La chirurgie plastique en situation précaire
est l’exercice de cette spécialité en situation
difficile. Elle se caractérise par la pratique de la chirurgie
plastique dans un environnement nouveau et pénible, par
un lieu d’exercice précaire, par des pathologies rencontrées
particulières et par la nécessité de connaître
de nombreux horizons de la chirurgie plastique (chirurgie de la
main, chirurgie des séquelles de brûlures, chirurgie
orthopédique et traumatologie, chirurgie maxillo-faciale,
etc...).
Vous allez partir pour la première fois et vous vous posez
diverses questions sur cette nouvelle aventure : quelles pathologies
vais-je rencontrer ? Quelles seront les conditions opératoires
? Quelles techniques vais-je devoir utiliser ? Quel matériel
vais-je devoir emporter ? etc...
Cet article va essayer de répondre simplement à
vos questions en vous apportant des solutions que nous avons trouvées
dans nos missions. Ce que vous allez lire aujourd’hui, vous pourrez
l’écrire demain et, nous l’espérons, en l’améliorant.
Nous avons voulu rassembler, dans ces quelques lignes, l’expérience
de plusieurs missions de chirurgie plastique effectuées
dans différents pays : Congo, Togo, Bénin, Nigéria,
Arménie, etc...
Une analyse rétrospective de 100 patients opérés
en mission nous a suggéré 6 techniques chirurgicales
qui nous ont permis de traiter 86 % des cas. Nous allons vous
exposer, simplement, ces six techniques avec des schémas
thérapeutiques pratiques. |
Le
Concept de Chirurgie plastique en situation précaire
Définition ?
La chirurgie plastique est une spécialité chirurgicale
bien définie. Le terme "chirurgie plastique" englobe
l’aspect reconstructeur, le pôle purement plastique et la dimension
esthétique d’une mème spécialité. Par exemple,
la reconstruction d’un sein, après son ablation pour un cancer, va ètre
qualifiée de chirurgie reconstructrice. Le traitement d’une hypertrophie
mammaire sera nommée chirurgie plastique puisqu’il modifie plus
la plastique du sein. Mais un sein reconstruit doit avoir une jolie
plastique voire une belle esthétique. La chirurgie plastique
c’est reconstruire l’esthétique. Si "l’esthétique
c’est déjà la fonction", la fonction devrait ètre
esthétique.
En Europe, les services de chirurgie plastique prennent des orientations
différentes suivant les pathologies qu’ils rencontrent. Par exemple,
un service qui va recevoir des traumatismes de la main sera plus orienté
vers la chirurgie plastique de la main et la microchirurgie. Un service
qui prendra en charge surtout des brûlés sera plus spécialisé
dans les greffes de peau et le traitement des séquelles de brûlures,
voire l’utilisation de l’expansion cutanée.
La chirurgie plastique en situation précaire est l’exercice
de la chirurgie réparatrice en situation difficile. Elle est
plus couramment appelée "chirurgie plastique humanitaire".
Nous préférons le terme "en situation précaire"
puisqu’il est plus général et plus réel. Le qualificatif
"humanitaire" donne souvent, en mission, une connotation triomphaliste
(le grand blanc qui vient faire de la grande chirurgie...).
De surcroît, tout geste médical devrait ètre humanitaire,
quelque soit son lieu géographique. Le chirurgien n’a pas besoin
de partir en mission pour faire de l’humanitaire. La chirurgie plastique
humanitaire est faite en France tous les jours par des chirurgiens plasticiens.
Nous pouvons être humain sans faire de "l’humanitaire"
mais, paradoxalement, nous pouvons aussi faire de l’humanitaire sans
ètre humain. En effet, il arrive que certains "volontaires"
confondent occupation humanitaire et tourisme humanitaire.
La chirurgie plastique en situation précaire se caractérise
par plusieurs points :
- Un environnement nouveau et difficile,
- Un lieu d’exercice précaire,
- Des pathologies rencontrées particulières,
- L’application de tous les champs de la chirurgie plastique (chirurgie
de la main, traitement des brûlures et de leurs séquelles, séquelles
traumatologiques, chirurgie maxillo-faciale, etc...)
- L’environnement est insolite puisque la mission chirurgicale
se fait dans un pays nouveau, voire dans une structure inhabituelle
(dispensaire...). L’exercice est, également, inaccoutumé
puisqu’il se fait en groupe avec une équipe comprenant plusieurs
personnalités, parfois très différentes. L’équipe
regroupe des chirurgiens qui peuvent parfois appartenir à des "écoles"
chirurgicales opposées, etc... L’environnement sera particulier
par son climat et par les conditions de vie distinctes du quotidien.
- Le lieu d’exercice est souvent précaire tant par les
conditions réelles d’exercice (bloc opératoire peu performant,
coupures électriques fréquentes, stérilité
quasi inexistante, etc...) que part le déroulement de la mission
(patients non convoqués, diagnostiques erronés, malades
non préparés, pansements non faits, etc...).
- Les pathologies rencontrées sont peu communes et d’autres
sont observées à des stades évolutifs que l’on n’observe
plus dans notre pratique quotidienne. Par exemple, le Noma (cancrum
oris) et l’ulcère de Buruli n’existent pas en Europe. Les séquelles
de brûlures, que l’on rencontrent également en Europe, sont dans
ces pays très impressionnantes. Les malformations congénitales
ou tumorales observées sont à des stades très avancés.
- Le chirurgien plasticien devra appliquer sa spécialité
dans des domaines très différents comme la chirurgie réparatrice
de la main, la chirurgie des brûlures et de ses séquelles, la
réparation des malformations congénitales de la face,
la reconstruction maxillo-faciale de certaines affections tropicales,
le rétablissement fonctionnel des membres, la fermeture de la
paroi abdominale après une importante exérèse tumorale, etc...
La chirurgie plastique, c’est reconstruire l’esthétique et,
cela, mème en "humanitaire". La chirurgie esthétique
humanitaire reste, pour beaucoup, un concept inconcevable. Comment
peut-on parler d’esthétique dans une mission humanitaire ? Le
chirurgie esthétique est, encore, qualifiée de chirurgie
superficielle pour des patients non malades. A l’opposé, le chirurgien
dit "humanitaire" fait de la "vraie" chirurgie et
sur des patients qui en ont vraiment besoin.
Nous rappellerons, simplement, qu’il ne nous appartient pas de décider
ce qui est important pour un patient ou ce qui ne l’est pas. Notre rôle
est de répondre à sa demande quelle que soit sa provenance, quelle
que soit sa croyance. Il est, probablement, plus glorifiant pour le
chirurgien de dire que son intervention à été indispensable
sur le plan fonctionnel, mais la finalité de son intervention
devra ètre la satisfaction de ce patient. Et si l’esthétique
est déjà la fonction, pourquoi la fonction ne pourrait-elle
pas ètre esthétique ? Ce sont les patients, en mission,
qui nous ont appris que l’esthétique était, pour eux,
aussi importante que la fonction ou qu’elle en faisait entièrement partie
et, cela, quel que soit le pays.
Au cours d’une mission, nous avons le souvenir de cette jeune arménienne
avec une séquelle importante de brûlure de la face dorsale de
la main. Il existait une grande cicatrice hypertrophique sans réel
retentissement fonctionnel. Nous avons expliqué, avec l’aide
du traducteur, qu’il ne fallait rien faire et que, si on enlevait cette
cicatrice, la peau dorsale serait tellement tendue que la patiente ne
pourrait plus fermer la main. Notre explication était claire
et recevait l’approbation du traducteur et de la patiente. Le lendemain,
la jeune fille s’est présentée à la consultation. Elle
voulait que nous lui enlevions la cicatrice et elle nous expliquait
qu’elle avait bien compris notre résistance mais qu’elle préférait
une main plus jolie, mème si elle ne pouvait plus la fermer.
Nous avons, également, pu observer une motivation esthétique
dans la reconstruction d’un coude chez un jeune Béninois qui
présentait des séquelles de Buruli. L’ulcère de Buruli
(Mycobacterium ulcerans) est au troisième rang des infections à mycobactéries
chez le sujet sain après la tuberculose et la lèpre. La plupart des
malades sont des femmes et des enfants qui vivent dans des régions
rurales à proximité de cours d’eau ou de terrains humides. L’ulcère
de Buruli sévit dans les régions marécageuses des
régions tropicales et subtropicales d’Afrique (pays
situés en bordure du Golfe de Guinée), d’Amérique
latine, d’Asie et du Pacifique occidental. Atteignant surtout les
membres, cette affection détruit progressivement, et
sans douleur, la peau et le tissu cellulaire sous cutané, voire
les tissus sous-jacents. Au stade de séquelles, la maladie présente
des zones cicatricielles fibreuses, rétractées avec de
nombreuses déformations associées.
C’est une de ces déformations que nous avons observée
chez ce jeune béninois. Il présentait une rétraction
du coude droit avec une importante zone fibreuse qui tapissait, surtout,
la face antérieure. Nous avons entièrement libéré
ce coude par une exérèse chirurgicale large. La perte de substance
a été "couverte" par un lambeau musculo-cutané
pédiculé de grand dorsal. Nous avons retrouvé une
très bonne mobilité de ce coude et les suites opératoires
ont été simples. Nous étions assez satisfaits d’avoir
rendu ce coude fonctionnel car, avec un coude actif, ce jeune béninois
pouvait travailler au champ et, par conséquent, pouvoir envisager
de créer une famille. Le symbole de cette intervention était
très fort pour l’équipe: nous avions rendu la fonction au coude
de ce jeune garçon et cela devait permettre la création
d’une famille.
Mais le lambeau était encore un peu gros et il n’était
pas très esthétique. Nous avons expliqué au patient que,
avec le temps, ce lambeau s’affinerait. Mais comment expliquer "l’atrophie
secondaire" d’un muscle. De plus, l’ulcère de Buruli est indolore.
Après l’intervention, le patient ressentait forcément quelques
douleurs. Si notre intervention semblait réussie, nous étions
pour le patient un peu maudits.
Enfin, dans le Noma, la réparation de certaines mutilations
faciales garde une finalité (souvent non avouée) esthétique
bien que l’on utilise des techniques de reconstruction très sophistiquées.
Le Noma, ou Cancrum oris, est une gingivo-stomatite ulcéro-nécrotique
d’origine infectieuse qui touche, aujourd’hui, surtout les enfants d’Afrique
("the noma belt") sur un terrain associant dénutrition,
mauvaise hygiène bucco-dentaire et tares diverses. La mortalité
a été considérablement réduite par les antibiotiques
et l’apport alimentaire. Au stade de séquelles, cette terrible
affection laisse d’importantes destructions du visage.
Nous avons le souvenir de cette jeune togolaise, accompagnée
par des religieuses du nord du Nigeria, qui vivait seule en dehors de
son village et qui était fréquemment violée. Elle
présentait des séquelles faciales importantes de Noma
sous la forme d’une fente béante et nauséabonde qui progressait
de la commissure labiale jusqu’à la région temporale. Le pouvoir
des religieuses étant resté vain, elles décidèrent
de nous la présenter.
Finalement, il n’y avait pas de réel retentissement biologique
et physiologique hormis l’atteinte de la mastication. Elle
s’alimentait parfaitement avec une alimentation liquide (à base de manioc)
et elle ne semblait pas présenter de carence alimentaire. Pourquoi
l’avons-nous opéré ? Pour la fonction ! Pour la reconstruction
! Nous croyons qu’elle a été contente de pouvoir refermer
un peu plus sa bouche et de bouger, mème timidement, sa mandibule.
Nous croyons, surtout, qu’elle a été heureuse de retrouver
un visage qu’elle n’aura, peut-ètre, plus besoin de voiler...
Nous croyons que la guérison peut aussi ètre l’objet de
cette satisfaction.
Ces quelques expériences nous ont incité à réfléchir
sur la vraie finalité de nos missions de chirurgie en situation
précaire. La chirurgie plastique n’est qu’un remède dans un champ
thérapeutique très vaste. Guérison, fonction... sont probablement
les représentations de notre propre satisfaction. Mais qu’en
est-il de la disparition d’une douleur ? Qu’en est-il des viols jugulés
par un visage regagné ? Qui peut donner la vraie définition
de la guérison ?
La chirurgie esthétique humanitaire a su nous enseigner que
l’esthétique est une technique au service de la fonction réparation
et qu’il était inutile de justifier l’esthétique par la
reconstruction puisque l’esthétique appartient, à part entière,
à cette reconstruction. Est-ce que le traitement d’une lèvre fendue,
chez une petite fille asiatique, est un geste réparateur ou un
geste esthétique ? Vous pensez, probablement, que cela sera un
geste réparateur parce que c’est plus "porteur" ou
parce que vous allez reconstruire la sangle musculaire. Cette enfant
voudra, probablement, une lèvre plus belle, plus esthétique.
Ce sera alors une intervention esthétique. Mais peu importe la
motivation puisque votre technique sera la mème et que vous essayerez
de la faire la mieux possible voire la plus esthétique possible.
Nous voyons bien que seule la motivation première de l’intervention
permet de qualifier d’esthétique ou de plastique cette intervention,
alors que votre geste technique sera identique. Tout cela démontre
que, finalement, nos définitions sont peu importantes au regard
de la simple satisfaction de notre petite asiatique qui, nous l’espérons,
sera une "belle" satisfaction.
En pratique, et toujours paradoxalement, nous avons appris à ne
pas faire de la chirurgie esthétique mais à ètre esthétique
dans notre chirurgie et, cela, mème en mission dite humanitaire.
‑ Chirurgie plastique en situation précaire : Pourqoui ?
Parce que nous sommes dans ce domaine bien précis de l’offre
et de la demande. Nous pourrions nous demander si la demande a précédé
l’offre ou si l’offre a suscité la demande. Nous pensons que
