Bons baisers de Hong Kong,
Région Administrative Spéciale
de la République Populaire de Chine

Novembre 1997 - Mai 1998


Philippe Roure

Service du Pr. Masquelet,
Hôpital Avicenne, Bobigny, France


C’est entre internat et clinicat que j’ai eu l’opportunité de faire un séjour de 6 mois (novembre 1997 à mai 1998) à Hong Kong en tant qu’attaché de recherche au Queen Mary Hospital, dans le service de chirurgie de la main du Pr. S.P. Chow.
Bien étrange destination me direz-vous pour aller continuer sa formation, pourquoi pas les U.S.A., ou un pays européen ?
Il est vrai que cette récente " ancienne colonie chinoise britannique "se prête aux idées toutes faites : chinois en haillons habitant dans des cages, avions rasant le toit des immeubles, rues grouillantes où se mêlent chinois en costume traditionnel façon " Tintin et le lotus bleu ", ersatz de Jacky Chang en jean Lewis et golden boys anglais...
Evidemment, la réalité est tout autre, mais Hong Kong (le port aux parfums en Cantonnais) reste un lieu fascinant et mystérieux pour un français, par ce mélange de culture anglo-saxonne et chinoise unies dans la même foi : le business.
Du point de vue médical, et orthopédique en particulier, la chirurgie de la main à Hong Kong est très dynamique, combinant l’influence de la microchirurgie chinoise, de chirurgiens de qualité formés en partie en Grande-Bretagne ou aux USA, et d’une expérience importante due à l’histoire particulière de Hong Kong.
Le territoire s’est en effet fortement développé sur les plans démographique et économique depuis la prise du pouvoir en Chine par les communistes en 1949, puis avec la révolution culturelle, et l’arrivée massive de réfugiés, de capitaux et d’entrepreneurs chinois.
L’industrie et le secteur du bâtiment ont alors employé une main d’oeuvre importante, travaillant dans des conditions difficiles, sans véritable législation du travail, occasionnant de nombreux accidents avec des lésions fréquentes des mains.
Les chirurgiens hongkongais se sont alors intéressés à cette abondante traumatologie de la main, d’autant plus qu’elle engendrait une incapacité de travail importante coûteuse pour la société et la victime, qui ne bénéficiait d’aucune protection sociale. Ils ont aussi particulièrement développé la rééducation, permettant à cette population disciplinée et travailleuse de reprendre encore plus vite le travail. Pas de bouches inutiles à Hong Kong !
C’est ainsi que je me suis retrouvé un matin de novembre au Kai-Tac International Airport, après le célèbre survol en rase-mottes des immeubles de Kowloon.
Arrivée aujourd’hui historique car l’aéroport a été transféré sur l’île de Lantau en juin 98, avec un atterrissage beaucoup plus classique au dessus de la mer.
Parmi une foule de chinois massée à la porte des arrivées et brandissant des pancartes, j’arrive à reconnaître mon nom suivi de " french doctor ", de peur certainement que nous soyons plusieurs dans l’avion à porter le même nom.
Il faut dire que les Chinois portent souvent le même nom de famille, précédés des initiales de leurs prénoms pour pouvoir se reconnaître.
Ainsi, si l’on veut parler du Pr. Chow, il faut préciser Pr. S.P. Chow, ou alors personne ne comprendra.
Autre subtilité toute asiatique, les noms chinois écrits avec notre alphabet sont en fait des traductions phonétiques du nom en chinois pour faciliter les rapports avec les occidentaux, et ont en fait une signification poétique souvent très fleur bleue.
On trouve des Monsieur " rivière prospère ", " vent du sud amenant la prospérité ", ou encore des madame " oiseau fertile " ou " coucher de soleil sur le rivage ", la prospérité remportant cependant le plus gros succès pour les garçons...
Après donc avoir trouvé la bonne pancarte, je n’eus pas de mal à trouver le sympathique technicien du laboratoire de microchirurgie, situé donc juste sous la pancarte, et qui avait été envoyé par le service pour me récupérer.
A peine sorti du bâtiment en direction des taxis, et malgré l’heure matinale, la chaleur humide me tombe sur les épaules, quel contraste avec Paris en novembre !
Et voici ma première image de Hong Kong : des embouteillages énormes pour accéder au " East Tunnel " traversant le " Victoria Harbour " entre la péninsule de Kowloon et l’île même de Hong Kong.
Le paysage n’est pas avenant : immeubles en briques ou en béton noircis par la pollution, d’une dizaine d’étages au maximum car situés dans la zone de l’aéroport, linge séchant devant de petites fenêtres aux carreaux opaques, et surtout une impression de saleté épouvantable.
Tout autour de nous pourtant, des Mercedes dernier modèle, BMW, Ferrari, mais très peu de deux-roues, ce qui est surprenant en Asie.
Une fois arrivé sur la côte nord de Hong Kong island, le trafic devient plus fluide, et je découvre enfin le paysage classique des cartes postales: gratte-ciel immenses, tours de verre, trottoirs grouillants, et quelques constructions héritées de l’époque coloniale britannique.
Heureusement pour moi, nous traversons toute cette cote hyperurbanisée pour arriver à l’extrême ouest de l’île, dans un quartier nommé Pok Fu Lam, beaucoup plus résidentiel, où se trouve le campus universitaire et le Queen Mary Hospital.

