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LES
LUXATIONS PRECOCES DES PROTHESES
TOTALES PRIMAIRES DE HANCHE
Quoi
de neuf depuis 10 ans ?
Ch.
DELAUNAY
Clinique de
l'Yvette, Longjumeau-F
INTRODUCTION
La survenue d'une luxation dans les suites
de la réalisation d'une arthroplastie totale de la hanche représente
une complication invalidante pour le patient et frustrante pour l'opérateur.
Sa fréquence en chirurgie primaire est variable selon les auteurs :
de 2 à 3% pour Morrey 1 à la Mayo Clinic à 5% dans la revue
plus générale de Dennis 2. Dans sa conférence d'enseignement
de 1996, Huten 3 rapportait après une très large revue de
la littérature une fréquence moyenne de l'ordre de 2 à 3%. Sur les 60.000
prothèses totales de hanche réalisées en France chaque année, 1200 à
1800 patients sont donc confrontés à cette complication.
Si le traitement de la première luxation pose peu
de problème, il n'en est pas de même pour celui de sa récidive, qui survient
environ 1 à 2 fois sur 3 (Morrey 1, Dennis 2), ainsi que
pour la prévention de cette dernière. La nécessité d'une réintervention pour
stabilisation prothétique en cas de luxation, rarement incohercible mais surtout
récidivante, en fait avec 5% des cas la troisième cause de révision chirurgicale
dans la version-2000 du Registre Suédois des Arthroplasties totales de hanche
(Malchau et al. 4), certes loin derrière le descellement aseptique
(75,7% des causes de révision), mais juste derrière l'infection profonde
(7,2%).
Suivant la méthodologie déjà utilisée dans
ces colonnes concernant la PTH de Charnley, une recherche des articles
publiés ces 10 dernières sur ce sujet a été menée dans 8 revues internationales
de chirurgie orthopédique (Journal
of Bone and Joint Surgery Américain et Anglais, Clinical Orthopaedics,
Journal of Arthroplasty, Revue de Chirurgie Orthopédique, Acta Orthopaedica
Scandinavica, International Orthopaedics, Hip International),
ainsi que la prise en compte de conférences d'enseignement, communications
ou Symposia récemment dédiés à ce problème lors des réunions de la SOFCOT
(1996), de la Hip Society (1997, 1998), des Current
Concepts (1996, 1997), de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons (2000) et de l'European
Hip Society (2000).
DÉFINITION
LIMITES DE L'ÉTUDE
L'instabilité prothétique après PTH ne se
manifeste pas seulement sous la forme d'une luxation complète. Effets
cames et subluxations chroniques et/ou spontanément réductibles en sont
des manifestations certainement aussi (sinon plus !) fréquentes, mais
de diagnostic beaucoup moins évident.
D'autre part, les avis divergent en ce qui concerne
le délai de survenue de la première luxation et sa qualification de précoce :
dans les 5 premières semaines post-opératoires pour les uns (Dennis
2, Joshi et al. 5) ou dans les 3 premiers mois pour les
plus nombreux : Morrey 1, Huten 3, Dorr et al.
6, Paterno, Lachiewicz et al. 7, Pierchon, Duquennoy et
al. 8, Woolson et al. 9.
Enfin, cette complication survient beaucoup plus
fréquemment en chirurgie de révision qu'en chirurgie primaire : 4,7% versus 3,3%
pour Hedlundh et al. 10, 4.7% versus 3.9% pour Turner 11,
7,1% versus 2,9% pour Li et al. 12, et jusqu'à 27% rapporté par
Dennis 2.
Dans le cadre de ce travail, l'auteur s'est
limité à l'étude des luxations avérées («dislocation» des Anglo-Saxons),
survenant dans les 3 premiers mois post-opératoires et uniquement dans
le cadre de la chirurgie prothétique primaire de la hanche.
IMAGERIE ET
BIOMECANIQUE DE LA LUXATION
Le diagnostic clinique de la luxation avérée
pose peu de problème devant les déformations, typiques selon sa direction.
La radiographie viendra facilement éliminer une fracture de la diaphyse
fémorale, rarement associée.
Mais l'imagerie s'avère beaucoup plus
décevante en ce qui concerne la prédiction de la luxation
et partant, de son éventuelle récidive. La mesure radiographique
de l'abduction de la cupule acétabulaire, par rapport à
la ligne bi-ischiatique ou par celle passant par le fond des U pelviens,
est relativement aisée. Il est par contre beaucoup plus délicat
de déterminer l'orientation antéro-postérieure
de la cupule. Plusieurs méthodes plus ou moins complexes, toutes
basées sur les lois mathématiques de calcul d'une ellipse,
sont rapportées par Huten 3 et Pradhan 13.
Ce dernier auteur propose une technique de mesure de l'antéversion
acétabulaire relativement simple ne nécessitant qu'une
calculette (Fig. 1). A partir d'un cliché de face centré
sur l'articulation prothétique, la formule finale est la suivante
: antéversion = arc du sinus (p : 0,4D) où D = le grand diamètre
de l'ellipse de la cupule et p = MA = la distance mesurée sur
la perpendiculaire au diamètre D entre le point M (situé
au 1/5 supérieur de D) et le point A (intersection entre la perpendiculaire
à D passant par M avec le contour externe de l'ellipse).
Figure 1 - Diagramme de la formule proposée
par Pradhan (13) afin de calculer l'antéversion de la cupule
acétabulaire à partir d'une radiographie simple de la
hanche opérée de face stricte.
Les mesures sont une chose, mais la corrélation
clinique en est manifestement une autre. Dans leur étude radiographique
comparant des clichés de face et de profil stricts, Pollard et
al. 14 ne purent trouver aucune différence significative entre
les mesures d'abduction ou de version acétabulaires de 90 hanches
stables et de 7 hanches s'étant luxées. La même
constatation fut faîte dans un travail comparatif voisin réalisé
à Lille par Pierchon et al. 8 qui ne trouvaient aucune
différence significative de positionnement entre les composants
de 38 hanches luxées et de 14 hanches stables, étudiées
non seulement par radiographie standard, mais aussi au scanner. Ces
derniers auteurs en déduisaient que les facteurs musculaires
jouaient un rôle prépondérant par rapport à
l'orientation des composants. Plus récemment, cette même
équipe (Ala Eddine et al. 15) apportaient une explication
à l'insuffisance de l'imagerie en comparant des radiographies
du bassin de profil strict de patients témoins debouts puis couchés.
Le passage entre ces 2 positions entraînait le plus souvent (22 fois
sur 24) une antéversion du bassin de 2° à 18°.
Dans ces conditions, le scanner réalisé couché
minore l'antéversion de la cupule cotyloïdienne (Fig. 2). Ces
constatations venaient tempérer les conclusions de leur étude
précédente, et les auteurs conseillaient de ne considérer
les facteurs musculaires, fréquemment évoqués pour
expliquer des luxations de PTH apparemment correctement positionnées
d'après l'imagerie, qu'après analyse «plus approfondie»
de la position des implants.
Figures
2

a) Scanner de la hanche d'un patient opéré
par voie postéro-externe et ayant présenté une
instabilité récidivante antérieure de sa PTH. Noter
l'antéversion marquée des 2 composants et la came postérieure
entre le col prothétique et le bord postérieur de l'anneau
vissé.

b) Confirmation sur l'insert en polyéthylène
explanté d'une zone postéro-inférieure éculée
correspondant au conflit (impingement) responsable.