les pathologies observées dans ces pays sont très anciennes et
qu’elles n’ont pas attendu la chirurgie plastique pour exister.
D’autre part, la chirurgie reconstructrice est fort ancienne puisque
dans certains papyrus, datant de plusieurs siècles avant Jésus
Christ, des techniques de reconstruction faciale étaient déjà
décrites. Par exemple, nous avons retrouvé dans l’Edwin
Smith Papyrus des descriptions de reconstructions nasales par des lambeaux
jugaux. A cette époque, l’adultère était puni par l’amputation
de la "pyramide" nasale. Des chirurgiens éclairés
ont, alors, proposé des reconstructions par des lambeaux de peau
environnante. Aujourd’hui, ces procédés sont encore utilisés.
Tout cela devrait renforcer notre humilité dans notre "humanitaire",
dans notre "humanité"...
Alors pourquoi, aujourd’hui, nous parlons beaucoup plus de chirurgie
plastique en situation précaire ?
- ‑En premier lieu, parce que la chirurgie plastique semble
répondre parfaitement aux pathologies rencontrées dans
les pays du tiers monde : malformations congénitales de la face ou des membres,
séquelles tégumentaires à la suite de maladies tropicales
ou après des brûlures, pathologies tumorales diverses, séquelles
fonctionnels des membres post-traumatiques, etc...
- ‑En second lieu, parce que la chirurgie plastique existe,
aujourd’hui, en tant que spécialité bien individualisée. Auparavant,
au cours des missions humanitaires, les chirurgiens appliquaient les
techniques qu’ils connaissaient et les missions chirurgicales restaient
moins bien définies dans leur domaine d’application. Elles n’en
restaient pas moins efficaces mais l’activité chirurgicale était
plus large. Le chirurgien opérait tous les patients quand il
connaissait la technique adaptée. Tout naturellement, les missions
humanitaires se sont spécialisées comme la chirurgie s’est
spécialisée.
- ‑En troisième lieu, parce que cette spécialité
est facile à "exporter" :l’instrumentation chirurgicale
est peu sophistiquée et facile à transporter ; la chirurgie des
téguments est moins sensible à l’infection ; le résultat
est rapidement visible et obéit souvent à la loi du "tout
ou rien" : si un lambeau nécrose, c’est tout de suite et
la sanction sera immédiate; le suivi des patients opérés
n’est pas très compliqué et facile à gérer; l’enseignement
des techniques est plus aisé parce que le geste chirurgicale
est plus "visible" et, donc, plus accessible à sa compréhension.
- ‑En quatrième lieu, parce que que il existe des équipes
bénévoles pour faire ce genre de missions : infirmières,
anesthésistes et chirurgiens.
- ‑Et pour finir, parce que nous opérons beaucoup d’enfants
dans les missions de chirurgie plastique. L’enfance blessée est
insupportable mais elle semble inévitable. Les rèves de
ces enfants seraient-ils, définitivement, inconcevables ? La
médecine peut redonner des années à leur vie, la chirurgie
plastique va redonner de la vie à ces années. Redonner du
rève à un enfant sans visage c’est, peut-ètre, mettre
un visage sur nos rèves de chirurgien.
‑ Chirurgie plastique en situation précaire : Pour qui ?
Les missions sont proposées à tous les patients des pays ou
des institutions qui en font la demande. Généralement,
elles s’adressent aux pays en voie de développement (par
exemple, certains pays d’Afrique) ou à certains pays en difficulté
économique (par exemple, certains pays de l’Est). Les équipes
essayent de traiter les patients dans tous les domaines de la chirurgie
plastique ou elles orientent leur mission sur une pathologie spécifique
comme le Noma au Nigéria, les fentes labio-palatines en Asie,
l’ulcère de Buruli au Bénin ou la chirurgie de la main en Arménie.
Le but reste de soigner des patients qui, dans tous les cas, n’auraient
jamais eu la possibilité d’accéder à de tels soins dans
leurs pays.
‑ Chirurgie plastique en situation précaire : Par qui ?
Une mission de chirurgie réparatrice est organisée par un chirurgien
plasticien ou par une organisation humanitaire. L’organisation
bénévole peut ètre spécialisée dans la chirurgie plastique (comme
Interplast-France) ou elle peut intégrer la chirurgie plastique
dans ses différents projets (comme UMAF, Unions des Médecins
Arméniens de France, ou Médecins du Monde).
La composition des équipes est variable en fonction des missions.
Une mission peut comprendre un seul chirurgien si la structure qui
l’accueille possède déjà l’environnement chirurgical pour les interventions.
Inversement, une mission peut ètre composée d’une équipe complète
pour ètre entièrement autonome. Une mission d’Interplast-France
est généralement composée de deux chirurgiens,
deux infirmières de bloc opératoire, un anesthésiste avec
son infirmière et un coach. La présence de deux chirurgiens permet
d’opérer sur deux blocs opératoires, de pouvoir s’aider
sur d’importantes interventions, de poser des indications collégiales
et de se relayer en cas de problème (maladie, etc...). La présence
d’un coach est relativement récente dans nos missions mais se
révèle très précieuse. En effet, le coach prend en charge
tous les problèmes d’intendance, s’occupe de la logistique et assure
la coordination avec les autorités qui reçoivent l’équipe.
Cela peut paraître un peu luxueux d’avoir un coach dans une mission
dite humanitaire mais l’expérience nous a montré que le
temps consacré à la gestion de l’intendance et le temps passé
à "discuter" avec les représentants locaux est très
important au cours d’une mission. Nous préférons préserver
ce temps pour les patients.
‑ Chirurgie plastique en situation précaire : Avec qui ?
Une mission de ce type concerne les patients locaux, nécessite
l’aide du personnel et des médecins sur place et se pratique
sous couvert d’une autorité locale. D’autres acteurs peuvent
intervenir mais ils vont différer suivant les pays.
- Le patient et sa maladie :
L’action chirurgicale n’est possible que si il existe des patients
qui en expriment la nécessité et si les chirurgiens locaux
en expriment le souhait. Une mission existe si les patients subsistent.
La notion de "patient" reste une entité bien européenne.
En effet, le concept de "patient" fait fusionner, dans nos
contrées, l’ètre à sa maladie. En Afrique, par exemple,
le malade et la maladie demeurent bien distincts.
En Afrique, le malade appartient à une famille, à un village, voire
à une ethnie. Il ne sera pas atteint par hasard. Le malade a une histoire qu’il faudra
apprendre à écouter. De plus, le malade n’est pas toujours celui
que l’on voit ou que l’on croit. Le malade que l’on vous présente
n’est peut-ètre que le représentant d’une famille et c’est
peut-ètre la famille qui est "malade".
La maladie peut, aussi, appartenir à une famille ou à une peuplade.
La maladie n’est probablement pas là par hasard et elle a son histoire.
Il faudrait la comprendre mais nous n’avons ni le temps ni les facultés
pour pouvoir l’assimiler. En effet, il y a toujours une "raison"
à l’accident qui arrive au patient ou à la maladie qui le touche. Le
patient a probablement traversé, à tort, le "lieu des génies"
ou bien il a mangé, toujours à tort, de la viande de perdrix.
Dans certains villages, il existe des "lieux" où il est interdit
de passer à certaines heures de la journée. Le fait de transgresser
cette règle peut expliquer l’accident ou la maladie. Certaines familles
ne doivent pas manger de la viande de perdrix ou de cochon.
Transgresser la règle peut, également, expliquer l’accident ou
la maladie. Il y a toujours une raison aux choses et cela peut expliquer
cette allure "fataliste" que l’on peut observer.
Nous ne restons que des techniciens de surface, alors que le mal peut
venir des "profondeurs" de la forèt. Comment peut-on
soigner avec une simple greffe de peau le visage d’un enfant qui est
"mangé" par sa grand-mère... La maladie, en Afrique,
n’appartient pas toujours au patient et le malade n’est pas toujours
le patient.
Il est donc souvent difficile d’opérer "la maladie"
et il est encore plus difficile, pour nous, de soigner un mal que l’on
ne voit pas. Il serait très prétentieux de croire que l’on peut
vraiment traiter par un lambeau un mal que l’on ne connaît pas. Cependant,
les familles acceptent de plus en plus les traitements occidentaux dits
modernes pour des pathologies qu’ils "connaissent" depuis
toujours. Si leur point de vue a "évolué", nous
devrions également apprendre à mieux "voir" le patient
et nous devrions essayer de soigner son histoire autant que sa plaie.
Nous devrions, surtout, témoigner un peu plus de modestie car
le flot de nos techniques ne peut rien contre les dieux des rivières.
Nous ne pouvons rien sans l’aide de la famille, sans l’aide du chef
de village ou du guérisseur local. On ne touche pas le corps
sans l’accord. Et, ici, l’accord de la famille, du "groupe"
ou du "guérisseur", est aussi précieux que l’indication
thérapeutique d’une équipe occidentale. Il vaut mieux
respecter notre répertoire médical et laisser le guérisseur composer ses
gammes locales. Nous sommes médecins et, en tant que tels, nous
devons agir en médecin. C’est ainsi que le patient nous voit
et c’est ainsi que l’on sera le plus efficace pour lui. Pour traiter
l’aspect plus "transparent" de la maladie, c’est le guérisseur
qui aura le vrai pouvoir et qui saura mieux appréhender le "zima".
Pour mieux guérir, le traitement devra ètre pluridisciplinaire
et le chef d’orchestre ne sera pas toujours celui que l’on croit.
Par ailleurs, les patients font preuve d’un grand courage en acceptant
nos pratiques qui peuvent ètre, parfois, un peu surprenantes
voire intriguantes. En effet, imaginez la scène que l’on peut proposer
à ces enfants venant d’un petit village lointain et qui entrent, pour
la première fois, dans un bloc opératoire. Imaginez leurs pensées
quand ils voient un "scialitique" dirigé sur eux et
quand ils voient tous ces individus déguisés en bleu s’agiter
selon un rituel bien compliqué. Imaginez leurs regards quand
ils voient le chef de cette secte qui leurs parle dans un drôle
de dialecte et, surtout, avec un "masque"
d’une tribu inconnue. Ce chef est appelé chirurgien, mais quel
est son pouvoir ?
La mise en scène de certaines thérapeutiques locales semblent
folkloriques à nos yeux. Acceptez l’idée que les scènes que nous
leur proposons soient, également, originales. Mais dans les deux
cas, la mise en scène est efficace dans le traitement et, donc, pour
le patient. C’est pour cela que nous acceptons une prise en charge des
patients avec l’accord local et avec l’aide des thérapeutiques
locales. La finalité reste la guérison du patient. Peu
importe si cette guérison résulte d’une belle greffe ou
si les méchants dieux de la forèt sont partis.
Rappelons, pour finir, qu’en France, la fente labiale était
encore qualifiée, et il n’y a pas si longtemps, de "bec
de lièvre". Ce rapprochement vient de nos campagnes ou l’on pensait
que la femme, qui avait un enfant porteur d’une fente labiale, avait
croisé un "animal maléfique"... Le dieu de la
rivière n’est pas plus ridicule que le lièvre de nos campagnes. Il nous
semble important de respecter l’influence de cet environnement
dans tout programme thérapeutique. Et puis, n’oublions pas
que "l’influence peut guérir".
- Les médecins locaux :
La présence des patients est une condition nécessaire
mais non suffisante. En effet, il est inconcevable de croire que l’on
peut traiter des patients dans un pays sans l’accord et l’aide des médecins
locaux et, cela, pour plusieurs raisons :
Premièrement, il serait inconvenant de traiter leurs patients sans
leur avis.
Deuxièmement, il paraît difficile d’arriver dans un pays sans prévenir
les médecins, de traiter leurs patients isolément et de
partir sans assurer le suivi post-opératoire. Généralement,
une des premières difficultés dans les missions est représentée
par le recrutement des patients. En effet, ce recrutement est d’abord
soumis à l’identification première des cas difficiles à opérer
et celui-ci ne peut ètre assuré que par les médecins
qui travaillent sur le terrain. Puis, quand une mission s’achève, il
est indispensable que les médecins locaux puissent assurer le
suivi des patients.
Troisièmement, le but d’une mission de coopération étant
l’échange, voire la formation, il paraît logique de travailler
en étroite coordination avec les collègues qui habitent sur place.
Une des finalités dans ce type de mission devrait ètre
la formation des collègues étrangers aux techniques que nous
pratiquons. L’idéal serait de leur enseigner des techniques chirurgicales
bien précises pour qu’ils puissent les appliquer ensuite. Il
existe différentes voies dans les principes de cet enseignement
chirurgical humanitaire. Selon notre expérience, nous avons
évolué vers un enseignement plus modeste mais plus ciblé
et nous avons favorisé l’apprentissage des techniques sur place.
En effet, nous préférons former les chirurgiens sur place
car l’enseignement local permet d’appliquer des techniques parfaitement
adaptées aux pathologies rencontrées et il permet de voir
si la technique enseignée est immédiatement pratiquée.
Le fait d’ètre sur place permet, de plus, d’adapter un geste
chirurgical aux vraies conditions d’exercice. Par exemple, l’utilisation
d’un drainage dans une intervention est un principe qui peut ètre
admis et enseigné quelque soit le pays.
Mais, en pratique, l’utilisation du drainage conventionnel avec le
vide n’est pas applicable en Afrique et, cela, pour des raisons économiques.
Il convient, donc, d’appliquer un drainage plus manuel avec des seringues.
Cet exemple souligne le fait qu’entre la théorie d’une technique
et son application sur le terrain, il existe parfois une distance que
seule la pratique locale pourra combler.