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Photo 1 : Hong Kong coté pile : les nouveaux territoires.

C’est un grand hôpital, le deuxième du territoire par la taille, mais apparemment le plus réputé.
Il est composé de plusieurs bâtiments tous reliés par des passerelles ou des couloirs, cyclones oblige !
Le bâtiment central, haut de plus de vingt étages, est moderne, blanc, adossé à flanc de colline, et surplombant la mer de Chine, qui est à moins d’un kilomètre.
De l’autre coté, les collines, vertes, vierges de construction, ce qui donne presque l’impression d’être à la campagne: quel luxe à Hong Kong !

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Photo 2 : Hong Kong coté face : Hong Kong Island vue depuis Victoria Harbour.

Voici alors le moment de rencontrer mon nouveau patron, le Professeur S.P. Chow, chef du service de chirurgie de la main et de chirurgie réparatrice.
Son bureau est situé dans l’aile administrative du service, avec les laboratoires, le secrétariat, les différents bureaux des chirurgiens, et la bibliothèque du service.
Cette bibliothèque m’impressionne : machine à café, thé, service en porcelaine lavé au fur et à mesure par des assistantes, deux canapés moelleux encadrant une table basse avec le journal du jour, moquette de bonne facture, grande table de réunion en joli bois au fond de la salle, le tout dégageant une atmosphère cosy très british. Pas vraiment le style Assistance Publique !
Naturellement, des étagères remplies de livres et périodiques chinois ou anglo-saxons couvrent les murs, avec en évidence les publications du service.
Après une courte attente, le Professeur vient me chercher. L’homme est élégant, souriant, et je suis surpris par son allure jeune et dynamique, éloignée de l’idée que je me faisait d’un professeur chinois !
Il est manifestement assez content d’avoir un " honorary research associate " français, à la place des habituels asiatiques ou anglo-saxons : c’est exotique pour montrer aux copains, on peut les convier aux " wine testing " très à la mode en Asie, et ils ont sûrement des idées saugrenues!
Mon travail consiste à effectuer durant ce séjour deux travaux portant sur la chirurgie de la main ou la microchirurgie, et je suis invité également à participer aux interventions et diverses activités du service. A moi de gérer mon temps.
Le laboratoire de microchirurgie ainsi que le laboratoire de biomécanique sont mis à ma disposition avec les techniciens qui y travaillent.

Mon logement, lui, se trouve au Duchess of Kent Children Hospital.
Cet hôpital, d’aspect beaucoup plus rustique, est à vingt minutes à pied, tout en descente, ou à 5 minutes de minibus.
Juste au bord de la mer, entouré d’arbres où vivent quelques singes, à coté du stade universitaire et de sa piscine, la situation pourrait paraître digne de la côte d’azur si la mer n’était pas encombrée de navires porte-conteneurs s’entassant devant Victoria Harbour, et si elle n’était pas dépourvue à ce niveau de la moindre plage ni même du moindre accès.
La chambre qui m’est attribuée, pour un loyer exorbitant, est située au neuvième étage d’un bâtiment réservé aux bureaux et logements.
Une surface de 1O mètres carrés, une cuisine et salle de séjour commune avec les infirmières et médecins étrangers travaillant à l’hôpital, un lit de taille chinoise (c’est à dire que même en diagonale on a les pieds qui dépassent), et une salle de bain commune avec la chambre d’à coté.
Ce sera en fait un des cotés assez exotique du séjour, car en fait tous ces médecins étrangers sont des officiers du service de santé de l’armée populaire chinoise en stage quelques mois à Hong Kong, et selon la tradition chinoise, ils aiment le matin au réveil se " purifier " le corps en émettant une série de sonorités assez désagréable pour nos délicates oreilles occidentales...

Ma nouvelle vie hongkongaise peut maintenant commencer.
Novembre est en fait une des meilleurs périodes pour aller à Hong Kong. Le ciel est clair, la température ne dépasse pas 26-27°, le temps sec. L’hiver ici est court, de janvier à mars, avec une température aux environs de 10° pendant 3 semaines.
L’été par contre est chaud, très humide, rythmé par la visite de typhons et de requins, bref c’est la saison idéale d’après les hongkongais pour voyager à l’étranger.
Pour circuler dans Hong Kong, si on n’a pas de voiture (très chère car très taxée), il existe un réseau de transport en commun assez dense. Métro, autobus, ou minibus, tous sont très bon marché.
Depuis le Duchess of Kent Children Hospital, il n’y a pas le choix, il faut prendre le minibus. Il s’agit de camionnettes japonaises rallongées pour 15 passagers. Faire signe au chauffeur pour qu’il s’arrête, s’il a de la place. Une petite boite est placée derrière lui pour payer. Il faut faire l’appoint, pas de ticket donné ni de contrôle. On imagine mal un système similaire en France...
Une fois assis, c’est le " grand huit " pour une vingtaine de minutes ! Le chauffeur étant payé au client, son intérêt est de faire un maximum de rotations sur son parcours. Il va pied au plancher sur les routes sinueuses et encombrées de l’île, une barre courant le long des vitres latérales est à la disposition des passagers pour se cramponner dans les virages !
Pour ma première sortie, guidé par le hasard, je me retrouve dans un quartier populaire chinois, nommé Kennedy Town, succession de boutiques proposant des ingrédients en tous genres pour la cuisine chinoise, de bazars, et de petits restaurants à l’allure et aux effluves douteuses.
Surtout, j’ai l’impression que tout le monde me regarde de biais, et je m’aperçoit vite que je suis ici le seul occidental!
Heureusement, j’aurai par la suite largement le temps de découvrir le territoire de Hong Kong, ou plutôt depuis le " hand over " de 1997, la région administrative spéciale de Hong Kong, en république populaire de Chine.

