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![]() NEBOJSA POPOVIC
N.P. : Je m’occupe particulièrement de la chirurgie du genou et du membre inférieur chez les sportifs. Donc je pratique d’une part la chirurgie aigüe avec surtout beaucoup de croisés antérieurs, de ménisques et de temps en temps des croisés postérieurs et d’autre part la chirurgie des lésions de surmenage de genou. Cela veut dire surtout les problèmes de « jumper’s knee », les insertions de ligament rotulien, les insertions de quadriceps, les douleurs chroniques au niveau du genou chez les sportifs.
N.P. : Nous sommes censés nous occuper que des athlètes. Cet hôpital réunit les différentes compétences qui s’occupent des sportifs. C’est-à-dire les chirurgiens, les spécialistes en médecine du sport, experts en science du sport et les physiothérapeutes. La quasi totalité de notre activité concerne les sportifs du Qatar ou d’ailleurs. Il y a environ 10 % des patients qui proviennent de la population locale pour prendre un avis orthopédique. Et si une intervention doit être réalisée chez un patient qui n’est pas un sportif « professionnel » il faut qu’elle concerne un accident lié au sport et non pas une pathologie arthrosique.
N.P. : Exactement. Le Qatar est un petit pays géographiquement où 95 % de la population habite à Doha qui est la capitale. L’activité sportive est bien structurée sous le chapeau du comité olympique qui prend en charge les frais et les sportifs n’ont aucun problème pour venir se faire soigner ici. Le but de l’hôpital est d’être un centre d’excellence dans tous les domaines de la médecine du sport.
N.P. : Environ 4 ans. L’hôpital s’est ouvert le 15 avril 2007 et je suis arrivé ici le 1er mai et j’étais le seul chirurgien sur place. Ensuite sont arrivés d’autres chirurgiens. Mes collègues permanents sont Philippe Landreau et Matteo Regusci, et nous avons aussi cinq chirurgiens consultants qui viennent toutes les six semaines pour travailler une semaine à l’hôpital. Ils sont spécialisés dans des domaines particuliers de la pathologie sportive comme la main, la cheville, l’arthroscopie de hanche ou pubalgie.
N.P. : C’est une longue histoire. Il y a 20 ans, j’ai opéré le premier sportif qatari et par la suite j’ai été invité à Doha par le comité olympique du Qatar. Il y a 5 ans j’ai participé aux des jeux d’Asie comme médecin de l’équipe nationale de Handball et quelques mois après on m’a demandé si cela m’intéresserait de venir travailler dans une clinique de médecine du sport.
N.P. : Je travaillais en CHU à Liège en Belgique. Je m’occupais d’une part de chirurgie orthopédique générale en assurant des gardes de traumatologie courante, mais d’autre part ma spécialité était la chirurgie du sport.
N.P. : Bien sûr. J’ai été pendant 9 ans le médecin du Standard de Liège, l’une des trois meilleures équipes de football de Belgique. C’est un peu le chouchou de Liège et la fierté de la Wallonie. J’ai appris pendant ces années pas mal de choses sur la pathologie du football et j’ai opéré les footballeurs de Liège. Comme ils sont très populaires cela m’a fait une bonne réputation vis à vis des autres sports.
N.P. : Vous savez, à l’époque, on commençait toujours avec la traumatologie du genou parce que c’est l’articulation la plus fréquemment opérée. Sans maîtriser la chirurgie du genou c’est difficile de servir dans le milieu de médecine du sport. Par contre, l’épaule et surtout le coude étaient mes récents centres d’intérêt.
N.P. : Comme beaucoup de chirurgiens de ma génération, je suis passé par toutes les techniques. Au début c’était les interventions à ciel ouvert de type Mac Intosh ou un peu les plasties extra-articulaires type Marcel Lemaire. Ensuite quand on a commencé à maîtriser la technique arthroscopique, il y a eu un clivage entre ceux qui supportaient les plasties aux tendons de patte d’oie et ceux qui utilisaient le ligament rotulien. Moi j’ai pratiqué plutôt la chirurgie ligamentaire du croisé à la carte. Cela veut dire que je me suis fait mes propres idées sur ceux à qui j’allais proposer le ligament rotulien et ceux à qui j’allais proposer le DI-DT, double faisceau ou une ostéotomie.
N.P. : De façon générale, chez les footballeurs de haut niveau et chez les handballeurs de haut niveau c’était plutôt une plastie os-tendon-os et chez les femmes ou chez les sportifs de loisir c’était plutôt DI-DT.
