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![]() MOUSSA FAYE
M.F. : L’hôpital Principal de Dakar est inclus dans le système sanitaire de 3ème niveau du pays et intervient au même titre que les autres hôpitaux de la ville. Il est ouvert au public, mais en plus, il gère la santé des militaires. Le niveau 3 est celui des hôpitaux qui disposent de traitements spécifiques. Il existe des hôpitaux de niveau 2 dans les régions et enfin des districts sanitaires dans les départements. M.O. : D’où provient le budget de l’Hôpital Principal ? M.F. : L’Hôpital Principal de Dakar fonctionne en auto gestion. C’est-à-dire que son budget provient de ce que génère son activité. Il s’y ajoute une aide de l’état sénégalais d’environ 500 Millions de Francs CFA par an. M.O. : Tous les médecins de cet hôpital sont-ils militaires ? M.F. : Oui, ils sont tous militaires, du moins les responsables de service ou de département. Mais il existe des médecins civils qui exercent soit comme contractuels, soit comme stagiaires. Parmi le personnel militaire, certains ont suivi ce qu’on pourrait appeler le cursus militaire, c’est-à-dire une carrière qui passe par l’assistanat, la spécialité, ensuite l’agrégation. D’autres ont fait l’internat au CHU et ont été ensuite recrutés comme assistants dans cet hôpital ou ils continuent le cursus militaire. M.O. : Comment se déroulent les études médicales au Sénégal ? M.F. : Il y a d’abord un tronc commun pour tout le monde à l’université de Dakar et au CHU. Ensuite, pour les militaires, il existe deux voies. La première consiste à faire le concours de l’internat avant la fin des études médicales, et évoluer dans les services du CHU pour faire la spécialité au même titre que les camarades civils. La seconde consiste, après la thèse de doctorat, à préparer l’assistanat dans un délai de trois ans. C’est, pour les militaires, le 1er degré. Après la réussite à ce concours, ils sont pris en charge dans un hôpital militaire comme ici à l’Hôpital Principal, où ils continuent leur cursus. M.O. : Quel a été votre cursus ? M.F. : Très tôt, j’ai été attiré vers la médecine, mais particulièrement par la carrière militaire. Très jeune, j’avais un camarade dont le père était médecin, et jeunes lycéens, nous allions de temps en temps le voir travailler. Sa façon de consulter me fascinait et m’a fait aimer la médecine. Maintenant, pourquoi suis-je devenu militaire ? Après le baccalauréat, je n’avais pas beaucoup de moyens pour envisager des études de médecine sans être boursier. Le fait d’être médecin militaire m’épargnait certains problèmes. J’étais pris en charge. Par ailleurs, j’avais un oncle qui était sous officier de l’armée et qui m’encourageait à prendre la filière militaire. J’ai donc fait le concours d’entrée à l’école militaire de santé quand j’étais en terminale et j’étais major de ma promotion. M.O. : Et qu’est ce que cela implique comme engagement ? M.F. : Cela implique que l’on doit travailler dix ans au moins pour l’armée à la fin des études. M.O. : Parallèlement à cette formation médicale aviez-vous une formation militaire ? M.F. : Oui, l’école militaire de santé est à l’image de l’école militaire de Bordeaux ou de Lyon. C’est une école où les élèves médecins subissent une formation militaire, parallèlement aux études médicales, notamment pendant les vacances universitaires. Il y avait des stages. La première année, il fallait faire le brevet de parachutiste. A partir de la quatrième année, on faisait des stages dans les garnisons. Il s’agissait de travailler dans les infirmeries militaires dirigées par des médecins. Le médecin stagiaire y apprenait l’administration de la santé militaire et portait une assistance médicale gratuite aux populations démunies. M.O. : Quel itinéraire de spécialisation avez-vous choisi à la fin de vos études médicales ? M.F. : J’ai choisi de terminer mes études de médecine et je suis allé faire le stage d’application au Pharo à Marseille où j’étais avec des homologues français. Il y avait d’autres endroits de stage comme Toulon ou le Val-de-Grâce, à Paris. Au Pharo, il y avait des cours magistraux, des stages à l’hôpital Laveran également, et des travaux pratiques de chirurgie pour apprendre à faire des sutures… C’est