|
|
|
|
|
|
||
|
![]() HENRI MATHEVON
H.M. : Avant de parler de bilan je voudrais surtout remercier tous ceux qui une fois de plus m’ont fait le plaisir de participer, j’en suis persuadé non seulement par intérêt scientifique mais aussi par amitié, ma plus grande satisfaction étant de permettre des échanges riches d’enseignement dans la convivialité entre personnalités diverses quelquefois d’opinions contradictoires. La qualité était là je serai plus nuancé sur la fréquentation. Je suis un peu déçu de la faible participation des jeunes internes et chefs, compte tenu du panel des intervenants. Les discussions ont été passionnantes, et surtout elles étaient « véritables » ce qui est habituellement rare dans les congrès où très souvent, les discussions sont interrompues faute de temps. Cette formule constituait un pari difficile mais qui me motivait beaucoup. J’avais remarqué que la présentation de cas cliniques de traumato lors de la SOFCOT 2007 avait eu un franc succès. L’idée était de récolter des cas cliniques regroupés par thème et par région articulaire en essayant de faire le point sur les conduites à tenir actuelles. M.O. : Qu’avez-vous constaté ? H.M. : J’ai trouvé très stimulant le mélange de la traumatologie de l’adulte et de l’enfant avec des participants qui manifestement y étaient peu habituées. Les cas cliniques en traumato qui ont été présentés par les chirurgiens pédiatres étaient particulièrement intéressants pour les chirurgiens adultes et vice versa. Sinon, dans l’ensemble, malgré la présence de ténors de telle ou telle technique il n’y a pas eu d’affrontement et le débat est resté très convivial. M.O. : Vous organisez régulièrement des journées ? H.M. : Oui depuis plus de vingt ans. Une des premières réunions régionales à Dunkerque a été organisée à l’occasion de la réunion du Club Nordique d’Orthopédie et Traumatologie en présence de Pierre Decoulx et Jean Pierre Razemon accompagnés de toute l’équipe Lilloise. Se sont ensuite succédées de façon régulière des Journées dans le cadre de l’Association Picarde pour la Recherche en Orthopédie crée sous l’impulsion de Pierre Vives du CHU d’Amiens, mais aussi des Cours pratiques et théoriques d’enclouage verrouillé à partir de 1987 avec Arsène Gross et Gilbert Taglang puis Christian Lefevre que l’on poursuit actuellement dans le cadre de l’AIOD. Ensuite au fil des années, de mes rencontres orthopédiques et en fonction de notre activité dans le service j’ai essayé de réunir autour de thèmes d’actualité des orateurs d’opinions et d’horizons divers. Ainsi ont été traité par exemple « le cotyle sans ciment » en 1989 pour le dixième anniversaire du service, sous la présidence de Gérald Lord ou encore en 1991 « la rotule avant l’arthrose ». Plus récemment et toujours en pleine période du Carnaval de Dunkerque nous avons abordé « la reprise fémorale dans l’arthroplastie totale de hanche » en 2005 et « les polytraumatisés » en 2007. M.O.: Comment se répartit votre activité à l’hôpital de Dunkerque ? H.M. : En gros, c’est 60 % de traumato, 40 % d’orthopédie. Il s’agit d’une traumatologie assez lourde compte tenu des 80 km qui nous séparent du CHU de Lille. Avec une position privilégiée sur le littoral, entre l’A16 et l’A25, particulièrement fréquentées en période estivale. A cela s’ajoute le fait que la traumatologie est presque exclusivement assurée en milieu hospitalier et couvre un secteur de plus de 250 000 habitants. Depuis l’acquisition du scanner en 1980 nous assurons en règle général toute la traumatologie y compris les hématomes extra duraux « urgents » vu notre éloignement de Lille, ceci tout au moins pour les trois chirurgiens senior. M.O. : Quelles sont vos structures ? H.M. : L’hôpital comporte 600 lits actifs, avec deux équipes de SMUR, une réanimation polyvalente