L'équipe de l'Hôpital Ambroise Paré avait élaboré
une modélisation mathématique pour tenter de différencier les mécanismes des
luxations (Fontes et al. 16). Il se dégageait de ce travail 2
modalités potentielles déterminant des luxations dites «malpositionnelles» par défaut
d'orientation, principalement du cotyle, et des luxations par décoaptation musculaire, essentiellement conditionnées par le comportement du muscle moyen
fessier en flexion. Cette même équipe confrontait alors leur théorie à la
réalité clinique sur 52 hanches luxées par rapport à un groupe témoin de 45
hanches stables. Les auteurs individualisaient alors effectivement 2 catégories
de luxations : malpositionnelles pour moitié, plutôt précoces et en rapport avec
des orientations cotyloïdiennes incorrectes (antéversion moyenne de 35° pour les
luxations antérieures et 11° pour les luxations postérieures, alors qu'elle
était de 23° pour les hanches stables) ; et par défaut de coaptation musculaire
pour l'autre moitié, toutes plus tardives et postérieures et survenant chez des
patients âgés, dénutris, neurologiques, etc ... En fait, cette dualité entre
facteurs mécaniques et musculaires est partout retrouvée.
C'est par une étude informatisée tri-dimensionnelle
que Robinson et al. 17 ont tenté d'étudier la relation existante
entre le secteur de mobilité et l'étendue de la surface de contact d'une
articulation prothétique (à partir d'une modélisation d'un cône Morse-12 mm
d'une tige Spectron, d'une cupule hémisphérique et d'une bille de 28 mm à col
long) en fonction du positionnement des implants. La combinaison d'une
horizontalisation de l'implant acétabulaire couplée à de faibles antéversions
fémorales et acétabulaires aboutît à de plus larges surfaces de contact, mais
aussi à une limitation du secteur de mobilité entre les éléments du couple de
friction. C'est aussi à l'aide d'un modèle informatisé tri-dimensionnel (à
partir d'une prothèse générique, d'une cupule hémisphérique, d'un cône 12,5 mm,
mais de billes variant de 22 à 32 mm) que D'Lima et al. 18 ont
démontré qu'une abduction acétabulaire < 45° diminuait le secteur de mobilité
en flexion et abduction de la hanche, alors qu'une abduction > 45° diminuait
les secteurs d'adduction et de rotation. Les mêmes constatations étaient faites
à partir d'une étude sur bassin artificiel par Kummer et al. 19 Ces
auteurs concluaient qu'une abduction acétabulaire comprise entre 45 et 55°
améliorait simultanément le secteur de mobilité global et la stabilité à
condition d'être combinée à des antéversions acétabulaire et fémorale
«appropriées» (?), en l'occurrence en deçà de 20°. Une autre étude
tri-dimensionnelle menée par Scifert et al. 20 montrait bien que le
secteur de mobilité et la résistance maximale au moment luxant postérieur
étaient améliorés lorsque la cupule acétabulaire était positionnée
horizontalisée et plus antéversée, mais au détriment alors de la résistance au
moment de luxation antérieure en position d'extension et d'adduction de la
hanche.
Il existe donc un conflit d'objectifs obligeant
à la réalisation d'un compromis. L'implication clinique de ces constatations
est qu'il existe pour chaque combinaison d'abduction acétabulaire, conditionnée
par la couverture osseuse, et d'antéversion fémorale, conditionnée par
la géométrie métaphyso-diaphysaire, un secteur d'antéversion acétabulaire
optimal (D'Lima et al. 18). En pratique chirurgicale courante,
on ne voit pas comment exploiter ces informations autrement que par
la conduite systématique de tests de stabilité per-opératoires avec
les implants d'essai avant toute fixation définitive des composants.
LES
FACTEURS ÉTIOLOGIQUES
Ils sont nombreux et il est bien évident que la
genèse des luxations des PTH est le plus souvent multifactorielle. C'est donc
par esprit de clarification qu'à l'instar de Huten 3 et McAukley
21 nous tenterons de classer ces facteurs par catégories, étant bien
entendu que de multiples associations sont possibles.
LES
CIRCONSTANCES DE LA LUXATION
Elles peuvent être traumatiques ou positionnelles.
L'interrogatoire fera facilement la part entre une chute, dont il faudra
apprécier la violence dans la première hypothèse, et l'activité et l'attitude du
patient dans la seconde. Il est évident que le pronostic en ce qui concerne
l'éventualité d'une récidive, indispensable pour qualifier une PTH d'instable,
sera très différent entre les deux. La survenue d'une luxation à l'occasion d'un
malaise ou d'une faute de béquillage quelques jours après l'intervention sera
bien souvent un épisode unique en relation avec la fraîcheur de la cicatrisation
profonde et la faiblesse du contrôle musculaire, quelle que soit la voie
d'abord. A l'inverse, une luxation survenant lors d'un relèvement d'une position
assise, ou à l'occasion d'un chaussage ou d'un soin de pieds quelques semaines
après l'opération inquiétera d'autant plus que le patient ne semblera pas avoir
commis une sévère entorse aux conseils qui n'auront pas manqué de lui avoir été
prodigué par l'équipe soignante à l'occasion de son hospitalisation. Ces
conseils sont bien évidemment adaptés à la voie d'abord utilisée par
l'opérateur. Ce dernier doit personnellement s'engager dans le contrôle de la
bonne transmission de ces directives, a fortiori lorsqu'au sein d'une même
structure de soin, plusieurs chirurgiens interviennent par des voies
différentes, rendant la tâche des kinésithérapeutes beaucoup moins uniforme et
les consignes de sécurité éventuellement plus confuses (voire conflictuelles !).
LES FACTEURS CHIRURGICAUX
La voie d'abord
Les voies d'abord permettant l'accès de la hanche
pour la réalisation d'une arthroplastie sont nombreuses. Elles peuvent être
regroupées en 4 familles : antérieures pures (Hueter et dérivées),
antéro-externes (Watson-Jones, Hardinge et dérivées), externes pures (Ollier,
Gibson, et trochantérotomies dérivées) et postéro-externe (Moore), la plus
univoque. La lecture de la littérature, d'une extrême richesse sur le sujet,
laisse le lecteur dans une relative perplexité, tant les facteurs à prendre en
considération sont multiples et contradictoires.
En 1982, le travail de Woo et Morrey 22
de la Mayo Clinic indiquait, sur 10.500 PTH, un risque de luxation par voie
postéro-externe de 4,3%, soit trois fois supérieur à celui des abords antérieur
(1,7%) ou externe (1,9%). Les choses ne semblaient pas avoir fortement changé
depuis.
Après l'introduction par Hardinge de sa voie
antéro-externe trans-musculaire, celle-ci n'a cessé de se développer et de se
modifier, chacun y allant de son tracé fascia-musculaire : Freeman
23, afin de pouvoir conserver le col fémoral, «abductor muscle split»
de Mallory 24 (65 PTH primaires, 1,5% de luxation), voie «Oméga» de
Learmonth 25, voie de Moskal et Mann 26 (306 PTH
primaires, 0% de luxation), voie de Hanssen modifiée par Soni 27 (178
PTH primaires, 128 revues à 6 mois, 0% de luxation), et tout dernièrement la
voie de Thomine 28. En ne prenant en considération que le facteur
stabilité, les voies antéro-externes sont à l'évidence «royales».