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Photo 3 : Lama Island, à 30 mn de ferry de Hong Kong Island.

Située au sud-est de la Chine, au nord du delta de la rivière des perles, Hong Kong est constituée de l’île de Hong Kong où se trouve l’hôpital et les fameux gratte-ciel, d’une partie continentale formée du quartier de Kowloon en face de l’île, et des nouveaux territoires plus en profondeur (donnés par la Chine à la Grande-Bretagne il y a un siècle pour une durée de 99 ans, d’où la rétrocession l’année dernière).
Tout autour de l’île de Hong Kong se trouvent de multiples îles le plus souvent préservées et peu construites qui sont autant de havres de paix pour le week-end.
De l’autre coté du delta, Macao, l’enfer du jeu (et des femmes), colonie portugaise encore jusqu’à l’année prochaine, à 50 minutes en bateau rapide.
Contrairement aux idées reçues, seuls 20% du territoire est construit. Hong Kong est en effet un gros rocher posé dans l’eau, et mis à part les zones côtières, le centre n’est pas constructible, ce qui explique aussi le prix extraordinairement élevé des logements, tassés sur les côtes.
Il reste donc 80% du territoire qui sont des collines couvertes d’herbe et de buissons, sillonnés par des sentiers où les habitants aiment marcher pendant leurs moments de loisir.
Le quartier de Kowloon et le nord de l’île de Hong Kong sont séparés par le port Victoria (Victoria Harbour), que l’on peut traverser par 3 tunnels routiers, le métro, et les fameux ferries en service depuis le début du siècle.
Tout autour se dressent buildings ultramodernes, hôtels luxueux, sièges de multinationales ou de milliardaires chinois (les Tycoons), ainsi que d’innombrables centres commerciaux proposant les marques les plus prestigieuses.

Hong Kong est un pays de contrastes, où les civilisations chinoise et occidentale cohabitent sans finalement se mêler, ou le modernisme et la tradition se réunissent, la pauvreté et la richesse affichée se côtoient.
Ainsi, un gratte-ciel de verre a pour voisin un taudis insalubre, les " Tycoons " en grosse mercedes croisent des vieillards courbés poussant de lourds chariots, et chacun observe croyances et rites millénaires chinois.
Par exemple, il est de bon ton de mettre un autel dans sa boutique pour honorer les esprits du lieu, ou de mettre un couple de lion à l’entrée d’une banque pour y apporter la prospérité.
Même sur Hong Kong island, on trouve des quartiers très différents. Un tramway centenaire longe toute la cote nord, depuis Kennedy Town la chinoise, vers Central, quartier d’affaire et fief anglo-saxons, Wanchai la sulfureuse avec ses cabarets et ses boites de nuit, Causeway Bay et ses shopping centers.
Mais partout, au bord du trottoir, des petits restaurants glauques où rien n’est écrit en anglais, des échoppes où s’entassent des appareils Hi-fi ou informatiques ; des boutiques de plantes médicinales et graines en tous genres à l’odeur entêtante, et surtout une foule compacte, grouillante, omniprésente.
Les gens dans la rue sont essentiellement asiatiques, les occidentaux se trouvant concentrés dans certains quartiers comme Central ou sur les sites touristiques.
Ils sont dans leur grande majorité issus des provinces chinoises environnantes, notamment de la région de Canton. Ils sont arrivés pour la plupart après la prise du pouvoir par Mao en 1949 et au moment des massacres de la révolution culturelle, avec parmi eux la main d’oeuvre, les capitaux et les entrepreneurs qui ont contribués à la richesse actuelle de la ville, Hong Kong devenant avec la bénédiction de Pékin la seule ouverture de l’empire chinois sur le monde capitaliste.
Ce sont aujourd’hui les fils de ces réfugiés qui sont les hongkongais modernes, la population totale avoisinant les 6,5 millions d’habitants.
De nombreux immigrés issus souvent d’autres pays asiatiques, de l’Inde ou du Pakistan, vivent à Hong Kong. Les plus nombreux sont sans aucun doute les Philippines, employées de maison, et qui ont l’habitude de toutes se réunir pour d’immenses picnics au milieu de la rue à Central le dimanche, ce qui fait appeler ce jour " the Philippinos day ".
La première impression quand on se promène en ville est, il faut l’avouer, une impression de saleté, mais aussi une impression de vie intense, de dynamisme, d’une ville où les gens semblent toujours pressés, le jour comme la nuit. Tout paraît possible à Hong Kong.
En tant que blancs, les chinois semblent ne pas nous voir, nous sommes transparents.
Ils nous ignorent et l’homme de la rue est en général assez rude quand on lui parle. D’ailleurs, ils nous surnomment " Gwélos ", ce qui veut dire " fantôme blanc " en chinois.
Cependant, à aucun moment il existe un sentiment d’insécurité, aucune trace de délinquance n’est visible, pas de tags ni graffitis, chose remarquable pour une ville de cette taille.