et un SAU qui a enregistré un total de 46 000 passages en 2008 pour 15 000 en chirurgie dont plus de 14 000 concernent des traumas divers, des fractures, des plaies et des brûlures. Le bloc opératoire est général avec pour le moment 10 salles d’op. Trois salles sont consacrées à l’orthopédie traumatologie dont une pour la traumatologie non programmée. En Traumato-Ortho alors qu’il existait auparavant deux unités de 31 lits, nous disposons actuellement de 26 lits de chirurgie dite aseptique et 6 lits de septique auxquels s’ajoute un volant variable de lits d’ambulatoire et de lits de semaine communs à toutes les chirurgies. Le chiffre global de chirurgie est de 151 lits. M.O. : Combien êtes-vous de chirurgiens ? H.M. : Nous sommes avec Kaba et Peyroux trois PH seniors depuis 1989 auquel s’ajoutent deux assistants : un en orthopédie et un généraliste. Arnaud Kaba d’abord interne de région en viscéral puis dans le service a été qualifié en chirurgie générale avant d’être nommé PH temps plein en orthopédie en 1985. Dès cette époque et compte tenu du recrutement et de mon vécu universitaire j’ai eu envie de poursuivre ma propre formation et développer une modeste activité scientifique. Je dois dire que Kaba m’a complètement suivi sur ce terrain en se formant en microchirurgie à Marseille et puis en Chirurgie de la Main à Paris. Louis Marie Peyroux également issu de l’internat de région et du CES est arrivé en 1989 venant de Montargis sur un deuxième poste de PH en orthopédie. Il s’est également formé en microchirurgie et en chirurgie de la main à Paris. Etant membre du Collège depuis sa création, le service étant validant en orthopédie adulte mes deux collaborateurs ont pu ainsi obtenir leur qualification successivement en 1995 et 1997 après un complément de formation en orthopédie infantile au CHU de Lille pour l’un et à St Vincent de Paul à Paris pour l’autre. Je les ai incités ensuite à présenter leurs candidatures au Collège dont ils sont devenus membres respectivement depuis 2006 et 2007. Enfin en 2010 nous devrions récupérer un poste d’assistant chef de clinique partagé en orthopédie avec le CHU de Lille ce qui permet à mon sens des échanges formateurs. M.O. : Avec cette équipe, avez-vous pris chacun des orientations spécifiques ? H.M. : Oui ce qui a permis à chacun de développer un secteur d’activité plus spécialisé bien que gardant tous une pratique constante en traumatologie et en orthopédie générale. Ainsi j’assure généralement la chirurgie rachidienne et l’orthopédie infantile, les indications de cette dernière étant volontiers posées en collaboration avec Hervé Giard de Roubaix ou avec Denis Cordonnier de Saint Philibert à Lomme. Kaba prend en charge la chirurgie complexe de la main et les lambeaux de couverture, aidé par Peyroux qui s’intéresse plus particulièrement à l’arthroscopie. Nos assistants ont tous deux une formation en microchirurgie et en chirurgie de la main. M.O. : Puisque vous êtes formateur avez-vous des internes d’orthopédie ? H.M. : Oui, régulièrement deux depuis 1990 et trois depuis 2006. Cet effectif ajouté à celui des autres spécialités chirurgicales, trois également, m’a permis d’obtenir de l’administration et de la CME la création d’une garde quotidienne d’interne de chirurgie. Cette situation et l’importante activité des services expliquent que nous restions attractifs malgré notre éloignement de Lille. Je participe activement au G4 qui réunie les CHU d’Amiens, Caen, Lille et Rouen pour la formation des internes d’orthopédie. M.O. : C’était comment avant vous ? H.M. : Un seul orthopédiste, Etienne Massy arrivé peu M.O. : Pourquoi avoir fait le choix de l’hôpital de Dunkerque ? H.M. : C’était d’abord le choix du « public » car je voulais pouvoir continuer à pratiquer une chirurgie diversifiée ce