Le Syndrome de la Charnière Dorso-Lombaire
Une source derreurs de diagnosticR. MAIGNE
(Paris)Introduction
Le rôle de la charnière dorso-lombaire (CDL) est très largement méconnu dans le domaine de la pathologie vertébrale commune. Certaines raisons peuvent lexpliquer, qui nattirent pas lattention sur cette région :
1 - les patients ne présentent pratiquement jamais de douleur au niveau de la charnière dorso-lombaire. Les douleurs dont elle est responsable, sont toutes ressenties à distance delle.
2 - Il nexiste que rarement des lésions dégénératives radiographiques au niveau de la charnière dorso-lombaire (T11 - T12 - L1).
3 - Cest seulement un examen clinique attentif et systématique qui permet le diagnostic par la mise en évidence dun segment vertébral douloureux à ce niveau.
La cause habituelle est un Dérangement Intervertébral Mineur (R. Maigne - Painful intervertebral dysfunction) portant, le plus souvent, sur T12 - L1. Il peut exceptionnellement sagir dune hernie discale.
La manifestation la plus fréquente de ce Syndrome de la charnière dorso-lombaire est une lombalgie basse simulant en tous points une lombalgie dorigine lombo-sacrée ou sacro-iliaque. Cest la première manifestation sur laquelle nous avons attiré lattention (1972). Mais il peut sagir aussi de douleurs abdominales basses pseudoviscérales, ou de douleurs simulant une bursite trochantérienne ou même plus rarement une douleur pubienne.
Ces manifestations peuvent être isolées ou associées.
Les manifestations douloureuses coïncident avec la distribution des nerfs rachidiens correspondants (T12, L1). Elles sont liées à des perturbations tissulaires réflexes, conséquences dun Syndrome cellulopériostomyalgique dorigine vertébrale (R. Maigne) qui sont mises en évidence par lexamen (Fig. 1).
Figure 1:
A) Distribution schématique des nerfs rachidiens T12 et L1
1. Branche antérieure
2. Branche postérieure
3. Rameau perforant latéral cutané
B) Les douleurs projetées à partir de la charnière dorso-lombaire occupent le territoire cutané de ces nerfs qui est le siège dune cellulalgie réflexe. Mais ces douleurs sont ressenties comme des douleurs profondes.
1. Lombalgie (branche postérieure)
2. douleur pseudo-viscérale et de laine (branche antérieure)
3. douleur pseudo-trochanterienne (rameau perforant)
La cause habituelle est un dérangement intervertébral mineur dun segment de la charnière dorso-lombaire.
Le diagnostic de ce syndrome est purement clinique.
RAPPEL ANATOMO-PHYSIOLOGIQUE Biomécanique
La charnière dorso-lombaire présente des caractères biomécaniques particuliers. Elle fait transition entre la colonne lombaire où le mouvement de rotation est presque inexistant et la colonne dorsale où ce mouvement de rotation est libre.
Ceci est dû essentiellement à lorientation des articulations interapophysaires. Elles sont sensiblement dans un plan frontal au niveau du rachis dorsal. Elles sont au contraire dans un plan sagittal au niveau du rachis lombaire. Cette disposition fait que le rachis dorsal devrait avoir une mobilité particulièrement libre, surtout en rotation si les côtes ne le gênaient. Par contre, le mouvement de rotation est pratiquement nul au niveau du rachis lombaire, sauf quand il est en légère flexion. Mais il est tout-à-fait impossible quand le rachis lombaire est en extension.
Anatomiquement et physiologiquement, T12 est une vertèbre intermédiaire, transitionnelle, tant chez lhomme que chez la plupart des quadrupèdes. Il peut sagir de T11 pour certains individus. Cette vertèbre transitionnelle sépare le segment cervico-dorsal du segment lombo-sacré.
Les articulations supérieures de T12 ont la forme de celles des vertèbres dorsales et les inférieures ont celle des vertèbres lombaires. Il y a donc là une certaine rupture de lharmonie du mouvement qui favorise les contraintes subies par cette région. T12 est en quelque sorte une vertèbre charnière autour de laquelle seffectue les changements de position des deux segments rachidiens en inflexion latérale, en flexion, en extension (Fig. 2).
Figure 2: Orientation des articulations postérieures (A.P.) dorsales et lombaires. Elle est :
- frontale pour le rachis dorsale bloquant la rotation
- sagittale pour le rachis lombaire ce qui bloque la rotation
T12 est transitionnelle, dorsale pour ses A.P. supérieures, lombaire pour les inférieures.On sait que la 11ème, la 12ème dorsale et la 1ère lombaire sont avec une particulière fréquence le siège de fractures-tassements en cas de traumatisme. Il est dailleurs remarquable que cette zone charnière dorso-lombaire, soumise à des contraintes considérables, présente assez peu de lésions dégénératives, contrairement à la charnière lombo-sacrée.