Un autre aspect remarquable de Hong Kong est la diversité des paysages.
La cote sud de l’île de Hong Kong, à un quart d’heure en bus de Central, est beaucoup moins construite et on y trouve plusieurs plages de sable bordées de restaurants, comme Deep Water Bay, Repulse Bay, Stanley ou Shek Ho.
L’ambiance y est estivale, la baignade est possible à l’intérieur des filets de protection anti-requin, mais gare aux maladies de peau, car la pollution n’est pas négligeable...
De même, il existe sur les cotes des nouveaux territoires des plages de sable quasi desertes accessibles uniquement par la mer ou après plusieurs heures de marche, où l’on pourrait se croire partout sauf à Hong Kong!
Et c’est ce qui est formidable ici: tout est concentré dans un petit espace, on passe des plages aux gratte-ciel, en passant par des collines verdoyantes, en quelques dizaines de minutes.
Cela me pris 6 mois pour prendre la véritable dimension de Hong Kong, sans arriver à en saisir d’ailleurs toutes les subtilités.

Mon activité hospitalière commence elle le matin à 8h, pas de staff des urgences mais une visite pour les internes avant d’aller au bloc.
Pour ma part, je commence par un petit déjeuner à la cafétéria : Dim Sum (raviolis à la vapeur), Congee (sorte de riz gluant servi dans son bouillon), ou riz gluant au poulet (quand il n’avait pas la grippe !), le tout avec les baguettes, bien sur !
Mon emploi du temps est ensuite assez souple, je dois simplement respecter mon contrat et terminer mes travaux.
Je passe donc une partie de mon temps avec mes rats au laboratoire de microchirurgie, ou avec mes mains de cadavre au laboratoire de biomécanique pour tester les propriétés mécaniques de différentes ostéosynthèses intramedullaires résorbables sur un modèle expérimental de fracture comminutive de la première phalange.
Les laboratoires sont remarquablement équipés, avec système hydraulique et informatique moderne pour les tests biomécaniques, microscope performant pour la microchirurgie, animalerie, laboratoire photo, conseillers informatiques et une dizaine de techniciens chargés d’aider les assistant de recherche ou les médecins du service désirant mener des travaux.
Manifestement, les moyens ne manquent pas. Hong Kong University est riche, certes parce que Hong Kong est une ville riche, mais aussi parce que le gouvernement investit dans l’éducation et la recherche depuis de nombreuses années. Il sait l’avenir du territoire incertain, cerné par son puissant voisin communiste, et son pouvoir financier paraît bien fragile.
L’éducation poussée des jeunes, l’acquisition d’un savoir-faire, d’un haut niveau scientifique est pour eux le meilleur investissement pour le futur, garant de la liberté et d’une porte ouverte sur le monde.
De même, les publications pour le service prennent une autre dimension que chez nous, car outre l’intérêt scientifique, il y a là un enjeu politique important : c’est un moyen d’exister, de voyager, de se faire entendre, et de ne pas être phagocyté par le voisin !
Je suis frappé d’autre part par l’abondance du personnel comparativement à la France.
La raison est simple : ici, les charges sont très faibles, la main d’oeuvre abondante, éduquée, disciplinée. Le chômage tourne autour de 3% de la population active, et la croissance est forte (au moins jusqu’à il y a quelques mois).

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Photo 4 : Le Tram, centenaire et toujours en forme !

Le Pr. S.P. Chow me donne rendez-vous avec son assistante, le Dr W.Y. Ip, toutes les 2 semaines afin d’évaluer l’avancement des travaux.
Ici commence alors pour moi l’apprentissage de la pensée chinoise...
En effet, au lieu d’aller droit au but et me faire travailler directement sur les sujets qui les intéressent, ils me demandèrent tout d’abord de travailler sur mes propres sujets, avec la probable arrière-pensée de pouvoir récupérer et exploiter ces idées neuves.
Mais ils les jugèrent certainement peu intéressants et attendirent patiemment deux mois, me faisant habilement comprendre que peut-être il serait plus judicieux de m’orienter vers tel ou tel sujet, qui justement faisait partie des centres d’intérêt du service...
Jusqu’au jour ou je proposai moi même de travailler sur ces sujets plutôt que sur les miens, et je fus alors gratifié d’un grand sourire, en me disant que j’avais eu là une excellente idée !
Voici un chemin bien détourné pour arriver à son but, et auquel je n’étais pas habitué !
Un autre principe de la pensée chinoise est de surtout ne pas perdre la face.
Ainsi, personne, et encore moins les professeurs, ne prit le risque de m’imposer quoique ce soit, de peur que je refuse !
Il faut dire que les Français sont mal connus de ces sino-britanniques, et nous sommes pour eux un peuple étrange de régicides, de contestataires, de grévistes professionnels, et donc susceptibles de pouvoir s’opposer à un supérieur hiérarchique, ce qui est impensable à Hong Kong!
Je pris bien garde de ne pas démentir complètement cette réputation nationale, ce qui me permis de passer un agréable séjour...