qui commençait à ne plus être le cas en « privé » et de plus je n’avais aucune possibilité personnelle d’investissement financier. M.O. : Qui aviez-vous pour vous aider ? H.M. : J’étais seul. Il n’y avait qu’un interne périphérique de médecine générale. Dès le début j’ai organisé la prise en charge des plâtres et leur suivi par un personnel spécifique que j’ai formé moi-même. Il a fallu convertir quelques aides-soignantes et infirmières en « plâtrières » et ainsi on assurait intégralement les urgences traumatologiques le jour à la consultation de traumato et pendant la nuit et la garde au bloc. Dès nos prises de fonction en accord avec mon confrère « viscéral », nous avons institué une double astreinte traumato-chirurgie dite générale avec des secteurs d’hospitalisation bien définis. Ainsi, lorsqu’un traumatisé associait des lésions abdominales et osseuses, il bénéficiait d’une prise en charge conjointe puis il était placé logiquement en postopératoire dans le service où les suites étaient les plus délicates. Rapidement nous ne nous sommes retrouvé qu’à deux temps pleins pour assurer cette double garde « dur et mou » ; nos services étant strictement dédiés à nos spécialités respectives, les chirurgiens temps partiel se sont regroupés dans un service et étant tous généralistes j’ai assez vite récupéré la totalité de la traumato. Il est certain que pendant les premières années l’astreinte a été lourde. M.O. : Pas d’interne de chirurgie ! Mais qui recevait les urgences ? H.M. : Il n’y avait pas encore d’urgentistes, c’était donc des internes de médecine générale dans le cadre d’un service de porte qui accueillait à la fois médecine et chirurgie ; un médecin senior étant de garde sur place avec possibilité de recours à un réanimateur et à une astreinte de chirurgie générale. Avec la double astreinte j’étais beaucoup plus sollicité que le « viscéral » et j’avais donc la nécessité de formation permanente des internes de porte tous les 6 mois. Lorsque l’activité chirurgicale de l’hôpital s’est structurée, nos services ont intéressé des candidats inscrits au CES de Chirurgie et nous avons pu recruter deux assistants généralistes. Nous les avons formés pendant deux ans dans chacune de nos spécialités et ils ont ensuite permuté avant de s’installer en clinique privée en chirurgie générale après quatre ans à Dunkerque. En ce qui concerne le recrutement des patients « orthopédiques » je n’ai pas eu à courtiser les médecins traitants, car ils sont venus du fait de la bonne prise en charge de la traumato d’urgence. Les patients ne partaient plus systématiquement en cliniques ou sur Lille. M.O. : Quelle formation de traumato aviez-vous eu ? H.M. : A vrai dire peu, pendant mes quatre années strasbourgeoises de CCA à l’hôpital Stéphanie où il n’y avait qu’une garde de proximité. Mes bases de traumatologie en fait remontaient à mon externat. En effet j’ai passé 1 an chez Henri Bèzes : 6 premiers mois d’externe à l’ouverture de l’Hôpital Sud de Grenoble en 1968 et ensuite 6 mois de Faisant Fonction d’Interne avant d’être nommé à l’internat de Strasbourg. C’est là que j’ai appris bien avant d’aller à Davos, les principes de l’AO. J’ai pu aussi apprécier l’intérêt de la rigueur en chirurgie aussi bien dans l’acte opératoire que dans l’organisation et le fonctionnement du service. J’y ai découvert l’importance du classement des radios en traumato dont l’archivage et la conservation est nécessaire pour apprécier nos résultats et améliorer notre prise en charge. Compte tenu de l’important recrutement traumato de Dunkerque, j’ai du faire un effort de formation dans ce domaine en retournant régulièrement à Strasbourg au CTO d’Illkirch où je n’étais jamais passé en qualité d’interne mais dont j’avais pu apprécier l’organisation et le personnel ayant été