Lésions dégénératives
Les lésions radiologiques dégénératives de la charnière dorso-lombaire ne sont pas très fréquentes sur les radiographies standard. Elles le sont un peu plus sur les examens CT-scanner. Sur une étude faite sur des cadavres en Finlande, Malmivara a pu constater que T11 est plus souvent transitionnelle que T12. Mais il a surtout pu noter que le segment sus-jacent (T10 - T11) présente surtout des lésions dégénératives discales, et que le segment sous-jacent (T12 - L1) présente surtout des lésions dégénératives articulaires postérieures.
Ces lésions dégénératives ne nous ont pas semblé beaucoup plus fréquentes chez des sujets présentant un Syndrome de la jonction dorso-lombaire que chez un groupe témoin de sujets dâge comparable qui nen présentaient pas.
Toutefois, les sujets qui présentent des lésions marquées de séquelle de maladie de Scheuerman, ou des nodules de Schmorl au niveau de la charnière dorso-lombaire, semblent beaucoup plus vulnérables.
Les nerfs rachidiens T12 et L1
Ce sont les nerfs rachidiens T12 et L1 qui émergent du rachis au niveau de la charnière dorso-lombaire. Ces deux nerfs ont un trajet similaire (Fig. 3) :
Figure 3: Territoires cutanés innervés par T12 et L1.
Ces deux nerfs ont une distribution comparable :
- territoire de la branche postérieure
- territoire de la branche antérieure
- territoire du rameau latéral cutané issu de la branche antérieure.- Par leur branche antérieure (anterior ramus), ils innervent :
. les plans cutanés de la région abdominale inférieure, la face interne des cuisses à leur partie supérieure, les grandes lèvres ou le scrotum.
. la partie inférieure des muscles grand droit de labdomen (rectus abdominis), et transverse (transversus abdominis).
. le pubis
De chacune des branches antérieures de T12 et L1 se détache, à la verticale du trochanter, un rameau cutané perforant latéral (ramus cutaneus lateralis) qui innerve la peau de la partie supero-externe de la cuisse.
Par les rameaux cutanés de leur branche postérieure (posterior ramus) ils innervent les plans cutanés de la région lombaire inférieure et de la partie supérieure des fesses, avec accessoirement ceux de T11 et de L2. Les anastomoses sont fréquentes et il y a de nombreuses variations individuelles.
Depuis notre première description de ce syndrome (1972), nous avons pratiqué plusieurs séries de dissections pour étudier linnervation cutanée de cette région. La dernière série a été réalisée par J.Y. Maigne (1988). Il a constaté trois différentes dispositions du rameau cutané de ces branches postérieures (Fig. 4).
Figure 4: Rameaux cutanés des branches postérieures innervant la région fessière. La branche postérieure la plus interne croise toujours la crête iliaque à 7 ou 8 cm de la ligne des épineuses. Noter que celle de T11 innerve une zone de peau située à cheval sur la crête iliaque, et que celle de L3, lorsquelle existe, sanastomose avec celle de L2. Il existe entre ces branches des anastomoses près de leur origine vertébrale.
- dans 60% des cas, L1 croise la crête iliaque à 7 cm de la ligne médiane, T12 étant légèrement plus latéral.
- dans 40% des cas, cest L2 qui croise la crête iliaque à 7 cm de la ligne médiane, L1 étant légèrement plus latéral.
- Il a noté, en outre que le rameau le plus médial passe dans un espace ostéo-aponévrotique dans lequel il est peu à laise, et où il peut être fortement comprimé (2 cas sur 37 dissections).
EXAMEN DE LA CHARNIERE DORSO-LOMBAIRE Cest lexamen vertébral segment par segment et lui seul qui va mettre en évidence la douleur dun ou deux segments de la charnière dorso-lombaire. Cette douleur segmentaire traduit le plus souvent lexistence dun Dérangement Intervertébral Mineur (D.I.M.) (Painful intervertebral dysfunction) à ce niveau.
Lexamen se fait sur le patient couché à plat ventre en travers de la table, avec un coussin sous le ventre. Il doit être attentif et minutieux.