Depuis les années 60, Charnley a toujours plaidé
pour la trochantérotomie, et sa «Low Friction Arthroplasty» (LFA) en 22,2 mm a
été conçue pour être implantée par cette voie. Les adeptes de la LFA sont restés
le plus souvent fidèles à ses recommandations. Cependant, le risque de
démontages et de pseudarthroses (3 à 5%, avec 25% de luxations et 50% de
réinterventions) par dommages vasculo-musculaires (vaste externe) conduisit
l'équipe de Cochin à proposer une trochantérotomie modifiée, postéro-antérieure
à 2 pentes (Courpied et al. 29). En Grande-Bretagne, la
trochantérotomie antérieure de type «Liverpool» procurait à Menon et al.
30 moins de complications trochantériennes et plus de mobilité, sans
augmentation du taux de luxation.
Une comparaison objective entre ces 2 familles de
voies d'abord est possible à la lecture de 2 études. Celle de Clarac
31 indiquait un avantage de la voie de Hardinge sur la
trochantérotomie, plus luxante du fait des pseudarthroses et plus hémorragique.
L'étude randomisée de Horwitz et al. 32 ne révélait pas de différence
significative en ce qui concerne le secteur de mobilité, avec 8% de
pseudarthroses après trochantérotomie mais plus de calcifications
péri-prothétiques avec la voie de Hardinge (constatation d'ailleurs faite par la
majorité des auteurs utilisant des voies antéro-externes 24, 26, 27).
Pai 33 dans son étude comparative avec la LFA rapportait sur 264 PTH
primaires, plus de calcifications avec la trochantérotomie de Liverpool, plus de
luxation par trochantérotomie classique et plus de boiterie par voie de
Hardinge.
Quant à la voie postéro-externe de Moore, elle
procurait à Hedlundh et al. 34 dans leur étude bi-centrique de 3.199
LFAs, 4 fois plus de luxations dans les 2 premières semaines post-opératoires
que par trochantérotomie (24/45 versus 8/62), mais à moyen terme, des taux
finalement identiques de 3,3% (+/-1,7) pour la voie de Moore et de 3,4% (+/-1,4)
pour la trochantérotomie. Une différence nettement plus significative était
retrouvée dans le travail de Li et al. 12, avec 5,9% de luxation
précoce par voie de Moore versus 0,6% par trochantérotomie. L'auteur se
permettra de s'étonner que la différence de protocole post-opératoire, en
particulier l'appui différé de 3 à 6 semaines en cas de trochantérotomie alors
qu'il est bien souvent immédiat et quasi indolore après voie de Moore, n'ait pas
été évoqué dans ces 2 travaux comme potentiellement à l'origine en partie de la
plus grande fréquence de luxations précoces après voie postéro-externe. Il est
de plus significatif de lire, dans les conclusions du travail de Li et al.
12 que, malgré son taux de luxation précoce extrêmement faible de
0,6%, la trochantérotomie sera finalement abandonnée par cette équipe du fait
des 6,2% de pseudarthroses du grand trochanter, constatées secondairement, alors
que simultanément le taux de luxation par voie postéro-externe diminuait grâce à
l'expérience des opérateurs.
Bien évidemment, on ne peut considérer ces données
sans garder à l'esprit les autres éléments qui interviennent à côté du risque de
luxation dans le choix d'une voie d'abord. Ainsi par exemple, le risque
d'atteinte du nerf fessier supérieur est fréquemment invoqué par les opposants
aux voies antéro-externes de Hardinge et dérivées. En fait, si les altérations
électriques étaient fréquentes dans l'étude de Kenny et al. 35,
aucune différence significative ne put être mise en évidence par
électromyographie (EMG) entre voie de Hardinge et trochantérotomie. Ces auteurs
suggéraient d'autres causes à la boiterie relativement fréquemment retrouvée
après voie de Hardinge, ce que le précurseur lui-même ne manquait pas de relever
dans une étude similaire (Minns et al. 36). A l'inverse, l'étude
comparative clinique (boiterie) et EMG de Moreschini et al. 37
indiquait beaucoup moins d'altérations électriques, aucune boiterie
importante de trendelenbourg et une récupération de la marche beaucoup plus
rapide après voie de Moore comparée à celle de Hardinge. Cette aisance
post-opératoire procurée plus rapidement après voie postéro-externe joue
possiblement un rôle dans la fréquence des luxations chez ces patients plus vite
autonomes et peut-être alors moins prudents. Dans la balance, le travail de Webb
et al. 38 confirmait l'acquisition d'un positionnement axial
antéro-postérieur et d'une qualité de cimentage supérieurs après abord
postéro-externe versus un abord trans-glutéal, du fait de la meilleure
exposition axiale du fût fémoral par voie de Moore, ce qui était remarqué dans
l'étude comparative de Li 12. Mais l'abord postéro-externe expose
aussi à un risque de déminéralisation fémorale proximale par réduction de la
vascularisation du grand-trochanter qui fait suite au sacrifice des muscles
pelvi-trochantériens, en particulier du carré crural dont la conservation est
conseillée par Elmaraghy et al. 39.
Ces quelques controverses illustrent bien la
complexité du choix d'une voie d'abord de la hanche, et l'adage selon lequel la
«meilleure» est celle avec laquelle l'opérateur se sent le plus à l'aise reste
certainement encore un argument de poids.
L'orientation des implants
Nous avons déjà détaillé les données théoriques de
la littérature concernant l'orientation des implants, en particulier de la
cupule acétabulaire. Les séries cliniques étudiant plus particulièrement ce
sujet fournissent des informations beaucoup plus contradictoires. Dans l'étude
de Paterno et al. 7, qui rend compte de l'expérience personnelle de
P.F. Lachiewicz (Chapel Hill, North Carolina), aucune corrélation ne put être
mise en évidence entre la version ou l'abduction du composant acétabulaire (de
38 à 57°) et le risque de luxation. A l'inverse, l'étude de Kennedy et al.
40 concluait de manière opposée, en retrouvant une association entre
abduction acétabulaire augmentée et risque de luxation. En fait, dans ce dernier
travail, le positionnement vertical de la cupule (non-cimentée, de type
Mallory-Head dotée de 4 ailettes anti-rotatoires) était conditionné par la
nécessité de la «couvrir» au mieux. Cette information complémentaire est bien un
reflet de l'imbrication des facteurs, ici entre les nécessités de la technique
de pose d'un implant particulier et ses conséquences, non seulement sur la
stabilité, mais aussi sur l'usure et l'ostéolyse, ces 2 dernières augmentant
dans le travail de Kennedy en cas d'abduction acétabulaire élevée.
De ces expériences découle la notion d'une probable
adaptabilité du positionnement des implants selon les anatomies rencontrées. Le
recours systématique à des orientations prothétiques stéréotypées ne semble pas
judicieux, quelle que soit la voie d'abord utilisée, mais il existe probablement
une combinaison d'orientations idéales pour chaque type d'implant utilisé, avec
des variations qui sont elles fonction de l'anatomie rencontrée.
L'expérience de l'opérateur
Ce facteur paraît alors d'autant plus logique, tant
les combinaisons d'orientation entre les composants sont multiples et variables
d'un patient et d'une prothèse à l'autre (Huten 3). En d'autres
termes, plus l'opérateur est confronté fréquemment au choix de l'orientation des
implants, plus il connaît «sa» prothèse, et plus son «intuition chirurgicale» se
confirme à l'usage du temps. C'est ce que semble bien démontrer l'étude de
Hedlundh et al. 41. Sur 4230 PTH réalisée dans 3 centres
orthopédiques utilisant une voie postéro-externe, le nombre de luxation était
multiplié par 2 entre les opérateurs juniors et leurs aînés plus expérimentés.