N.P. : Oui. Je n’ai pas fait une recherche scientifique sur le sujet et je parle un peu sur mes observations personnelles et sur l’expérience de gens qui m’ont influencé comme le chirurgien. Ce point de vu se renforce quand on constate qu’aux Etats-Unis les chirurgiens qui soignent les joueurs de football américain, utilisent plus fréquemment les plasties au tendon rotulien, malgré les études publiées récemment qui tendent à prouver que le DI-DT est tout aussi valable.
N.P. : Il faut dire les choses comme elles sont. Les sportifs de haut niveau nous demandent de leur rendre un genou stable un certain temps afin qu’ils puissent continuer leur carrière encore quelques années. Je pense que la chirurgie actuelle des croisés antérieurs est capable de répondre à cette demande c’est-à-dire de rendre le genou stable sur une période limitée de temps mais les résultats à long terme c'est-à-dire à 10-15 ans de l’intervention sont un peu décevants.
N.P. : Le taux de récidive et donc de réinterventions est assez élevé. L’arthrose elle va évoluer sans être influencée par l’existence ou non d’une réparation du croisé. Quand vous arrivez à la fin de votre carrière professionnelle et quand vous analysez votre activité sur les dernières 25 années, votre enthousiasme de départ est tempéré. Vous réalisez qu’objectivement, vous ne pouvez assurer qu’une stabilité temporaire au genou que vous réparez. La question qui m’intéresse beaucoup plus actuellement ce n’est plus celle des détails de la technique chirurgicale, mais plutôt celle des moyens de prévenir des lésions des croisés antérieurs. Cela m’avait en fait toujours un peu préoccupé et les articles récents publiés sur la prévention sont plutôt encourageants. Il semble que pas mal de gens sont prêts à pousser de façon plus approfondie cette question dans la médecine du sport.
N.P. : Le problème c’est qu’on ne connait pas encore exactement le mécanisme de la rupture. Aujourd’hui, grâce aux vidéo-analyses on réalise qu’un sportif pendant un match, se met dans des situations où il devrait se rompre des dizaines de fois le croisé sans que cela n’arrive. Pourquoi pour le même mécanisme, y a-t-il seulement un faible pourcentage qui aboutit à une rupture ? Ce mécanisme que les Anglo-Saxonnes appellent « mechanisme of non injuries » n’est toujours pas bien compris à ce jour. Aussi est-il difficile de mettre en place des programmes de préventions parfaits.
N.P. : Personnellement, je pense que chaque fois que l’on peut réparer un ménisque il faut le faire. La méniscectomie ne devrait être faite uniquement en l’absence d’autre solution.
N.P. : Quand vous êtes confronté à une lésion du ménisque externe, vous êtes obligé de faire tout pour sauver ce ménisque externe. Je ne dis pas que le ménisque interne est moins important mais chez les sportifs, le ménisque externe est fondamental. Deuxième chose, quand vous êtes confronté à une lésion méniscale associée à une lésion du croisé antérieur ou du croisé postérieur, c’est une excellente occasion pour pratiquer cette réparation.
N.P. : Oui cela marche bien sûr, mais il faut respecter les bonnes indications, respecter la technique, et il faut avoir une suture fiable.
N.P. : Non, pas forcément. Vous pouvez aller un peu vers la partie centrale et il faut le faire et ça tient. Bien sûr, l’interruption d’activité longue comparée à une méniscectomie partielle est embêtante chez un sportif de haut niveau mais il faut l’imposer. N.P. : Il faut compter au moins 4 mois, mais cela vaut le coup. Un de nos consultants le Docteur Ramon Cugat, a fait à l’époque une suture du ménisque externe au meilleur joueur de l’équipe de Barcelone. Ce dernier s’est retiré durant 5 mois du football et cela a bien marché. M.O. : Combien de temps avez-vous exercé à l’hôpital de Liège ? N.P. : J’ai travaillé à l’hôpital de Liège pendant 16 ans. Je faisais partie de l’équipe universitaire du service d’orthopédie dirigée par le Professeur Lemaire qui est une personnalité. J’étais très heureux de travailler avec lui et il m’a beaucoup influencé dans mon approche de la médecine du sport. La médecine du sport ne doit pas être un marketing personnel et il faut la pratiquer avec une approche scientifique sérieuse. Il m’a aussi beaucoup apporté dans le domaine de la chirurgie prothétique et dans la pratique de l’orthopédie générale. M.O. : Vous étiez dans un bon hôpital universitaire avec un excellent patron : pourquoi êtes-vous parti ?