Examen segmentaire
On examine segment par segment avec des manoeuvres qui sollicitent directement les vertèbres dans le but de provoquer une douleur et de mettre en évidence une souffrance segmentaire. Ces manoeuvres sont indolores sur un segment normal. Deux sont particulièrement utiles à ce niveau :
1. Pression latérale sur les épineuses :
De D9 à L3, on va procéder avec le pouce ou mieux avec les deux pouces superposés à des pressions lentes et appuyées sur chaque épineuse, tangentiellement à la peau. La manoeuvre sera faite de gauche à droite. Dans le cas dun D.I.M., elle est généralement douloureuse dans un seul sens : de droite à gauche pour une lombalgie droite, exceptionnellement linverse (Fig. 5).
2. Pression-friction sur les articulations postérieures :
Avec la pulpe du médius (renforcé par lindex qui vient sappuyer sur le dos du médius), on exerce une pression-friction appuyée et lente qui parcourt une ligne parallèle à celle des épineuses de chaque côté, à 1 cm de la ligne médiane. Cette manoeuvre doit être ferme et de pression constante avec de petits mouvements de va-et-vient verticaux. Elle est non douloureuse sur les étages normaux, par contre, elle réveille une douleur précise au niveau de larticulation postérieure de létage responsable dun seul côté, celui dont souffre le patient (Fig. 6).
Figure 5: Recherche de létage dorso-lombaire en cause : pression latérale sur les épineuses faite lentement de D10 à L2 à droite puis à gauche. Cette manoeuvre va provoquer une douleur sur la vertèbre responsable et généralement dans un seul sens (droite-gauche ou gauche-droite). Noter la position du patient pour lexamen. Figure 6: La recherche du point articulaire postérieur. Le doigt du médecin glisse à un centimètre de la ligne médiane en appuyant sur les régions paraépineuses de haut en bas de D10 à L2, avec des petits mouvements de friction profonde. Il va ainsi mettre en évidence la sensibilité du massif articulaire postérieur responsable, toujours situé du même côté que le point de crête. Cest au niveau de ce point articulaire postérieur que se fera linfiltration de procaïne ou de cortisone. - Deux autres signes pourront être retrouvés sur le même segment dune manière moins constante : une douleur à la pression axiale sur lépineuse faite avec les deux pouces superposés et une douleur du ligament interépineux du segment concerné recherchée avec un anneau de clé.
Cet examen segmentaire met en évidence la douleur dun segment de la charnière dorso-lombaire, parfois de deux segments adjacents (Fig. 7).
Figure 7: Cest le plus souvent le segment T12-L1 qui se révèle douloureux à lexamen, mais ce peut-être T11-T12 ou L1-L2.
Examen radiologique
Dans la plupart des cas il est normal ou ne montre que des lésions dégénératives mineures non significatives. Mais il nest pas rare de constater lexistence dune ancienne fracture-tassement de T12 ou de L1 souvent ignorée. Exceptionnellement, on mettra en évidence une hernie discale ou une pathologie organique grave : spondylodiscite, myélome, etc. ou les premiers signes dune spondylarthrite ankylosante. Nous avons étudié (radiographies, C.T. scan) cette région sur deux groupes dâge indentique lun présentant un syndrome de la jonction dorso-lombaire, lautre étant un groupe témoin. Nous navons pas constaté de différences sensibles entre les deux groupes.
Examen des manifestations cellulo-périosto-myalgiques réflexes
La deuxième étape de lexamen sera de rechercher les manifestations du syndrome segmentaire cellulo-périosto-myalgique (R. Maigne).
Il sagit de manifestations neurotrophiques réflexes provoquées par la dysfonction douloureuse du segment vertébral dans le territoire du nerf rachidien correspondant. Elles concernent les plans cutanés (cellulalgie), certains muscles (cordons myalgiques) et les insertions ténopériostées hypersensibles à la palpation. Elles sont habituellement inconnues du patient
- la Cellulalgie : le pli cutané est plus ou moins épaissi mais toujours douloureux à la manoeuvre du pincé-roulé dans tout ou partie du territoire cutané du nerf rachidien correspondant.
- les Cordons myalgiques : la palpation révèle des cordons indurés et douloureux à la palpation dans certains muscles innervés par le même nerf.
Ces cordons peuvent présenter des Trigger-points (points gâchettes) responsable de douleurs à distance. La pression du doigt sur eux reproduit ces irradiations.
- lhypersensibilité à la palpation des insertions ténopériostées.