hospitalisé avec toute ma famille à la suite d’un grave accident de voiture en octobre 1975 à la fin du dernier semestre d’internat. M.O. : Pourquoi ce retour à Strasbourg ? H.M. : Essentiellement pour me former à l’enclouage verrouillé car sans remettre en cause la bible de l’ostéosynthèse suisse selon Bèzes, j’ai très vite pressenti que cette technique représentait l’avenir dans les fractures non articulaires surtout pour une clientèle dunkerquoise tout venant, très différente de celle sélectionnée des stations de ski. M.O. : Quel internat avez-vous fait ? H.M. : J’ai eu un internat très polyvalent. Ma première année s’est passée dans un service de chirurgie générale et d’urgence peu choisi par les strasbourgeois. Le patron pied-noir anatomiste venait d’Oran et était ravi d’avoir un interne « étranger » et il m’a rapidement fait opérer. Ensuite je suis passé en thoracique, spécialité que je visais et j’y suis resté aussi un an car j’ai commencé ma thèse sur « l’emphysème bulleux pulmonaire de l’adulte ». J’ai pu y acquérir une expérience non seulement thoracique mais aussi vasculaire. Ensuite, j’ai fait 6 mois de chirurgie infantile dur et mou, et un an de chirurgie viscérale lourde. L’opportunité d’un poste de CCA et des débouchés très limités en thoracique m’ont orienté tardivement vers l’orthopédie à l’hôpital Stéphanie chez Lang et Kehr où je n’ai passé que 6 mois d’interne avant de prendre un poste de CCA pour quatre ans après avoir enfin terminé ma thèse de thoracique ! M.O. : Vous avez renoncé à la chirurgie thoracique pour un poste de chef en orthopédie ? H.M. : Oui cette décision a été rapide car il me fallait absolument avancer dans le cursus. Car né en 1942 et voulant faire un clinicat de quatre ans, j’étais déjà plus âgé que mes collègues compte tenu de mes trois ans d’études scientifiques initiales. Ma faculté de médecine d’origine étant celle de Grenoble où j’ai été externe ancien régime pendant 4 ans de 1968 à 1971. M.O. : Holà… faites-nous un flash-back, s’il vous plait ! H.M. : C’est très simple, mon père ayant toujours rêvé d’un fils polytechnicien, étant assez doué en maths j’ai intégré le lycée Joffre à Montpellier en « taupe ». C’était la période agitée des rapatriés d’Algérie, des manifestations étudiantes FNEF-UNEF. J’ai été éjecté du lycée en fin de prépa et j’ai migré à la fac en maths géné tout en étant pion au lycée de Béziers. En deuxième année de fac, j’ai fait une pleurésie tuberculeuse et je suis parti au sanatorium des Etudiants de France à Saint Hilaire du Touvet pour soit disant deux ou trois mois, j’y suis resté en fait plus d’un an sous PAS, Strepto et Rimifon !!! M.O. : C’est là que vous prenez goût à la médecine ? H.M. : Oui, au bout d’un mois au cours d’un entretien où le médecin directeur du Sana m’annonce que je suis là pour un an, je suis amené à confirmer mon inscription à la fac des Sciences de Grenoble. Je prends alors conscience que bien qu’intéressé par mes études en maths et physique je me vois mal faire une carrière d’enseignant alors qu’une carrière chirurgicale me tente de plus en plus. C’est ainsi que je bascule vers la médecine et que conforté par le directeur je m’inscrit en CPEM. M.O. : Combien étiez-vous en médecine ? H.M. : Peu nombreux à Saint Hilaire 5 ou 6 par contre environ 700 à Grenoble. La sélection était sévère mais les maths et la physique étant coefficients 7 et 8, j’ai réussi sans aucun problème. A ma sortie du sana, je me suis inscrit à la faculté de médecine de Grenoble, mais sans y mettre beaucoup les pieds car le matin dès la deuxième année nous étions dans les services ou au bloc, l’après midi nous aidions les chirurgiens souvent temps partiels en clinique privée et le soir nous préparions l’externat puis l’internat dans l’ambiance des conférences. L’internat