précision
la rotation interne du gros orteil. Cette correction est souvent
négligée ou inexistante dans les différentes
techniques [11] [23].
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Résultats
anatomiques et fonctionnels |
Nous rapportons une
analyse rétrospective de 78 observations portant sur 5 ans et
effectuées par le même opérateur. L'étude
a porté sur les dossiers, les radiographies et l'examen clinique
des patients convoqués. Les résultats s'établissent
sur un total de 103 hallux valgus opérés dont 25 étaient
bilatéraux.
Le recul moyen était
de 3 ans et un mois. L'expérience de différents auteurs
[11] au-delà de 18 mois montre qu'il existe rarement des modifications
d'ordre anatomiques ou fonctionnelles.
Ces dossiers comportaient
69 femmes pour 9 hommes, 51 pieds gauches et 52 pieds droits. La moyenne
d'âge était de 54 ans et 6 mois. Une connotation familiale
était retrouvée dans 39 cas (38%) avec une hyperlaxité
ligamentaire dans 22 cas (21%). Le canon du pied était égyptien
dans 81 cas (79%), carré dans 14 cas (14%) et grec dans 8 cas
(7%).
La symptomatologie
dominante concernait les douleurs du durillon interne dans 92 cas (89%)
et une douleur articulaire dans seulement 16 cas (15,5%), La douleur
a été appréciée selon la classification
de la S.O.F.C.O.T. [19]. Les douleurs se rapportant à des métatarsalgies
des autres orteils ou à des syndromes de Morton n'ont pas été
prises en compte dans les résultats.
La gêne concernait
le chaussage dans 78 cas (76%) avec des chaussures à talons hauts
(>2 cm) dans 72 cas (70%) et une déformation rapide de la
chaussure après utilisation. Une gêne lors de la marche
était retrouvée dans 64 cas (62%) avec un périmètre
de marche peu restreint et supérieur à 500 mètres.
La flexion plantaire
était en préopératoire de 43° et
65° en extension.
Le bilan radiologique a montré un hallux valgus en moyenne de
38°. Un valgus phalangien moyen de 14°, un métatarsus
varus moyen de 12°, la luxation sésamoïdienne était
de stade I : 9 cas, stade II : 43 cas et stade III : 51 cas, la moyenne
de l'étendue de l'exostose était de 7 mm.
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Les résultats
radiologiques |
Les résultats
radiologiques montrent :
Un accourcissement moyen
de 6,2 mm, une correction de l'hallux valgus de 12° et une modification
du valgus phalangien de 5°. La correction du métatarsus varus
était de 20 et l'exostosectomie de 5 mm.
La luxation des sésamoïdes
montre peu de changement en ce qui concerne le stade I. En revanche
le stade III passe à 19 cas (18,5 %) et le stade II à
75 cas (73%). Cette insuffisance de correction du stade intermédiaire
peut imposer un geste complémentaire concernant le recentrage
des sésamoïdes. On réalise un point en paletot au
niveau de la capsule interne, ce qui permet de redonner une tension
à la sangle interne [23].
Aucune hyperréduction
n'a été constatée. 18% d'hypocorrection sont à
rapporter à des varus métatarsiens trop importants. Ces
cas auraient du bénéficier d'une ostéotomie métatarsienne
complémentaire [4] [5].
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Les résultats
fonctionnels |
Comme Delagoutte [11]
on constate de façon significative une diminution de l'amplitudearticulaire
de la MTP de 10 à 20°. Il s'agit d'une incidence habituelle
après toute arthrolyse [11].
Ces résultats
révèlent l'intérêt d'une mobilisation passive
et active précoce comme l'a suggéré Coonor [9].
Les résultats
sur les douleurs du durillon interne sont favorables avec une amélioration
de la douleur dans 95 cas (92%). La gêne fonctionnelle liée
au durillon interne est améliorée sur 30 pieds opérés
(38%).
Les suites opératoires
immédiates se sont compliquées d'infections superficielles
dans 3 cas (2,9%) et 7 cas d'algoneurodystrophie. 5 cas (4,85%) ont
nécessité une ablation du matériel d'ostéosynthèse
souvent responsable d'un retard de cicatrisation.
On dénombre
aucune pseudarthrose, ni nécrose de la base de la 1ère
phalange.
La technique chirurgicale
du Petersen-Sandwich permet de corriger toutes les différentes
déformations constatées sur un Hallux Valgus acquis. Ces
modifications sont irréversibles. Leurs importances sont calculées
sur les radiographies de face en charge et cliniquement en ce qui concerne
la rotation interne du gros orteil.
L'ostéotomie
phalangienne permet en outre seule une dérotation de l'orteil,
un complément de varisation bien adapté aux déformations
en crosse du gros orteil. L'accourcissement évite les récidives
et une dégradation articulaire. Les limites de cette technique
apparaissent dès que l'articulation métatarso-phalangienne
est subluxée avec un hallux valgus déforme au-delà
de 40° ou un métatarsus varus supérieur à 15°.
L'intervention de Petersen
permet une arthrolyse externe et une résection de l'exostose
interne qui améliore la symptomatologie douloureuse. Le recentrage
des sésamoïdes est parfois limité et impose un geste
de réalignement complémentaire.
L'ostéotomie
métatarsienne n'est pas systématique, mais reste un geste
indispensable pour corriger les déformations sévères.