Le Pr. S.P. Chow est un homme important à Hong Kong: Chef du service de chirurgie de la main, doyen de la faculté de médecine, il est aussi bien introduit dans les milieux dirigeants.
Il est respecté par ses pairs et ses élèves, comme on le fait en Chine, c’est à dire avec dévotion.
Il est aussi un homme charmant, et il a toujours fait preuve d’une grande gentillesse et d’une grande courtoisie envers moi.
Il m’emmène ainsi dès le deuxième jour faire le supermarché à coté de l’hôpital, et insiste pour m’offrir le contenu du caddie en guise de cadeau de bienvenue !
J’avoue qu’aucun de mes chers maîtres d’internat ne m’avaient jamais honoré de la sorte à mon arrivée dans leur service...
Tout au long de mon séjour, il m’invitera régulièrement à dîner chez lui en famille, au restaurant, avec ses amis, ou pour déjeuner le midi au Yacht Club.
Le Pr. S.P. Chow est un amateur de vin, et un véritable connaisseur.
Il faut dire que le vin devient très à la mode à Hong Kong, et en Chine en général, remplaçant le Cognac dont les gens aisés arrosaient auparavant copieusement leurs repas.
Il est même très snob de faire parti d’un club de goûteurs de vin, pour se différencier de ceux qui ne consomment du vin que pour faire chic, et ne font pas la différence entre du " Carré des vignes " en pack et un Saint Emilion.
Il m’invite ainsi à plusieurs dégustations, organisées à l’université, ou dans les grands hôtels de la ville.
Le cérémonial y est particulièrement soigné, mais je suis frappé par la présence massive des vins Chiliens, Australiens, Néo-zélandais ou Américains.
Il faut imaginer le spectacle de ces réunions, avec ces asiatiques en costume-cravate qui deviennent rapidement rouge sous l’effet de l’alcool, se mettant à transpirer en parlant de plus en plus fort....
En tant que Français, je suis considéré de facto comme un grand connaisseur, et je n’ai plus qu’à vanter d’un air assuré notre production nationale, patriotisme oblige !

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Photo 5 : La marche dominicale dans les nouveaux territoires, avec le Pr. S.P. CHOW à droite.

Autre hobby du Pr. S.P. Chow, la randonnée. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, la randonnée est une activité très populaire, et facile à pratiquer à Hong Kong où les 80% du territoire sont constitués de collines parcourus par des chemins aménagés.
Ainsi, un à deux dimanches par mois, et même de temps en temps une après-midi de semaine, le Pr. Chow m’emmène marcher dans les collines, sac sur le dos avec un goûter et une bonne bouteille de vin, à déguster rituellement sur la dernière colline du parcours.
Nous parcourons ainsi Hong Kong Island, les nouveaux territoires, et les îles voisines.
La vue est parfois superbe, et l’atmosphère souvent surréaliste. Imaginez vous au sommet d’une colline sauvage, avec d’un coté, en bas, les buildings, de l’autre des plages de sable, et encore de l’autre coté les porte-conteneurs entassés à l’entrée du port.
J’étais vraiment loin d’imaginer que Hong Kong pouvait offrir ce visage ; et que j’allais trouver un professeur de cette trempe !

