INTRODUCTION
L'Hallux Valgus est une pathologie à
expressions cliniques multiples qui ne sauraient bénéficier d'un
traitement chirurgical univoque : ainsi à chacune de ces expressions
cliniques particulières peut-on proposer un traitement adapté.
L'approche chirurgicale dite " mini-invasive " a elle aussi sa place dans cet arsenal thérapeutique et ses indications doivent être bien codifiées.
C'est dans le milieu des podiatres
américains qu'est apparue dans les années 70 la chirurgie mini-invasive
du pied et l'on peut estimer qu'actuellement aux Etats-Unis, un hallux
valgus sur deux est opéré avec cette technique.
Toutefois, il faut reconnaître au Dr De Prado5
la validation scientifique de cette technique (travail anatomique,
revue de patients,...) d'une part et l'enseignement universitaire au
sein de la faculté de Barcelone d'autre part. Grâce à son aide
précieuse, cette technique est enseignée aujourd'hui en France sous
l'égide du GRECMIP à Bordeaux par un cours théorique et pratique annuel
(Fig 1).
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Figure 1: Cours Octobre 2002 à Bordeaux :
De gauche à droite : Christophe de Lavigne (Bordeaux),, Mariano De Prado (Espagne), Stéphane Guillo (Bordeaux), Stephen Isham (USA) |
BUTS
Les objectifs et le cahier des charges
sont les mêmes que ceux de la chirurgie à ciel ouvert : réduction du
volume du bunion, réorientation de la surface articulaire distale du
premier métatarsien (M1), arthrolyse latérale de l'articulation
métatarso-phalangienne et enfin, réorientation la diaphyse de la
première phalange (P1) par une ostéotomie de varisation (Fig 2).
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| Figure 2 : L'ostéotomie de M1 (correction de l'angle articulaire distal métatarsien - AADM) |
PRINCIPES
Les fondements de cette chirurgie sont
l'utilisation et la réalisation de mini-abords, un matériel spécifique.
Pour la cure d'un premier rayon, trois voies sont nécessaires : la
première permet de réaliser une chambre de travail au contact de M1, de
réduire le bunion et de réorienter la surface articulaire de M1 par une
ostéotomie adaptée.
La deuxième permet l'arthrolyse métatarso-phalangienne latérale.
La dernière permet de réaliser une
ostéotomie de varisation de la base de P1 (fig 3). Tout au long de
cette procédure, le contrôle des gestes se fait d'une part grâce à
l'amplificateur de brillance et d'autre part, manuellement en palpant
les reliefs osseux au travers des téguments. Aucune fixation par
matériel d'ostéosynthèse n'est nécessaire dans cette technique.
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| Figure 3 : Résultat sur os sec synthétique de la réorientation du 1er rayon. |
MATERIEL
Il est à ce stade important de préciser
que la chirurgie mini-invasive fait appel à une instrumentation à main
spécifique, un amplificateur de brillance et un moteur adapté.
Les instruments à main
a- Le bistouri
Il doit permettre la réalisation des mini voies d'abord. Nous utilisons un porte-lame et des lames Beaver© qui ont l'avantage d'inciser dans l'axe du bistouri sur une largeur de 3 mm environ.
b- Le décolleur (Fig 5)
Il doit séparer les parties molles de
l'os afin de travailler à son contact. Nous utilisons pour notre part
un décolle dure- mère ou une mini-rugine type Morel-Fatio ou Muller.
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| Figure 5 : le décolleur |
c- Les râpes (Fig 6)
Des râpes spécifiques ont été créés afin
d'extraire les débris osseux (et non de râper l'os) de la
bunionectomie. Elles présentent des orientations et des tailles
différentes.
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| Figure 6 : les râpes |
d- Le moteur et les fraises
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| Figure 7 : la pièce à main |
Le moteur doit comporter une pièce à main
(Fig 7) dont l'axe de rotation est parallèle à celui du moteur. Le
couple doit être important. La vitesse de rotation (Fig 8) doit pouvoir
être modulée au pied à l'aide d'une pédale adéquate. Elle doit rester
lente (maximum : 15 000 tours/minutes).
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| Figure 8 : la console de moteur |
Des fraises spécifiques ont été
dessinées, qui permettent en fonction de leur forme de réaliser
ostéotomie ou résection osseuse (Fig 9).
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| Figure 9 : Les fraises fraise d'ostéotomie, fraises de dégauchissage |
e- L'amplificateur de brillance
Chaque étape de la procédure doit être
contrôlée par un amplificateur de brillance. Nous utilisons un
mini-amplificateur (fig 10) permettant de réduire de façon très
significative les radiations (10 à 100 fois moins de rayons qu'un ampli
classique).
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| Figure 10 : amplificateur en place et installation |
BILAN PRE-OPERATOIRE
Notre bilan préopératoire comporte
systématiquement trois incidences : profil strict et face en charge, et
une incidence Guntz ou de Walter-muller.