Nous avons, également, appris à modérer notre ambition
dans l’enseignement des techniques chirurgicales. En effet, toujours
selon notre expérience, nous préférons montrer
une ou deux techniques précises pour une pathologie définie
plutôt que de vouloir enseigner tout un programme qui, finalement,
reste difficilement assimilable et souvent plus théorique. Comment
voulez-vous qu’un chirurgien, aussi doué soit-il, puisse intégrer
une spécialité en si peu de temps ? Nous préférons
cibler notre enseignement sur une ou deux techniques qui pourront ètre
appliquées pratiquement et de manière fiable. Par exemple, pour
traiter les séquelles de brûlures au niveau de la main nous privilégions
l’utilisation des greffes de peau totale associées à une plastie
simple pour les commissures. Il existe de nombreuses techniques de reconstruction
très sophistiquées pour traiter ce type de séquelles mais
leurs enseignements et leurs applications demeurent plus délicates.
La greffe de peau est une technique qui semble moins prestigieuse mais
qui reste un geste relativement simple à enseigner et un traitement
très efficace et, cela, quelque soit le pays.
- Le personnel paramédical local :
Il existe généralement beaucoup de gentillesse et de
dévouement dans le comportement des équipes qui nous accueillent.
Le personnel paramédical s’investit considérablement et
il présente une grande attention à toutes les techniques de soins
que nous présentons.
Cependant, un sentiment que beaucoup d’entre nous ont déjà ressenti
est cette impression d’avoir été parfaitement compris
quand on donne des explications ou quand on montre une technique alors
qu’en pratique le message n’est absolument pas passé. Il est
important de le souligner car cela nous a appris à ne rien négliger,
et surtout, dans le suivi postopératoire. Plutôt que de
déléguer un pansement, nous préférons le
faire. Un pansement fait n’est plus à faire.
Nous avons, également, appris que le vol des médicaments
et des pansements était très fréquent dans certaines missions
et que le seul moyen pour qu’un traitement prescrit soit suivi était
soit de le donner au patient lui-mème (en lui collant, par exemple,
ses antibiotiques sur la peau avec un adhésif pour qu’il puisse
les saisir tout seul), soit de le donner à la maman quand il s’agit
d’un enfant. Rien ne remplace une maman. Cependant, un jour nous aurions
préféré qu’une maman soit moins "maman".
En effet, nous avons opéré, au Togo, une petite fille
pour des séquelles de brûlure. Après l’opération,
nous avons demandé à la maman de faire des soins simples : laver
simplement les plaies avec de l’eau et mettre un pansement. Forts de
notre confiance en la maman, nous lui avons fourni le matériel
nécessaire. Nous avions raison d’avoir confiance en elle car
elle a suivi exactement ce que nous lui avions demandé de faire.
Elle a bien lavé les plaies, et même deux fois par jour.
Le seul problème fût notre manque d’expérience et de perspicacité.
En effet, le grand problème, en Afrique, c’est l’eau. N’ayant
pas d’eau courante, la maman lavait les plaies depuis plusieurs jours
avec la même eau et cela avait entraîné une infection
locale. Depuis, nous préconisons le minimum de pansement en postopératoire
pour limiter l’infection.
Quelque soit le pays, l’institution ou le bloc opératoire où
nous avons fait une mission, nous avons toujours rencontré un
être exceptionnel en compétence voire en dévouement.
Qu’il s’agisse d’un infirmier très doué ou d’une infirmière
très maternelle, je crois avoir toujours eu le sentiment de voir quelqu’un
de bien. On ne le trouve pas toujours immédiatement, mais il
est là et il faut savoir l’identifier car il sera précieux
pour toute la mission et il restera le point de transmission fondamental
entre l’équipe et les patients. Dans le mème ordre d’idée,
nous avons toujours rencontré un médecin brillant, voire
un chirurgien étonnant qui savait appliquer des techniques surprenantes
mais tellement efficaces. On apprend beaucoup de ses frères de
sang.
- Les autorités et les formalités locales
:
Généralement, les missions sont organisées sous
le couvert du Ministère de la Santé du pays hôte.
Mème quand la mission est entièrement financée
par des dons privés et qu’elle est organisée dans une
structure non hospitalière, il est de bon ton de la faire sous
l’autorité locale. Cela présente cependant quelques avantages
: facilité dans l’obtention des visas, des autorisations locales,
voire dans la simple exécution du geste chirurgical. En effet,
ne soyez pas choqués quand le Ministère de la Santé
de certains pays du tiers monde vous demandera vos diplômes, voire
votre curriculum vitae complet, pour vous autoriser à opérer.
Par exemple, dans un pays de l’océan indien, j’ai dû présenter
mon CV complet, un certificat de l’ordre des médecins français
certifiant que j’étais autorisé à exercer et, même,
une photocopie de mon baccalauréat. Initialement, cela m’avait
légèrement agacé mais finalement les autorités
locales devaient avoir des raisons louables. Effectivement, certains
médecins européens, interdits d’exercice dans leur pays,
profitent de la couverture humanitaire pour venir se "chauffer"
dans un pays du Sud (Comores) et certains médecins originaires
d’un pays du tiers monde profitent d’une mission spécialisée
pour rentrer "au pays" avec une spécialité usurpée
(Croix rouge, Médecins du Monde).
En plus du Ministre de la Santé et de ses collaborateurs (ils
sont parfois nombreux), le directeur de l’hôpital, qui reçoit
l’équipe étrangère, est un personnage "très
important". Il serait fort désobligeant de ne pas le saluer
comme il faut savoir se présenter au chef des institutions religieuses
locales, aux chefs de district, voire à toute une série
de représentants qui représentent... Vous comprenez immédiatement
l’intérêt d’un coach dans nos équipes. En rencontrant
toutes ces autorités locales, il soulagera l’équipe médicale
d’un temps précieux. Néanmoins, ces rencontres restent
indispensables puisqu’elles obéissent à une courtoisie
internationale de salutations et puisqu’elles permettent parfois de
nouer des liens qui favoriseront d’éventuelles nouvelles missions.
Dans le mème ordre d’idée, nous avons compris qu’il existe
certaines "formalités" locales qui permettent de faciliter
les missions humanitaires dans ces pays. Sans trahir de grands secrets,
il est admis que les "cadeaux" sont toujours les bienvenus.
Le cadeau peut ètre le "supplément" que l’on
donne au douanier pour qu’il nous laisse récupérer notre
matériel chirurgical en zone de dédouanement. Cela peut
être du matériel chirurgical que l’on "offre"
au fameux directeur de hôpital pour le remercier de nous laisser
opérer. Le cadeau peut être tout simplement de l’argent
que l’on offre à un chef de district pour qu’il nous autorise l’accès
à son territoire, etc...
Nous croyons que le respect de ces règles locales et de ces
institutions est indispensable. Sans les favoriser, nous devons les
accepter car nous n’avons aucun pouvoir pour les combattre et aucun
droit. Notre seul objectif est de traiter le mieux possible et le maximum
de patients pendant la durée de notre séjour. Nous devons
accepter la règle. Si, pour traiter un enfant, il faut l’opérer,
nous l’opérerons. Si, pour pouvoir opérer cet enfant,
il faut faire un "cadeau", nous devons le faire si nous en
avons les moyens. De toutes façons, le matériel chirurgical
que l’on va donner à un hôpital, même s’il est orienté
dans une clinique, restera dans le pays et sera, par conséquent,
un cadeau au pays. Nous n’avons pas la compétence pour changer
les "règles" locales qui existent depuis si longtemps
et qui font partie d’une tradition locale.
Nous avons également appris, surtout en Afrique, que tout a
un prix même s’il est modique et que tout se paye mème
si c’est avec quelques fruits ou avec un poulet. Cela est peut-être
mieux. D’une part, le patient garde ainsi une certaine dignité
: il peut vous remercier et c’est important de pouvoir dire Merci. Et
d’autre part, nous savons que "l’investissement" dans un traitement
participe fortement à son efficacité, et cela quelque soit le
pays...
ORGANISATION DE LA MISSION
La mission, avant :
Avant de partir en mission, un minimum de préparation s’impose.
Une mission peut s’envisager réellement quand les autorités
du pays concerné ont accepté de recevoir une équipe
étrangère, quand le financement est trouvé et quand l’équipe
médico-chirurgicale est définie.
Nous avons appris des équipes humanitaires allemandes la rigueur
du "time schedule check list". Un compte à rebours, ponctué
de réunions, démarre 12 mois avant le départ. Sans
démarrer si tôt, nous vous conseillons, toutefois, de vraiment
commencer à envisager les préparatifs vers le sixième mois avant
le départ.
Time schedule check list
- J-6 mois : composition de l’équipe, vérification
du financement de la mission et des accords passés avec le pays.
- J-4 mois : réunion de l’équipe, contrôle
de la liste du matériel nécessaire (en anesthésie
et en instruments chirurgicaux) et du consommable. Définir les
rôles : qui s’occupe des produits pour l’anesthésie ? Qui
fait les boîtes de chirurgie ? Qui va à l’ambassade pour les visas ?,
etc...
- J-2 mois : contrôle du matériel, visa. Prévoir
une dernière petite réunion avant le départ, si possible.
- J-1 mois : Contrôler les billets d’avion et contacter
la compagnie aérienne pour commencer à négocier la prise
en charge des excédents. Certaines compagnies offrent les excédents
à titre humanitaire. Si les excédents ne sont pas offerts, essayer
de répartir les charges sur les différents membres de
l’équipe. De plus, certains produits d’anesthésie (comme
les morphiniques) peuvent poser des problèmes à la douane. Les arrivées
étant souvent facilitées par un représentant local
et le passage de la douane étant plus "fluide", nous
vous conseillons de garder sur vous les produits "délicats". A l’opposé, le
dédouanement secondaire étant un service différent
et fait généralement le lendemain, les négociations
seront plus difficiles...
- J-1 semaine : Faire envoyer les colis à destination par la
compagnie aérienne ou par un transporteur (Par bateau, c’est
moins onéreux). Vérifier, sur le site des affaires étrangères,
les dernières données politiques sur le pays. Définir
les derniers rendez-vous avant le départ et faire les ultimes
préparatifs...
Surgical Check list
Pour la consultation :
- Un carnet d’observation + stylo (s). L’idéal est d’avoir un
carnet avec des pages à deux feuillets. Cela permet de laisser, dans
le dossier du patient, un exemplaire avec une trace de votre passage...
- Un appareil de photographie et/ou un polaroïd qui permet de faire,
dès la consultation, une prise de vue immédiate et de l’agrafer
à l’observation.
Le polaroïd a plusieurs avantages :
- Il permet de reconnaître les patients secondairement. En effet, à
l’étranger les patients se "ressemblent" beaucoup.
Par exemple, dans le nord du Nigeria, rien ne ressemble plus à un Noma
qu’un autre Noma, surtout si les enfants sont du mème âge et
de la mème ethnie.
- Il permet d’apprécier réellement l’importance des
lésions, ce qui permettra de faire une programmation plus précise
du temps opératoire quand, le soir, l’équipe se réunit
pour programmer la journée suivante. En effet, pendant la consultation,
l’enthousiasme chirurgical agrémenté d’une certaine euphorie
de la découverte, ne permet pas d’apprécier sereinement
les choses. Nous avons souvent tendance à dire : "là, il y aura
un grand dorsal", "ici, nous ferons une ostéotomie
et un lambeau local", etc... En fait, les temps opératoires
sont plus précis et il n’est pas rare de devoir ajouter un geste,
ou deux, ce qui peut allonger l’intervention d’une heure. En fin de
journée, certains patients devront ètre reportés.
- Il restera dans le dossier médical. L’idéal serait
de laisser, également, un polaroïd du post-opératoire.
- Enfin, il permet d’offrir à certains patients leur photographie et
cela est, parfois, plus important pour eux que tout votre investissement
chirurgical.
- Un champ bleu pour faire un fond pour les photographies,
- Feutres (pour les dessins et pour écrire le nom des patients),
règle (ruban mesureur),
- Petite lampe pour l’examen endonasal, endobuccal, etc...
- Badges pour l’identification de l’équipe auprès des patients
et du personnel local,
- Piles de secours (pour les appareils de photographie, lampes d’examen,
etc...)
- Divers : en fonction de vos habitudes et des spécialités,
etc...
Pour les interventions :
- Valise ou sac adapté pour transporter le matériel médico-chirurgical,
- Gants stériles et non stériles,
- Lunettes de protection,
- Tenues de bloc personnelles : trois tenues en coton, avec protection
pour les chaussures ou sabots de bloc, masques, calots (nous vous conseillons
le "bandana" en coton qui absorbe mieux la sudation frontale),
etc...
- Témoins de stérilisation,
- Savon chirurgical ou savon de Marseille, brosses chirurgicales, etc...
- Sarraus : les sarraus à usage unique sont chers et lourds à transporter
; préférez les sarraus locaux,
- Envisagez une lampe frontale, avec les piles de rechange (les coupures
d’électricité sont fréquentes dans certains hôpitaux
d’Afrique),
- Prévoir, si possible, un tensiomètre avec gonflage manuel
qui servira de garrot pour des gestes sur la main et une bande pour
vider le membre,
- Bétadine, Dakin (pour les piqûres per-opératoires)
+/- kit de test sérologique HIV +/- traitement contre une contamination
éventuelle, etc...
Matériel Consommable :
- ‑Bétadine ou Chlorexidine, rasoirs, feutres ou crayon
blanc (pour les peaux très sombres), Xylocaïne adrénalinée,
seringues + aiguilles pour l’infiltration, lames de bistouri, antibiotiques,
