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LES GRANDS NOMS DE L'ORTHOPÉDIE BELGE : JEAN VERBRUGGE (1896-1963)
J.-J. Rombouts
Sommaire de l'article

Qui était Jean Verbrugge ?
L’homme
Le médecin
Le maître
L’artiste
Le collectionneur

Qui ne connaît pas le davier de Verbrugge ? Par contre, la personnalité de ce pionnier de l’orthopédie a été peu évoquée : un mot à la page 23 du livre de Razemon, une simple citation dans le livre jubilaire de la Société Belge de Chirurgie Orthopédique et de Traumatologie. Les Acta Orthopaedica Belgica ont publié en 1964, les minutes de la séance d’hommage de la Société Belge d’Orthopédie à son ancien président : on y lit l’histoire d’une école et la vie d’un maître. Sa nécrologie publiée dans la Revue de Chirurgie Orthopédique a été rédigée de la plume de Robert Merle d’Aubigné : «Ardent patriote, typiquement Belge, typiquement Flamand et fier de l’être, il transporta dans le monde cette bonhomie familière et bienveillante si caractéristique, cet accent que certains l’auraient accusé d’entretenir mais qui faisant si sûrement partie de son charme».

Qui était Jean Verbrugge ?

L’homme

«Pour Jean Verbrugge, tout au long de sa vie, le culte de la famille a été par dessus-tout, une constante et majeure préoccupation. Son père, fier mouscronnais, était un sportif accompli, particulièrement versé dans l’éblouissante science de l’escrime : sa réputation l’avait mené à la fin du 19e siècle à Sofia pour y enseigner ce sport à l’Académie Militaire. Au lycée français de la même ville, une sémillante institutrice, originaire du bon pays gaumais, enseignait la langue de Racine. Elle rencontra le brillant maître d’arme… de leur union naquit Jean Verbrugge, bien loin de chez nous… Tant qu’il vécut, Jean Verbrugge ne cessa de manifester une filiale vénération pour son père dont il devait se montrer un digne successeur en matière d’escrime : il fut champion olympique en 1923…».  Il s’était marié sur le tard : il ne pouvait s’empêcher de parler de sa «charmante jeune femme» et de son adorable petite fille.

Le médecin

Diplômé «Docteur en Médecine, Chirurgie et Accouchements» de l’Université de Bruxelles en 1921, il partit pour les Etats-Unis où il passa deux années à la Mayo Clinic, nouant avec les orthopédistes américains de solides amitiés avant de se rendre à Bologne chez Putti et à Strasbourg où il était auprès de Leriche. Son véritable maître fut Albin Lambotte dont il fut l’assistant puis l’adjoint de 1926 à 1941. En 1945, il quittera sa chefferie de service des hôpitaux d’Anvers pour entamer une carrière académique qu’il avait préparée en défendant une thèse d’agrégation dès 1936. Il fut nommé en 1946, Professeur d’Orthopédie et de physiothérapie à l’Université de Gand où il développa un enseignement de qualité. Ses notes de cours ont été publiées en 1957 (6) avec une préface de Sir Reginal Watson-Jones. Sa bibliographie compte 127 références  de 1925 à 1963. Si les thèmes d’intérêts sont variés au début, la chirurgie des fractures devient le sujet de ses travaux dès 1935.

Il est en 1933, rapporteur à la Société Belge de Chirurgie sur les pseudarthroses et à la Société Belge d’Orthopédie sur l’Hallux valgus. En 1939, il est à nouveau rapporteur avec ses élèves René Rombouts et Jean Massa sur l’«Ostéosynthèse métallique chez l’enfant». Président de la Société Belge d’Orthopédie de 1938 à 1944, il exerce une deuxième fois cette fonction en 1962 après avoir été en 1959, président de la Société Belge de Chirurgie.

 

 
 

Le maître

Albin Lambotte avait été nommé chef de service de chirurgie à l’hôpital du Stuyvenberg à Anvers en 1894. Dès 1900, il s’attaque au traitement opératoire des fractures : en 1908, il présentait 35 opérés de fractures de fémur entièrement guéris.

Son livre fondateur (7) dont nous possédons une ré-édition de 1913 est publié en 1907. La Société Belge d’Orthopédie en a réédité les figures en 1971 et en 1997. Lambotte fut invité à opérer à Paris en 1913 dans le service de Truffier et à Lyon dans le service de Bérard en 1914.

C’est en 1926 que Jean Verbrugge rejoint le maître d’Anvers dont il développa les techniques et l’instrumentation.

L’école anversoise accueillit dès 1934 Rombouts, Massa, Crahay qui furent dispersés par la guerre et plus tard Desenfans qui fonda la traumatologie minière à Charleroi.

L’école de Verbrugge à Gand a formé Claessens, De Wulf et d’autres.