Par opérateur, le taux de luxation diminuait de 50% pour chaque tranche de 10
interventions annuelles, mais se stabilisait au-delà de 30 interventions
réalisées par an. A l'inverse, Bernard et al. 42 ne notait pas plus
de luxation entre opérateurs juniors et leurs aînés à condition que les premiers
soient correctement supervisés par les seconds.
LES
FACTEURS MÉCANIQUES
Le calibre du couple
de frottement
Il est bien connu que le risque de luxation diminue
au fur et à mesure que le calibre de la bille augmente. Inversement, le secteur
de mobilité diminue lorsque le calibre de la bille diminue, et ceci se vérifiait
bien sur les explants étudiés par Yamaguchi et al. 43. Dans le
travail de D'Lima et al. 18, l'amélioration de la mobilité avec
l'accroissement du calibre de la bille se vérifiait aussi, mais de façon non
linéaire. Ainsi, pour une augmentation de calibre de 4 mm, l'accentuation du
secteur de mobilité était plus nette entre 22 et 26 mm qu'entre 28 et 32 mm. La
même constatation était faîte par Bartz et al. 44 dans une étude
cadavérique et après abord postérieur : de 22 à 28 mm, le secteur de mobilité en
flexion augmentait de 5 à 7° avant impingement puis luxation; par contre, aucune
amélioration significative n'était mise en évidence en passant de 28 à 32 mm.
Krushell et al. 45 démontraient avec la prothèse de Harris-Galante
que le secteur de mobilité maximal passait : - en flexion-extension de hanche,
de 125° en calibre 22 mm à 137° en 26 mm et 150° en 32 mm ; - en rotation
interne maximale à 90° de flexion de hanche, de 9° en 22 mm à 18° en 26 mm et
27° en 32 mm. Mais il est aussi bien connu maintenant que la production des
débris d'usure des frictions comportant un insert acétabulaire en polyéthylène
augmente avec le calibre de la bille. Là encore, un compromis devait être trouvé
aboutissant au développement des frictions en calibre 26 et 28 mm.
Simultanément, la modularité fémorale
(cône Morse) permettait d'améliorer la biomécanique
de la prothèse (allongement du bras de levier, réglage
plus fin des longueurs de membre, possibilité de révisions
unipolaires, etc ...). L'apparition de billes à jupe se généralisait
chez plusieurs fabricants, permettant de disposer de billes longues,
voire extra-longues. Dès 1991, Harris mettait en évidence
l'augmentation du risque de luxation avec ces billes longues dont la
jupe rentrait en contact avec le rebord acétabulaire beaucoup
plus précocément qu'avec des billes standard de calibre
équivalent. Dans son travail avec Krushell 45, il
retrouvait avec des têtes à jupe une réduction du
secteur de mobilité de 15 à 20° en flexion-extension
et d'une quinzaine de degrés en rotation interne, hanche à
90° de flexion. Cet effet came précoce majore bien évidemment
le risque de luxation (Fig. 3). La confirmation clinique de cet effet
péjoratif était a posteriori apportée
par l'étude de Hedlundh et Carlsson 46 qui constatèrent
de façon fortuite une forte élévation du taux de
luxation (> 10%) de prothèses Lubinus SP-2, implants bien
connus en Suède et qui jusqu'à présent n'avaient
pas donné lieu à des problèmes de stabilité
particuliers. L'introduction par le fabricant (Waldemar Link GmbH, Hambourg,
D), à l'insu des utilisateurs, d'une bille 28 mm à jupe
sur un cône Morse 14-16 à la place de l'habituelle bille
en 28 mm standard sur un cône 12-14 mm en était la cause.
Ces billes à jupe, couramment utilisées avec les prothèses
de Harris, présentaient à moyen terme un autre désavantage
: celui d'user plus rapidement les inserts en PE. Dans l'étude
de Urquhart et al. 47, l'usure moyenne annuelle du PE, calculée
à un recul moyen de 6,1 an (4 à 8 ans), était de
0,17 mm avec des billes à jupe en chrome-cobalt-28 mm alors qu'elle
n'était que (!) de 0,12 mm en l'absence de jupe (p = 0,009).
La conjonction de ces désavantages conduit à ne pas recommander
l'usage courrant de ces billes longues.
Figures
3

a) PTH Alloclassic non cimentée à couple
de frottement Metasul de première génération avec
bille à jupe.

b) Luxation postérieure tardive,
2 ans après l'implantation.

c) Sur un profil précédant
la luxation, probable effet came antérieur entre la jupe de la
bille et le débord métallique de la cupule de l'insert
Metasul (la jupe n'existe plus sur les billes Metasul depuis 1995).
Le type d'implant utilisé
Le calibre 22,2 mm de la LFA a universellement
séduit du fait de sa bonne résistance à l'usure. Implantée par trochantérotomie,
la stabilité initiale est excellente, avec 1,9% de luxation dans l'étude de la
Mayo Clinic 22. A moyen terme, ce taux de luxation augmente,
essentiellement du fait des complications de la trochantérotomie. Il se situe
généralement entre 1 et 3% : 1,7% à Cochin 48, 3% dans les séries de
Coventry 49 et de Garcia-Cimbrelo et Munuera 50 ; 3,5%
dans l'étude de Hedlundh et al. 34, et rejoignant alors finalement
celui de la même LFA implantée par voie de Moore. Ce n'est qu'à Wrightington, la
maison-mère de la LFA, que l'on annonce des taux de luxation (précoces ?)
inférieurs à 1%, de l'ordre de 0,4% depuis 1971 dans le revue de Joshi et al.
5 Dans une étude multicentrique (5 centres), l'équipe d'Hedlundh
51 constatait finalement qu'avec la bille de 32 mm d'une prothèse
Lubinus (2875 hanches), le taux de luxation précoce (2,5%) était identique à
celui observé avec la PTH de Charnley (3197 hanches ; 2,4%). Par contre, à plus
long terme, le taux de luxations récidivantes était de 45% pour la Lubinus-32 mm
et de 65% avec la LFA, ce qui conduisit à réopérer pour instabilité 2 fois plus
de LFA que de Lubinus. La discordance entre de ces 2 dernières informations met
en évidence l'influence de l'expérience des opérateurs avec certaines prothèses
et l'effet de la spécialisation de certains centres.
En fait, le calibre de la bille ne doit pas être
considéré de manière isolée. Dans leur étude tridimensionnelle, D'Lima et al.
18 ont déterminé que facteur le plus important en terme de secteur de
mobilité de toute friction prothétique est le rapport entre diamètres de la
bille et du cône Morse. Ce «Head-Neck Ratio» (HNR) était informatiquement
modifié par l'adjonction simulée sur un cône Morse de 12,25 mm angulé à 135°, de
billes de 22, 26, 28 et 32 mm. Dans ces conditions le HNR varie de 1,8 (bille de
22) à 2,6 (bille de 32). Pour une augmentation du diamètre du cône de 2 mm (cône
de 12-14 versus 14-16 par exemple, ou utilisation d'une bille à jupe de 1 mm
d'épaisseur), le secteur de mobilité subit une diminution variant de 1,5 à 8,5°
selon la direction du mouvement étudiée. Les opérateurs doivent garder à
l'esprit qu'un HNR qui diminue (bille plus petite, cône plus gros) s'accompagne
d'une réduction du secteur de mobilité de la prothèse qui sera alors d'autant
plus prône à la luxation que le positionnement des implants ne sera pas parfait.
