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JEAN-LOUIS DORE
J.L.D. : C’est délicat pour le président d’affirmer que cela s’est bien passé, mais il me semble que c’était bien. Beaucoup d’amis m’ont dit que c’était un bon congrès, mais ce sont des amis…Sa préparation m’a demandé un gros travail, heureusement j’étais très épaulé par Jocelyne Cormier qui a l’habitude et qui connaît bien tous les rouages de ce congrès, et puis il y a tout le travail de Jo Letenneur, le secrétaire général, qui fait en sorte que tout aille bien. C’était le 4ème congrès se déroulant à Tours. Il y a eu mes maîtres : Castaing, Glorion qui nous a quitté récemment, Burdin et puis moi. Le choix de Tours était, sans le vouloir, symbolique puisque c’était le 40ème congrès de la SOO, un des premiers ayant eu lieu à Tours en 67, présidé par Jean Castaing. M.O. : Sur quelle base a été créée la SOO ? J.L.D. : La base, c’était le “Groupe des Dix” constitué par Castaing avec 9 autres chirurgiens, tous de l’Ouest. Ils se réunissaient deux fois par an, une des réunions étant consacrée à leurs échecs, ce qui est plus formateur qu’une série de bons résultats. Petit à petit, ils ont invité leurs collègues de l’Ouest et en 67 la “Société d’Orthopédie et de Traumatologie de l’Ouest” (S.O.O) est née avec un congrès annuel. D’année en année le congrès a pris de l’importance, s’est structuré avec cette particularité d’avoir trois tables rondes. L’intérêt des tables rondes est de faire le point sur un sujet, mais c’est aussi de faire travailler entre eux les collègues de l’Ouest, privés, publics, et de différents âges. Des amitiés se créent à cette occasion. Ensuite, les gens se retrouvent, se téléphonent, conçoivent ensemble. C’est un aspect très positif et chaleureux des tables rondes de la SOO. Les nombreuses communications sont le deuxième volet de la SOO. Cela permet à des chirurgiens qui n’osent pas, souvent à tort, communiquer à la SOFCOT de nous présenter leurs travaux. Ces communications sont suivies de discussions, toujours très aimables et instructives : le micro se promène et chacun donne son avis étayé. M.O. : Il y a beaucoup de monde à la SOO, ce qui est inhabituel pour un congrès régional … J.L.D. : En effet, c’est le deuxième congrès orthopédique généraliste après la SOFCOT. Je pense que c’est lié aussi au troisième volet du congrès qu’est la matinée du président, président qui alterne privé puis public. Le président, qui change chaque année et reçoit dans sa ville, invite pour parler qui il veut et cela donne une ouverture nationale ou internationale à la manifestation. Mais restons modeste, la convivialité, qui ne peut s’exprimer lors de très grands congrès, est un des facteurs essentiels du succès. Par exemple, le vendredi midi toutes les panseuses de l’Ouest, après avoir écouté deux conférences-débats, sont conviées et déjeunent avec nous et les exposants. Les exposants aussi répondent présents car ils sont plus proches des praticiens, et cela améliore nos finances. Cette année, pour le dîner du congrès, Catherine et moi avons évité le « dîner de gala cravaté », pour faire un buffet où tous les gens se retrouvent et discutent de façon détendue ; de plus il avait lieu dans la demeure où Léonard de Vinci a vécu ses dernières années. Souvent s’y retrouvent d’anciens copains de fac pour qui c’est le rendez-vous annuel. Cette année il y avait en animation des prestidigitateurs extraordinaires, et comme nous aussi nous essayons de faire de jolies choses avec nos mains, ce fût une très bonne soirée, qui je crois donnera envie de revenir. Il ne faut pas oublier que nous bénéficions parfois des charmes de la mer et qu’un congrès à Saint-Malo, ou aux Sables d’Olonne, c’est séduisant. Au total, tous ces éléments participent au succès habituel du congrès. Cette année, nous étions plus de 400 inscrits. M.O. : Ensuite les travaux du congrès paraissent dans les Annales Orthopédiques de l’Ouest ? J.L.D. : Effectivement. A la fin du congrès les membres du bureau se réunissent, additionnent leurs notes et celles des participants car cette année pour la première fois le congrès a été validant FMC. Ces notes permettent donc de déterminer quelles seront les communications publiées. J’ai été rédacteur en chef des Annales pendant huit ans ; c’est un travail très chronophage, même si des collègues m’aidaient. Il faut présenter proprement les articles et les figures, puis intégrer les discussions qui ont été intéressantes. Mais les Annales n’étaient pas référencées et cela démotivait les chefs de clinique qui voulaient concourir. Depuis peu, les tables rondes sont publiées par la RCO ainsi qu’un résumé des articles ; ce mariage permet une forme de référence Medline. Il y a aussi le site Internet de la SOO sur lequel on peut trouver beaucoup de choses. M.O. : Quels étaient les thèmes principaux de ce congrès ? J.L.D. : Il y a eu trois tables rondes comme chaque fois. Une sur les fractures de la palette humérale chez l’adulte de plus de 60 ans avec tous les