là que j’ai commencé à prendre goût à la chirurgie. Jusque-là, je n’avais jamais réalisé de sutures. Heureusement que j’ai eu ce « débrouillage chirurgical », car dès mon retour au Sénégal, j’ai été affecté dans un pays étranger, la Gambie, dans une situation de chirurgie de guerre. M.O. : La Gambie, c’est presque le Sénégal ! M.F. : Pas tout a fait. La Gambie est un petit pays qui a la forme d’un doigt de gant qui divise pratiquement le Sénégal en deux. Mais c’est un pays indépendant et surtout, c’est un pays anglophone. A la suite d’un coup d’état et dans le cadre des accords de défense entre ce pays et le Sénégal, les troupes sénégalaises avaient comme mission d’y rétablir l’ordre. J’ai été envoyé pour soutenir médicalement les troupes. Quand je suis arrivé, la situation n’était pas calme du tout et j’ai été confronté à la gestion de blessés de guerre. J’avais appris au Pharo comment conditionner un blessé : fermer un thorax soufflant, improviser des attelles pour les fractures des membres etc… C’est ainsi que j’ai pu évacuer de nombreux blessés vers Dakar qui ont été pris en charge à l’Hôpital Principal et qui ont pu être sauvés. M.O. : Et vous, comment vous en êtes-vous sorti ? M.F. : Au début, j’étais très frileux à l’idée que je pouvais avoir des problèmes dans ce pays. Mais au fur et à mesure que le temps passait, j’ai pu installer des infirmeries. Là où il y avait des troupes stationnées, nous avions ouvert des infirmeries qui, avec l’aide de personnel de santé militaire sur place, accueillaient aussi bien la troupe, pour les inévitables bobos, que la population locale. Bien que je ne sois pas anglophone, j’ai pu communiquer avec les patients gambiens car c’est un pays où on retrouve les mêmes ethnies qu’au Sénégal. La langue de l’administration étant l’anglais, je me suis débrouillé avec l’accent local. Ce n’était pas trop difficile parce que dès qu’on avait des problèmes de compréhension, on parlait en wolof. Finalement, on était vraiment très accepté, bien accueilli et je dirais même très intégré au sein de cette population gambienne. M.O. : L’armée sénégalaise a bonne réputation … M.F. : Cette bonne réputation ne date pas d’aujourd’hui. Les gens comme moi en ont hérité. Ce qui fait sa force, c’est surtout la discipline. Deuxièmement, c’est une armée qui compte de nombreux intellectuels dans tous les secteurs. C’est une armée qui, en Afrique, intervient sur plusieurs pays et qui jusque-là, a eu beaucoup de succès. Elle est intervenue dans plusieurs théâtres d’opération et elle est très aguerrie, très opérationnelle et très organisée. Sans verser dans l’exagération, je pense que nous sommes l’une des armées les mieux organisées de l’Afrique de l’Ouest. M.O. : Combien de temps êtes-vous resté en Gambie ? M.F. : J’ai séjourné pendant cinq ans dans ce pays, de 1982 à 1987. Il y a eu en fait deux périodes. La première, de trois ans où j’étais en attente permanente de mon retour au Sénégal. On m’avait attribué un logement et je n’avais même pas mis de rideaux, parce que je me disais : « je m’en vais demain ». Au bout de trois ans, le bataillon confédéral sénégambien a été créé et était composé de militaires gambiens et sénégalais. J’étais leur médecin. Et c’était parti pour une seconde période de deux ans. M.O. : Mais vous faisiez plutôt de la médecine ? M.F. : Oui, mais comme la chirurgie m’intéressait, j’ai commencé à fréquenter le Royal Victoria Hospital de Banjul et le secteur chirurgical pour voir. Je ne participais pas aux interventions, mais cela est venu conforter mon attirance vers la chirurgie. Au bout de cinq ans, quand je suis rentré à Dakar, j’ai eu envie de passer le concours de l’assistanat de chirurgie et mes maîtres m’ont encouragé dans mon orientation. C’est un concours que j’ai préparé sur deux ans tout en exerçant la médecine générale comme médecin adjoint de l’infirmerie du camp Dial Diop. M.O. : Et une fois reçu à l’assistanat ? M.F. : Une fois qu’on réussissait à l’assistanat de chirurgie, on était pris en charge dans un cursus de formation de chirurgie générale à l’Hôpital Principal. Par la suite, j’ai valsé entre la chirurgie viscérale, la chirurgie gynécologique, l’urologie et l’orthopédie. Mes maîtres ont été pour