Un autre facteur mécanique à prendre en
considération est le bras de levier («offset») du col prothétique. Ce dernier
est inhérent à chaque modèle prothétique utilisé. Dans l'étude de Bernard et al.
42, comparant 3 PTHs cimentées en 28 mm utilisées simultanément par
la même équipe dans le même département, le taux de luxation précoce variait de
4,9% avec une PTH JRI (Joint Replacement Industry, 304 hanches) à 2,6% avec une
PTH Biomet (116 hanches) et à 0% avec la Stanmore (130 hanches ; p < 0,05),
sans rapport avec la séniorité des opérateurs où la voie d'abord. Seul, l'offset
des implants s'avérait jouer un rôle significatif (p = 0,002), celui de la JRI
étant inférieur aux 2 autres.
Enfin, à côté du rapport bille-cône, une autre
combinaison interviendrait entre la taille de la bille et celle de la cupule
acétabulaire. Deux études cliniques furent présentées par Kelley et al.
52 à la Hip Society en 1998. Une étude prospective montrait que le
risque de luxation précoce augmentait avec une bille de 22 mm pour une taille de
cupule (sans ciment Trilogy) de > de 56 mm, alors qu'il diminuait avec une
bille de 28 mm et des cupules de < 54 mm. Rétrospectivement, sur 308 PTH
implantées par voie postéro-externe avec une bille de 28 mm, le taux de luxation
rencontré avec des cupules de > 60 mm était de 14%, 3 fois plus élevé que
pour les cupules de < 60 mm (4%). Les auteurs reconnaissaient que cette
discordance entre tête de 22 mm et cupule de grande taille (> 56 mm) ne se
rencontrait pas habituellement avec la LFA, ou les calibres cotyloïdiens se
situent le plus souvent entre 40 et 44 mm, l'épaisseur du ciment comblant le
vide. Avec des cupules non cimentées, l'acquisation de l'indispensable
«press-fit» entre le «metal-back» et l'os sous-chondral fraisé conduit à
utiliser fréquemment des cupules de taille > 56 mm. Bien que les hypothèses
exposées pour tenter d'expliquer ces constatations soient peu probantes (rôle du
recul lié au réattachement capsulaire cicatriciel augmentant sa laxité,
discordance manifeste entre le calibre de la tête «naturelle» réséquée et celle
de l'implant, augmentation de l'étendue de la surface acétabulaire susceptible à
«l'impingement»), ces auteurs, fortement désireux d'utiliser en priorité une
tête de 22 mm, proposaient l' algorythme suivant : si cupule de < 50 mm,
bille de 22 ; de 52 à 54, bille de 26 ; de 56 à 60, bille de 28 ; et enfin,
au-delà de 60, bille de 32 mm.
LES
FACTEURS CLINIQUES
Facteurs liés au patient
Dans son étude personnelle, Turner 11
retrouvait un taux de luxation précoce 2 fois plus important chez la femme que
chez l'homme (5,5% versus 2,8%) mais sans corrélation statistique. Un risque
augmenté dans le sexe féminin est aussi évoqué par Dennis 2 et
McAuley 21 dans leurs revues générales. Par contre, il n'apparaît pas
prédominant dans d'autres études, de même que le poids ou l'âge (Huten
3, Paterno et al. 6, Woolson et al. 8). Le seul
facteur parfois évoqué est celui de l'alcoolisme chronique (Paterno,
McAuley).
Par contre, l'état neuro-musculaire de l'opéré,
déjà été évoqué dans les études des équipes de Lille (Pierchon et al.
8) ou d'Ambroise Paré (Fontes et al. 16) est important.
L'existence d'un «dysfonctionement cérébral» était le seul facteur significatif
retrouvé par Woolson 9 dans sa série personnelle. Dans leur
conférence d'enseignement consacrée à l'arthroplastie totale de hanche chez les
patients atteints d'une affection neuro-musculaire (Poliomyélite, syndrome de
Dawn, myéloméningocèle, paralysie cérébrale, Parkinson, séquelles d'accident
vasculaire cérébral), Cabanela et al. 53 invitaient à être
particulièrement prudent et à recourir facilement à l'usage d'attelles ou
d'appareillages de hanche dans les premières semaines post-opératoires. Hedlundh
et al. 54 ont particulièrement étudié ce sujet, entre autre par des
tests de stabilité pratiqués chez des patients avec luxation récidivante de PTH
par rapport à un groupe témoin. Les premiers présentaient régulièrement des
altérations du sens de l'équilibre et de la sensibilité aux vibrations. Enfin,
la notion de la compliance des patients et de leur mémorisation des conseils
donnés en post-opératoire pour prévenir la luxation a été testée par Evans et
al. 55 entre 2 goupes de patients avec PTH, 15 s'étant luxé et 15
sans luxation. Les résultats du test de mémoire à court terme (Folstein)
n'étaient pas différents dans les 2 groupes, alors que 2 des patients avec
luxation versus aucun des patients stables adoptaient une position à risque lors
du test de ramassage d'un objet au sol. Quant à la compréhension des
instructions, elle fait intervenir des facteurs sociaux et culturels qui n'ont
jamais été étudiés à la connaissance de l'auteur.
Facteurs liés au diagnostic
De même, les avis divergent concernant l'influence
potentielle du diagnostic de l'affection de hanche qui a conduit à la
réalisation de l'arthroplastie. Aucune corrélation significative n'a pu être
mise en évidence par Morrey 1, Paterno et al. 7, Woolson
et al. 9, ou McAuley 21. Cependant, la constatation d'un
secteur de mobilité particulièrement conservé après réalisation de
l'arthroplastie, a été invoquée comme facteur favorisant par Hedlundh et al.
51 et Gregory et al. 56. Ces derniers auteurs constataient
un taux de luxation plus fréquent après PTH-LFA pour fracture du col fémoral que
pour arthrose primaire. Ils rapportaient aussi une revue des résultats de la
littérature (1980-1988) portant sur 7 séries de PTH après fracture du col
fémoral, où le taux de luxation variait de 8 à 18%, ce qui est effectivement
bien supérieur aux taux habituellement rapportés, tous diagnostics confondus.
L'auteur n'a pas retrouvé dans sa revue de la littérature d'autre rapport
tentant d'établir une relation entre luxation précoce et secteur de mobilité
post- voire pré-opératoire. Dans sa série personnelle de 320 PTH primaires
consécutives (voie de Moore, PTH non cimentée Alloclassic), dont 10 (3,1%) ont
présenté une luxation précoce (<3 mois), il n'a constaté aucune relation
significative entre la survenue d'une luxation et les secteurs de mobilité pré-
(Chi2, p = 0,37) ou post-opératoire (p = 0,2).