problèmes que cela pose et notamment la pose éventuelle de prothèse de coude en urgence. La table ronde des « jeunes » sur les fractures de la charnière thoraco-lombaire. Nous l’avions instaurée à leur demande depuis quelques années, cela permet aux internes et aux chefs de se connaître. La dernière table ronde était sur les ostéotomies tibiales de valgisation. Elle fût très intéressante car nous en faisons beaucoup et nous avions un bon recul. Elle a confirmé la validité de l’intervention qui procure 8 ans de tranquillité fonctionnelle en général. Ce sont les mêmes résultats pour les ostéotomies fémorales de varisation que nous ne pratiquons pas assez, je crois ! Pour la matinée du président, j’avais invité Georges-François Penneçot qui nous a fait un topo brillant sur l’analyse de la marche chez l’IMC, et les indications chirurgicales qui en découlent. J’étais inquiet car c’est un sujet particulier, mais sa communication a été très suivie et elle a remporté la deuxième note. De plus les techniques liées à Power-Point permettent d’associer : diapos, films, enregistrement, comme dans l’exposé très vivant de Doursounian sur : comment on réalise un numéro de Maîtrise Orthopédique ! J’avais invité Geir Hallan de Norvège qui nous a parlé du registre Norvégien des PTH ; il nous a rassuré sur les inquiétudes que cela soulève en France : le registre est anonyme et n’y rentrent que ceux qui le veulent. Avec le temps le registre révèle les implants qui vont plutôt mieux que les autres. Petit à petit les chirurgiens ont plutôt tendance à choisir les prothèses qui vont mieux, et les chiffres montrent qu’il y a moins de reprises. M.O. : Comment devient-on président de la SOO ? J.L.D. : J’ai d’abord fait partie de la SOO, parce qu’à Tours, avec Castaing, nous étions baignés par la SOO. Ensuite, pendant mon service militaire j’ai été l’aide opératoire de Jean Lannelongue qui était un membre très dynamique de cette société. Il m’avait pris comme projectionniste et j’ai dû projeter des centaines, si ce n’est des milliers de diapositives aux congrès de la SOO avec les gags habituels. J’ai pris goût à cette société. Et puis, fondamentalement, j’adore travailler et réfléchir avec des confrères. Plus tard, je suis devenu rédacteur en chef des Annales Orthopédiques de l’Ouest à la suite de Jean-Claude Rey qui y avait réalisé un énorme travail. Donc dans la mesure où j’avais donné beaucoup de mon temps à la société, on m’a proposé de devenir président. Cette preuve d’estime du bureau et des collègues m’a fait plaisir ; j’ai un peu hésité devant la responsabilité et le temps à y consacrer, mais j’ai bien sûr accepté. M.O. : En pratique, qu’est-ce qu’on fait quand on est président ? J.L.D. : On prépare le congrès au moins deux ans à l’avance. Cela demande de beaucoup s’investir et c’est beaucoup de stress, même si on est très aidé par Jocelyne Cormier. J’ai été, m’a-t-elle dit, un président un peu plus envahissant que d’autres parce que je voulais que ce congrès soit conforme à ce que je souhaitais. Il a fallu organiser la matinée du président et c’est délicat car faire venir des gens intéressants en leur disant qu’ils n’auront que 20 minutes pour parler, c’est paradoxal. J’ai demandé à Peter Keblish de venir pour ma matinée. Cela a été très compliqué, car moi qui m’occupe de handicap, je suis très handicapé moi-même par mon manque de pratique de l’anglais... J’étais allé le voir à Allentown avec Pierre Robine en 86, j’avais été très séduit par ce monsieur dont l’épouse canadienne parle un peu français... Nous avions été parfaitement reçus et quelques mois après il est venu chez moi à Tours pour, je pense, voir si je pourrais être un correspondant en France, mais mon pauvre anglais m’a handicapé. Il est capital que les jeunes le parlent couramment, c’est absolument indispensable pour leur carrière qu’elle soit médicale ou autre. M.O. : Le congrès a été endeuillé par la disparition de Franz Langlais … J.L.D. : Nous étions très tristes parce que Franz Langlais a été accidenté par un chauffard, alors qu’il revenait d’un cours donné aux internes, quelques jours avant le congrès. Franz, que je connaissais bien, avec qui nous avions fait du ski l’hiver dernier, était un fer de lance de la SOO, Mireille devait avec lui nous organiser un voyage en Inde au printemps prochain. C’était un esprit très clair, il répondait bien aux questions sans jamais être agressif, sans jamais être hautain vis-à-vis des conférenciers. Grâce notamment à son anglais, il était un représentant de l’orthopédie Française à l’étranger, ces disparitions brutales d’amis nous font toujours réfléchir à la vanité des choses ! M.O. : Où travaillez-vous ? J.L.D. : Je suis chirurgien orthopédiste à Tours. Et je travaille enfin dans une nouvelle clinique. Je dis enfin car j’avais essayé dans les années 90 de construire un établissement, mais des problèmes d’actionnariat ont fait capoter ce projet. Ce n’est que récemment, quand les cliniques allaient toucher le fond, qu’elles