Dans le cas du Syndrome de la charnière dorso-lombaire, cest la cellulalgie qui domine la symptomatologie. On la retrouvera dun seul côté dans lun des trois ou dans les trois territoires dinnervation cutanée des nerfs rachidiens correspondants : territoire postérieur (branche postérieure du nerf), territoire antérieur (branche antérieure), territoire latéral (ramus cutaneus lateralis). On peut aussi constater lexistence de cordons myalgiques dans le carré des lombes dans la partie inférieure du grand droit de labdomen et des douleurs dinsertion sur le pubis.
Toutes ces manifestations réflexes sont retrouvées dun seul côté, celui de la douleur articulaire postérieure du segment vertébral présentant le Dérangement intervertébral Mineur.
Elles ne sont pas toujours toutes présentes.
La cellulalgie postérieure est la plus fréquente. Elle est pratiquement constante.
Toutes ces manifestations réflexes ne sont pas systématiquement actives, cest-à-dire responsables de douleurs dont se plaint le patient. Certaines sont inactives et sont de simples découvertes dexamen. Mais elles peuvent devenir actives à tout moment.
Il est par exemple fréquent chez le patient qui souffre seulement de lombalgie, de trouver en plus de la cellulalgie fessière active, une zone cellulalgique abdominale très douloureuse au pincé-roulè alors que spontanément, il ne souffre pas de cette région.
Il y a donc :
. un Syndrome sémiologique de la charnière dorso-lombaire retrouvé par lexamen systématique, il est souvent complet et,
. un Syndrome clinique, celui dont souffre le patient qui ne concerne quune région ou deux, rarement les trois ensemble.
Un point important : cette sémiologie est retrouvée même en dehors des périodes douloureuses.
LES ASPECTS CLINIQUES DU SYNDROME C.D.L. Ce sont les symptômes dont se plaint le patient. Ils sont corroborés par les données de lexamen palpatoire.
La lombalgie basse est le symptôme le plus fréquent. Elle peut sassocier à un ou plusieurs des autres symptômes : douleur abdominale pseudo-viscérale, douleur de hanche, ou douleur pubienne. Elle peut passer au second plan si un autre symptôme domine.
Le Dérangement intervertébral mineur (D.I.M.)
Partant du constat, que certaines douleurs vertébrales communes sont soulagées dune manière parfois immédiate par manipulation, R. Maigne sest attaché à pratiquer dans ces cas un examen sollicitant chaque segment vertébral par des pressions spécifiques. Il a constaté que soumis à ces manoeuvres, il existe toujours un segment responsable douloureux, alors que le patient na pas forcément mal spontanément à ce niveau. Ce segment devient indolore après manipulation réussie.
Lexamen segmentaire comporte les manoeuvres suivantes :
1) pression axiale postéro-antérieure sur lépineuse
2) pression latérale sur lépineuse de droite à gauche, puis de gauche à droite
3) pression-friction sur les articulations postérieures
4) pression sur le ligament interépineux.
Cest à cette dysfonction douloureuse reversible, habituellement ignorée du patient, quil a donné le nom de Dérangement intervertébral mineur ou D.I.M., terme qui est rentré dans lusage des milieux de Médecine Physique et de Rhumatologie.
Ces D.I.M. ont tendance à être auto-entretenus, sans doute à cause du fonctionnement particulier de la colonne vertébrale qui se fait sous le signe exclusif de lautomatisme.
Ces D.I.M. peuvent être actifs et responsables de douleurs locales ou à distance par lintermédiaire des manifestations réflexes quils déterminent dans le métamère correspondant et qui constituent le Syndrome cellulopériosto-myalgique vertébral segmentaire (R. Maigne).
Les D.I.M. peuvent être inactifs, simple découverte dexamen. On les rencontre sur des segments radiologiquement normaux ou sur des segments présentant des lésions dégénératives. Ils nont aucune traduction à limagerie. Ils sont responsables de la plupart des douleurs communes dorigine vertébrale. La manipulation nen est pas le seul traitement, elle peut-être insuffisante ou contre-indiquée.La lombalgie basse dorigine dorso-lombaire
Elle est la première manifestation du Syndrome de la charnière dorso-lombaire que nous avons identifiée (1972) et dont nous avons décrit les signes caractéristiques sous le nom de lombalgie basse dorigine haute. Il sagit le plus souvent dune douleur chronique mais il peut exister des formes aiguës.
. la douleur, généralement unilatérale, est toujours perçue dans la région sacro-iliaque, lombaire basse avec parfois des irradiations postérieures, parfois latérales vers la cuisse. Elle est semblable en tous points à celle de la lombalgie dorigine lombo-sacrée ou sacro-iliaque avec laquelle elle est toujours confondue.