Dans le même ordre d'idée, pour certains
auteurs de la Mayo Clinic (Ortiguera et al. 57), l'ostéonécrose
est un diagnostic qui expose plus fréquemment au risque de luxation
que le diagnostic de coxarthrose primitive sur l'ensemble de l'évolution
(luxations précoces et tardives). Comparant 2 groupes apairés («matchés»)
de 94 LFA chacun (par trochantérotomie), ces auteurs notaient un taux
de luxation de 1% sur coxarthrose et de 7,4% sur ostéonécrose (p <
0,05). Dans sa série personnelle, l'auteur a retrouvé un taux de luxations
précoces et tardives (>3 mois) de 12,5% en cas d'ostéonécrose idiopathique
(énoliques surtout) et de 3,3% en cas de coxarthrose primitive. Cette
tendance nette n'a pas pu cependant atteindre un niveau de signification
concluant (p = 0,08). Ce diagnostic d'ostéonécrose recouvre néanmoins
plusieurs facteurs de risque déjà évoqués : énolisme et difficultés
fréquentes de compliance, secteur de mobilité souvent bien conservé
dans les stades III selon Ficat avant la détérioration arthrosique post-nécrotique
finale, niveau d'activité élevé. Leur combinaison est sans doute à l'origine
de cette tendance luxante qui conduit personnellement l'auteur à être
particulièrement vigilant chez ces patients particuliers.
LES
TRAITEMENTS CURATIFS
DE
LA LUXATION INITIALE
Le traitement orthopédique avec réduction semble en
apparence ne poser aucun problême. Une anesthésie est souvent nécessaire afin
d'obtenir une bonne détente musculaire. Les manœuvres sont dérivées de celles
décrites dans les réductions des luxations traumatiques de hanches vierges :
manœuvre de Allis, par gravité de Stimson, de Bigelow, etc ... Vosburg et al.
58 ont récemment décrit une manœuvre réductionnelle douce, dite
technique de Tulsa, où l'anesthésie n'est pas indispensable mais où le contrôle
radioscopique est systématique. Ce contrôle sera d'autant plus important avant
toute manœuvre si aucun cliché radiographique n'a été effectué en urgence, afin
de ne pas passer à côté d'une fracture fémorale associée.
Quelques complications ont cependant été décrites,
en particulier l'arrachage de la tige fémorale, soit car non encore
ostéointégrée en cas d'implant non cimenté (Friedman 59), ou cimentée
si lisse (Staal et al. 60) et/ou descellée (Cordes et al.
61). L'incoercibilité ou l'instabilité immédiate sont aussi
possibles, obligeant alors à une reprise chirurgicale pour réduction sanglante.
La cause peut en être une incarcération tissulaire (capsule), mécanique
(déplacement de la bille sur son cône Morse en cas d'implant modulaire, fragment
de ciment) ou musculo-tendineuse si le tendon du psoas se luxe derrière le col
prothétique après luxation antérieure (Grigoris et al. 62).
Dans tous les cas, le compte-rendu opératoire de la
réduction doit comporter des informations précises concernant : la circonstance
de la luxation (traumatique ou positionnelle), sa direction (trop souvent non
qualifiée), le mode d'anesthésie, la technique employée, la facilité ou les
difficultés de réduction, et les résultats d'un contrôle de stabilité
post-réduction détaillant la position luxante et ses amplitudes. Ainsi par
exemple, pour l'auteur qui utilise une voie postéro-externe, la constatation
sous AG d'une luxation, postéro-supérieure (le plus souvent) se reproduisant
pour une rotation interne de moins de 30°à 90° de flexion de hanche est de
mauvais pronostic quant à une éventuelle récidive.
En effet, l'existence et le type d'un éventuel
traitement complémentaire après réduction devraient logiquement être fonction
des constatations faites lors de la réduction. Aucune étude n'a été retrouvée
par l'auteur concernant l'efficacité des diverses modalités thérapeutiques
appliquées après réduction d'une première luxation sur la prévention des
récidives. Les auteurs se contentent le plus souvent de préciser leur traitement
habituel : coussin d'abduction, spica (plâtré !), orthèse (genouillère),
traction, etc ... L'empirisme, la formation, les contraintes médico-légales
(USA, mais depuis !...) semblent bien être les moteurs décisionnels essentiels.
Ce sujet n'est pourtant pas anodin, tant nous serions tous intéressés par un
algorithme thérapeutique «scientifiquement» élaboré proposant des modalités de
prévention efficaces de la récidive. Seule une étude randomisée et
multicentrique pourrait aboutir à un tel résultat, ce qui paraît peu réaliste
tant les facteurs à prendre en considération sont multiples, nécessitant un
nombre important de cas qu'aucun ne saurait souhaiter. L'auteur se contentera de
décrire 2 situations extrêmes : une luxation de PTH traumatique, bien stable et
ne se reproduisant que pour des attitudes extrêmes lors du test
post-réductionnel sous AG, et sans vice de positionnement évident des implants à
la radiographie peut probablement n'être laissée au lit que quelques jours avant
de reprendre un cours évolutif standard ; à l'inverse, une luxation
positionnelle, chez une patiente obèse et laxe, ou dénutrie et cérébralement
perturbée, et se reproduisant pour des amplitudes minimes sous AG n'a que peu de
chance de ne pas récidiver si aucune précaution post-réductionnelle n'est
appliquée.
LE TRAITEMENT DE LA
RÉCIDIVE
C'est là bien sûr le problème majeur, la récidive
transformant la luxation «épiphénomène» en un drame pour le patient et un
cuisant échec thérapeutique pour l'opérateur. La luxation devient récidivante
dans 30 à 65% des cas selon les séries revues pour cette étude : 39% à la Mayo
Clinic (Daly and Morrey 63), 58% pour Li, Ritter et al. 12, 65% pour
Hedlundh et al. 10. Si une nouvelle tentative de traitement
orthopédique peut être envisagée (récidive traumatique), les auteurs ayant
publié sur de sujet s'accordent pour proposer une réintervention chirurgicale au
plus tard à la 3ème récidive (Dorr et Wan 6, Hedlundh et
al. 10, Daly and Morrey 63). Dorr et Wan 6 ont
proposé un catégoriel des traitements des luxations, premières et récidivantes :
la catégorie I est une réduction orthopédique efficace ; II, une réopération
efficace ; III, une réopération suivie d'une récidive dont le traitement
orthopédique est efficace ; et la catégorie IV regroupe les hanches
multi-opérées pour luxations itératives et multiples. Ces auteurs insistent dans
les catégories III et IV sur l'importance des facteurs musculaires, avec ou sans
malpositionnement des composants, qu'ils apprécient par un test d'abduction
couché en décubitus latéral, genou légèrement fléchi. Les propositions
thérapeutiques sont multiples, fonction des opérateurs, des implants utilisés,
de leur orientation, etc ... en fait, de la (des) cause(s) de la luxation qu'il
faut tenter de déterminer. Les détailler dans leur totalité serait le sujet d'un
travail particulier et ne rentre pas dans le cadre de celui-ci.
Certaines propositions thérapeutiques sont
tributaires du type d'implant primaire utilisé et surtout de leur mode de
fixation. Ainsi, la modularité acétabulaire est pour l'instant essentiellement
l'apanage des cupules non cimentées. Elle présente l'avantage de permettre le
recours à des inserts à débord («elevated rim liners») permettant une correction
aisée d'un positionnement imparfait du metal-back. Dans la même situation, les
cupules fraîchement cimentées doivent être changées ou équipées de butées en PE
vissées. Ce procédé fut proposé initialement par Olerud dès 1985, puis adapté
par Watson et al. 64 et par Caton et le groupe ACORA (données non
publiées). Cette technique de sauvetage s'avéra efficace dans la série de LFA de
Güngör et Hallin 65 avec une récidive sur 13 cas de luxation
récidivante, mais après un recul de 1 an seulement. Elle ne saurait être
proposée systématiquement en première intention, car elle ne met pas à l'abri de
complications sérieuses en cas de surcontrainte par effets cames répétés
(fracture de vis ou de butée, arrachage, production de débris de PE ou luxation
irréductible).