ont été rachetées et qu’une belle clinique appelée Alliance a ouvert le quinze août dernier. Cette clinique a une UPATOU. En pratique c’est un lieu dans lequel il y a un ou deux médecins urgentistes en permanence assistés d’infirmières et d’aides-soignantes 365 jours par an. C’est évidemment un accueil d’urgence qui n’est pas fait pour faire face à un car tombé dans la Loire, ou même un motard polytraumatisé. Nous accueillons près de 80 patients par jour : fractures, allergies, appendicites, déshydratations… Au départ j’étais inquiet, mais nous sommes 8 orthopédistes à tourner et cela nous sort de notre routine de prothèse de hanche et d’ostéotomie. Par ailleurs, si on a fait médecine, c’est pour rendre service et ce côté « médecine d’urgence » me plaît. Nous voyons de jeunes loubards tatoués, çà rajeunit, et change des PTG de bourgeoises pâtissières. On voit des situations professionnelles ou personnelles très difficiles qui relativisent nos certitudes, on voit de vraies CMU dans le dénuement, et d’autres CMU qui garent leur cabriolet Mercedes à cheval sur le trottoir devant le cabinet, attention aux profiteurs de faux handicap ! M.O. : Mais sur le plan financier, c’est rentable ? J.L.D. : Pour les établissements oui, je pense. Les tutelles voulaient que ça marche et je crois qu’elles ont donné les moyens pour que les UPATOU fonctionnent. Pour les entreprises chirurgicales que nous sommes, 3 heures à réparer un pilon tibial sont moins rentables qu’une PTH et trois arthroscopies avec DP, de plus les chirurgiens ne prennent pas de dépassement dans le cadre de l’urgence. Donc c’est un petit peu pour la gloire, mais c’est notre job, et ça n’arrive pas souvent, parfois quelques années plus tard ce client reviendra pour arthrodèse! M.O. : Ce n’est pas qu’une question de temps, avez-vous l’impression d’être équipé sur le plan humain et matériel ? J.L.D. : En matériel oui : la clinique nous prélève 10% de redevance dont 7% pour l’achat du matériel ; si elle veut avoir de bons opérateurs, donc de nombreux clients, elle doit leur fournir du matériel ; nous discutons ferme tous les 8 avec elle, mais si on travaille la clinique est réglo. Pour les opérateurs l’avenir est plus soucieux. Pour revenir à mon pilon tibial, il semble que les plaques à tête de vis verrouillables soient un vrai plus, or elles sont plus chères, mais le GHM et la T2A sont les mêmes quelle que soit la plaque que l’on pose; donc la clinique tousse. Dans l’avenir il faut absolument que les directeurs-comptables privés ou publics soient en phase avec d’intelligents présidents de CME. Au point de vue humain, je n’ai qu’une aide opératoire, pas d’instrumentiste; cela suffit largement sauf pour les épaules et les reprises de PTG. M.O. : Et l’avenir du privé ? J.L.D. : Il faut distinguer les établissements et les opérateurs. Pour les établissements chirurgicaux : ils sont plus réactifs, plus souples, plus petits, moins chers, moins administratifs, et moins encombrés d’archaïsmes syndicaux, donc je crois que les organismes payeurs quelles que soient les politiques, caresseront toujours les blocs privés dans le sens du poil. Pour les opérateurs, leur avenir dépend de l’attitude des tutelles, de nos syndicats et de nos sociétés savantes : si les tutelles continuent la paupérisation progressive des chirurgiens comme c’est le cas des secteurs 1, si elles obligent les opérateurs à poser des implants standardisés, si elles encadrent par trop nos gestes devant telle ou telle pathologie, en un mot si nous devenons de simples exécutants techniques, autant faire 40 heures dans un cadre aseptisé et protégeant notre avenir, mais il faudra trois fois plus de chirurgiens et avec la féminisation de la médecine : bonjour les Polonais ! Mais il faut être optimiste, car ce métier est merveilleux, et si nous ne sommes pas passifs, si nous participons à la recherche de solutions, nous pouvons faire en sorte de soigner toute la population, dans de bonnes conditions, à un coût supportable pour les contribuables. Se posera aussi le problème de l’enseignement, comme ça devient le cas pour la chirurgie de la main dans certains CHU, mais là aussi si on dialogue entre public et privé, il n’y a rien d’impossible ! M.O. : En quoi consiste votre pratique chirurgicale quotidienne ? J.L.D. : Mon prédécesseur opérait beaucoup de hanches, donc je fais beaucoup de prothèses de hanches et de reprises, à présent en chirurgie froide je ne fais presque que du membre inférieur. J’opère aussi la main parce que j’ai toujours beaucoup aimé cela. Au tout début, j’aurais voulu faire “chirurgie de la main”. Quand je suis arrivé à Tours en privé, je voulais créer un service d’urgence main, comme mon ami Guy Raimbault à Angers. J’étais allé faire un stage chez Michon pendant deux mois avec Merle et Foucher à Dommartin les Toul et j’avais trouvé cela passionnant. J’ai été un des premiers à Tours à réimplanter un pouce. J’avais proposé à Bernard Glorion d’être consultant main en infantile, mais il n’a pas