m’était absolument nécessaire car je voulais à tout prix faire chirurgie. J’ai fait quatre ans d’externat et pour m’assurer une spécialité chirurgicale au cas où j’échouerais à l’internat j’ai fait un an d’obstétrique pour pouvoir éventuellement me replier sur un CES de Gynéco. M.O. : Revenons à votre clinicat à Strasbourg … H.M. : Ce clinicat a été pour moi agréable et formateur. Agréable car nous étions dans un établissement annexe : l’hôpital Stéphanie est à la lisière de la forêt et distant des Hospices Civils. Nous étions deux chefs et deux internes pour 150 lits dans une structure de tradition ancienne avec trois étages : les hommes au rez de chaussé, les femmes et les adolescents au premier et les petits enfants au deuxième. C’était formateur en raison de la diversité des pathologies et des âges des patients mais aussi car Lang et Kehr étaient par leur personnalité et leurs compétences complémentaires et disponibles. Ils nous laissaient facilement opérer mais étaient toujours accessibles en cas de difficulté et ce dans la bonne humeur. Tous deux ont su me donner le goût d’aller voir ailleurs ce qui se faisait. De plus dès ma deuxième année de clinicat, ils m’ont encouragé à ouvrir un secteur privé ce qui crée d’emblée un rapport différent avec la profession et les patients. J’ai pu ainsi faire, comme je l’avais prévu, un clinicat de quatre ans qui me paraissait absolument nécessaire à ma formation, vu mon cursus tardif en orthopédie. Je n’ai jamais envisagé aucune carrière universitaire compte tenu de la situation locale. J’ai aussi pendant toutes ces années, d’externat, d’internat et de clinicat remplacé fréquemment en médecine générale certes par nécessité financière mais aussi et surtout parce que le contact avec les patients m’a toujours attiré si bien que certains à Strasbourg m’ont connu à la fois comme médecin et comme chirurgien. C’est de façon délibérée que, sans tenir compte du contexte géographique, j’ai cherché des postes spécifiquement orthopédiques assez distants de CHU et avec un potentiel traumato important. Ainsi, j’ai postulé à Annecy, Tarbes et Dunkerque. M.O. : Vos vœux ont-il été comblés à Dunkerque ? H.M. : Oh oui, car j’ai eu à faire face à une hécatombe de polytraumatisés entre 80-82. C’étaient véritablement des week-ends d’enfer. Il y avait une traumatologie qui ne se compare pas avec celle d’aujourd’hui. On recevait 100 à 150 fémurs par an et une centaine de tibias aussi, sans compter les fractures du col. Les transferts sur Lille étaient exceptionnels. M.O. : Comment la traumatologie a-t-elle évoluée ces 20 dernières années ? H.M. : Il y en a beaucoup moins. La limitation de vitesse y est pour une grande part mais les progrès en matière de sécurité des voitures ont aussi énormément amélioré les choses. Ce qui reste, ce sont les gros accidents mortels d’emblée, les piétons renversés en agglomération, les accidents de deux roues mais aussi les chutes de lieux élevés liées aux suicides ou aux accidents du travail. Enfin l’élément nouveau est la grande part prise par la traumatologie du troisième et quatrième âge avec les fractures du col du fémur, de l’extrémité supérieure de l’humérus, du poignet et de la cheville. M.O. : Et qu’est-ce qui a changé dans la pratique chirurgicale ? H.M. : Probablement plus de technologie, une hyperspécialisation et moins de sens clinique. Les internes actuels sont certainement plus savants en sciences fondamentales que nous ne l’étions mais ils paraissent beaucoup moins « pratiques » sans doute parce que leur cursus actuel les oblige à choisir très tôt leur spécialité. Cette hyperspécialisation va les poursuivre jusqu’à leur installation et il est remarquable de voir comment dès leur clinicat ils sont détachés de ce qu’ils sont sensés ne plus avoir à traiter dans