la chirurgie viscérale les Pr Veillard et Diagne et pour l’orthopédie, les Dr Van Quick, Latouche, Grimaldi et Badiane. Cela a duré cinq ans avec un séjour d’un an en brousse, près de la ville de Matam, à 700 km de Dakar, où il fait excessivement chaud et où les moyens pour exercer étaient minimes. Dans l’ensemble, j’ai fait plus de stages en orthopédie car d’une part, je trouvais cette spécialité difficile et d’autre part, c’est une chirurgie qui me plaisait car le résultat pouvait être vérifié immédiatement par des radios. Enfin, ce qui m’a surtout attiré, ce sont les résultats spectaculaires qu’on pouvait obtenir en traumatologie. M.O. : A Matam quel genre de chirurgie pratiquiez-vous ? M.F. : Le tout venant de la chirurgie générale, c’est-à-dire les hernies étranglées ou non, les péritonites, de l’urologie ; surtout la dilatation des rétrécissements urétraux, de la chirurgie gynécologique avec les fibromes et les tumeurs de l’ovaire ainsi que de l’obstétrique : finalement, peu d’orthopédie. Quand j’avais une fracture de fémur, je la mettais en traction. J’obtenais la consolidation au prix d’un raccourcissement, en évitant toute mal rotation par une surveillance quotidienne. Malgré une traction lourde, compte tenu de la forte opposition des muscles de la cuisse chez l’adulte, le raccourcissement était inévitable. Il était en moyenne de 5 cm et était compensé soit en ajoutant une talonnette à la chaussure, soit en s’aidant de béquilles pour la marche. M.O. : Au bout de cette année, vous revenez à Dakar ?
M.F. : Je reviens à Dakar en 1993. En 1994, j’ai été proposé pour faire la spécialité en France. Je l’ai faite à Bégin, à Saint-Mandé, dans un hôpital militaire où je suis resté un an et demi. Là, j’ai eu comme, maîtres le Pr Rocha, puis le M.O. : Qu’avez-vous retenu de cette année et demie passée à Bégin ? M.F. : Pendant cette période j’ai été confronté à une autre forme de médecine, avec plus de moyens, plus de techniques. J’ai pu aborder une autre façon de prendre en charge chirurgicalement les patients. En ce qui concerne la traumatologie, je n’étais pas trop dépaysé car il s’agissait de clou ou de plaques, mais en matière d’orthopédie, c’était nouveau pour moi. Les prothèses totales de hanche et de genou n’existaient pas encore à Dakar. De même que l’arthroscopie interventionnelle. M.O. : Et les choses courantes comme par exemple les canaux carpiens ? M.F. : Justement, nous voyons rarement des canaux carpiens au Sénégal. Généralement ce sont des compressions du médian au canal carpien post-traumatiques par cal vicieux de l’extrémité inférieure du radius, mais des dégénératifs, pas vraiment. Je m’étonne qu’il y ait autant de canaux carpiens en France et si peu chez nous ! M.O. : Faisons de la provocation : c’est parce que les Sénégalais ne font rien… M.F. : Pas vraiment ! En fait ce sont pour la majorité des travailleurs manuels. Alors comment se fait-il qu’on ne retrouve pas certaines étiologies classiques des canaux carpiens ? Toutefois, on en observe quand même chez les dames en période de grossesse et cela disparaît après l’accouchement. L’explication la plus probable de la rareté de ces patients est l’ignorance ajoutée à une certaine tolérance à la douleur ; les gens ne consultant pas assez pour ce type de douleurs. M.O. : Quand vous revenez à Dakar, quel poste avez-vous ? M.F. : Je suis adjoint au chef de service le Dr Vaujani dans l’unité clinique Fustec, où nous nous trouvons actuellement. Je ne fais plus de chirurgie viscérale mais uniquement de l’orthopédie. En pratique je renoue surtout avec les urgences traumatologiques. Je suis resté assistant cinq ans et j’ai été spécialiste en 1996. Je suis alors passé Senior, c’est-à-dire qu’en pratique j’avais ma propre consultation, mon propre programme dans le cadre du programme général. Le Senior est celui qui, dans le cadre du programme d’enseignement, pose les indications opératoires. Peu de temps après, j’ai quitté Dakar pour Ziguinchor parce qu’il y avait une insurrection en Casamance, région sud du pays, et j’ai été envoyé là-bas pour assister médicalement les troupes. J’ai été confronté à une autre forme de chirurgie de guerre. J’ai eu à gérer surtout des lésions par mines pendant deux