donné suite, et mon directeur privé m’a écrit que cette chirurgie ne rapportait pas assez, donc stop la main. Au début de mon installation, j’ai fait de tout, du rachis, hernies discales, spondylolisthésis, rachis cervical, de la main, du pied, et même des appendicites ! Progressivement, je me suis concentré sur la chirurgie de la hanche et du genou. Pour deux raisons : on ne fait pas trop mal ce que l’on fait souvent, et comme j’ai beaucoup d’activités annexes, handicap, politique, conception d’implants… cela me tranquillise d’opérer ce que je crois savoir à peu près faire. M.O. : Avez-vous beaucoup évolué dans vos options ? J.L.D. : Après avoir discuté seul à seul avec Furlong dans son bureau, malgré mon anglais de cuisine, j’ai été un des premiers, avec un peu d’angoisse, à poser des prothèses « hydroxyapatite 3/3 ». C’était en 1988, bientôt 20 ans, et j’en suis très content, Nous en avons parlé à la SOO avec Epinette, Passuti et Massin. Depuis 10 ans, je n’utilise plus une goutte de ciment, sauf dans les reprises de PTG. Je suis par contre hanté par la question du couple ! Le PE même réticulé 22 donnera sans doute des granulomes, l’alumine-alumine entraîne des vibrations terribles au dos de la coque métallique qui à terme risquent d’entraîner des “descellements”, les gros cotyles métalliques à pas de vis sont inenlevables, les alumines–PE sandwich sont sans doute intéressants mais peu diffusés et ont encore peu de recul … Je scrute les résultats des registres nordiques ; de nombreux privés français ont des séries mono-implant à grand recul et c’est très regrettable qu’ils ne les publient pas. Donc actuellement : au-dessus de 70 ans environ alumine ou métal-PE ou double mobilité, en dessous alumine-alumine, mais le problème reste la tenue à long terme du dos de la cupule et la raréfaction osseuse derrière elle, surtout si la coque métallique est épaisse. M.O. : Vous n’avez pas de douleur de cuisses ? J.L.D. : Non car j’utilise des tiges 3/3 entièrement recouvertes. J’avais suivi une série continue d’une centaine de PTH qui ne variaient que par l’étendue du recouvrement de la tige : 1/3, 2/3 ou 3/3 d’HA. J’ai présenté mes résultats à Fort de France en 92, puis ce topo a été refusé à la SOFCOT ; comme on dit : “y’avait pas photo” ! Pour les tiges totalement recouvertes d’HA cela allait très bien. Pour les autres, tout dépendait de l’état de surface de la partie non recouverte. C’est-à-dire qu’avec 1/3 de tige recouvert d’HA et 2/3 distaux en titane sablé, cela ne se passait pas trop mal. Par contre si le 1/3 ou les 2/3 non recouverts étaient en titane poli cela se passait très mal, comme pour les tiges bi-couche alumine-HA même 3/3 ; après la phase de résorbtion-substitution il faut que l’endoste néoformé puisse s’accrocher à la partie non recouverte, donc le plus simple est de recouvrir entièrement la tige d’HA avec en-dessous une granulométrie de T40 dégressive. Au milieu des années 90 on pouvait hésiter car on craignait un effet diapason avec à terme des grands trochanters et des métaphyses complètement pellucides. Le groupe Arthro nous a prouvé qu’ au bout de 20 ans ce n’était pas le cas. Par ailleurs l’HA supprime l’espace entre l’os et la prothèse, cela diminue les risques d’infection et de granulome à corps étranger. Donc pourquoi se priver du 3/3 ? M.O. : Vous avez été formé par Castaing ? J.L.D. : Oui, j’ai fait mon dernier semestre d’internat et mon clinicat chez lui. Quand je suis arrivé, Tours n’était plus école de médecine depuis 1962, mais n’est devenue faculté de médecine à part entière qu’en 1969. Monsieur Castaing qui était temps partiel est devenu temps plein comme Bernard Glorion et André Gouazé le futur doyen. L’arrivée des patrons Algérois, dont certains étaient excellents, a créé une émulation avec les Parisiens. Castaing était un maître, un maître que nous adulions et qui ne nous a jamais dit un mot plus haut que l’autre, il était l’opposé de son collègue des célèbres cahiers d’anatomie ! Lorsqu’il haussait à peine le ton, nous prenions cela comme une énorme engueulade. Nous travaillions rien que pour lui faire plaisir, et nous voulions qu’il soit fier de nous. Castaing était aussi dessinateur et mélomane. Il a participé à la création des fêtes musicales de Touraine autour de Siatovlav Richter. Il avait énormément de talents et, à posteriori, la seule faiblesse que je lui trouve, c’est qu’il n’était pas ouvert à l’international, mais à l’époque peu d’équipes l’étaient. M.O. : Racontez-moi une anecdote de Jean Castaing J.L.D. : Une fois tous les deux mois nous avions la Messe Noire. C’était une réunion, sous ce beau tableau type Paul Klee, dans le propre bureau du patron où nous ne rentrions qu’exceptionnellement. Nous ne parlions pas vraiment de dossiers, mais du service, de l’avenir, de l’enseignement, nous refaisions ou plutôt il refaisait l’orthopédie. Un jour, le patron, un peu excité, nous a dit qu’il allait nous mettre au courant d’une astuce technique, mais qu’il fallait qu’on s’engage