leur futur. Or même si on ne fera pas de rachis ou de bassin, un orthopédiste doit en connaître les risques afin de prendre les mesures orthopédiques d’urgence avant de réorienter le patient. Cette situation est aggravée par l’organisation actuelle des CHU où les services sont aussi hyperspécialisés : il n’existe donc plus de formation d’orthopédie générale et les internes compte tenu de leur maquette et de leur rang de choix vont être souvent incomplètement formés. Ceci est également vrai pour certains actes techniques demandant non seulement des notions théoriques mais aussi une formation pratique par compagnonnage, or ces actes ne se font pratiquement plus en public mais essentiellement dans de grosses structures privées auxquelles les internes n’ont pas accès. En ce qui concerne la traumatologie, l’abandon par bon nombre de chefs de service de CHU de la gestion des Services d’Urgence aux Urgentistes jugés compétents « en tout » amène nos internes à être finalement peu responsables chirurgicalement. Bon nombres de patients sont « évacués » par les urgentistes sans avoir été vu par l’interne sans diagnostic précis qui les amène souvent à reconsulter en privé. Si je me suis impliqué dans le bureau du Collège et de la SOFCOT c’est pour défendre la place de Centres Hospitaliers Généraux qui doivent rester formateurs par leur recrutement, leur organisation et le niveau de leurs praticiens et qui doivent pouvoir offrir aux internes une alternative d’orthopédie et traumatologie tout venant lorsque leur choix sont limités dans les services universitaires très orientés. Ces internes doivent pouvoir revenir en fin de cursus « coloniser » les postes de nos Hôpitaux pour qu’ils ne soient pas embolisés par des chirurgiens dont le niveau de formation peut être très différent suivant le pays d’origine ce qui n’est pas toujours pris en compte dans les principes d’équivalence et dans les dérogations ministérielles. M.O. : Vous faites du rachis ? H.M. : J’ai pris goût à la chirurgie rachidienne quand j’étais chef de clinique. Quand j’opérais un malade, je savais que mes patrons étaient à proximité qu’ils pouvaient venir à tout moment. Il était ainsi possible de progresser par paliers dans cette chirurgie à risque. A cause de l’accident de ma fille et de son plexus brachial, j’ai fait la connaissance après Narakas de Jean Dubousset qui est devenu un ami. Pendant longtemps, je réservais mon mardi, je prenais le train pour aller à St-Vincent de Paul au bloc le matin, au Staff l’après midi, et certains soirs chez Cotrel pour discuter de l’utilisation du CD en traumatologie et en montages courts. Le compagnonnage que j’ai eu alors a été exemplaire. C’est dans le même esprit que pendant plusieurs années j’ai participé à l’organisation des journées Avancées et Controverses en chirurgie rachidiennes avec Denis Cordonnier et la faculté catholique de Lille. Pendant des années j’ai suivi l’évolution de la chirurgie prothétique discale sans la pratiquer, pour finalement discuter certains de mes dossiers avec différents groupes de poseurs reconnus et je me suis alors plus particulièrement passionné pour cette chirurgie. J’ai eu l’occasion de connaître Philippe Cottin qui est à Antoine Béclère à Clamart et qui est venu m’aider pour mes 10 premières prothèses dans le cadre de l’« évaluation médico-économique du remplacement du disque intervertébral lombaire et cervical ». Actuellement, je pratique cette chirurgie par voie antérieure en collaboration avec le collègue vasculaire. M.O. : Quels sont vos résultats avec ces prothèses discales ? H.M. : Je ne peux pas parler de mes résultats car mes premiers cas remontent à trois ans. Je peux cependant dire que dans ma modeste et courte expérience je suis personnellement impressionné par la simplicité des suites