. le patient ne se plaint jamais au niveau de la charnière dorso-lombaire.
Dans la forme chronique, la plus habituelle, cest une douleur de type mécanique, augmentée par les efforts et par certaines positions. Dans tous les cas elle est perçue comme une douleur profonde et non comme une douleur superficielle. Elle touche plus les sujets de plus de 50 ans que les jeunes mais elle est rencontrée à tous les âges. Elle peut être isolée ou sassocier à une lombalgie dorigine lombo-sacrée.
Dans la forme aiguë, elle prend laspect dun lumbago aigu survenant après effort ou faux-mouvement le plus souvent en rotation. Le rachis est alors raide et douloureux, très bloqué, mais il ny a généralement pas dattitude antalgique comme cela est habituel dans les lumbagos dorigine L4-L5 ou L5-S1. Cette forme de lumbago est plus fréquente chez les sujets de plus de 50 ans.
1. Signes dexamen :
Comme nous lavons vu, lexamen segmentaire de la charnière dorso-lombaire met en évidence un D.I.M. qui porte le plus souvent sur T12-L1. Il sagit parfois de T11-T12 ou de L1-L2, et même dans certains cas de T10-T11 si T11 est la vertèbre transitionnelle.
Les signes décrits ci-dessous se situent en règle du côté de la douleur articulaire postérieure du D.I.M.. Ils sont donc unilatéraux, même si parfois le patient a limpression dune douleur médiane ou bilatérale.
a. Le point de crête iliaque postérieur
Lindex du médecin parcourt la crête de dedans en dehors, en la frottant au travers de la peau par des petits mouvements de va-et-vient transversaux et verticaux (Fig. 8a-8 b).
Figure 8:
a) Recherche du point de crête. Lindex du médecin parcourt la crête iliaque en la frottant avec des petits mouvements de va et vient verticaux et horizontaux. Lorsquil comprimera contre los le rameau nerveux sensible, il réveillera une vive douleur en un point précis, le point de crête dont la pression reproduit fréquemment la douleur habituelle du patient.
b) Le point de crête le plus souvent situé à 7 ou 8 centimètres de la ligne médiane, il peut être plus externe parfois légèrement plus interne.En un point précis - la plus souvent à 7 ou 8 cm de la ligne médiane - il réveille un point très douloureux, qui rappelle souvent au patient sa douleur habituelle. Ce point correspondant à la compression du rameau cutané irrité provenant de D11, D12 et L1. Cest le point de crête postérieur. Ce point est souvent attribué à tort à une douleur du ligament iliolombaire. En fait, ce ligament qui sattache sur le versant interne de la crête iliaque ne peut être palpé.
Un fait intéressant est à noter. Même si le point de crête peut se situer plus latéralement dans certain cas, il est le plus souvent à 7 ou 8 cm de la ligne médiane, quelque soit le niveau concerné, T11-T12, T12-L1 ou L1-L2. Il disparaît avec linfiltration anesthésique de larticulation du segment concerné.
Comme nous lavons vu cela correspond au point de passage du rameau cutané le plus medial qui est le plus souvent L1, mais parfois L2.
Cela sexplique :
1) par le fait que les articulations postérieures reçoivent leur innervation de plusieurs niveaux. Trois pour la plupart des auteurs, et même cinq pour Wyke.
2) par le fait que ce rameau le plus médian est le seul à passer dans un défilé ostéo-aponévrotique où il peut subir une irritation supplémentaire et même une véritable compression.
Cela crée ce que les américains ont appelé un double cross syndrome, facilitant léclosion dune symptomatologie.
Mais cest très exceptionnellement que nous avons dû avoir recours à la chirurgie dans ces cas.
b. La cellulalgie fessière
Le pincé-roulé
On examine des plans cutanés de la région lombaire inférieure et de la partie supérieure de la fesse par la manoeuvre du pincé-roulé. Cette manoeuvre consiste à pincer fermement entre pouce et index un pli de peau, et, tout en maintenant le pincement à rouler comme on ferait dune cigarette.
Cette manoeuvre est indolore ou très peu sensible sur une zone normale. Elle est au contraire très douloureuse sur la zone cellulalgique. De plus, sur cette zone limitée, le pli cutané est souvent épaissi, parfois même très épaissi.
Cette manoeuvre doit être dosée, adaptée, mais surtout comparative avec le côté opposé et avec les zones voisines.
La surface concernée varie selon les cas, occupant soit la quasi-totalité de la région fessière supérieure, soit une partie de celle-ci au voisinage du point de crête (Fig. 9-10-11).