à ne pas la divulguer tant qu’il ne l’aurait pas écrite et surtout dessinée. Nous nous sentions comme des co-découvreurs comploteurs. Il nous a expliqué son idée, nous avons arrosé cela au whisky, et dans la nuit il avait dessiné et écrit de sa belle écriture, très précisément, les différents temps de la TATTA avec son idée de plan oblique qui fait qu’à 45° on avance autant qu’on translate la tubérosité tibiale antérieure, donc on peut se passer de greffons. Nous avions tous vraiment l’impression d’avoir été mis au courant par le Maître d’un tour de main, confié à ses compagnons. Seuls les membres de la CCOTT, la Clinique Chirurgicale Orthopédique et Traumatologique de Tours associant privés et publics, dont il avait dessiné lui-même le logo, avaient été mis dans la confidence. Je suis sûr que si les pin’s avaient existé à l’époque, il aurait créé des pin’s CCOTT et les aurait remis à chacun d’entre nous de façon un peu solennelle, après un temps d’apprentissage, uniquement à ceux qui l’aurait mérité, un peu comme un adoubement de chevalerie. C’est pourquoi le patron n’aimait pas vraiment qu’au dehors nous n’ayons pas d’attitudes conformes à ce qu’il souhaitait, car pour lui, nos opinions extérieures engageaient sans doute un peu la « famille CCOTT ». N’hésitant pas à donner mon opinion, il m’est arrivé une ou deux fois d’avoir pendant quelques mois des relations un peu fraîches avec lui, qui heureusement, se sont réchauffées secondairement. M.O. : Que veniez-vous faire à Tours ? J.L.D. : Je suis né à Chartres en face de l’Hôtel-Dieu, où un certain Levon Doursounian sera plus tard interne ! J’ai « poursuivi », c’est le mot qui convenait aux dires de mes professeurs, mes études à Chartres. Ma ville faisait partie de la toute nouvelle académie Orléans-Tours, cependant mes parents voulaient que j’aille faire médecine à Paris où mon frère venait de réussir l’internat. Mais j’étais amoureux d’une jeune chartraine étudiante en histoire, étant boursière elle devait aller à Tours, je l’ai suivie. Puis j’ai été interne à l’hôpital de Loches. J’avais 25 ans et deux enfants et il n’y avait pas de logement pour l’interne. Comme le concierge venait de partir, j’ai été nommé « interne concierge ». Donc quelquefois, il y avait des gens un peu alcoolisés qui arrivaient à minuit, ils sonnaient à la grille de l’hôpital, et hurlaient : « Est-ce qu’il y a un médecin de garde ? ». J’arrivais en pyjama pour leur répondre : « Oui, il y a un médecin 24 h / 24, veuillez passer par ici, il vous attend ». Je prenais le raccourci de l’autre côté, je mettais une blouse et les recevais. Alors le gars un peu éméché disait : «Vous, j’vous ai déjà vu quelque part ». J’allais deux fois par semaine à Tours suivre les conférences d’internat, je rentrais vers deux heures du matin ; heureusement la voiture connaissait la route. Catherine inquiète restait éveillée, avec les deux enfants, son job de prof, la conciergerie, et son mari qui préparait l’internat, elle a été super. A côté du sympathique folklore, il y avait énormément d’aspects négatifs propres aux petits blocs opératoires, en particulier des accouchements dramatiques réalisés par des médecins de campagne. J’ai gardé depuis une aversion pour ces petits blocs opératoires parce j’ai trop vu de bébés morts nés, de femmes devenues stériles. L’accouchement est un moment trop grave dans la vie du bébé, pour qu'il ne s’effectue pas dans des structures hyper équipées réalisant au moins 500 accouchements l’an. Par ailleurs ce petit bloc opératoire était un gouffre financier. Il y avait un anesthésiste, un radiologue, des manipulateurs radios, des infirmières anesthésistes, des panseuses, des remplaçants, et tout cela pour traiter une Pouteau-Colles et une appendicite par semaine. Je crois vraiment que dans ces petites villes il faut créer des UPATOU, et que l’on dirige les malades lourds vers d’importantes structures privées ou publiques bien équipées en matériel et en compétence. Puis ces patients opérés pourraient rapidement poursuivre leur convalescence dans ces petites villes où ils seraient près de chez eux et de leur famille, ce qui permettrait aux soignants de ces petits hôpitaux de garder leur emploi. Il faut militer pour arrêter de vouloir faire tout n’importe où. Quelqu'un qui a un tendon extenseur mal réparé ça coûte très cher, pour lui et pour la société. M.O. : Comment s’est déroulé votre internat ? J.L.D. : J’ai été reçu aux internats de Rennes et Tours. J’ai choisi Tours et tout de suite j’ai voulu faire orthopédie. L’ébénisterie de l’homme est un truc qui me plaisait bien, et même pour un orthopédiste l’homme a un cerveau parfois bien difficile à soigner, ce qui me plaisait également ! M.O. : Où aviez-vous connu le travail du bois ? J.L.D. : Dans l’atelier de mon père. Mon père m’a toujours dit qu’il aurait aimé être chirurgien, mais la péritonite appendiculaire qui a emporté mon grand-père, l’a fait reprendre l’entreprise familiale à 25 ans. Grossiste, il achetait des produits