champs opératoires stériles (mais onéreux et, surtout,
très volumineux à transporter) ou champs locaux (mais souvent de mauvaise
qualité car usés...), fils de sutures résorbables
(n’oubliez pas le Vicryl‚ rapide pour les enfants) et non résorbables,
canules d’aspiration, redons et flacons mais volumineux (on peut remplacer
le flacon de vide par une seringue bloquée en aspiration avec
une pince à champ), compresses stériles et non stériles,
tulles gras, sparadrap, Elastoplast, pommade ophtalmique +/- antibiotiques,
antiseptique buccal (pour la chirurgie maxillo-faciale), antalgiques
pour la période post-opératoire, etc...
Matériel Chirurgical :
- Boîtes de chirurgie plastique de base : au moins trois boîtes seront nécessaires pour
l’enchaînement des interventions (prévoyez vos propres témoins
de stérilisation),
- Boîtes de chirurgie spécifique à la spécialité
: boîte de chirurgie de la main avec moteur, broches, ciment, etc...
si la mission présente un nette orientation pour le membre supérieur
(n’oubliez pas une main de plomb ou équivalent plus léger)
ou boîte maxillo-faciale avec écarteur spécifique, scie
adaptée (mais la scie de Gillies reste superbe), etc si le programme
est orienté sur la face (par exemple, sur le Noma).
Personal Check list
- ‑Passeport en cours de validité avec le visa,
- ‑Carnet de vaccination (voir les consignes pour chaque destination),
- Photocopie des papiers civils,
- Lettre d’invitation par les autorités locales (en cas de contrôle,
dans un pays "militarisé", ce type de lettre peut faciliter
les déplacements ou le passage des contrôles routiers),
- Assurance personnelle (accident, rapatriement...) : pensez à payer
votre billet d’avion avec votre carte bancaire,
- Vérifier que votre assurance professionnelle couvre votre
activité humanitaire, qui reste professionnelle, dans le pays.
Demandez une confirmation écrite.
- Permis de conduire international. Pour une location, préférez
une compagnie internationale (mème si cela est plus cher) à une
petite compagnie locale. Suivant les pays, ne pas hésiter à prendre
un chauffeur local.
- Trousse personnelle de médicaments : antalgiques, antiseptiques,
antibiotiques, antispasmodiques et antiseptiques intestinaux. N’oubliez
pas la protection et les lunettes solaires, et une lotion contre les
moustiques. Pensez aux sachets "d’hydratation", riches
en sels minéraux, que nous vous conseillons de prendre systématiquement
dans les pays très chauds.
- Trousse de toilette personnelle. Si l’hébergement sur place
n’est pas dans un hôtel, prévoyez : deux serviettes de
taille moyenne plutôt qu’une seule plus grande (avec deux clous
et une corde pour la suspension des serviettes), une moustiquaire (prévoir
quelques clous pour l’accrocher), un spray contre les moustiques, un
petit flacon d’eau de Javel‚ pour un petit nettoyage local, etc...
- Tenue vestimentaire habituelle pour les pays chauds : léger
en coton, etc... Deux remarques : pour les pays de l’Europe
de l’Est, prévoyez une veste pour les rencontres officielles
et pour les pays dits "chauds", évitez, si possible,
le look baroudeur avec les tenues type "guerre du golf"...
En Afrique, les rencontres dites officielles n’imposent pas la veste
aux étrangers mais une tenue correcte soulignera votre respect
à l’égard de vos hôtes.
- Prise électrique internationale +/- kit de connection internet
international si vous prévoyez votre ordinateur portable (mais
attention au matériel informatique dans les pays très chauds
et humides),
- Appareil de photographie de petite taille,
- Lampe de poche,
- Montre avec alarme,
- Petit kit de voyage pour le bricolage (tournevis, pince...) ou un
bon couteau suisse,
- Livres, musique, autres effets personnels, etc...
- Devises locales,
- Petits cadeaux pour les enfants (ballons, stylos, crayons de
couleurs, etc...)
La mission, pendant :
Ce chapitre existe mais il est laissé, volontairement, vide
parce que nous pensons qu’il vaut mieux rèver sa mission plutôt
que de la vivre. Vous décrire le déroulement d’une mission
serait vous priver de ces quelques moments de rève.
Chaque mission est singulière. Une mission ne se raconte pas ; elle
se prépare, elle se vit (souvent, trop vite) mais elle ne peut
pas ètre entièrement retracée. Seul votre imaginaire saura
remplir, aujourd’hui, la distance qui vous sépare du lointain
dispensaire.
Alors, commencez à rèver votre prochaine mission...
La mission, après :
Au retour, la mission ne se raconte pas mais elle va s’exprimer par
quelques récits et quelques anecdotes. Sa principale expression
restera photographique. En effet, seule la photographie signera votre
voyage, seule la cicatrice signera votre passage.
Un compte rendu est demandé à l’équipe pour permettre
à la mission suivante de prévoir les prochaines interventions.
En effet, de plus en plus, nous privilégions des missions dans
le mème pays pour favoriser le suivi des patients et assurer
une formation locale continue du personnel médical et paramédical.
De plus en plus, nous essayons d’équiper l’équipe locale
d’un appareil photographique numérique pour pouvoir recevoir
les résultats post-opératoires et pour pouvoir les conseiller,
par internet, sur des cas précis qu’ils ont sur place et qu’ils
nous présentent avec leurs images numériques.
L’analyse scientifique de la série effectuée est souvent
"biaisée" par le nombre de cas, la disparité
des pathologies rencontrées, la diversité des stades observés,
la variété des techniques exposées, le faible recul,
etc... Toutefois, la publication scientifique aura l’avantage de nous
obliger à faire une analyse avec une certaine rigueur scientifique,
à faire une certaine autocritique et à remettre en question, parfois,
notre réelle efficacité, etc...
La mission, en pratique :
Avant de partir en mission dans un pays en voie de développement,
les premières interrogations se focalisent le plus souvent sur le type
de pathologies que l’on va rencontrer. Cependant, après l’énumération
des classiques et diverses pathologies tropicales observées,
le chirurgien ne sait toujours pas répondre à sa propre interrogation
: Comment vais-je faire quand je serai là-bas et quelle type de technique
vais-je utiliser ?
Nous allons essayer de répondre, pratiquement, en proposant
6 techniques chirurgicales qui nous ont permis de traiter 86% des patients
en mission. Le reste des pathologies rencontrées répondront
aux autres techniques classiques de chirurgie réparatrice. Le
but, ici, n’est pas d’exposer toutes les techniques chirurgicales mais,
seulement, d’énoncer les plus utiles et les plus fiables.
Une analyse rétrospective de 100 patients opérés
en mission de chirurgie plastique humanitaire nous a suggéré
6 techniques chirurgicales :
- 1) Les plasties d’allongement cutané type "plastie en
Z" (et dérivés) : 32%,
- 2) la technique de J. Delaire pour le traitement des fentes labio-maxillaires
et leurs séquelles : 26%,
- 3) les greffes de peau : 14%,
- 4) le lambeau pédiculé du muscle grand pectoral : 9%,
- 5) le lambeau pédiculé du muscle grand dorsal : 4%
- 6) et, le lambeau pédiculé inguinal : 1%.
Nous avons utilisé ces différentes techniques dans des
conditions, parfois, difficiles tant au niveau des conditions locales
qu’au niveau des patients. La pratique de ces procédés
nous ont orienté vers le concept des 4F pour une technique
chirurgicale appliquée en situation difficile.
- F comme Faisabilité : une intervention doit ètre
faisable dans des conditions précaires et par un seul chirurgien.
- F comme Fiabilité : une technique doit ètre
fiable. L’échec est mal vécu, surtout par l’entourage
tant professionnel que familial.
- F comme Familiarité : le procédé doit
ètre familier à l’opérateur. Il est mieux appliqué
quand la situation est difficile.
- F comme Facilité : une technique doit rester facile
à enseigner : Travail en coopération = Transmission de l’information.
Les techniques chirurgicales présentées, ici, nous ont
semblé répondre à ce concept.
Conseils Pratiques
Un des buts de la chirurgie reconstructrice est de reconstruire l’étui
cutané en fermant les pertes de substance. Quand il n’y en a
pas, le chirurgien plasticien s’arrange souvent pour en créer
une. C’est un peu cela la chirurgie reconstructrice : "boucher"
des trous en créant d’autres trous qu’il faudra également
"boucher", en produisant d’autres trous...
Devant une perte de substance cutanée, nous conseillons différentes
propositions thérapeutiques en allant, généralement,
du plus "simple" au plus "compliqué" :
Du plus simple au plus compliqué :
1) l’abstention thérapeutique (il faut savoir dire non quand
les conditions locales contre-indiquent la réussite thérapeutique
: l’échec est mal vécu en mission et, surtout, difficilement
justifiable)
2) la cicatrisation dirigée,
3) la greffe de peau,
4) le lambeau.
Quand on fait un lambeau :
1) lambeau local (plastie d’allongement cutané),
2) lambeau régional (lambeau pédiculé de la mème
région ; par exemple, un lambeau hétéro-digital),
3) lambeau à distance, qui peut ètre pédiculé
comme le lambeau inguinal ou qui peut ètre libre comme le lambeau
de grand dorsal transféré microchirurgicalement.
Pour finir sur ces modestes conseils (que je vous conseille
d’oublier rapidement), nous rappelons qu’une cicatrisation dirigée
peut ètre compliquée à réaliser et qu’un lambeau
libre peut parfois ètre plus simple dans son exécution.
Il est, parfois, plus facile de faire une technique compliquée.
En effet, l’avantage d’un lambeau libre (bien qu’étant une solution
thérapeutique très sophistiquée) est qu’il résout
immédiatement les grosses reconstructions pluri-tissulaires et
qu’il évite les différents temps opératoires de
certains lambeaux pédiculés. Il obéit surtout,
en cas d’échec, à la sanction immédiate. Nous sommes,
donc, instantanément fixés sur la réussite de l’intervention
et nous pouvons ainsi reprendre le patient en proposant une autre solution.
A l’opposé, un lambeau pédiculé peut ètre
magnifique en post-opératoire immédiat mais il peut, également,
se nécroser secondairement. Une peau "colorée"
étant plus clémente, la souffrance veineuse sur un lambeau
restera plus discrète et laissera le temps au chirurgien de prendre
son avion du retour, sans grande souffrance...
Les
Techniques Chirurgicales
Les plasties d’allongement cutané
Indications
Si il n’y avait qu’une technique à connaître
en chirurgie plastique, ce serait la plastie en Z. Plus généralement,
tous les gestes qui permettent d’allonger une rétraction,
voire une réelle bride cutanée, sont bien indiqués
en chirurgie plastique humanitaire. En effet, nous rencontrons beaucoup
de séquelles de brûlure avec leurs inévitables rétractions
cutanées. Les rétractions concernent toutes les parties
du corps. Elles peuvent être spectaculaire en périarticulaire.
Leur traitement en sera d’autant plus efficace. Les rétractions
peuvent être post-traumatiques (surtout sur les membres), post-infectieuses
ou secondaires à des infections tropicales comme le Noma (notamment
au niveau du visage).
En pratique
Il s’agit d’une plastie cutanée d’allongement
qui permet d’agrandir une cicatrice ou une bride responsable d’une
rétraction sur la peau.
Le principe de base est d’utiliser la peau saine environnante
pour l’interposer dans une bride (ou une cicatrice) quand elle
est coupée. Cela permet d’allonger la bride (ou la cicatrice)
et, par conséquent, de diminuer la traction qu’elle engendrait.
En fonction des schémas proposés, une plastie d’allongement
cutané prend un nom différent : plastie en Z si le schéma
représente un Z, plastie en VY si la forme de l’incision
cutanée passe de la forme d’un V à la forme d’un
Y, etc…
Les schémas de la littérature sont souvent compliqués
mais ils peuvent être parfaits sur le plan mathématique.
Ils sont souvent peu réalisables en pratique voire faux. Cependant,
le tissu cutané est plus clément avec l’opérateur
et plus facile à travailler. Le chirurgien doit, toutefois, bien
repérer avant la peau saine environnante qu’il va pouvoir
utiliser. En effet, l’application des schémas géométriques
reste souvent utile mais il est encore plus efficace de palper la zone
opératoire pour chercher, avec le toucher, la peau saine qui
sera la plus mobilisable autour de la bride. La chirurgie plastique
est avant tout un geste plastique.
Nous simplifierons ainsi les données classiques en proposant
deux types de plastie d’allongement cutané:
- la plastie par avancement quand la peau est simplement décollée
et avancée (exemple : la plastie en VY),
- la plastie par rotation quand le lambeau de peau décollée
est déplacé sur la perte de substance par un mouvement
de rotation. Dans la littérature les plasties par rotation peuvent
prendre différentes qualifications : plastie de translation,
plastie de transposition, plastie en IC, etc… Mais quelle que
soit la spécificité du dessin de la plastie réalisée,
le principe de base reste identique : la palette de peau emprunte un
mouvement de rotation sur le côté pour venir combler la
perte de substance (exemple : la plastie en Z qui associe la rotation
de deux lambeaux en même temps).
Quel que soit le dessin du lambeau, n’oublions pas qu’il
s’agit de lambeau cutané dit “au hasard”, à
savoir qu’il n’est pas vascularisé par une artère
bien individualisée. Alors, il faut rester prudent et respecter
le ratio 2/1 c’est-à-dire que la longueur de la palette
cutanée ne doit pas être supérieure à deux
fois la largeur de la base du lambeau. Ici aussi, la clinique vient
moduler la théorie. Ainsi, une zone bien vascularisée
comme la face permettra un ratio de 3/1 alors qu’une région
cicatricielle demandera plus de précaution et préfèrera
un ratio de 1/1.
| Plastie
d’avancement simple pour traiter une rétraction commissurale
: |
 |