N.P. : Quand vous amorcez la partie descendante de votre carrière universitaire, vous commencez à vous poser beaucoup des questions ? Par ailleurs, j’avais un rêve, celui de finir ma carrière professionnelle en ne faisant ce que j’ai aimé toute ma vie c'est-à-dire la médecine du sport. Et cela n’est bien sûr pas possible quand vous exercez dans une clinique universitaire en Belgique. C’est pourquoi quand j’ai eu cette belle opportunité, j’ai pris la décision qui n’était pas facile de démissionner et de me lancer dans ce projet. Cela pouvait n’être qu’un rêve mais heureusement, je ne me suis pas trompé.
N.P. : Non, je n’avais aucune pratique privée, mais j’étais en même temps le médecin du Standard de Liège avec en plus toutes les obligations universitaires, donc ma semaine était bien chargée.
N.P. : C’est toute une histoire. Je suis d’origine Yougoslave et j’ai exercé comme chirurgien orthopédiste en Yougoslavie. Ma formation a été influencé par l’école française d’orthopédie et j’ai fait des stages d’assistanat en France et en Belgique où j’ai appris les bases de la chirurgie orthopédique moderne. J’étais chef de service d’orthopédie à Banja Luka et aussi professeur à l’université. J’ai été probablement le plus jeune professeur d’orthopédie en ex-Yougoslavie. Comme chef de service, peut-être de manière un peu égoïste, j’ai pas mal développé, la médecine du sport et mon service était réputé comme excellent centre de médecine du sport en ex-Yougoslavie.
N.P. : La première fois que j’ai fait un stage d’orthopédie à l’étranger, c’était en 1978. Je suis allé à Liège où j’avais des amis qui m’avaient invité pour mes activités sportives, et en même temps pour faire ce stage et c’est là que j’ai rencontré le Professeur Lemaire. Il était jeune chef de service d’orthopédie et c’est de cette époque que date notre amitié. Il avait été formé à Paris et très influencé par l’école française d’orthopédie. En 1980 en accord avec mes maîtres en Yougoslavie j’ai fait un stage à Paris. J’ai passé 4 mois chez le Professeur Witvoët à Saint-Louis. Pour moi cela a été une expérience fantastique car c’était un excellent maître de stage. Sedel y était aussi et faisait à l’époque beaucoup de chirurgie du plexus brachial, et également Christel qui faisait de l’arthroscopie. J’ai aussi eu l’opportunité de passer 4 semaines chez Marcel Lemaire aux Maussins. J’ai pu y rencontrer Chassaing et bénéficier de son expérience sur l’arthroscopie. Je suis rentré dans mon pays avec beaucoup de projets mais surtout la volonté d’introduire les techniques arthroscopiques dans mon hôpital qui était loin de la capitale. Il a fallu convaincre la direction d’acheter un arthroscope et c’est ainsi que je suis devenu le premier à faire de la chirurgie arthroscopique en Yougoslavie. C’état en 1981.
N.P. : Plutôt bien, et j’ai commencé par faire de l’arthroscopie les après midi. L’année suivante, je suis retourné à Paris et j’ai été chez Jean Yves Dupont qui m’a aussi appris énormément de choses. Il nous a, par la suite, rendu une petite visite pour nous pousser un petit peu. J’étais plein d’enthousiasme et j’en faisais une demi-douzaine par jour. J’ai commencé par l’arthroscopie diagnostic, puis un jour je suis arrivé à retirer un corps étranger du genou et c’était la fête ! Puis je me suis mis à la chirurgie du ménisque. Il ne faut pas oublier que les instruments à l’époque étaient limités et une fois que les instruments Acufex sont sortis sur le marché c’était le rêve pour nous. Deux ans après nous avons créé un groupe de médecins du sport yougoslaves. Nous avons invité Chambat qui a très gentiment accepté de venir et qui nous a parlé de la chirurgie des croisés.