Figure 9: Le pincé-roulé : cette manoeuvre met en évidence une zone plus ou moins étendue, adjacente au point de crête où le pli cutané est infiltré, épaissi et douloureux au pincé-roulé (à comparer avec les zones voisines et le côté opposé où cette même manoeuvre est indolore). Il faut pincer un pli de peau, le tirer et tout en le maintenant tiré, le rouler entre pouce et index.
Figure 10: Zone cellulalgique et point de crête. La zone peut-être plus ou moins étendue selon les cas. Figure 11: Noter la différence de niveau entre le niveau dorigine (jamais douloureux spontanément) et la région où est resentie la douleur.
2. Preuve de lorigine dorso-lombaire de la lombalgie
Elle est apportée par le soulagement obtenu par linfiltration anesthésique faite au niveau du point articulaire postérieur, douloureux à lexamen. Laiguille est enfoncée perpendiculairement à 1cm environ de la ligne médiane au contact osseux. On injecte, après vérification par aspiration, 2 à 3 ml de xylocaïne. On constate presque aussitôt :
1. la disparition de la douleur et de la gêne du patient qui peut librement se pencher, se tourner, se redresser,
2. la disparition du point de crête,
3. la diminution ou même la disparition de la zone cellulalgique devenue souple et indolore au pincé-roulé.
Le syndrome cellulo-teno-périosto-myalgique segmentaire
Une dysfonction douloureuse du segment vertébral peut déterminer des perturbations réflexes dans les tissus du métamère correspondant, elles constituent le Syndrome cellulo-téno-périosto-myalgique segmentaire (Robert Maigne).
Cest ainsi que lon peut trouver :
- une cellulalgie dans tout ou partie du territoire cutané innervé par le nerf rachidien correspondant. Cela est pratiquement constant en ce qui concerne les nerfs du tronc, particulièrement les branches postérieures dont cest la seule sémiologie
Cette dermo-cellulalgie localisée, généralement unilatérale, est mise en évidence par la manoeuvre du pincé-roulé qui montre un pli de peau plus ou moins épaissi, parfois très épaissi, mais toujours douloureux à la manoeuvre.
Ces cellulalgies localisées sont le plus souvent inactives, mais peuvent être responsables de douleurs toujours ressenties comme profondes et mal localisées par le patient.
- les muscles du myotome peuvent présenter des cordons indurés douloureux à la palpation, avec parfois un point central particulièrement sensible dont la pression détermine ou réveille des douleurs à distance trompeuses. Ces points sont analogues aux trigger points décrits par J Travell, mais cet auteur les attribue à la fatigue dun muscle trop sollicité, le plus souvent pour des raisons posturales. Cela est exact mais lorigine vertébrale méconnue par cet auteur est fréquente. Par exemple : un point myalgique du petit fessier provoque des irradiations sciatiques très trompeuses.
- enfin les insertions ténopériostées correspondant aux mêmes circuits dinnervation se montrent très sensibles à la palpation, et présentent même parfois des douleurs spontanées (certains épicondylite ou epitrochlealgie reconnaissent une origine cervicale (C6 - C7 ou C8).
Pour cette infiltration qui concerne aussi bien la branche postérieure que larticulation interapophysaire, nous conseillons de laisser laiguille en place, et dattendre une quinzaine de secondes la disparition de la douleur au pincé-roulé, et de celle du point de crête à la pression (Fig. 12-13). Sil ny a pas de modification, cest que linfiltration na pas concerné le bon étage ou quil faut modifier légèrement la place de laiguille. Le même résultat est obtenu par manipulation si celle-ci rend indolore larticulation postérieure dorso-lombaire responsable.
Figure 12: Linfiltration est faite au contact de larticulation postérieure douloureuse. Ce peut-être un test (xylocaïne ou un traitement dérivé cortisoné). Figure 13: Linfiltration anesthésique de larticulation postérieure dorso-lombaire douloureuse supprime en quelques secondes le point de crête et la cellulalgie. La vérification se fait en laissant laiguille en place. Linfiltration se fait habituellement sans contrôle radiologique mais celui-ci devient nécessaire si le tableau clinique est typique et non amélioré par linjection
A linverse, si lon pratique une injection placebo avec du sérum physiologique ou si lon injecte la xylocaïne à un autre niveau ou plus latéralement par rapport au massif articulaire postérieur, il ny a aucun soulagement pour le patient et aucun effet sur le point de crête, ni sur la zone cellulalgique au pincé-roulé.