Pour ce qui est des médecins en général, leur statut social est lui bien meilleur qu’il ne l’est en France.
Déjà, la population les respecte et à toute confiance dans leur diagnostic.
La très grande majorité des médecins hospitaliers sont des chinois de Hong Kong, et depuis une vingtaine d’années, les chefs de service britanniques des hôpitaux ont été remplacés par des hongkongais d’origine chinoise.
Ils participent dés l’internat à de nombreux congrès dans le monde entier dont les frais sont pris en charge par l’hôpital.
Les salaires sont à la mesure de leur statut : environ 60000 à 80000 Francs mensuels pour un interne, jusqu’à 110000 Francs pour un chef, jusqu’à 200000 Francs pour un professeur, auxquels s’ajoutent dans leur cas des avantages en nature conséquents.
Dans le privé, les choses sont moins transparentes, mais les revenus sont bien supérieurs, le tout sans sécurité sociale et avec un impôt sur le revenu de 15% !
Imaginez la difficulté que j’ai pu avoir à leur expliquer le système français....
Bref, les médecins sont toujours sur un piédestal, et, crise financière aidant, leur statut commence seulement à être contesté.
La formation médicale est calquée sur le modèle britannique, et tous les étudiants passent au minimum un semestre dans un pays étranger, en général Grande-Bretagne, USA, Canada ou Australie. Après 5 ans à la faculté, ils sont internes pendant 1 an (Medical Officer), puis deviennent Senior Medical Officer (un mélange d’interne et de chef pour nous) pendant en moyenne 5 ans. Il n’y pas de concours d’accès à la spécialité, mais des examens réguliers jusqu’à la fin du cursus. La plupart restent ensuite dans les hôpitaux du territoire, le salaire qu’ils y perçoivent ne les poussant pas immédiatement vers le secteur privé !
Depuis la rétrocession, il est toujours interdit aux médecins de Chine Populaire (comme à tout habitant non apparatchik du parti) de venir travailler à Hong Kong, mesure salutaire pour les médecins hongkongais!
Pour les malades, l’accès aux soins est théoriquement gratuit en urgence, et fonction des places disponibles pour le froid, avec un système de listes d’attente.
La plupart des gens riches choisissent de se faire opérer en clinique, sauf compétence ou cas particulier. Il est de pratique courante alors quand on est satisfait des soins de faire une donation au service, pour s’attirer la bonne grâce des dieux, et aussi des médecins en cas de problème ultérieur...
Il n’est pas rare d’avoir des donations de l’équivalent de plusieurs dizaines de millions de francs, ce qui vaut alors au donateur d’avoir son nom donné à l’institution dont il a contribué au financement !
Autre curiosité, toutes les courses de chevaux sont gérées par un organisme contrôlé par l’état, qui a obligation de faire donation de tous ses bénéfices, en général dans des fondations médicales, qui portent alors le nom de " Jockey Club ". Etant donné le goût prononcé des chinois pour le jeux, c’est un impôt élégant et lucratif!

Et la médecine chinoise traditionnelle ?
Elle est très présente, a pignon sur rue, mais n’est pas représentée à l’hôpital, contrairement à ce qui se passe en Chine populaire.
Les habitants vont en général consulter d’abord un " médecin traditionnel ", prennent des herbes en tout genre, avant de consulter le " médecin moderne ".
Ainsi, même les professeurs font d’abord confiance à la médecine chinoise quand ils ont la grippe.
La thérapie la plus demandée est celle contre l’impuissance, visiblement un grand sujet de préoccupation à Hong Kong comme en Chine en général, et les boutiques regorgent de plantes et décoctions à cet effet.

Mis à part donc mon travail expérimental, je participe à la vie du service : visites, staffs, consultations et bloc opératoire.
Il y a 2 visites professorales hebdomadaires, les mercredi et samedi matin après le staff.
Tout le monde porte la cravate sous la blouse ; les médecins, infirmières, kinés, sont là, soit une vingtaine de personnes pour le département.
Une fois de plus, je suis le seul occidental, et en plus je ne suis pas Anglais !
En fait, il y a très peu d’occidentaux qui travaillent à l’hôpital. La plupart sont anglo-saxons, travaillant surtout comme anesthésistes.
En chirurgie, il y un seul européen, anglais, équivalent d’un chef de clinique, et à l’ambition avouée de rejoindre le secteur privé afin de soigner... les occidentaux expatriés!
La visite se déroule en anglais, comme tous l’enseignement médical et universitaire.
Heureusement pour moi, mais peut-être moins heureusement pour les malades, car la plupart ne parlent que...le cantonnais ! Cantonnais car la population est originaire en général de la région frontalière de Canton, ou l’on ne parle pas le Mandarin mais le Cantonnais. Et seuls 20% des Hongkongais parlent à peu près l’anglais, 2% le parlant parfaitement.
Les médecins discutent donc entre eux au lit du malade sans que celui-ci ne comprenne quoi que ce soit. Une infirmière passera ensuite pour la traduction.

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Photo 6 : La Visite au Queen Mary Hospital.

Autre différence avec la France, pas de chambres, mais une salle avec des lits groupés par six, plus des lits de camp en cas d’affluence.
Quelques chambres doubles ou individuelles existent pour des malades particuliers, ou en secteur privé.
Curieusement, il y a très peu de malades occidentaux, ils préfèrent me dit on les cliniques privées, sans promiscuité ni repas chinois..
De même, les consultations se déroulent dans la même pièce, à la même table.
Plusieurs médecins sont assis côte à côte d’un coté de cette table, avec secrétaires et kinésithérapeutes. Les malades défilent ensuite devant chaque médecin, exposant en public leur maladie, et la comparant à celle du voisin.
Un système décidément bien différent du notre...
Les salles sont équipées de façon moderne, les infirmières en tenue rose ou bleue selon leur grade s’empressent d’obéir aux ordres des médecins, sans discuter ni protester. Ici, la hiérarchie est marquée, le chirurgien très respecté.
Les patients hospitalisés souffrent essentiellement de pathologie d’ordre traumatique, ou de leurs suites. Accidents du travail, brûlures, beaucoup de reconstructions par lambeaux, et comparativement à la France, on choisit ici volontiers de faire un lambeau libre plutôt que pédiculé, le raisonnement étant " pourquoi faire un lambeau local quand on peut faire un lambeau libre ? Chez nous, ils sont aussi fiable ! "...
En permanence, il y a quelques cas d’infection à Mycobacterium Marinum, plus particulièrement chez les pécheurs ou les poissonniers, " spécialité locale " car décrite dans le service dans les années 70.

