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![]() GÉRARD BOLLINI
G.B. : Je suis né en Algérie que j’ai quittée à l’indépendance en 1962. Issu d’une famille modeste, j’ai grandi dans de grands ensembles en banlieue Parisienne. J’ai fait mes études à Cochin. A mon époque l’internat étant régionalisé, j’ai passé le concours de Paris, Marseille et Montpellier. Je ne remercierai jamais assez le grand patron passé un soir dans notre écurie d’Internat pour nous glisser sous le sceau du secret qu’il n’y aurait rien sur tête et cou en anatomie au concours à Paris. Grâce au zéro, note éliminatoire que j’ai eu en anatomie sur les nerfs moteurs de l’œil, je n’ai eu de choix qu’entre Marseille et Montpellier. Pour le pied noir que j’étais, retourner au soleil me convenait parfaitement. MO : Aviez-vous la vocation chirurgicale ? G.B. : Non, ce fut le résultat d’un double hasard. Le premier a été mon service militaire comme coopérant au Gabon où je suis parti comme médecin des grandes endémies pour effectuer les vaccinations en brousse. Le hasard a fait que j’ai été obligé de remplacer le seul chirurgien de la région rapatrié pour raisons médicales. C’est comme cela que j’ai été mis devant l’obligation de réaliser une césarienne n’ayant eu aucune formation chirurgicale. Je dois dire que mes mains ont été guidées par l’infirmier gabonais qui m’assistait et qui avait déjà aidé de nombreux chirurgiens. Le 2ème hasard a été de choisir en premier choix d’interne le service de celui qui allait devenir mon maître, le professeur Michel Carcassonne, chirurgien pédiatre qui avait organisé son service comme un département, ce qui était très novateur à cette époque. Le contact avec la chirurgie pédiatrique et son versant orthopédique ont décidé de mon orientation. MO : Avez-vous suivi un cursus classique ensuite ? G.B. : Oui et non. Oui parce qu’en chirurgie orthopédique la formation était de qualité dans les services d’André Triffaut, René Louis ou Jean-Manuel Aubaniac pour ne citer que ces 3 noms ou en infantile dans les services de Maurice Bergoin, Jean Marie Bouyala ou Pierre Aubrespy. Je garde aussi un excellent souvenir des 6 mois passés à Paris dans le service de Pierre Rigault. A cette époque l’enseignement de l’orthopédie infantile commençait à peine avec le premier séminaire organisé par Jean Gabriel Pous à Palavas. C’est ainsi qu’avec quelques collègues d’autres villes de province devenus depuis des amis nous avons senti la nécessité de nous réunir régulièrement pour des séances de bibliographie et c’est comme cela qu’est né le BIBLIOP réunissant Remi Kohler, Pierre Lascombes, Alain Tanguy, Dominique Moulies, Philippe Merloz, Pierre Lebarbier, Jean Claude De Mauroy, Luc Téot, Jean Paul Metaizeau et François Fassier. On peut dire que nous nous sommes nourris pour notre formation aux biberons de ce BIBLIOP mais aussi à celui des séminaires annuels du GEOP, mis en place par Jean Gabriel Pous, Pierre Rigault, Henri Carlioz, Jean Marie Bouyala, Jean Claude Pouliquen. Jeune interne de 1ère année, j’allais avec mon ami Michel Jacquemier au séminaire de biomécanique à Bruxelles ou avec mon ami Didier Yaffi au séminaire de l’AO à Davos. Non parce que, ayant commencé mes études de médecine en 1968, j’avais toujours voulu m’engager dans l’action humanitaire. Ainsi, à partir de la fin des années 70 j’ai rejoint Médecins sans frontières avec de nombreuses missions sur le terrain mais aussi une action plus politique au siège à Paris. Je garde un fantastique souvenir de ces années à MSF et de ces débats sans fins aux réunions de bureau avec Claude Malhuret, Ronny Brauman, Xavier Emmanuelli pour ne citer que les plus médiatisés. MO : Cet engagement se poursuit-il actuellement ? G.B. : Non, j’ai arrêté après 14 ans d’humanitaire car ce n’était plus possible de tout faire et j’avais l’objectif de me recentrer sur mes fonctions hospitalo-universitaires qui me prenaient de plus en plus de temps. Dans le service, j’ai été aidé par des collaborateurs de qualité, et avec Jean Luc Jouve, Franck Launay, Elke Viehweger et Michel Jacquemier, nous avons développé la chirurgie du rachis et des tumeurs. Parallèlement, suite à un cursus de 6 mois que j’avais passés à Stanford, j’avais compris l’importance d’une prise en charge globale des enfants présentant des paralysies cérébrales, je me suis donc évertué à mettre en route