alimentaires et d’utilisation courante, et ses camions les distribuaient dans toutes les épiceries de Beauce. Il avait des entrepôts immenses, des garagistes et des menuisiers. Quand j’étais enfant je faisais des kilomètres en patins à roulettes dans les entrepôts où il y avait de la peinture, des parfums, du café, de l’huile, des chaussettes, et des sabots. On torréfiait le café et on fabriquait les sabots. J’aimais beaucoup le menuisier et le garagiste, j’allais souvent travailler avec eux, c’est peut-être cela mon premier lien avec l’orthopédie ! « On ne se remet pas d’une enfance heureuse » dit-on, j’ai eu une enfance merveilleuse entourée de six frères et sœurs super, de parents qui s’aimaient, d’un père qui travaillait énormément, donc nous vivions bien. Plus tard, j’ai donc bien accroché avec Castaing qui nous poussait à faire des stages chez les compagnons à Tours, pour nous apprendre à bien utiliser les ciseaux dans le fil du bois. Le bois est moins tolérant que l’os, car la nature, bonne fille, arrange souvent les imperfections. M.O. : Et après l’internat ? J.L.D. : Je fais mon internat chez Glorion en pédiatrie, Vandooren en viscéral puis chez Barsotti en traumato et vasculaire et enfin j’ai intégré l’équipe Castaing et sa fameuse CCOTT. Je savais qu’un hôpital neuf allait se construire à Chartres, et qu’un poste de chef de service se libérerait bientôt. J’ai demandé au Patron si je pouvais aller un peu à Chartres durant les derniers mois de mon clinicat, il a été d’accord. Donc, je partais à 6 h du matin de Tours pour Chartres. Sur place, j’opérais toute la matinée, je consultais tout l’après-midi et je repartais vers 20 h pour recommencer le lendemain à Tours. Je me suis posé à Chartres en juin 80, j’y étais le premier chirurgien temps plein. Le directeur très partant m’a tout acheté : les enclouages, l’amplificateur de brillance, les boîtes d’ostéosynthèse, le stréri-mur etc… J’étais assez dynamique et volontaire et je travaillais beaucoup. Cela a fait un peu bouger les choses et les habitudes, ce qui fait qu’un jour j’ai reçu une lettre du directeur me disant que je travaillais trop à des heures « périphériques » et que cela posait problèmes. Travaillant au-delà de 17 heures, j’ennuyais tout le monde : il n’y avait plus d’administratifs, plus de radiologues, donc il valait mieux que j’arrête à 17 h. A cette époque j’ai appris qu’il y avait une place en privé à Tours et je suis revenu. M.O. : Ce n’est que pour une question d’horaire de travail que vous cessez votre activité hospitalière à Chartres ? J.L.D. : J’étais sûrement trop individualiste pour accepter la lourdeur hospitalière locale. Depuis, cela a sûrement évolué. A l’époque, j’étais le seul chirurgien temps plein. J’étais malheureux de l’accueil des urgences où arrivaient des doigts abîmés qui étaient traités comme-ci, comme-ça, en fonction de l’équipe de garde. Je les revoyais au bout d’un mois avec les doigts raides, des mains fichues à reprendre, et cela me contrariait beaucoup. Je serais peut-être resté à Chartres car cette chirurgie de traumatologie lourde, souvent nocturne, est gratifiante ; revoir à un an, avec ses enfants, un homme qu’on a opéré à 2 heure du matin d’une splénectomie avec hernie diaphragmatique traumatique, c’est plus gratifiant qu’une PTG qui plie à 125. Et puis pour ma femme c’était une période difficile, pour les épouses non fonctionnaires qui travaillent, c’est terrible les maris qui déménagent ! Elle avait un joli job qui lui plaisait bien de documentaliste dans un journal à Tours, elle l’a perdu pour aller à Chartres. Quand nous sommes revenus 9 mois après, le job était pris et elle ne l’a pas retrouvé. Il y a prescription aujourd’hui, mais elle m’en a voulu. En revanche, elle est devenue aide opératoire car, quand je suis arrivé à la clinique de Tours, tous les chirurgiens étaient aidés par leurs épouses. Cela fait 20 ans maintenant qu’on opère ensemble et ma foi, très agréablement. M.O. : Avoir son épouse comme aide opératoire, c’est un plaisir ? J.L.D. : C’est un plaisir, si on s’oblige à ne pas trop parler boulot à la maison. C’est très agréable sur le plan pratique car nous sommes de garde le même jour, on se déplace la nuit aux même moments, et quand on décide de prendre des vacances, nous n’avons pas de problème d’employeur. Le job lui plait, elle n’aurait pas pu vivre sans travailler, et même après deux heures d’essai d’ostéosynthèse, si je dis : “ça va pas, on démonte, on reprend tout ” elle ne dit rien et me soutient. Comme nous travaillons ensemble depuis plus de vingt ans elle connaît tous mes gestes, parfois elle me dit : c’est volontairement que tu ne fais pas ce temps opératoire ? Parfois c’est volontaire, parfois non car j’ai la tête ailleurs, ça c’est un vrai plus de ne pas changer d’aide. Compte tenu de l’évolution de la législation IBODE, qui soit dit en passant ont été injurieuses envers les chirurgiens privés sur leur site internet et je pèse mes mots, elle a passé il y a un an le diplôme