immédiates et à moyen terme de cette chirurgie à haut risque. Il est en effet surprenant de voir des patients extrêmement algiques avec un lourd passé rachidien lombo-radiculalgique discal, déjà opéré ou vierge de toute chirurgie postérieure, être transformés dès les premiers jours post-opératoires d’une ou deux arthroplasties. Il faut avant de conclure que ce type de résultat se maintienne à long terme, mais cela semble être la tendance. Je pense que mes indications en matière de hernie discale ont évolué, me rendant beaucoup plus conservateur, sauf en cas de déficit neurologique, de façon à proposer seulement au « bon moment » et en cas de nécessité, l’arthroplastie d’emblée et non comme recours après échec de la discectomie. M.O. : Vous avez monté un service dans lequel vous étiez souvent de garde sauf quand vous alliez vous former ailleurs ; qu’avez-vous laissé à votre famille ? H.M. : J’ai sacrifié sûrement ma famille bien que celle-ci ai pris du volume au fil des années puisque j’ai six enfants : trois filles et trois garçons mais en trois mariages. J’ai certainement eu une vie familiale un peu compliquée comme beaucoup de chirurgiens. Mes deux premières filles correspondent à mes années de préparation à l’internat et à mon clinicat ; elles ont donc peu profité de leur père pendant leur enfance, elles sont restées ensuite avec leur mère. Sorties toutes deux de l’Institut d’Histoire de l’Art de Strasbourg, elles poursuivent leurs carrières respectives, l’une à Bruxelles et l’autre à Florence. J’ai eu ensuite trois garçons qui ont maintenant 19, 22 et 25 ans. Eux non plus n’ont pas trop profité de leur père pendant leur tout jeune âge car j’étais très souvent à l’hôpital et lorsque plus grands ils ont vécu avec moi c’était en copains car je rentrais souvent tard. Ce mode de vie n’a pas été très favorable pour leur scolarité et je n’ai pas su leur donner le goût des études et leur faire partager ma passion pour la chirurgie. Le plus grand est contremaître en bâtiment, le second est en contrat d’apprentissage dans l’immobilier, le troisième vient de passer son bac en commerce et vit maintenant avec sa mère. Enfin actuellement j’ai une petite fille de 4 ans qui est très « intéressée et curieuse » quand je classe mes photos médicales sur mon Mac. Elle profite sûrement plus de moi, elle m’accompagne souvent avec sa maman dans mes congrès car bien que toujours très active et toujours très tournée vers la chirurgie ma vie est devenue un peu plus réglée… M.O. : A propos, la fameuse hospitalité des gens du nord existe-t-elle aussi chez les hospitaliers ? H.M. : Les gens du Nord et tout spécialement de Dunkerque sont effectivement très conviviaux et chaleureux. Ils savent être fiables au travail mais gardiens des traditions, ils sont capables de faire la fête des jours durant en période de Carnaval. Le milieu hospitalier Dunkerquois ne déroge pas à cette règle, ainsi la majeure partie du personnel qu’il soit soignant mais aussi technique ou administratif est toujours disponible et fait corps avec les médecins pour maintenir avec compétence et humanité des soins de qualité malgré les contraintes réglementaires et les restrictions budgétaires actuelles. A cette attitude générale s’ajoute en « Traumato à Dunkerque » une énergie et une dynamique particulière liées à une certaine fierté de savoir s’adapter aux activités nouvelles, et la continuelle évolution des techniques et des implants voulue par une équipe médicale particulièrement stable pendant 25 ans où chacun malgré ses différences a trouvé sa place et son épanouissement sans avoir conscience du temps passé. Maîtrise Orthopédique n°187 - octobre 2009
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Hosted by XPERT-MEDECINE | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||