|
| Schéma
d’un lambeau d’avancement simple (en haut). Quand l’avancement
du lambeau est plus important, la traction cutanée produit
latéralement un excès de peau. Vous pouvez exciser
cet excédent de peau pour ajuster la suture finale (en bas). |
Schéma
d’un lambeau d’avancement commissural, associé
à deux petits lambeaux de rotation: |
| Plastie
d’avancement type VY : |
 |
Schéma
d’une plastie en VY :
L’incision cutanée représente un V.
Sous l’effet de la traction cutanée, le V se transforme
en Y.
Cela permet un allongement cutané. |
| Plastie
d’avancement type YV : |
  |
Schéma
d’une plastie en YV sur une bride cutanée de la première
commissure (lambeau 5), associée à des petits lambeaux
de rotation (lambeaux 1, 2, 3 et 4) :
L’incision initiale a la forme d’un Y. L’avancement
du lambeau 5 transforme ce Y en V.
Cela permet un allongement latéral de la cicatrice.
Pour améliorer cet allongement, on associe une rotation de
deux lambeaux latéraux (1 et 2 ; 3 et 4) comme une plastie
en Z. |
| Plastie
par rotation type plastie en Z : |
 |
Schéma
de la plastie en Z
Le schéma de base propose un “Z” avec des traits
de longueur égale et un angle, entre le trait central et
les traits latéraux, d'environ 60 degrés. Cela reste
variable en fonction de chaque environnement cutané et vous
pouvez faire un angle de 30 degrés ou un angle de 90 degrés.
En théorie : plus l'angle est grand, plus la cicatrice s'allongera.
Le trait central du “Z” représente la cicatrice
à enlever ou la bride à corriger. Quand vous avez
dessiné le trait central, vous tracez deux traits équivalents
sur les côtés (haut).
Après l'incision, et si votre indication est bonne, la traction
cutanée va placer spontanément les deux lambeaux cutanés
dans leur nouvelle position. Ils se croisent par un mouvement de
rotation (milieu).
En fin d'intervention, les lambeaux cutanés initiaux se sont
croisés et donnent la forme d'un “Z” inversé
ou “en miroir”. La peau est “relâchée”
dans le sens de l'ancienne cicatrice (bas). |