N.P. : S’il y a une chose que je n’ai jamais voulu c’est bien de quitter mon pays. J’étais professionnellement dans une situation idéale. J’allais tous les hivers en France, en Belgique ou aux Etats-Unis pour apprendre les nouveautés et les ramener en Yougoslavie. J’exerçais dans un pays de 24 millions d’habitants où il y avait beaucoup de sportifs. Il y avait des semaines où l’on avait 20 genoux de sportifs à opérer ; c’étaient des expériences fantastiques. Notre société de médecine sportive marchait magnifiquement. La chose que je ne pouvais pas prévoir c’était la guerre civile et le découpage de la Yougoslavie. Mon hôpital se situait dans l’actuelle Bosnie. Dans une guerre civile il n’y a pas de place pour la médecine du sport, il n’y a pas de place pour les gens qui voient les choses un peu différemment et j’ai été obligé de partir.
N.P. : A vrai dire, j’aurais pu n’avoir aucun problème car je suis Serbe et que je vivais dans l’enclave serbe. Au moment des évènements ce n’était pas bien vu de dire aux Serbes qu’ils se sont trompés dans leur choix de leadership. Moi j’aimais la Yougoslavie j’étais démocrate et protestataire. J’ai quitté parce que je n’ai pas voulu participer dans cette folie collective.
N.P. : Il y avait trois enclaves : l’enclave serbe dans laquelle je vivais, l’enclave croate et l’enclave Bosniaque musulmane. Le problème, c’est que dans ma terre natale il n’y avait pas de place pour les autres s’ils n’étaient pas de même ethnie. Comment pouvais-je accepter cela ? Pour moi, tout le monde était citoyen de Bosnie et tout le monde était citoyen de Yougoslavie. Comment justifier l’expulsion de quelqu’un de sa terre natale ? Parce qu’il a un autre nom ou une autre religion ? J’ai dit « non, ce n’est pas bon » et c’est pour cela que je suis parti. Personnellement, je n’étais pas menacé, du moins pas avant que je ne manifeste mon opposition.
N.P. : Le prix à payer pour l’exil est assez élevé ; c'est-à-dire que vous perdez votre maison et tous vos biens et que vous partez avec un sac. J’ai quitté ma ville avec mon épouse pour Belgrade où vivaient mes beaux-parents. Nous n’avions rien avec nous, juste un sac de sport Adidas, si je me rappelle bien. Nous avions un endroit pour dormir et manger mais nous étions partis sans projet. Je me suis demandé ce que j’allais faire. Des collègues m’ont proposé de travailler à Belgrade, mais je n’ai pas accepté leur gentille invitation parce que ce n’était pas ce que je voulais. Quand j’ai vu que le pays où j’étais né s’effondrait, j’ai pris la décision de le quitter. Par le milieu du sport j’avais plusieurs propositions comme par exemple la Norvège, l’Allemagne ou l’Egypte. Un jour j’ai eu un coup de téléphone de Roger Lemaire qui m’appelait de Belgique pour me proposer un poste de chirurgien en médecine du sport. Il était au courant de ma situation et proposait de m’aider à m’intégrer dans son service.
N.P. : Dix ans. Notre Société de Chirurgie Orthopédique Yougoslave était très structurée et nos congrès bien organisés. Nous étions très actifs et nous invitions souvent nos collègues de l’étranger. Moi comme président de la section de médecine du sport, étant francophone, j’essayais chaque fois que l’invité soit quelqu’un de France ou de Belgique.
N.P. : A la fin de mon assistanat mon professeur Rakíc de Belgrade m’a convoqué dans son bureau pour me demander comment je voyais la suite de ma carrière d’orthopédiste. Je lui ai dit que normalement comme tous les jeunes qui démarraient, je ferai de la prothèse de hanche et à ma grande surprise il me répond : non, tu devrais t’occuper de médecine du sport. A l’époque, nos connaissances étaient limitées dans ce domaine. Il a poursuivi ainsi : tu vas t’occuper des sportifs car comme tu es ancien champion, les sportifs te feront confiance et d’autre part tu vas être obligé d’avoir une approche rigoureuse vis-à-vis des sportifs parce qu’ils font partie de ta vie. J’étais tout à fait déstabilisé et je lui ai demandé : OK, mais si j’accepte, comment je vais apprendre cette spécialité ? Alors il m’a dit, tu devrais aller en France pour apprendre sérieusement la chirurgie du genou. Après on a commencé à discuter plus en détail et on a décidé que je devrais aller chez Jacques Witvoët en France. C’est ce que j’ai fait et dès mon retour j’ai compris le message de mon Maître et finalement 31 ans après je peux lui dire : grand merci mon professeur, tu m’as bien conseillé.