3. Fréquence
La fréquence de cette forme de lombalgie isolée est denviron 30% du total des lombalgies dans nos statistiques. Elle est plus fréquente chez les sujets de plus de 50 ans. Elle peut être aussi associée à une lombalgie dorigine basse lombo-sacrée : forme mixte. Dans cette dernière forme, chacune des deux origines joue un rôle variable selon les périodes.
Un élément très trompeur dans le diagnostic de cette lombalgie dorigine dorso-lombaire, consiste dans la fréquence des lésions radiologiques lombaires basses (L4-L5-S1) : discopathie, arthrose articulaire postérieure, spondylolisthésis, etc. qui attirent et focalisent lattention et peuvent ne jouer aucun rôle dans la douleur lombaire.
La lombalgie qui persiste après une intervention réussie pour une sciatique discale est souvent dorigine dorso-lombaire (Fig. 14).
Figure 14: Patient opéré dune sciatique discale avec un très bon résultat sur la douleur de jambe, mais persistance dune lombalgie rebelle dorigine dorso-lombaire. Douleurs pseudo-viscérales
Le patient peut présenter des douleurs de la région abdominale inférieure, inguinales ou testiculaires. La douleur est ressentie comme une douleur profonde tensive simulant parfaitement une douleur viscérale.
Il peut sagir de douleurs pseudo-digestives, pseudo-urologiques, pseudo-testiculaires et surtout pseudo-gynécologiques. Il existe assez fréquemment un météorisme abdominal.
Il peut sagir de douleurs modérées ou épisodiques qui peuvent survenir en même temps que la lombalgie. Le plus souvent, le patient ne fait aucun lien entre les deux douleurs qui : par exemple, telle patiente est suivie en gynécologie dune part, et en rhumatologie dautre part, pour sa lombalgie.
Ces douleurs pseudoviscérales peuvent aussi être isolées. Elles peuvent prendre tous les caractères : légères, sévères, parfois très aiguës. Elles peuvent être quotidiennes ou épisodiques. Le déclenchement mécanique de la douleur (efforts, positions) est rarement noté par le patient.
Ces douleurs, lorsquelles sont tenaces, conduisent à des examens multiples, à des investigations parfois lourdes. Et pour peu quune anomalie soit retrouvée, il y a souvent intervention chirurgicale inutile, particulièrement dans le domaine de la gynécologie.
Le signe essentiel de lexamen local est là encore une cellulalgie localisée que révèlera la manoeuvre du pincé-roulé dans une zone précise de la partie inférieure de labdomen et de la partie supéro-interne de la cuisse. Cette cellulalgie est méconnue du patient. La douleur est unilatérale comme la sémiologie.
Fausses-douleurs de hanche
Le patient qui présente un Syndrome de la charnière dorso-lombaire peut consulter pour une douleur de la région trochantérienne augmentée par la marche, et parfois pour une douleur de laine. Cela simule alors une douleur de hanche dautant quà lexamen, les mouvements de flexion-adduction de la hanche et parfois dabduction peuvent être douloureux. Le plus souvent seule la palpation du trochanter est douloureuse et le diagnostic de ténobursite trochantérienne est généralement posé. Mais les infiltrations locales sont sans effet. En fait, ce nest pas le tendon ou le trochanter qui sont douloureux dans ce cas, mais les plans cutanés cellulalgiques qui le recouvrent. Leur compression contre los, lors de lexamen, simule parfaitement la douleur trochantérienne.
Il sagit parfois dans certains cas dune douleur irradiant à la face externe de la cuisse et même à la face externe de la jambe, simulant une douleur sciatique.
Exceptionnellement, il sagit de sensations dysesthésiques, simulant une méralgie paresthésique, mais à topographie plus haute sur la cuisse.
Lexamen montrera :
1. Un point de crête iliaque latéral : ce point de crête se situe sur la crête iliaque à la verticale du trochanter. Il correspond au point de croisement du ramus cutaneus lateralis. Il existe fréquemment une petite encoche, palpable à ce niveau sur la crête iliaque (Fig. 15).
Figure 15: Zone cellulalgique et point de crête latéral chez une patiente présentant une douleur pseudo-trochanterienne avec irradiations pseudo-sciatiques.
2. Une zone cellulalgique douloureuse au pincé-roulé sétendant sur une bande verticale au-dessous de ce point. Elle correspond au territoire dune des deux branches perforantes cutanées (ramus cutaneus lateralis) issues de la branche antérieure de T12 ou de L1, une bande verticale étroite.