ans. J’ai d’ailleurs publié sur ce sujet un article paru dans Médecine et Armées, concernant les lésions des membres inférieurs par explosion de mines. M.O. : Combien avez-vous traité de lésions par mines ? M.F. : 178 cas causés par des mines anti-personnel, conçues pour rendre le combattant invalide. La charge est déclenchée par le pied du combattant qui appuie et déclenche l’explosion, par opposition à la mine antichar qui a une charge beaucoup plus importante. En fait, c’est la population civile qui a surtout été victime de ces mines en allant dans les champs ou à travers les chantiers minés. M.O. : La mine anti-personnel n’est-elle pas mortelle ? M.F. : La victime peut en mourir, mais nous avons reçu 178 cas qui ne sont pas morts. Généralement, la victime y perd le pied ou le membre inférieur qui a marché sur la mine. Selon les circonstances, il y avait contact direct du pied avec la mine ou indirect avec interfaces comme par exemple dans le cas d’un véhicule avec passagers qui saute sur une mine. Ce qui faisait la gravité des lésions c’est qu’il ne s’agissait pas de véhicules militaires mais de véhicules de transport en commun. On observait non seulement ces lésions des membres, mais en plus il y avait parfois des brûlés. M.O. : Peut-on faire autre chose qu’amputer ? M.F. : Il y a eu beaucoup de cas pour lesquels l’amputation était déjà faite par l’agent vulnérant. Non seulement l’amputation avait été faite mais cela ne saignait plus par cautérisation directe. Nous ne faisions que parer et régulariser. Il y a eu des cas, surtout lorsqu’il y avait une interface, où le pied était soufflé et pouvait évoluer vers la nécrose et la gangrène. Tout était fonction du temps écoulé entre l’accident et le début des soins. Les victimes étaient en majorité des civils. M.O. Et les séquelles ? M.F. : Voilà tout le problème. Après la prise en charge initiale chirurgicale, nous faisions cicatriser le moignon et ensuite il fallait concevoir une prothèse. Heureusement Handicap International avait mis en place des moyens humains et matériels. Des prothésistes sur place concevaient les prothèses. J’ai des souvenirs dramatiques de cette série de victimes, en particulier d’enfants dont le plus jeune avait trois ans. Je suis resté en Casamance pendant deux ans, de 1997 à 1999. Je ne faisais pas que des pieds de mine ! Je participais également à l’activité de chirurgie générale. Il m’arrivait de faire une césarienne à 4 h du matin par exemple ou une péritonite. D’un autre côté, notre présence soulageait énormément les équipes médicales locales puisque notre antenne était hébergée au sein même de l’hôpital régional. Je suis revenu à Dakar en 1999, le Pr Badiane, chef du service, quittait son poste pour convenance personnelle et j’ai été nommé chef de service en 2000. M.O. : En tant que chef de service, quel grade aviez-vous dans l’armée ? M.F. : J’étais médecin Lieutenant Colonel. Mais ce n’était pas tout d’être chef de service, car il y avait nécessité d’avoir un professeur agrégé pour assurer la formation et l’enseignement. Et c’est ainsi qu’en 2005, je suis retourné à Bégin pour préparer le concours d’agrégation. J’y ai retrouvé le Professeur Versier ainsi que le Professeur Rigal, chef du service d’orthopédie de Percy. Ce sont eux qui m’ont préparé pour le concours d’agrégation. M.O. : Combien de temps vous a pris la préparation à l’agrégation ? M.F. : Un an. Durant cette année, j’ai aussi participé à l’activité opératoire. J’ai été confronté à une chirurgie très moderne comme l’arthroscopie et les ligamentoplasties de genou ou la prothèse totale de genou naviguée. La traumatologie n’avait rien de spécial par rapport à ce que nous faisons ici sauf le matériel un peu plus sophistiqué. C’est surtout l’orthopédie qui m’a intéressé. M.O. : Votre seule possibilité d’avoir votre agrégation militaire était d’aller en France ? M.F. : Oui, car il n’y avait pas d’agrégation militaire au Sénégal. En plus, en France on pouvait acquérir beaucoup de choses qu’on n’avait pas ici. Le fait de passer le concours là-bas était un grand avantage. Quel âge j’avais ? Cinquante ans. M.O. : Pour cette année à l’étranger, avez-vous pu emmener votre famille avec vous ? M.F. : J’ai laissé ma famille sur