Sur le cliché de face sont tracés les
repères classiques (métatarsus varus, valgus phalangien, angle
articulaire distal métatarsien) nous permettant de poser l'indication
d'un geste mini invasif, à savoir pour un hallux valgus de première
intention, un métatarsus varus inférieur ou égal à 16°, l'articulation
étant congruente avec un DMAA3 augmenté (hallux valgus congénital).
TECHNIQUE OPERATOIRE
Nous ne traiterons ici que de la technique pour un premier rayon simple.
Anesthésie
La plupart du temps, il s'agit d'une
anesthésie loco-régionale qui associe un bloc tibial postérieur,
pédieux et coronal antérieur du médio-pied ou fait plus haut au niveau
poplité.
Installation du malade
Le patient est installé en décubitus
dorsal. Le pied opéré dépasse de la table alors que le membre inférieur
controlatéral est fléchi à 90°. Cette technique ne nécessite pas de
garrot de membre inférieur. On installe l'amplificateur du côté du pied
opéré afin de contrôler les gestes osseux et de régler les ostéotomies.
Premier temps : bunionectomie et ostéotomie du col du 1er métatarsien
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| Figure 11 : première incision |
Une incision est réalisée à l'aide du bistouri Beaver©
dans le coin inféro-médial de la tête du métatarsien, juste au-dessus
de la partie postérieure des sésamoïdes (Fig 11). Elle mesure environ
de 3 à 5 mm et part de la peau jusqu'au contact osseux. Arrivée sur
l'os, la lame réalise un premier décollement des parties molles sur la
face médiale de la tête, favorisé par la réalisation de mouvements
d'essuie-glace à l'aide du bistouri puis du décolleur. Une fois la
chambre de travail obtenue, les fraises de dégauchissage (gros
diamètre) réduisent l'os du bunion en purée (Fig 12). Cette résection
est contrôlée par la palpation manuelle de la face médiale du
métatarsien et à l'aide de l'amplificateur. Elle doit s'arrêter à la
surface articulaire fonctionnelle capitale, en tenant compte de la
valeur de l'angle articulaire distal métatarsien. L'utilisation des
fraises doit être très soigneuse et respecter certaines règles. La
vitesse de rotation doit être minimale entre 8000 à 15000 tours minute
maximum, afin de ne pas brûler les tissus mous et endommager l'os.
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| Figure 12 : bunionectomie |
Une fois le bunion réséqué, on réalise la
correction de l'angle articulaire distal métatarsien (ou PASA ou DMAA
ou angle a) par l'ostéotomie de Reverdin-Isham7. On utilise
une fraise longue d'ostéotomie (Fig 13), introduite par la même voie
d'abord. Son extrémité supérieure est positionnée à l'aplomb de la
surface articulaire supérieure qui est repérée par l'amplificateur sur
le profil, la fraise doit réaliser une ostéotomie plane oblique de 45°
de distal dorsal à plantaire proximal, et parallèle à la surface
articulaire distale (Fig 14). Elle respecte la corticale latérale et
réalise ainsi une ostéoclasie par manœuvre externe (hallux en abduction
et flexion plantaire forcées). Elle corrige ainsi à la fois l'angle
articulaire distal métatarsien et une partie de la pronation capitale.
A l'issue, les débris osseux sont retirés à l'aide de la pression
digitale (Fig15) et par l'intermédiaire des râpes adaptées (Fig16).
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| Figure 13 : fraise d'ostéotomie |
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| Figure 14 : l'ostéotomie |
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| Figure 15 : pression digitale |
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| Figure 16 : Les râpes |
Deuxième temps : arthrolyse latérale
A l'aide du Beaver©, on réalise une incision dorsale en regard de l'articulation métatarso-phalangienne de l'hallux 2 à
3 mm en dehors du tendon long extenseur. La lame du bistouri doit être
parallèle à l'axe de M1 et longe l'articulation dans un premier temps.
Une fois passée la moitié de l'épaisseur de la tête, on rentre dans
l'articulation en tournant la lame à 90° de rotation latérale. Le
déplacement de la lame du bistouri réalise la ténotomie de l'adducteur
du I et la capsulotomie plantaire qui vont permettre de rechausser P1
sur la tête de M1 (Fig 17).
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| Figure 17 : Libération latérale |
Troisième temps : ostéotomie phalangienne
Une troisième incision est réalisée sur
le côté dorso-medial du tiers proximal de la métaphyse de P1, en dedans
du tendon extenseur, lame orientée parallèle à l'os. On remplace la
lame par la rugine et l'on passe au contact du tiers proximal de la
métaphyse. On contrôle le bon positionnement des instruments sous
scopie (Fig 18). La même fraise d'ostéotomie remplace la rugine et
réalise une ostéotomie de varisation de la base de P1 en conservant la
corticale latérale (fig 19), ostéotomie dite de Akin1. On
ferme ensuite l'ostéotomie par manœuvre externe d'abduction de l'hallux
et l'on contrôle sous ampli de brillance la fermeture du trait
d'ostéotomie.