validant. M.O. : Comment se passe votre installation libérale à Tours ? J.L.D. : A l’époque nous travaillions tous dans deux cliniques distantes de 20 minutes, l’une s’appelait Velpeau, du nom de la célèbre bande qu’il n’a d’ailleurs pas inventée ! Je me souviens : après avoir téléphoné d’endormir le malade, être monté à la deuxième clinique en vespa avec la boîte de STACA stérile entourée de scotch et mon aide opératoire derrière mon siège ! Ils ne suppuraient pas tous ! Au début de mon installation en 81, nous mettions, orthopédistes et viscéraux, nos honoraires en commun : cela s’est terminé 10 ans après chez les avocats, puis nous mettions entre orthopédistes une partie de nos honoraires en commun : cela s’est terminé 10 ans après aussi chez les avocats ! Je ne crois pas au communisme libéral ; il faut avoir signé des documents très précis pour les gardes, les vacances, la maladie, les successions, l’agrandissement de l’équipe, etc., puis ceux qui veulent acheter un appartement à Paris pour leurs enfants étudiants travaillent plus, et ceux qui préfèrent le golf, ou promener leur petit-fils travaillent moins et tout cela sans rancœur. Je tenais à ce qu’il y ait une bonne entente entre collègues et j’ai créé en 86 l’association JOT : Jeunes Orthopédistes Tourangeaux. Un soir tous les deux mois, tous les collègues qui le veulent, privés ou publics, se réunissent à tour de rôle dans le bureau de l’un d’entre nous qui se charge de fournir les pizzas et le Chinon sans aucun sponsor. Là on voit les dossiers, on se raconte les soucis qu’on a eu, les congrès dans lesquels nous sommes allés. Cela marche très bien, à tel point que depuis 6 ans, au début de chaque réunion, celui qui a un malade qui le soucie, le fait venir et nous l’examinons. C’est très agréable et instructif. Quand certains malades veulent absolument se faire opérer, il est plus facile de les convaincre de l’inutilité d’une intervention quand nous sommes huit à le leur dire.. C’est vers cette époque que nous avons découvert que notre fille était handicapée, ce qui m’a conduit à prendre la présidence d’une équipe voulant créer un centre pour personnes handicapées motrice qui s’appelle l’Institut du Mai, aujourd’hui centre pilote en France. C’est un institut spécialisé dans l’apprentissage à l’autonomie et à la vie sociale. Parfois de jeunes handicapés IMC vivent dans des foyers de vie où ils sont en survêtement devant la télévision à faire des collages et un peu de peinture. J’exagère, mais pas tant que cela ! Alors que ce sont des enfants qui ont un vrai potentiel si on leur en donne les moyens, notamment domotiques. La structure que nous avons créée leur permet de découvrir qu’ils sont capables d’appuyer sur un bouton pour ouvrir une porte, allumer la télé, qu’avec un synthétiseur de paroles en appuyant sur des touches ils peuvent dire : « bonjour madame, je voudrais un pack de lait ». Une fois qu’ils ont franchi ces étapes, ils peuvent habiter dans un appartement en ville. La création, avec d’autres, de cet institut du Mai est une vraie joie. Cela marche tellement bien que le ministère nous a demandé d’en faire un autre à Nancy. M.O. : Comment est-ce financé ? J.L.D. : L’institut a une double tarification : 2/3 par le Conseil Général d’où vient le client, 1/3 par la Sécurité Sociale. J’ai monté cela grâce à une approche particulière. Autrefois, on allait demander un peu la charité aux politiques. Moi, je me suis présenté en disant : « Vous nous avez pris de façon obligatoire notre argent à travers les impôts pour, entre autres, la solidarité ; votre rôle c’est de le redistribuer, donc redonnez-nous notre argent ». Cette approche les a un peu déstabilisés sans doute. En plus, j’ai fait un peu de politique, ce qui a sûrement aidé. Par ailleurs, j’ai été épaulé dans le montage financier par l’un de mes frères qui venait de la grande distribution, c’était compliqué car dans la gestion privée et publique on ne parle pas la même langue, mais là comme ailleurs il y a des nuls et beaucoup de gens très biens. On y est arrivé, mais ce fût long et difficile. M.O. : Que comprend actuellement l’Institut du Mai ? J.L.D. : C’est une structure de 40 places : 25 studios et 15 appartements disséminés dans Chinon. A leur arrivée, les jeunes adultes, que nous appelons “clients”, sont un peu inquiets et les familles aussi. Quand vous avez un enfant de 18 ans qui a toujours été en foyer, ne sortant pratiquement jamais, et qu’après avoir passé quelques mois au Mai on lui dit : « Tu prends ton fauteuil électrique, et tu vas faire tes courses en ville » il y a de quoi inquiéter ! Il faut rassurer les parents, apprendre aux ergothérapeutes et auxiliaires de vie cette nouvelle façon de gérer le handicap. C’est une nouvelle approche de la personne handicapée. Ils restent environ deux ans dans un studio de la résidence, puis ils vont un an ou deux dans des appartements de la ville de Chinon, et enfin s’installent à Lyon, Paris ou la Rochelle où ils sont épaulés par les aides à