A l'inverse, l'ostéotomie d'avancement du grand
trochanter n'est pas praticable avec les implants à fort encombrement
trochantérien (plutôt non cimentés). Elle permit à Ekelund66 de stabiliser 17 de
ses 21 LFA instables, mais le réattachement trochantérien, déjà potentiellement
iatrogène en chirurgie primaire, devient ici encore plus délicat et peut
conduire au recours à des plaques-crochet du type Courpied. A l'inverse, au
niveau des seules parties molles, les capsulo-myoraphies en paletot du fascia
lata peuvent jouer un rôle adjuvant dans tous les cas.
Lorsque l'instabilité persiste, le recours à des
implants rétentifs («constrained») est à envisager. Dorr 6 y a
recours dès que son test de faiblesse des abducteurs est franchement positif.
Plus prudents, Goetz et al. 67 et Anderson et al. 68
conseillent de considérer ces implants, dont le devenir à long terme en ce qui
concerne usure du PE et ostéolyse est aléatoire, comme des solutions de
sauvetage quant tout a déjà échoué. L' échec de la rétentivité est tout de même
encore possible ; 2 sur 55 (4%) dans la série multicentrique de Goetz, 6 sur 21
(29%) dans la série de Anderson. De plus, en cas de récidive de la luxation avec
ce type d'implants, la réduction ne peut être que sanglante comme en témoignent
Kaper and Bernini 69.
Les prothèses bipolaires peuvent être ici
considérées comme des PTH rétentives dont le composant acétabulaire est mobile
dans la cavité cotyloïdienne. Elles ne peuvent cependant aboutir régulièrement à
un bon résultat clinique du fait des douleurs fréquentes liées au frottement de
la cupule métallique dans un os acétabulaire déjà fortement remanié par les
séquelles de l'ablation de l'implant acétabulaire de la PTH initiale. Cette
arthroplastie de sauvetage permit tout de même à Parvizi et Morrey 70
de stabiliser 25 hanches sur leur série de 27 PTH instables.
Le recours à une variante tri-polaire fut publié
pour la première fois en 1994 par l'équipe d'Amstutz aux USA (Grigoris et al.
71), avec 8 succès sur 8 utilisations sur PTH instables. L'idée
originale de Bousquet avait déjà fait alors son chemin en France, et un an plus
tard seulement, Leclercq et al. 72 publiaient une série de 13 succès
cliniques en termes de stabilité sur 13 implantations (après 1 re-luxation
traitée orthopédiquement). Réactualisée en 1999, cette même série 73
comportait 19 cas avec le même succès à un recul moyen de 3,3 ans.
Enfin, signalons l'intéressante et courageuse
proposition de Clough et Hodgkinson 74 qui, dans les cas désespérés,
n'hésitent pas à retirer totalement les implants de leur LFA par
trochantérotomie avec excision de la pseudocapsule, puis à reprothéser la hanche
par la même voie et le même type d'implant environ 8 semaines plus tard en
comptant sur la rétraction des parties molles permises durant la phase de
résection pour stabiliser définitivement la PTH.
Il est enfin rassurant de savoir que, quel
que soit le traitement de la luxation récidivante, son efficacité était
corrélée avec une survie de la prothèse qui rejoignait celle des implants
stables d'emblée, du moins dans l'étude de Li et al. 12.
LES
TRAITEMENTS PRÉVENTIFS
Dans leur étude de 2.050 PTH LFA par trochantérotomie,
le taux de succès de différents procédés pratiqués sur les hanches instables
n'étant que de 51%, Garcia-Cimbrelo et Munuera 50 insistaient
particulièrement sur la nécessité d'un traitement préventif, basé essentiellement
sur une technique chirurgicale minutieuse. La prévention de la luxation
initiale reste bien entendu l'objectif de tous. Pour ce faire, la littérature
propose diverses voies.
LES
MODIFICATIONS DES IMPLANTS
L'école de Harris (Krushell et al. 45)
suggère en cas d' instabilité constatée en per-opératoire : le recours à une
bille à col long (toujours possible, mais danger en cas de bille à jupe) ;
l'utilisation de billes en calibre 32 mm (si la taille de la cupule le permet,
et que faire si une cupule de calibre < 32 vient d'être fraîchement cimentée)
; ou en désespoir de cause, la réorientation des implants. Cette dernière est
relativement facile en cas de fixation non cimentée lorsque des tests de
stabilité ont été pratiqués avec les implants d'essai avant la fixation des
implants définitifs. Cette situation est beaucoup plus délicate en cas de
fixation cimentée, les essais avec les implants non fixés n'étant pas fiables.
Les inserts à débord sur-élevé.
Ils furent introduits dès les années 70 par
Charnley avec sa cupule «long posterior wall» (LPW). Cette dernière est encore
régulièrement utilisée, en particulier à Wrightington, avec un apparent succès
(Joshi et al. 5). En opposition, Murray 75 n'y trouvait pas
d'avantage, en termes de stabilité, sous réserve que la cupule LFA standard soit
antéversé de 5°supplémentaires par rapport à une LPW. Par contre, par une étude
d'explants de cupules LPW, cet auteur insistait déjà sur les inconvénients d'un
PE sur-élevé : précocité de «l'impingement» (de 30%) et augmentation des forces
d'arrachement à l'interface ciment-os, d'où un risque de descellement
potentiellement accru. Cependant, de nombreux fabricants, désireux de satisfaire
une clientèle chirurgicale soucieuse de limiter le risque de luxation,
introduisaient sur le marché des inserts sur-élevés, essentiellement destinés à
être insérés dans des cupules métalliques non cimentées. Encore une fois, les
travaux expérimentaux pratiqués au laboratoire de Harris lui permirent de
vérifier que l'utilisation d'inserts à débord en PE réduisait de façon
significative le secteur de mobilité global de PTH en 28 mm (Krushell et al.
76). Il ne recommandait pas l'usage systématique de ces implants à
débord en chirurgie primaire, conseillant plutôt de les réserver aux cas
d'instabilité due à un mauvais positionnement acétabulaire, soit de cupules
métalliques non cimentés parfaitement ostéointégrés, soit cimentés non
descellées. L'équipe de la Mayo Clinic s'est fortement intéressée à ces inserts
à débords surélevés (Cobb et al. 77, 78). Ces auteurs constataient
que l'avantage significatif (p = 0,001) observé en termes de stabilité en
chirurgie primaire entre les inserts à débord (2,2% de luxation) et les inserts
standards (3,85%), ne se confirmait pas à plus long terme (effectif faible).
Surtout, ils reprenaient à leur compte les critiques déjà émises par Murray
75 sur la limitation des amplitudes et le surmenage des encrages, en
y ajoutant un effet péjoratif sur l'usure du PE. Cette équipe conseillait
finalement de réserver ces implants à la chirurgie de révision, ou leur effet
stabilisateur plus net (2 fois moins de luxations) pouvait contrebalancer leurs
inconvénients sur la longévité. En France, la même réserve était conseillée par
Nourissat et al. 79 qui ne reconnaissait pas à ces inserts à débord
le pouvoir de pallier les défauts de positionnement d'un implant et les
éventuelles insuffisances de la technique opératoire.