«Verbrugge et ses assistants travaillaient avec des gants blancs en filoselle. Après incision de la peau, les muscles étaient écartés par un petit onglet, «le doigt du chirurgien», le foyer de fracture était mis à nu, chaque fragment était saisi dans un davier en vue de la réduction dont un troisième davier assurait la contention, une plaque saisie par une pince porte-plaque, était placée à cheval sur le foyer de fracture et solidement maintenue par tois vis sur chaque fragment… Une fois la peau suturée, Verbrugge était fier de montrer un montage solide en mobilisant le membre…» (8).

 Albin Lambotte
 Reproduit à partir du livre “Les débuts de l’ostéosynthèse en Belgique”(2)
 Rétracteurs de Verbrugge
 Rugine et gouge de Verbrugge

 

L’artiste

«Jean Verbrugge fut un talentueux violoniste plus d’une fois sollicité pour des concerts privés. Voyageur inlassable, ses périgrinations l’ont mené autour du monde, et à plusieurs reprises dans les Amériques. Jamais, il n’omettait de crayonner ce qu’il voyait et observait. Et les souvenirs et les croquis de s’amonceler, témoins fidèles d’un coup de crayon incisif. Il fut aussi, à ses rares moments perdus, un archéologue en puissance. En effet, durant les dernières années de sa vie, il put acquérir en pays gaumais une maison de campagne. Explorant les alentours, il fut à l’origine de découvertes archéologiques de l’époque romaine qui sont conservées au musée gaumais dont il assura la présidence jusqu’à ses derniers jours.»

Le collectionneur

«Un certain jour, devant rendre visite à une enfant malade, il se trouve rendu, mais s’aperçoit, impardonnable distraction que sa bonté ne peut tolérer, qu’il arrivait les mains vides. Par bonheur, un magasin de jouets très proche le dépanne. Verbrugge entre et choisit une petite vache en porcelaine, et, rasséréné, s’en va vers sa petite patiente. Les préoccupations de son art ayant repris le dessus, Jean Verbrugge se retrouve le soir, la petite vache toujours en poche. Un peu attristé sans doute par sa distraction, il la dépose sur son bureau de façon à ne pas l’oublier lors de sa prochaîne visite. Le lendemain, sa mère trouve la vache et, croyant son fils devenu subitement collectionneur de bibelots, s’en fut incontinent acquérir un autre exemplaire. Verbrugge... n’osa la détromper, et voilà l’origine d’une collection de vaches de tout genres, à laquelle ses amis, même les plus lointains, ont collaboré : en effet, il avait feint d’afficher une soudaine et passionnante manie de collectionneur. Il en eut 175 exemplaires dont un des plus beaux lui fut donné par un ami américain qui l’avait fait couler tout exprès à Murano. C’était en 1937… La fin de l’histoire : un club de vacheliers fut fondé qui devait devenir un réseau de la Résistance à Anvers.» (9)

 

L’auteur de cette évocation est né à Anvers le 6 décembre 1941. Son père, René Rombouts avait été arrêté par la Gestapo en octobre 1941. Jean Verbrugge, le patron, le maître sut être présent et fut d’un grand soutien pour la jeune femme et son enfant. Les années de guerre éprouvèrent l’école orthopédique anversoise qui fut décimée par la disparition de Massa et de Crahay. René Rombouts revint de captivité en 1945 : des que sa santé le lui permit, il rejoignit le service de Jean Delchef, autre grand nom de l’orthopédie belge… que nous évoquerons peut-être un jour. 

Références

1 Razemon J.P., Histoire de la Société Française d’orthopédie. 1 vol de 219 pp. Msson 1998.
2 Les débuts de l’ostéosynthèse en Belgique. Volume édité à l’occasion
du 50e anniversaire de la Société Belge de Chirurgie Orthopédique et de Traumatologie. 1 vol de 151 pp. 1971. p 35.
3 Desenfans G., Jean Verbrugge et sa technique. Acta Orthop. Belg. 30 : 595-598,1964
4 Vander Elst E., Jean Verbrugge. Acta Orthop. Belg. 30 : 599-616,1964
5 Merle d’Aubigné R. Jean Verbrugge (1896-1963). Rev.Chir.Orthop. 50 : 404-405,1964
6 Verbrugge J. Beginselen van orthopedische geneeskunde en fysicotherapie. 1 vol de 404 pp. Antwerpen Uitgeverij  Ontwikkeling.
7 Lambotte A. Chirurgie opératoire des Fractures. 1 vol 556pp. Bruxelles,Société Franco-Belge d’éditions scientifiques, 1913
8 Desenfans G. Jean Verbrugge et sa technique. Acta Orthop.Belg. 30 : 595-598,1964.
9 Vander Elst E., Jean Verbrugge. Acta Orthop. Belg. 30 : 599-616,1964

Maîtrise Orthopédique n°173 - avril 2008
 
 
 
 
 
 
  AVERTISSEMENT : Ce site est destiné au corps médical. Les traitements présentés ne reflètent que l'expérience des auteurs au moment où leur article a été publié dans notre journal. La décision d’une intervention chirurgicale ne peut se prendre qu'après un examen clinique. Les techniques publiées ici ne sauraient justifier une quelconque revendication de la part d'un soignant ou d'un soigné.
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