Traitement de plusieurs brides rétractiles des doigts et du poignet
(après une brûlure accidentelle) par des plasties en YV
et des plasties en Z

Traitement d’un mal perforant plantaire par un simple lambeau
de rotation plantaire.


Traitement d’une rétraction commissurale par une plastie
en Z



Séquelles de brûlure avec une bride rétractile de
la région axillaire gauche limitant l'abduction du bras. La bride
est sectionnée et la perte de substance axillaire est couverte
par un lambeau cutané de rotation. Le lambeau cutané,
venant de la région parascapulaire, va effectuer une rotation
pour venir sur la région axillaire homolatérale.
Les greffes de peau
Indications
Au cours des missions, la demande de reconstruction concerne, le plus
souvent, des pathologies au stade de séquelles.
Dès que le traitement engendre une grande perte substance cutanée
ou que les conditions ne permettent pas l’utilisation d’une
plastie cutanée locale, il existe une très bonne indication
aux greffes de peau. Qu’il s’agisse d’une greffe de
peau totale ou d’une greffe de peau mince, le bénéfice
pour le patient reste irremplaçable. Contrairement aux idées
reçues, la greffe de peau est une technique sophistiquée
qui devrait garder tout le respect que l’on accorde, généralement,
à une vraie technique chirurgicale. Trop souvent, le chirurgien
plasticien se lance dans une reconstruction par un lambeau trouvant
dans le terme de "lambeau" toute la justification de son intervention.
Dans la réparation d’une perte de substance, l’on
devrait toujours proposer les techniques les plus simples avant d’envisager
des techniques plus compliquées.
La greffe de peau appartient, donc, aux propositions thérapeutiques
dites simples mais elle demeure une technique dont les détails
dans sa réalisation en font une véritable technique chirurgicale.
Quand les surfaces à couvrir sont importantes et/ou que le “bourgeon”
(tissu de granulation) est de qualité médiocre, la greffe
de peau mince est une bonne indication. Il est également possible
de transformer une greffe de peau mince en une greffe mince dite “en
filet” pour augmenter la surface de couverture. Une greffe de
peau mince "prend" plus facilement mais présente le
désavantage de se rétracter à long terme.
A l’opposé, quand la perte de substance est dotée
d’un "beau sous-sol" (tissu bien vascularisé
ou bourgeon de bonne qualité) et/ou quand la greffe ne doit pas
se rétracter secondairement (zone périarticulaire ou périorificielle),
la greffe de peau totale sera préférée.
Pansement sur la zone donneuse :
Appliquer un corticotulle ou des compresses vaselinées et faire
un pansement humide, légèrement compressif sur la zone
donneuse.
Mettre la greffe dans du sérum physiologique.
Mise en place de la greffe :
La greffe est appliquée sur la zone receveuse en faisant bien
attention de ne pas se tromper de côté ! Elle est "découpée"
sur mesure et fixée par des fils ou des agrafes en périphérie.
Le pansement associera tulle gras, compresses très humides, compresses
sèches au dessus voire un pansement moulant (cf pansement avec
bourdonnet plus bas).
| Greffe
de peau mince : |
 |
Installation et prélèvement de la greffe :
- Position sur la table : le patient est sur le dos. Nous prélèverons
la greffe sur la face interne et/ou antérieure de sa cuisse.
On “graisse” la zone de prélèvement avec
du tulle gras. Une main du chirurgien passe sous la cuisse et “pince”
la peau par dessous pour la tendre la partie antérieure de
la cuisse. Avec son autre main, l’opérateur prélève
la greffe avec un dermatome manuel.
- La difficulté dans la prise d’une greffe de peau
mince reste l’appréciation de l’épaisseur
de la greffe. Avec l’habitude, le réglage de la lame
sur le dermatome permet de choisir l’épaisseur de sa
greffe. Mais, au début, l’opérateur ressent
une certaine difficulté à doser l’épaisseur
du prélèvement cutané. Au cours du prélèvement,
si vous apercevez de la graisse, voire du muscle, vous
êtes trop profond. Si votre greffe se présente comme
du papier de cigarette et qu’elle se déchire, vous
êtes trop superficiel. L’idéal est d’apercevoir
un “piqueté” rouge sur un fond blanc. Vous êtes,
alors, dans le bon plan : le plan dermique. Après la prise
de greffe, la zone donneuse est hémorragique ; il convient,
alors, d’appliquer rapidement un pansement gras légèrement
compressif. |
Exemple