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| Figure 18 : contrôle de l'ostéotomie de P1 sous ampli |
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| Figure 19 : positionnement de la fraise |
Les trois voies d'abords sont ensuite
refermées par des points simples au vicryl rapide ou au fil mono brin
non résorbable (la voie dorsale d'arthrolyse peut être laissée non
suturée).
Une injection de 2 mg de dexaméthasone
peut ensuite être pratiquée au niveau de l'arthrolyse latérale et de
l'ostéotomie de P1. Nous n'injectons pas de corticoïdes au niveau de
l'ostéotomie de M1.
Quatrième temps : le pansement
Dans la mesure ou il n'y a pas de
matériel d'ostéosynthèse, la confection du pansement est capitale car
c'est lui qui permet de maintenir les corrections osseuses réalisées
(pansement en 8, laissé en place 8 jours). Il doit impérativement être
fait par le chirurgien en salle d'opération (Fig 20) et doit être suivi
d'un contrôle scopique immédiat de face et de profil.
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| Figure 20 : le pansement |
SUIVI POST-OPERATOIRE
Dans la majorité des cas, l'intervention
est réalisée au cours d'une hospitalisation ambulatoire : le patient
regagne son domicile le soir-même avec une chaussure médicale (semelle
rigide) qu'il conservera pendant 2 à 3 semaines (fig 21). L'appui
complet est autorisé d'emblée mais il faudra ménager des plages de
repos avec le pied surélevé. Au huitième jour, le patient est revu : le
pansement est retiré, les points non résorbables sont ôtés. Une
orthoplastie de maintien au silicone est confectionnée (Fig 22). Un
contrôle radiographique est ensuite effectué, orthèse en place. Le
patient sort avec un maintien de la palette métatarsienne par une bande
élastique autoadhésive. Il sera ensuite revu à un mois pour un deuxième
contrôle radio-clinique fait, cette fois-ci, en charge et orthèse
retirée. La chaussure post-opératoire aura été remplacée deux semaines
avant par une chaussure de type sport souple. Le patient est ensuite
revu entre trois et quatre mois pour le troisième contrôle
radio-clinique (fig 23). Le rythme ultérieur de surveillance est
variable, en général annuel.
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| Figure 21 : la chaussure médicalisée |
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| Figure 22 : l'orthoplastie |
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| Figure 23 : radio à trois mois |
CONCLUSION
Parmi les nombreuses techniques
chirurgicales destinées à corriger l'hallux valgus, la chirurgie mini
invasive, moins agressive, réalisable en ambulatoire nous semble être
une avancée fondamentale dans la chirurgie de l'avant pied. Elle a ses
propres indications parfaitement codifiées et en aucun cas, ne peut se
substituer à elle seule à la chirurgie conventionnelle. Nous pensons
néanmoins que cette technique, qui demande une courbe d'apprentissage
longue et qui doit s'apprendre à la fois par les cours pratiques sur
pièces anatomiques mais aussi par un compagnonnage avec les chirurgiens
qui en ont l'expérience, offre une alternative intéressante à la
chirurgie plus traditionnelle. Elle mérite sa place dans l'arsenal
thérapeutique des interventions correctrices de l'hallux valgus de
première intention.
| Références bibliographiques |
|
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2. ANDREASI A, COPPO M. L'intervento di Reverdin-Gren modificato nel truittamento quirurgico dell'alluce abdono-valgo. En: Gaggi A, editor. Progresi in Medicina e Chirurgia del Piede. L'alluce valgo. Bologna: Aulo Gaggi, 1997: p.105-14.
3. CANOVAS F, POIREE G, BONNEL F, VERGNES N, NICOLAU F, EL HAMMAMI. Radiographic analysis of the orientation of the distal articular surface of the first metatarsal in the horizontal plane. Rev Chir Orthop Reparatrice Appar Mot. 1998 Oct;84 (6):546-9
4. COUGHLIN MJ. Hallux valgus in men: effect of the distal metatarsal articular angle on hallux valgus correction. Foot Ankle 1997;18:463-70
5. DE PRADO M., RIPOLL P. L., GOLANO P. CIRUGIA PERCUTANEA DEL PIE (TECNICAS QUIRURGICAS. Indicaciones, Bases anatomicas). Ed. MASSON. Barcelona 2003.
6. DE PRADO M., RIPOLL P. L., VAQUERO J., GOLANO P. Tratamiento quirurgico percutaneo del hallux valgus mediante osteotomias multiples. Rev Ortop Traumatol 2003;47:406-416.
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8. Wù K. Modified Mitchell's bunionectomy (Wù's bunionectomy). Orthopedics 1997:20:253-7 |
Maîtrise Orthopédique n° 133 - Mai 2004