Les croissants anti-luxation
Dans le même ordre d'idée, les utilisateurs de
cupules cimentées tout-PE trouveront avec les butées en PE vissées un moyen de
stabiliser leurs hanches sans nécessité de recourir à une révision iatrogène
d'une cupule cimentée non descellée mais malpositionnée.
LES
PLASTIES ET SUTURES CAPSULO-MUSCULAIRES
Par contre, les utilisateurs de la voie
postéro-externe trouvèrent ces dernières années quelques motifs de satisfaction
grâce au recours à des techniques de sutures capsulo-ligamentaires soigneuses.
Les études arthrographiques de Miki et Masuhara 80 ont montré que la
pseudocapsule cicatricielle est absente dans les luxations précoces, présente
dans les tardives (d'où leur pronostic différent) et susceptible de se
(re-)constituer en 6 à 8 semaines : elles suggèrent bien l'intérêt préventif de
la reconstitution capsulaire en fin d'intervention. En 1996, Scott 81
proposait aux Current Concepts sa technique personnelle consistant à suturer un volet de
capsule postérieure conservée au bord postérieur du tendon du muscle moyen
fessier : son taux de luxation de 4%, toujours constant après plus de 20 années
de pratique tombait depuis à 0% ! Une suture capsulaire plus «anatomique» était
recommandée par Pellici, Poss et al. 82 avec un succès commun aux 2
opérateurs : réduction du taux de luxation de 4% à 0% pour l'un et de 6,2% à
0,8% pour le second. Avec la même technique, Nourissat et le groupe ARTRO
79 voyaient leur taux de luxation après voie de Moore tomber à moins
de 1%. L'efficacité de cette capsulorraphie postérieure se voyait confirmée dans
l'étude randomisée de Chiu et al. 83, qui relevaient un taux de
luxation en chirurgie primaire de 0% avec capsulorraphie (96 hanches) versus
2,3% sans suture capsulaire (84 hanches). La même efficacité était rapportée
dans le travail de De Buttet et Pasquier 84, avec un taux de luxation
qui passait de 11,8% avec capsulectomie (22 luxations sur 186 PTH) à 0,6% après
suture capsulaire (1/174). Enfin, la même efficacité vient d'être rapportée par
Ko et al. 85 sur la prévention des luxations postérieures après
hémiarthroplastie pour fracture du col fémoral, avec un taux de luxation passant
de 1,9% à 0% depuis l'utilisation d'une suture capsulaire en paletot empruntée à
Krackow.
Dans l'expérience personnelle de l'auteur, qui
utilise ces techniques depuis début 1997, la même efficacité a pu se vérifier,
avec un taux de luxation précoce (< 3 mois) de 4,6% (10 sur 218 PTH
primaires) avant 1997 réduit à 0,7% (1 sur 144) depuis 1997. Ce taux devient
similaire à celui de 0,8% récemment annoncé par Mallory et al. 86
avec leur abord antéro-externe «abductor split». Il est à noter enfin que les
travaux anatomiques de l'équipe de Ganz de Berne (Beck et al. 87) ont
souligné le rôle de coaptateur et de stabilisateur de la hanche joué par le
muscle petit fessier, dont la conservation ou la réparation auraient un rôle
préventif sur la luxation postérieure en lui permettant de conserver son effet
de limitation d'une rotation interne excessive.
LA
NAVIGATION PAR ORDINATEUR ASSISTÉE
Aucun progrès significatif ne saurait être
possible en cas de malpositionnement sévère des implants. Déjà en 1990,
McCollum et Gray 88 avaient tenté d'améliorer le positionnement
acétabulaire à partir d'une radiographie de profil de la hanche à opérer
prise debout et centrée sur le grand trochanter. Ils y repéraient la
ligne joignant la grande échancrure et l'épine iliaque antéro-supérieure
et son orientation angulaire par rapport à l'horizontale. Par voie postéro-externe,
ces auteurs cherchaient à positionner leur cupule avec une flexion angulaire
de 10° supérieure à celle déterminée en pré-opératoire. Un espoir dans
l'obtention d'une orientation régulièrement optimale quelles que soient
la prothèse, la voie d'abord, l'expérience chirurgicale de l'opérateur
ou le terrain, réside probablement dans la mise au point d'un repérage
spatial informatisé per-opératoire de l'anatomie de la hanche sur table.
Les premiers travaux sur ces futurs systèmes d'imagerie par navigation
guidée («Hip Nav») sont prometteurs (DiGioia et al. 89).
Ils permettent d'espérer améliorer encore la stabilité de nos hanches
prothésées, pour l'instant encore trop régulièrement conditionnée par
une intuition «nasalement assistée» («Hip Nose»).
CONCLUSIONS
La littérature n'est souvent le reflet que
de l'expérience de quelques auteurs ayant beaucoup publié sur le sujet
(Morrey, Hedlundh, Harris) ou de quelques grands centres hautement spécialisés
(Mayo Clinic, Wrightington, Cochin, Boston Mass General, etc ...). Elle
permet cependant à chacun de s'évaluer et de tenter de diminuer la fréquence
de cette redoutable complication dans sa propre pratique.
A la lumière de cette revue et de son expérience
personnelle, l'auteur se permettra quelques suggestions et propositions qu'il
livre très humblement à la réflexion du lecteur.
AVANT
L'INTERVENTION
Attention à la laxité naturelle et aux hanches bien
mobiles (nécroses non encore arthrosiques, fractures sur hanches
«saines»).
Information du patient sur le risque et sa
fréquence (2 à 4%) en insistant sur le fait que la stabilité doit passer avant
l'égalité de longueur des membres.
EN
SALLE D'OPÉRATION
Examen sous anesthésie de la mobilité résiduelle
réelle de la hanche opérée, éventuellement rapprochée de celle de la hanche
contro-latérale si cette dernière est saine ;
Appréciation per-opératoire de l'orientation
«naturelle» de la cavité acétabulaire et de la version du col fémoral par
rapport à l'axe fémoral (jambe-fléau, genou fléchi) ;
Garder à l'esprit les modifications de
l'orientation du bassin selon la position du patient : antéversion pelvienne en
décubitus dorsal, délordose et obliquité du bassin en l'absence des appuis à
arthrodèse en décubitus latéral ;
Ajouter de l'antéversion par voie postérieure,
rester plus «anatomique» par voie antérieure ;
Contrôler la stabilité avec les râpes et les
inserts d'essai avant la fixation définitive des implants ;
Réserver le recours aux inserts à débord de
première intention aux instabilités per opératoires non correctibles (chirurgie
de révision) et au traitement chirurgical des luxations récidivantes ;
Suturer la capsule et réinsérer tout ou partie des
rotateurs externes après abord postéro-externe.
APRÉS
L'INTERVENTION
Conseils répétés au patient et vérification de leur
compréhension ;
Se méfier tout particulièrement des attitudes
féminines en position assise après voies postéro-externes.
EN
CAS DE LUXATION
Apprécier et détailler dans le compte-rendu
opératoire de la réduction sous anesthésie : les circonstances et le sens de la
luxation, le secteur de mobilité, la position luxante et le degré de rotation
nécessaire pour reproduire la luxation.
Ces informations sont fondamentales pour
évaluer le risque de récidive et prendre en ce cas les
bonnes orientations thérapeutiques afin de permettre au patient
de retrouver la confiance indispensable à l'obtention d'un bon
résultat final de sa hanche opérée.
| Bibliographie |
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Maîtrise
Orthopédique n°107 - Octobre 2001
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