Linfiltration anesthésique du rameau nerveux cutané au point de crête latéral fait disparaître la douleur au pincé-roulé et la douleur à la pression du trochanter. Il existe des formes plus ou moins handicapantes de ces fausses douleurs de la hanche. On peut les rencontrer aussi chez des sujets porteurs de prothèses totales de hanche, qui souffrent alors que leur prothèse est parfaite.
Selon les traités danatomie, ces rameaux cutanés latéraux ne descendent pas au-dessous du trochanter. Ayant constaté que la bande douloureuse au pincé-roulé sétendait souvent plus bas, jusquà mi-cuisse, nous avons recherché une vérification anatomique par une série de dissections. Jean Yves Maigne qui les a réalisées a pu constater sur 40 dissections, lexistence de trois types de rameaux cutanés : les courts, les moyens, et les longs, ces derniers pouvant être suivis jusquà mi-cuisse. Cela corrobore parfaitement nos constatations cliniques, et montre lintérêt de la recherche de ces zones cellulalgiques localisés et unilatérales.
Il a pu noter aussi au cours de ces dissections, la possibilité pour le rameau nerveux dêtre fortement comprimé et sténosé lors de son croisement avec la crête iliaque (1 fois sur 40 dissections).
Il semble bien que dans certains cas ce facteur canalaire joue un rôle additionnel plus ou moins important réalisant comme pour la lombalgie un double cross syndrome. Le traitement médical suffit le plus souvent, mais dans quelques cas rebelles et invalidants nous avons avec succès eu recours à la chirurgie libérant le rameau sténosé (Pr. Touzard, Pr. Doursounian).
Douleurs pubiennes
Lorsquon examine un patient présentant un Syndrome de la charnière dorso-lombaire, on constate que lhémipubis est très douloureux à la palpation friction dans 1/3 des cas. Elle ne lest pas sur lautre hémipubis.
Il est relativement rare que le patient se plaigne spontanément dune douleur pubienne. Cela est plus fréquent lorsquil sagit de sportifs pratiquant des sports où les muscles abdominaux et adducteurs sinsérant sur ce pubis sensibilisé sont très sollicités (football, tennis,...).
Il nous paraît que ce mécanisme joue un rôle important dans le déclenchement de certaines pubalgies et nous avons pu guérir des pubalgies qui nétaient pas trop anciennes (3 à 6 mois) par le seul traitement vertébral.
Avec lévolution, les traumatismes répétés, les phénomènes réactionnels dinflammation locale des tissus saccentuent, sinstallent et le même résultat ne peut être obtenu. Il est bien évident quil existe dautres mécanismes dans la genèse de pubalgies. On peut néanmoins se demander si certaines interventions proposées dans cette affection, ne constituent pas aussi une dénervation de la région.
Tableau récapitulatif des motifs de consultation chez 100 sujets présentant un Syndrome de la charnière dorsolombaire Tableau de la symptomatologie du syndrome de la charnière dorsolombaire chez 100 patients
- signes dexamen (en vert)
- douleurs spontanées (en jaune)
TRAITEMENT Le traitement est avant tout vertébral.
- Il consiste le plus souvent en manipulations portant sur le segment thoraco-lombaire responsable (Fig. 16 ).
Figure 16: Traitement par manipulations portant sur le segment thoraco-lombaire responsable.
- linfiltration avec un dérivé cortisoné de larticulation articulaire postérieure douloureuse peut compléter laction de la manipulation si celle-ci apporte un résultat insuffisant. Elle peut remplacer la manipulation si celle-ci est impossible ou contre-indiquée.
Il est accessoirement local :
- Linfiltration du «point de crête postérieur» ou du «point de crête latéral» est un traitement complémentaire parfois utile et parfois suffisant pour un soulagement temporaire.
- Dans les cas très chroniques, le traitement local des manifestations cellulalgiques (injections, massages, physiothérapie) est parfois nécessaire.
- Dans les rares cas où un syndrome canalaire du rameau cutané postérieur, ou du rameau cutané perforant latéral est suspecté et ne répond pas au traitement médical, une chirurgie libératrice est justifiée.
Il peut être exceptionnellement chrirurgical.
Il y a 20 ans, Henri Judet avait bien voulu essayer de trouver avec nous une solution pour des patients présentant une lombalgie dorigine dorso-lombaire invalidante, soulagés mais trop brièvement par le traitement médical. Il avait ainsi opéré une quinzaine de patients par capsulectomie postérieure, avec un bon résultat qui sest maintenu pour ceux dont la lombalgie était seulement dorigine dorso-lombaire, sans association même légère avec une origine basse.
Par la suite nous avons utilisé lélectrocoagulation percutanée pour les rares cas le nécessitant.
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