Ulcère de Buruli de la face antérieure du pied chez un
jeune homme originaire du Bénin.
L’ulcère est excisé laissant une importante perte
de substance.
Celle-ci est greffée par une greffe de peau mince prélevée,
par un dermatome manuel,
sur la cuisse homolatérale.
Greffe de peau



Brûlure importante du membre inférieur. Parage et couverture
par une greffe de peau mince.
L'importance de la surface à couvrir nous a conduit à
utiliser des greffes “en filet”.
Pour cela, nous prélevons des greffes de peau mince et nous les
transformons en filet
(avec un “expanseur” de greffe) pour augmenter leur surface
de couverture.
GREFFE DE PEAU TOTALE
Sites de prélèvement

Prélèvement de la greffe de peau totale


Une greffe de peau totale est prélevée “en totalité”.
Sa dimension est adaptée à la perte de substance à
couvrir.
Sa texture doit être appropriée à la région
receveuse.
Le prélèvement cutané doit permettre une fermeture
simple du site donneur.
Préparation de la greffe de peau totale :

Le dégraissage de la greffe est un geste capital et
qui doit être minutieux.
Il s’agit du temps le plus important de la technique. Chaque lobule
graisseux oublié sera un obstacle à la colonisation de
la greffe par les "bourgeons" vasculaires. Le dégraissage
s’effectue tangentiellement jusqu’au derme qui doit laisser
apparaître une couleur blanc nacrée. Un coup de ciseau
trop prononcé incisant la greffe n’est pas grave. Il est
préférable d’inciser ponctuellement une greffe plutôt
que laisser de la graisse sur la face profonde du derme.
Plus le site receveur est de mauvaise qualité, plus la greffe
est "dégraissée". Mais plus la greffe est dégraissée
plus elle est fine et, par conséquent, plus elle risque de se
rétracter.
A l’opposé, sur un site receveur de bonne qualité,
une greffe de peau totale “prend” plus facilement. Donc,
Il n’est pas nécessaire de trop l’affiner ; par conséquent,
elle ne se rétractera pas.
En pratique, une commissure chez un enfant est une excellente indication
pour une greffe de peau totale : "sous-sol" de bonne qualité,
greffe souple qui ne se rétractera pas et qui n’entraînera
pas de rétraction secondaire de cette zone périorificielle.
Pansement avec un "Bourdonnet" :


Une greffe de peau totale vit, initialement, avec l’eau que vous
lui aurez donnée (par imbibition). La greffe étant colonisée
par sa face profonde, elle ne devra pas bouger et devra rester bien
appliquée. Cela est possible par la technique du bourdonnet :
appliquer un tulle gras sur la greffe, mettre une compresse
dépliée et bien mouillée en la moulant sur la zone
receveuse, serrer les fils de suture périphériques pour
maintenir la compresse sur la greffe. Le bourdonnet est laissé
en place trois jours. Son ablation doit être minutieuse
: il faut éviter de soulever la greffe qui peut adhérer
à la compresse.
Le bourdonnet est indispensable quand la zone receveuse est concave.
Le pansement moulant permet d’appliquer la greffe sur la concavité.
En revanche, une zone receveuse convexe maintient plus facilement une
greffe de peau et ne rend pas indispensable un bourdonnet.
Exemple

atient congolais présentant des séquelles de brûlure
de la main droite avec une “disparition” complète
des commissures. Les commissures interdigitales sont recrées
en respectant les éléments vasculo-neuro-tendineux et
les pertes de substance sont couvertes par des greffes de peau totale.
La technique de J. Delaire pour le traitement
des fentes labiales
Indications
Au cours de chaque mission, il n’est pas rare de voir des fentes
labio-palatines congénitales. Il n’est pas rare, également,
de voir des fentes déjà opérées avec tout
leur cortège de séquelles tant fonctionnels qu’esthétiques.
La demande des parents, paradoxalement, se fait ici surtout dans un
but esthétique. Suivant les pays, cette malformation congénitale
peut côtoyer un certain animisme traditionnel local.
La réparation esthétique est donc importante mais l’aide
du "guérisseur" nous semble, également, très
précieuse dans certains cas. Nous entendons encore aujourd’hui,
en France, parler de "bec de lièvre". Les mythes sont
finalement plus résistants que certains germes hospitaliers.
Le chirurgien, tout en conservant cette dimension "spirituelle"
à la réparation, doit quand même penser à
la fonction en essayant de rendre un bon équilibre physiologique
aux muscles naso-labiaux. La réinsertion des muscles sur la ligne
médiane permettra de remodeler la face pendant la croissance.
Il n’existe pas de perte de substance au sens propre du terme.
En effet, les "soudures" médianes musculaires n’ont
pas pu se réaliser pendant la croissance, un peu comme une voile
dont l’écoute lâche et qui se rétracte sous
l’action du vent. Le but de l’intervention chirurgicale
sera de réinsérer les muscles sur la ligne médiane
comme le marin borde sa voile pour que son bateau puisse avancer.
En pratique
Le principe de cette réparation repose sur :
- Un tracé des incisions cutanéo-muqueuses que nous empruntons
à l’excellente et très pratique technique de J.
Delaire. Cette technique est une adaptation de la technique de R. Millard
(grand lambeau de rotation-avancement),
- Un repérage des muscles, de part et d’autre de la fente,
et du pied du septum sur lequel seront insérés les muscles,
- Une libération des muscles naso-géniens de leurs insertions
profondes sur le maxillaire, ceci pour permettre leur bon déplacement
en dedans et leur suture (sans tension) au septum nasal, au périoste
de l’épine nasale et aux muscles du côté opposé.
- Reconstitution des plans muqueux, musculaire et cutané par
des sutures fines.
| Points
de répère : |
 |
Courage
: ne vous laissez pas impressionner par ces quelques repères
en apparence compliqués. Il y a des passages difficiles dans
l’apprentissage d’une technique opératoire. Ici,
la seule difficulté est de se concentrer sur ces quelques
repères anatomiques pendant 15 minutes. Vous les appliquerez
avec assiduité la première fois et, ensuite, cela
vous paraîtra beaucoup plus facile.
Pour atteindre l’art il faut savoir surpasser, voire oublier,
la technique. Vous connaîtrez, alors, le bonheur de faire
une jolie lèvre à ces enfants…
Alors courage ! ! !
a : Angle supérieur de la narine du côté
sain.
a’ : Angle supérieur de la narine du côté
fendu.
b : base de la columelle du côté sain.
c : jonction cutanéo-muqueuse au milieu du philtrum.
d : jonction cutanéo-muqueuse, en regard de la crête
philtrale, du côté sain.
1 : point situé dans le prolongement du bord de la columelle,
du côté fendu, à une distance de a’ égale
à b-a.
2 : point situé dans le prolongement de b-1, à la
jonction cutanéo-muqueuse.
3 : point situé à la jonction cutanéo-muqueuse
du côté fendu, à une distance de c égale
à d-c.
4 : point situé à la jonction du vermillon et de la
muqueuse humide à une distance du frein médian de
la lèvre supérieure égale à c-3.
5 : point situé à l’union du bord de l’aile
narinaire et de la lèvre, du côté fendu.
6 : point situé à la jonction cutanéo-muqueuse,
la ligne 5-6 étant perpendiculaire à celle-ci.
7 : point situé à l’endroit où l’ourlet
cutanéo-muqueux commence à décroître
(à environ 2 à 3 mm de e).
8 : point situé à la jonction du vermillon et de la
muqueuse humide en regard du point 7. |
| Incisions
cutanéo-muqueuses |
 |
L’incision
cutanéo-muqueuse suit le tracé décrit.
Nous conseillons un tracé comportant un petit triangle externe
au-dessus de l’ourlet cutanéo-muqueux (½) quand
les berges cutanées sont très rétractées
et que l’ourlet est peu accentué. La taille de ce triangle
sera adaptée à la différence de hauteur entre
le côté fendu et le côté sain. |
| Repérages
des muscles |
  |
1
: représentation schématique du muscle transverse
du nez
2 : représentation schématique du muscle releveur
superficiel
2’ : représentation schématique du muscle releveur
profond
3 : septum cartilagineux
4 : extrémité inférieure du muscle transverse
exposé lors de la dissection
5 : chef externe de l’orbiculaire
6 : muscle myrtiforme
7 : chef interne de l’orbiculaire |
| Libération
des muscles naso-géniens |
 |
| La
libération s’effectue en sous périostée,
depuis les os propres du nez et le rebord orbitaire inférieur(au
dessous du trou sous-orbitaire) au sommet de l’os malaire
et à l’apophyse pyramidal du maxillaire. |
| Sutures
cutanéo-muqueuses |
  |
Pour finir, nous vous conseillons :
- de traiter une fente unilatérale partielle comme une fente
complète.
- de traiter une fente bilatérale selon les mêmes principes
que le traitement d’une forme unilatérale mais de façon
bilatérale. Cependant, il n’existe pas de muscle sur
le bourgeon médian. |
EXEMPLES