un laboratoire d’analyse du mouvement qui est maintenant une réalité quotidienne où, en plus de l’équipe chirurgicale, travaille un ingénieur, Vincent Pomero et un médecin rééducateur Christophe Boulay. Ce laboratoire installé en site clinique est le premier en France à avoir reçu une certification européenne. Poussé par Michel Jacquemier, j’ai été le Président fondateur du GAMEA devenu depuis SOFAMEA, Société Française d’analyse du mouvement chez l’enfant et l’adulte, qui va pour la première fois cette année, en association avec la Société de Biomécanique, avoir une session dédiée lors du Congrès de Novembre. En externe j’ai voulu que mes collaborateurs connaissent d’autres modes de fonctionnement et ils sont partis pour des périodes de 6 mois à un an, qui à la Mayo Clinic, qui à Minneapolis, qui à Baltimore. Pour ma part je me suis investi dans la Société Européenne d’Orthopédie Pédiatrique, l’EPOS, co-créé par Henri Bensahel et John Sharrard, d’abord comme chairman du conseil scientifique puis comme membre du comité pour l’éducation avant de devenir Président de cette Société. Tout ceci m’a permis de m’ouvrir à d’autres visions de l’orthopédie pédiatrique et de tisser de solides liens d’amitiés avec de nombreux collègues Européens. C’est ainsi qu’avec mes amis Frantz Grill de Vienne, Shlomo Wientroub de Tel Aviv et Dietrich Schlenka d’Helsinki nous avons obtenu un contrat Pierre et Marie Curie du 6ème plan Européen de recherche d’un montant d’environ 400.000 Euros avec un enseignement réparti sur 3 ans permettant à 75 jeunes Européens en formation de suivre 4 semaines pleines de formation réparties sur 4 sites : Vienne, Helsinki, Marseille et Tel Aviv. MO : Comment voyez-vous les rapports entre orthopédie pédiatrique et orthopédie adulte ? G.B. : Je me considère comme un orthopédiste qui s’occupe d’enfants plutôt que comme un chirurgien d’enfants faisant de l’orthopédie mais ceci est une longue histoire. Comme vous le savez, l’orthopédie, comme l’indique son étymologie, consiste à redresser des enfants déformés. Pour faire bref les orthopédistes pédiatres français avaient un groupe de travail, le GEOP, mais faisaient partie d’une Société savante, la SFCP, regroupant chirurgiens d’enfants viscéraux et orthopédistes. Ceci correspondait aux besoins de l’époque des trente glorieuses où la prise en charge chirurgicale de l’enfant se structurait avec la création de services de chirurgie pour l’enfant regroupant toutes les spécialités et la construction d’hôpitaux pour enfants devenus depuis mère enfant ou parents enfants. Le temps passant, chaque secteur a développé une technicité de plus en plus importante et les progrès qui ont été réalisés l’ont été plus par le canal du secteur d’activité dans lequel chaque chirurgien d’enfant exerçait, que par celui du champ commun qu’était l’enfant. Ceci a conduit au fait que les orthopédistes pédiatres se détachent naturellement de la SFCP pour transformer leur groupe de travail le GEOP en une Société d’Orthopédie de l’enfant, la SOFOP, devenue depuis Société fille de la SOFCOT. J’ai contribué à cette évolution et, mandaté par la Société Européenne, j’ai intégré au niveau Européen l’UEMS, Union Européenne des Médecins Spécialistes, où j’ai obtenu la création, au sein de la section d’orthopédie générale, d’un working group d’orthopédie pédiatrique avec comme ambition de créer une sous section d’orthopédie pédiatrique au sein de la section d’orthopédie générale. Ceci a un sens car il faut savoir que dans certains pays d’Europe la traumatologie est pratiquée chez l’enfant par des chirurgiens d’enfant généralistes et que cette même traumatologie cette fois générale est convoitée par des urgentistes. MO : Vous avez donc cessé tout lien avec les autres secteurs de chirurgie pédiatrique ? G.B. : Non et au moins pour 3 bonnes raisons. La première, et la plus importante, est l’intérêt des enfants qui présentent des multi pathologies et qui sont pris en charge par différents spécialistes chirurgicaux qui se doivent donc d’être coordonnés entre eux. La seconde est que, au moins pour l’instant, les carrières hospitalo-universitaires en orthopédie pédiatrique passent par le CNU de chirurgie pédiatrique générale. La troisième enfin est que nous avons une communauté de vie au sein des hôpitaux pédiatriques avec nos collègues de tous les secteurs de chirurgie de