domicile locales. M.O. : Dans ces studios à Chinon qui s’occupe d’eux ? J.L.D. : Des aides soignantes, des ergothérapeutes, des conseillères en économie sociale et familiale… Un des gros problèmes est que nous avons un prix de journée fixe ; que la personne handicapée ait besoin par jour de trois heures d’aides ou de 8 heures, c’est le même prix. Ce n’est pas bien. En tant que président, je suis malheureusement obligé de dire à la directrice : ce jeune pourrait rentrer chez nous mais il demande trop d’heures, donc c’est non. On devrait faire une grille, comme l’AGGIR, qui permettrait d’obtenir un prix de journée variable. Une personne handicapée en foyer coûte deux à trois fois plus cher que la même en appartement en ville, donc notre institut coûte cher, mais crée à terme des économies. Les temps économiques sont durs, il faut donc qu’on arrive à soigner aussi bien mais à moins cher, et les médecins sont parties prenantes ! Lors de la SOFCOT 2003, notre fille Elsa est “partie”, elle avait 31 ans, elle était myopathe, elle n’a jamais travaillé, elle a toujours été prise en charge par la société, elle a été soignée jusqu’au bout comme une reine tant sur le plan psychologique, que technique. Les derniers temps, elle était dans un service de réanimation qui devait coûter pas loin de 2000 € par jour.. C’est bien que ce soit comme ça, mais ça a un coût et soulève de vraies questions : cet argent n’aurait-il pas été mieux placé dans un centre d’apprentissage ? Si on est sensible au « social », il faut absolument soutenir une politique économique dynamique ; on ne peut distribuer que l’argent qu’on a créé. A ce propos, je voudrais expliquer une chose mal connue, appelé le « domicile de secours » en résumant : si je suis handicapé moteur adulte mes allocations sont versées par le département où j’ habite, donc si un département fait beaucoup de choses pour le handicap, je vais déménager pour y vivre, et c’est ce nouveau département qui me versera mes allocations ! M.O. Ce genre de situation crée un appel ? J.L.D. : Oui, bien sûr ! Quand il existe une structure qui correspond exactement au handicap que vous avez ou qu’a votre enfant, vous vous débrouillez pour être muté près de cette structure; et si la personne handicapée devient autonome, au bout de trois mois, le nouveau département aura un allocataire de plus, c’est un vrai frein. M.O. : Et la politique ? J.L.D. : J’ai fait partie d’une liste municipale à Tours face à Jean Royer. Celui qui détestait les seins nus, et les affiches de cinéma suggestives. Nous voulions faire la Loire Valley centrée sur les sciences de la vie avec l’INRA, Coronna, Pfizer, le CHU, Orléans, Blois et Angers, c’était un superbe projet. Je me suis présenté contre lui à deux reprises avec notamment Jean Lannelongue comme directeur de campagne. Ce fût passionnant et très instructif. J’ai été conseiller municipal pendant six mois; ça m’a beaucoup intéressé car dans les petites villes, on a un vrai pouvoir si on fait partie de la majorité, sinon c’est de la figuration. J’aurai bien aimé être adjoint. Mais les quelques chirurgiens qui ont eu des responsabilités importantes, de députés notamment, viennent tous du public. Quand vous êtes élu, vous perdez rapidement votre clientèle, la clinique vous trouve un remplaçant, et si 5 ans après, non réélu, vous redevenez chirurgien libéral, vous n’avez plus de boulot. C’est un véritable obstacle. M.O. : Revenons à l’orthopédie… J.L.D. : Parallèlement, j’ai travaillé avec l’industrie et j’ai adoré ça. J’ai collaboré seul ou à plusieurs, mais à plusieurs on va beaucoup moins vite, avec Landanger, Aston, et beaucoup avec Biotechni. Quand on développe un implant, c’est une lourde responsabilité d’abord vis-à-vis des futurs opérés, mais aussi de l’entreprise et de ses ouvriers, car elle y consacre un gros budget en recherche et développement. Travailler avec des ingénieurs sur l’ordinateur en 3D, réfléchir, faire des essais au laboratoire d’anatomie, voir la réalisation en titane, puis commencer les poses, ce sont des moments de création que j’ai beaucoup aimés. M.O. : Avez-vous abouti ? J.L.D. : Oui, j’ai développé il y a quinze et dix ans deux implants fiables et toujours posés, et récemment un implant de reprise modulaire de PTH. Depuis cette année la TTHR figure dans le registre Norvégien, c’est un label de notoriété. Cet implant rend service dans les reprises et dans les cas de fractures sous prothèse. Actuellement, il y a heureusement moins de descellement de prothèses mais on voit de plus en plus de fractures spiroïdes du fémur sous prothèse : plutôt que de poser une plaque et de mettre les grands-mères en décharge trois mois, il pourrait être avantageux de changer par une tige verrouillée qui permet de marcher tout de suite en plein appui. M.O. : C’est où la prochaine SOO? J.L.D. : C’est au Havre sous la présidence de Bernard Debeaumont. On vous y attend ! Maîtrise Orthopédique n°168 - novembre 2007
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