Séquelles naso-labio-palatines chez une jeune indienne opérée
dans l’enfance et d’une fente labio-palatine gauche. Résultats
avant et après une reprise chirurgicale selon la technique de
J. Delaire.
Fente labiale droite chez un enfant du Togo (Mission Interplast-France).
Résultats avant et après une plastie labiale selon la
technique de J. Delaire qui est une adaptation de la technique de R.
Millard (grand lambeau de rotation-avancement).
Le lambeau pédiculé du
muscle grand pectoral
Indications
La principale indication de ce lambeau, en mission, est la reconstruction
faciale. Qu’il s’agisse de séquelles traumatiques,
carcinologiques ou de séquelles de Cancrum oris (ou Noma), le
lambeau de grand pectoral est un lambeau fiable qui peut apporter du
muscle et de la peau. Dans sa version sous-cutanée, il laissera
un minimum de cicatrices sur la face antérieure du thorax (ce
qui n’est pas négligeable en Afrique au vue de la grande
fréquence des chéloïdes). La palette cutanée
peut être prélevée dans le sillon sous-mammaire
ce qui diminuera, de surcroît, la rançon cicatricielle.
Il s’agit d’un lambeau pédiculé. Nous devons
donc faire "glisser" son pédicule sous la peau cervicale
et faciale (dans la plan du lifting). Certaines équipes extériorisent
ce pédicule pour augmenter la fiabilité du lambeau en
limitant la compression sur le pédicule. Il s’agit d’un
lambeau relativement facile à enseigner mais qui nécessite
une bonne vision du pédicule en peropératoire et, donc,
un bon éclairage (attention à la qualité de l’éclairage
dans certains blocs et prévoyez une lampe de poche en cas de
coupure électrique ! ).
| En
pratique : Dessin du lambeau et repères anatomiques |
 |
L’intervention
s’effectue en décubitus dorsal.
Pour repérer la projection du pédicule principale,
nous vous proposons de tracer une ligne entre l’acromion et
la xyphoïde. Puis vous pouvez dessiner une ligne perpendiculaire
( à cet axe acromio-xyphoïdien) qui passe par le milieu
de la clavicule. Cependant, le vrai repérage s’effectue
en peropératoire quand vous aurez soulevé la palette
cutanée et que vous aurez abordé la face profonde
du muscle grand pectoral. Vous percevrez alors le véritable
trajet du pédicule et vous pourrez envisager l’incision
du muscle de part et d’autre de ce pédicule avec plus
de précision. |
| Dissection
du lambeau |
 |
| Après
l’incision de la palette cutanée, repérez le
bord inférieur du muscle et passez dessous. La dissection
est facile à faire avec le doigt entre le muscle et le grill
costal. Il faut voir le pédicule, sur la face profonde du
muscle. Il convient, également, d’exposer la face antérieure
du muscle qui est un plan facile à exposer. |
| Dissection
du pédicule |
 |
| Quand
le pédicule est individualisé, le muscle est sectionné
de part et d’autre, en créant une bande musculaire
jusqu’à la clavicule (qui sera le point de rotation).
La bande musculaire est extériorisée par une incision
cutanée, le long de la clavicule. |
| Tunnélisation
du lambeau |
 |
| Le
lambeau chemine sous la peau cervico-faciale pour atteindre la face.
Attention au risque de compression du pédicule, à
ce niveau, si le "tunnel" est trop petit. |
| Arc
de rotation du lambeau du muscle grand pectoral |
 |
EXEMPLE

Jeune fille togolaise présentant des séquelles de Noma
au niveau de la face. La perte de substance jugale a été
reconstruite par un lambeau musculo-cutané pédiculé
de muscle grand pectoral (Mission Interplast-France).
Le lambeau pédiculé du
muscle grand dorsal
Indications
Le lambeau de muscle grand dorsal est d’une grande fiabilité
dans sa version pédiculé et son "champ" d’action
est assez large. Il peut apporter beaucoup de muscle et une grande palette
cutanée. Il peut atteindre la région faciale mais son
pédicule peut parfois "brider" et nécessite,
alors, une dissection sous-cutanée importante pour le passage
du pédicule. Il peut également atteindre très facilement
la face antérieure du thorax, la partie supérieure de
l’abdomen, le dos et le membre supérieur (jusqu’au
coude).
Sa version libre (nécessitant des anastomoses microchirurgicales)
reste réalisable, même en situation dite précaire,
avec des lunettes grossissantes (3,5). Le lambeau libre présente
l’avantage d’un apport pluri-tissulaire sur mesure mais
les aléas de tout geste microchirurgical, d’autant plus
que la fréquence de la drépanocytose rend un peu plus
risqué le transfert libre (dans ce cas, l’anoxie est très
mal vécue par le lambeau).
En pratique
Le lambeau de muscle grand dorsal peut être musculaire pur ou
musculo-cutané. Dans les deux cas, la dissection est identique.
Cependant, dans la version musculo-cutanée, il faut prendre une
palette de peau en regard du muscle.
| Installation |
 |
Décubitus dorsal avec un drap roulé
sous l’épaule et sous la fesse. Vous pouvez garder
le bras dans le champ opératoire ou le maintenir sur un repose
bras. Il faut bien dégager le creux axillaire pour la dissection
du pédicule thoraco-dorsal.
Ici, le schéma montre un lambeau de grand dorsal dans sa
version musculo-cutanée avec la représentation de
sa palette cutanée. |
| Dissection
du lambeau |
 |
| Incisez
en regard du bord antérieur du muscle grand dorsal. Allez
chercher ce bord antérieur. Exposez la face antérieure
du muscle. Le décollement est facile au doigt et permet de
visualiser le pédicule du muscle que l’on voit "courir"
sous le fascia. |
| Section
du muscle |
 |
Quand
le pédicule est individualisé, vous pouvez sectionner
le muscle pour isoler le lambeau autour de son pédicule vasculaire.
Le schéma représente, sur le thorax, le pédicule
du muscle grand dentelé qui peut être prélevé
en même temps que le lambeau du muscle grand dorsal. |
| Dissection
du pédicule |
 |
Pour
pouvoir mobiliser au maximum le lambeau, vous devez libérer
le pédicule en le disséquant le plus haut possible.
Il faut lier le pédicule du muscle grand dentelé.
Ce schéma montre que le pédicule du muscle grand dorsal
et le pédicule de muscle grand dentelé sont unis par
un tronc commun.
Pour augmenter la mobilisation du lambeau, vous pouvez sectionner
l’insertion tendineuse du muscle sur l’humérus. |
| Arc
de rotation du lambeau de muscle grand-dorsal |
 |
EXEMPLE

Jeune homme nigérien présentant des séquelles de
brûlure au niveau du coude droit. Après la libération
du coude, la perte de substance est couverte par un lambeau musculo-cutané
de muscle grand-dorsal homolatéral.
EXEMPLE

Homme du nord du Togo (Afagnan) présentant une importante tumeur
abdominale. La fermeture de la perte de substance a nécessité
un lambeau pédiculé de muscle grand-dorsal homolatéral.
Le lambeau pédiculé inguinal
Indications
C’est un lambeau qu’il faut, absolument, connaître.
Avec la plastie cutanée en Z et le lambeau du muscle grand dorsal,
c’est "le" lambeau qu’il faut maîtriser.
Il permet surtout, de manière fiable, de couvrir toutes les pertes
de substance de la main et de l’avant-bras, et cela, même
en présence de surinfection locale. Il présente, cependant,
l’inconvénient d’un deuxième temps chirurgical
de sevrage. Ce temps, réalisé 15 à 20 jours après,
est relativement facile à expliquer à l’équipe
locale qui reste. Nous conseillons, toutefois, de faire ce genre de
lambeau en début de mission pour pouvoir en assurer le sevrage
personnellement.
| En
pratique : Installation |
 |
| Décubitus
dorsal avec un petit champ sous la fesse homolatérale. La
palette cutanée sera prélevée en regard du
pédicule. |
| Repères
anatomiques |
 |
Repères:
1) Artère circonflexe iliaque superficielle ; elle naît
de l’artère fémorale, 1 à 3 cm sous l’arcade
crurale.
2) Artère épigastrique superficielle.
3) Epine iliaque antéro-supérieure.
4) Epine du pubis.
En pratique, vous pouvez tracer une ligne entre l’épine
iliaque antéro-supérieure et l’épine
du pubis. Un tiers de la palette cutanée sera dessinée
au dessus de cette ligne et deux tiers seront dessinés au
dessous. |
| Dissection
du lambeau inguinal |
 |
| Commencez
la dissection par l’extrémité distale de la
palette. Il est plus facile de repérer le plan de dissection
qui passe sur l’aponévrose musculaire. Ensuite, nous
vous conseillons de passer sous l’aponévrose du muscle
couturier pour garder le pédicule dans le lambeau. Nous vous
suggérons, également, de ne pas poursuivre la dissection
jusqu'à l’artère fémorale pour éviter
de sectionner le pédicule. |
| "Tubulisation"
du lambeau inguinal |
 |
| Tubulisation
: Le but est de créer un pédicule en forme de "trompe",
et cela plaît énormément en Afrique ! Le pédicule
ainsi créé permettra une mobilisation plus aisée
de la main et il facilitera les pansements. Il s’agit, toutefois,
d’une technique impressionnante pour le patient et pour l’entourage
tant paramédical que familial. C’est une technique
qui nécessite beaucoup d’explications. |
| Pansement |
 |
| Nous
ne suggérons pas de bandage particulier. Nous préférons
laisser le bras libre. Nous expliquons, seulement, au patient (et
à l’équipe soignante) que "c’est
solide" et |