l’enfant. J’ai donc avec mon ami Michel Schmitt créé le CNCE, Conseil National de la Chirurgie de l’Enfant, qui est un organe essentiellement politique ayant l’ambition de regrouper tous les acteurs chirurgicaux agissant autour de l’enfant pour que la voix de ce secteur d’activité puisse plus facilement se faire entendre auprès du grand public et des différentes tutelles. MO : Pour ce qui vous concerne, quelle est votre activité chirurgicale de référence ? G.B. : Mon activité personnelle s’est recentrée sur la chirurgie des tumeurs osseuses et la chirurgie du rachis. Dans les tumeurs osseuses malignes nous avons été les premiers à diminuer les marges de résection carcinologique, nous permettant chez l’adolescent de conserver des épiphyses qui jusque là étaient emportées dans la résection au nom du sacro saint principe des règles carcinologiques édictées par Enneking. Je me souviens encore de notre première présentation de cette expérience et du murmure de désapprobation qui l’avait entouré. Tout le monde maintenant le fait et c’est tant mieux pour les patients. En chirurgie rachidienne j’ai un penchant pour les scolioses malformatives, qui me vient surement de Maurice Bergoin. L’exérèse des hémi vertèbres a longtemps été un sujet de controverse et je me souviens d’une séance mémorable du GES d’Aix en Provence où Maurice Bergoin et Pierre Rigault s’affrontaient sur l’utilité de cette chirurgie. Là encore cette chirurgie s’est aujourd’hui banalisée. Pour autant les scolioses graves du petit enfant sont à nouveau d’actualité avec l’apparition de nouvelles techniques chirurgicales et en particulier les distractions costales qui apportent, en même temps que de nouvelles solutions, de nouveaux champs de discussion sur ces pathologies dont les traitements sont longs, lourds et semés d’embuches. MO : On entend de plus en plus parler de bonnes pratiques, qu’en pensez-vous ? G.B. : Les bonnes pratiques passent d’abord par une bonne formation et je me réjouis en ce domaine des convergences qui se sont mises en place entre les collèges d’orthopédie adultes et de la branche infantile du collège d’orthopédie pédiatrique dont s’occupent respectivement Dominique Chauveaux et Rémi Kohler. Elles passent aussi par ce que l’on appelait par le passé la formation médicale continue et dont l’appellation évolue vers le développement professionnel continu. Je me suis, avec entre autres Jacques Caton, Olivier Charrois, Jacques Yves Nordin et Patrice Papin, investi dans Orthorisq, premier organisme agréé dans le domaine de l’accréditation sur la gestion des risques dont je préside la commission « risques ». Cet organisme au delà des contraintes, très relatives, qu’il impose à ses adhérents, leur permet de réfléchir et de modifier certaines de leur pratiques tout en récupérant une part non négligeable de leur prime d’assurance en responsabilité civile professionnelle. Pour autant il faut rester vigilant car il faut gérer le risque en évitant que ce ne soit le risque qui nous gère. MO : Quel rôle doit jouer, selon vous, un Président de la SOFCOT ? G.B. : Le secrétaire général, Christian Garreau de Loubresse fait un excellent travail et mes prédécesseurs, Laurent Sedel, Jean Puget, Bernard Tomeno et Jacques Yves Nordin, pour ne citer que les plus récents présidents, ont déjà fait les réformes essentielles qui s’imposaient. Il me reste cependant à veiller à l’unité de notre institution. Ce qu’est devenue la SOFCOT n’est pas clairement perçu par tous. Pour de trop nombreux orthopédistes la SOFCOT reste une Société régie par et pour des Hospitalo-universitaires, très centrée sur le congrès annuel et la revue d’orthopédie. Les jeunes collègues, en particulier libéraux, la perçoivent comme telle. En fait la SOFCOT n’est plus une société scientifique elle est devenue une société professionnelle. Elle se veut la maison de tous les orthopédistes. C’est l’académie, présidée cette année par Jacques Caton, chirurgien libéral, qui joue le rôle que jouait dans le passé la SOFCOT. La SOFCOT, outre l’académie, abrite en son sein le Collège, le CNU, le Syndicat et Orthorisq. De plus, nous allons avoir à mettre en place le Conseil National Professionnel qui est l’équivalent de la SOFCOT et qui aura à prendre en charge le développement professionnel continu que la loi HPST dans son article 59 nous impose : « Le développement professionnel