Après la visite, les médecins ont l’habitude d’aller prendre un deuxième petit déjeuner à la cafétéria : re-dim sum, nouilles à l’huile, riz gluant au poulet. Bref, de quoi rester en forme !.
Il faut dire que la nourriture est une chose sacrée à Hong Kong, dans toutes les couches de la population.
Les rues sont bordées de multiples restaurants, des plus sordides aux plus luxueux, et un des éléments frappants quand on arrive est qu’il y a toujours des gens en train de manger à toute heure du jour et de la nuit.
Au travail, les hongkongais ont en permanence une tasse de thé à coté d’eux, qu’ils agrémentent régulièrement d’en-cas salés ou sucrés.
Manger est une deuxième religion, parce que les chinois en général aiment la bonne cuisine, mais aussi parce que les hongkongais sont issus de réfugiés n’ayant pas toujours pu manger à leur faim. Personne ne l’a oublié.

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Photo 7 : Noël au Queen Mary Hospital : photo de service !

Les staffs se déroulent dans l’amphithéâtre rattaché au service. Toute l’équipe médicale, les étudiants, les surveillantes, les kinésithérapeutes, y assistent. A tour de rôle, chacun des trois départements du service de chirurgie orthopédique (main, articulations et traumatologie, rachis et infantile) y participent. Les internes ou chefs présentent un ou deux cas cliniques à partir desquels ils font un enseignement.
La participation de la salle est active, un micro circule et l’orateur interroge les médecins, en commençant par les plus jeunes. Tout se déroule donc en anglais, bien que tout le monde ne le maîtrise pas parfaitement, ce n’est pas leur langue maternelle !
Je suis étonné certaines fois par la dureté de certains seniors avec les juniors, mais après tout, certains de nos services parisiens ne sont pas adeptes non plus de la courtoisie dans leurs rapports internes....
On me demande régulièrement mon avis, attendant certainement de moi une réponse exotique, mais je m’efforce de rester prudent pour ne pas tomber dans les pièges tendus, plus d’ailleurs par jeu que pour réellement me déstabiliser. Je dispose au demeurant d’un joker imparable, je peux toujours dire que je n’ai pas bien compris la question, because my poor english, of course ! Mais l’esprit général est très bon, et même si les professeurs marquent bien la différence avec leur élèves, l’ambiance est presque familiale.

Le bloc est très bien équipé, le personnel nombreux, les conditions d’asepsie comparables aux nôtres. Pas de pyjamas jetables, mais du tissus : ici, le nettoyage est bon marché.
Une des salles est très importante au sein du bloc : la salle à manger ! Toujours bien fournie en thé, café, pâtisseries, douceurs en tout genre, on y apporte le déjeuner à midi.
La surveillante est très conviviale, ce qui n’est pas courant car si le personnel est serviable et souriant, il est plutôt froid et effacé. C’est culturel, paraît-il.
Autre curiosité, dans toutes les salles, des caméras sont placées au centre des scialytiques, dirigées sur le champ opératoire. Mais, m’a t’on dit, elles ne sont pas tout le temps branchées...
Les interventions se déroulent d’une manière similaire à celle que nous connaissons, j’aide les opérateurs qui me laissent de temps en temps prendre le manche, tout se complique quand ils commencent à s’exciter et à parler rapidement chinois entre eux!
Ici on aime les lambeaux, et ils sont fièrs de me faire des démonstrations de " Masquelet’s flaps ". Ils n’hésite pas à réaliser des " premières ", ou à appliquer une idée nouvelle.
Rappelons que les médecins sont ici très respectés et qu’il n’est pas dans les usages de porter plainte, on lui fait totalement confiance.
Dans la mentalité chinoise, on respecte l’homme instruit en général, et encore une fois, beaucoup de hongkongais réagissent comme les anciens réfugiés qu’ils sont, ils sont bien contents d’avoir accès à des soins de qualité, surtout en comparaison de ce qui se passe à 30 km de là, en Chine populaire !
Leur technique chirurgicale est bonne, notamment en microchirurgie, mais nous autres français n’avons pas à rougir, peut être avons nous simplement moins de possibilités en ce qui concerne les malades...

Contrairement à certains de nos hôpitaux, pas de problèmes pour gérer les urgences, les salles et les chirurgiens sont en nombre suffisant. Ici, on ne connaît pas les deux ou trois jours de garde de suite que nous connaissons. Alors, quand on parle des asiatiques qui travaillent plus que nous...
En fait, au niveau de l’hôpital, je n’ai pas trouvé que les médecins ou le personnel travaillaient plus que les Français, mais ils ont toujours l’air très occupés, même quand ils ne font rien. Là est la différence, mais j’ai mis quelques mois à m’en apercevoir.
Cela dit, les choses sont evidemment différentes dans les entreprises, et le secteur privé en général. La tendance n’est pas vraiment aux 35 heures....