place. Je les avais prévenus et ils avaient accepté mon investissement professionnel. J’ai quand même vu l’un de mes enfants qui faisait sa formation de pilote dans l’armée de l’air. Le hasard a fait qu’on s’est retrouvé tous les deux en France. Mon épouse et mes deux autres enfants étaient restés au pays et je suis resté un an sans les voir. J’avoue que cela a été un gros sacrifice. M.O. : Aviez-vous quelques amis à Paris pour vous soutenir le moral ? M.F. : Oui, de très bons amis. J’ai aussi des parents à Paris et je n’étais donc pas isolé. Mon fils et moi, on se voyait de temps en temps. Il était à Salon-de-Provence et, à l’occasion des fêtes scolaires montait sur Paris. Mais c’était difficile ! M.O. : Mais le retour n’a-t-il pas été difficile sur le plan professionnel ? M.F. : J’avoue que les premiers mois, oui ! Après on se réhabitue, on fait des propositions, on essaie d’aller de l’avant et d’acquérir du matériel qu’on n’avait pas, notamment l’arthroscopie. Je souhaitais améliorer certaines choses. Finalement, on s’habitue à un autre mode de travail. Par ailleurs, avec l’agrégation j’occupais d’autres fonctions et je coordonnais les deux services de chirurgie orthopédique. Cela correspondait à des responsabilités d’organisation, d’enseignement et des responsabilités administratives. Nous avons envoyé un de nos spécialistes se former auprès du Professeur Masquelet pour acquérir la technique des lambeaux parce que notre plus grande activité c’est la chirurgie de reconstruction liée à la traumatologie. M.O. : Cette activité est essentiellement civile ? M.F. : Oui à 90 % voire même plus. Le recrutement se fait sur tout le pays et les pays limitrophes : la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie, la Mauritanie, le Mali. M.O. : Comment sont les rapports entre l’orthopédie militaire et l’orthopédie civile ? M.F. : Les rapports sont très bons parce que nous sommes regroupés au sein d’une société savante : la Société Sénégalaise de Chirurgie Orthopédique, la SOSECOT, et nous travaillons ensemble. Nous menons des études transversales et nous avons des manifestations communes au sein de la société. Nous envisageons d’éditer le journal de la SOSECOT où nous pourrons faire paraître nos travaux. Nous nous préparons pour le prochain congrès de l’Association des Orthopédistes de Langue Française, AOLF, qui aura lieu en 2012 à Dakar. En 2011, nos camarades ivoiriens se sont proposés pour organiser le congrès de la Société Africaine d’Orthopédie, SAFO, mais ce n’est pas encore au point. Pour en revenir à l’orthopédie civile, il n’y a pas de problème parce qu’on participe à la formation théorique des orthopédistes civils sénégalais, dans le cadre des E.P.U. organisées au CHU. Également, nous participons à des rencontres inter-hospitalières que nous organisons à tour de rôle ici à Principal, à l’hôpital de Grand Yoff et à l’hôpital Le Dantec. M.O. : Avez-vous le droit de faire du privé ? M.F. : En tant que militaire non, on n’a pas le droit de faire du privé. Mais en réalité, on n’est pas payé comme médecin car notre salaire est calqué sur l’indice de solde des grades de l’armée. La grille de salaire est militaire et il y a des primes qui viennent s’y ajouter selon qu’on a tel diplôme ou telle responsabilité. Au final, il n’y a pas une différence significative de salaire entre un orthopédiste universitaire et un orthopédiste militaire. M.O. : Comment s’est déroulé la période de transition entre l’hôpital militaire français et l’hôpital militaire sénégalais ? M.F. : En réalité, le recrutement des Sénégalais a commencé il y a bien longtemps, bien avant mon arrivée à l’hôpital. Je pense qu’il était déjà convenu que chaque fois qu’un Sénégalais aurait les mêmes compétences et le même niveau qu’un collègue français, il le remplacerait à son poste, tel que le stipulent les accords de coopération. C’est ainsi que progressivement dans les services, le remplacement s’est effectué. Mais cette coopération continue toujours d’exister, ce qui explique qu’il y ait encore sur place des collègues français avec lesquels on travaille de manière harmonieuse et très efficace. Maîtrise Orthopédique n°201 - février 2011
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