continu a pour objectifs l’évaluation des pratiques professionnelles, je lis EPP, le perfectionnement des connaissances, je lis FMC, l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins, je lis accréditation des médecins, ainsi que la prise en compte des priorités de santé publique et de la maitrise médicalisée des dépenses de santé, je lis évaluation médico-économique, référentiel, recommandations. Il constitue une obligation pour les médecins ». Plus récemment enfin, le développement professionnel continu a été inscrit dans le protocole d’accord tripartite signé le 15 Octobre 2009 par les syndicats, l’UNCAM et l’UNOCAM, où apparaît le secteur optionnel : « Le Médecin s’engagerait dans une démarche d’accréditation telle que définie à l’article L. 4125-1 du code de la santé publique, et devrait respecter ses obligations de développement professionnel continu. Les professionnels devraient réaliser un volume annuel d’actes suffisant, permettant d’assurer un niveau raisonnable de sécurité des soins, pour conserver le bénéfice du secteur optionnel. Ce volume serait fixé par spécialité et serait validé par la HAS et les collèges des spécialités médicales concernées dans l’année suivant l’ouverture du secteur optionnel. Les parties conviennent que dans l’année suivant l’ouverture du secteur optionnel, des « référentiels de pertinence » seront demandés à la HAS et aux collèges professionnels pour deux actes fréquents et à volume important pour chacune des spécialités ou sous spécialités concernées. Ils auront pour objet de déterminer la pertinence des actes et des indications. Un suivi des performances serait réalisé sur la base d’indicateurs et d’objectifs validés par la HAS et les collèges des spécialités médicales. Les modalités de suivi des « référentiels de pertinence » seraient définies dans ces référentiels. Les parties signataires engageraient un travail technique dans l’objectif de recenser et rendre public sur quelques actes traçants, par spécialités et sous spécialités, le nombre d’actes réalisés par les praticiens chaque année ». Actuellement la SOFCOT travaille donc à la mise en place du Conseil National Professionnel. La SOFCOT est par ailleurs très préoccupée par le problème des assurances. Le plafond de garantie des assureurs n’est pas uniforme et ce plafond pourrait être dépassé dans certains sinistres. Par ailleurs la couverture trentenaire a disparu, remplacée par une couverture décennale. Ceci laisse planer des risques intolérables pour l’exercice serein de notre spécialité. La SOFCOT mène une action en s’appuyant sur la FSM, la Fédération des Spécialités Médicales, et nous l’espérons sur les autres spécialités à risques à qui nous avons demandé de nous rejoindre. Nous allons faire évoluer le statut des sociétés filles vers un statut de sociétés associées pour pouvoir intégrer des évolutions qui touchent certaines d’entre elles et faire disparaître la connotation, souvent mal vécue, qui s’attachait au terme de sociétés filles. MO : Quels sont vos loisirs, vos hobbies ? G.B. : Principalement la montagne. Mon épouse et moi passons tous nos mois d’Août dans une maison que nous avons à Serre Chevalier, à grimper dans nos montagnes et à y skier l’hiver. J’essaie désespérément par ailleurs de m’améliorer au golf, activité répétitive comme la chirurgie et qui, comme elle, demande une grande technicité. Sinon art moderne et contemporain, lecture et cinéma, et puis il est difficile de vivre à Marseille sans s’intéresser à l’OM. Mon abonnement en tribune Jean Bouin me permet d’y retrouver un certain nombre d’amis avec lesquels nous partageons de très bons moments. MO : Quels sont les conseils que vous donneriez à vos jeunes collègues ? G.B. : S’il fallait une conclusion je dirais que mon métier continue de me passionner. J’ai toujours été un homme libre et j’entends le rester mais liberté ne veut pas dire non-engagement. Si il n’y a qu’un message à faire passer je dirais que la SOFCOT, cette maison des orthopédistes, ne tiendra son pouvoir que de sa représentativité. Il faut donc que ceux des orthopédistes qui n’en font pas encore partie y adhèrent. Engagez-vous dans la SOFCOT, venez nombreux au congrès, demandez à participer à des commissions, comprenez que cette maison est la vôtre. Maîtrise Orthopédique n°193 - avril 2010
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