Mes collègues hongkongais se sont toujours montrés très sympathiques, bien qu’ils aient été au début plutôt indifférents. Ils sont finalement plus chaleureux que nous le sommes souvent en France avec les stagiaires étrangers.
Mes collègues sortent peu, font peu de sport. Mariés assez tôt, la famille est ici très importante, et ils passent leur temps libre chez eux. Ils s’invitent peu à dîner, le foyer est un lieu qu’ils aiment préserver du monde extérieur, il faut dire que les appartements sont souvent exigus.
Ils aiment par contre aller au restaurant, en famille ou avec des amis, et j’ai ainsi plusieurs fois eu l’occasion de participer à des dîners de service, très arrosés et très sympathiques. Ainsi, une tradition à l’hôpital est que tout médecin qui a une promotion invite tout le service au restaurant.
Le restaurant met alors à disposition une salle individuelle avec une table ronde, on peut amener ses bouteilles de vin, et il est de bon ton de faire bruyamment honneur aux plats...
Puis, c’est le karaoké, à table, car tout est prévu. Le micro circule, les chansons sont en Cantonnais (la " pop-canto ", terrible ! ) ou en anglais, et chacun participe de bon coeur.
Le karaoké est une des distractions préférées des hongkongais, comme de beaucoup d’asiatiques en général, et ce fut une de mes croix pendant ce séjour !


photo 7
Photo 8 : La cérémonie du thé entre confrères...

D’une manière générale, les Chinois sortent peu avec des occidentaux, ils pratiquent la cohabitation pacifique.
Chacun sort en général dans des endroits différents : les chinois au karaoké, les blancs dans les pubs et les boites.
Il existe au centre de Hong Kong, à Central, un quartier nommé Lan Kwai Fong ou sont concentrés bars, restaurants, clubs branchés, et ou se retrouvent les golden-boys les soirs de semaine, et la plupart des occidentaux le week-end.
Orchestres rock, bière, music techno, tout le monde est sur le trottoir une pinte à la main, dans la plus pure tradition britannique.
Autre quartier branché fréquenté par les blancs, Wanchaï. Ancien " bordel " de Hong Kong, il y a toujours de nombreux bars à filles, Philippines en général, avec les imposantes " Mama San " à l’entrée, ainsi que des établissements de massage et bains en tout genre....
On y trouve maintenant une haute concentration de pubs, boites dont le fameux Jo Banana, toujours dans une atmosphère très britannique.
Je ne m’attendais pas non plus à trouver une telle ambiance à Hong Kong, les gens travaillent dur toute la semaine et ont besoin de décompresser après le travail.
Evidemment, il n’y a pas d’apartheid à Hong Kong, on trouve aussi dans ces lieux de nombreux asiatiques, mais la plupart d’entre eux sont des américains, canadiens, australiens ou européens d’origine chinoise, des bananes comme disent les autochtones (jaune dehors, blanc dedans).
Pour ce qui est des Français, ils sont plus discrets dans ce genre d’endroits, mais facilement reconnaissables à cet accent " so lovely " qui nous sert de signe de reconnaissance.
La colonie expatriée française est relativement importante, entre cinq et dix mille personnes, de taille équivalente à la colonie allemande, mais loin derrière les anglo-saxons.
Beaucoup travaillent pour la finance, le bâtiment, et surtout l’industrie du luxe, des vins et spiritueux.
A l’image des autres colonies, on trouve plusieurs profils de personnage. Des jeunes sans avenir en France viennent trouver du travail et progresser socialement, ce qui est beaucoup plus facile à Hong Kong, où le système capitaliste très ouvert permet en général à celui qui travaille de réussir. Un autre profil, le cadre supérieur envoyé de France avec sa famille pour quelques années. Il est très bien payé, grand appartement avec personnel de maison, carte d’entrée dans un club de loisir (dont le niveau dépend de celui de sa situation), école privée française ou anglaise pour les enfants, et club féminin pour madame.
Entre les deux, on trouve aussi le jeune cadre dynamique ambitieux en début de carrière, envoyé ici quelques années par sa société pour travailler dur, en échange d’une importante promotion à son retour.
Encore une fois, ils fréquentent peu les chinois, mais cohabitent pacifiquement. Pour beaucoup d’entre eux, les chinois sont des " boring people " (gens ennuyeux)...

Un autre intérêt de Hong Kong est sa position stratégique pour voyager en Asie, et notamment en Chine.
La comparaison avec la Chine est intéressante, car la mentalité y est différente, et les gens souvent plus agréables, plus naturels, sans le coté " nouveau riche ", le " show off " comme disent eux même les hongkongais.
Ceci dit, il est probable que cette différence ne dure pas, Shanghai ressemble de plus en plus à Hong Kong, et est certainement amenée à devenir le nouveau pôle économique de la région.
Mais cela fera parti d’un autre récit !
C’est ainsi que six mois se sont écoulés sans que je m’en aperçoive. Hong Kong est une ville fantastique qui ne peut laisser indifférent, et l’immersion dans une culture étrangère apporte un enrichissement personnel dont je ne mesure certainement pas encore complètement l’étendue.
Il n’y aura eu guère que mes intestins pour avoir trouvé le temps long...

Philippe ROURE
Novembre 1997 - Mai 1998

Avec mes remerciements au Pr. Masquelet
qui m’a permis d’effectuer ce voyage.