N.P. : Je suis champion olympique de handball. J’ai joué pendant 20 ans au handball de haut niveau dans la première division en Yougoslavie qui était à l’époque quasiment le pays numéro 1 dans le handball. J’ai joué « 10 » dans l’équipe nationale de Yougoslavie et j’ai gagné beaucoup de médailles. La médaille dont je suis le plus fier c’est la médaille d’or à Munich en 1972. C’était la première fois que le handball était introduit aux Jeux Olympiques, et c’est la Yougoslavie qui a gagné la médaille d’or et cette équipe Yougoslave de 72 a influencé par la suite le handball mondial. Beaucoup d’experts en ce domaine considèrent que c’était une équipe de rêve.
N.P. : Bien sûr ! Le match final, était un dimanche à 8 h du soir et c’était le dernier événement des jeux olympiques. Normalement, le dimanche soir tout le monde est à la maison. La Yougoslavie n’avait gagné aucune médaille d’or et c’était pour elle la dernière chance. Donc toute la population yougoslave était devant la télévision. C’était le bon moment, nous avons joué à merveille et nous avons gagné devant tout le monde. J’étais membre d’une équipe sportive et je considérais les jeux olympiques comme une aventure avec 12 de mes copains. A cet âge on fait cela pour se prouver ce qu’on est capable, pas pour faire du marketing ou une carrière professionnelle. Dans la vie, j’étais un étudiant en médecine comme un autre. Je me rappelle que quand je suis retourné le mercredi en faculté pour passer mon examen de médecine interne, j’étais stressé et je redoutais de passer devant les professeurs. Je n’avais pas réalisé qu’ils m’avaient tous vu à la télévision. La première fois que j’ai pris toute la mesure de la puissance médiatique des jeux olympiques, c’est quand je suis venu en France en 1984 et que le Professeur Wivoët m’a dit : vous avez vraiment gagné la médaille d’or ? Je ne l’avais même pas mentionné dans mon CV…
N.P. : J’ai gagné cette médaille d’or, et beaucoup d’autres avec mon club. Nous étions aussi champions d’Europe et vraiment dans cette période nous étions les meilleurs au monde. En 1976 en Allemagne, on m’a proposé de jouer comme un professionnel mais je n’ai pas voulu accepter cela parce que c’était mon sport de plaisir avec mes copains. J’avais de la chance de faire partie d’une génération de joueurs extrêmement doués qui en vérité pour la plupart ont fini l’université et au bout du compte on s’est bien amusé. On gagnait pour nous faire plaisir, ce n’était pas notre métier. Et mon père me répétait qu’on ne pouvait pas vivre de sport dans la vie.
N.P. : Oui, il y a eu l’attentat terroriste qui a coûté la vie de plusieurs sportifs israéliens. Cela s’est passé dans une rue voisine à la nôtre. A l’époque les jeux olympiques c’étaient une fête de la jeunesse et des sportifs. La politique ne nous intéressait pas et nous n’étions pas conscients que quelque chose comme cela puisse se passer. Cet événement a marqué un changement radical vis à vis de l’approche de la sécurité des sportifs.
N.P. : Quand j’ai fini le lycée, je ne savais pas très bien ce que je voulais faire. J’avais commencé à faire du Handball avec mes copains mais les règles paternelles étaient claires : « tu peux faire du sport si tu es bon à l’école ». Il fallait que je me décide. Finalement, le seul métier qui m’était familier, c’était celui de mon père, médecin généraliste, docteur de famille. Je me suis dit, voilà, je vais faire médecine. J’en ai discuté un peu avec lui et il a essayé de m’expliquer que la médecine cela demande une disponibilité 24 h / 24h jusque la fin de sa vie. Je n’ai pas compris tout à fait son message. Il m’a dit tu devrais faire des études de droit et après te spécialiser dans les finances. A l’époque, je ne savais même pas ce que cela voulait dire « les finances » ! Plus tard, après des heures passées au bloc opératoire j’ai bien compris qu’il y a beaucoup d’autres moyens de gagner sa vie plus confortablement. Finalement, cela m’a demandé beaucoup de sacrifices de faire des études de médecine en même temps qu’une carrière de sportif. Par exemple, pendant 7 ans à Belgrade, je ne suis jamais allé ni au cinéma ni au théâtre. Cependant, malgré toutes les gardes et les nuits passées à l’hôpital, aujourd’hui je ne regrette rien. Comme vous le savez bien, notre métier c’est aussi un plaisir réservé à des connaisseurs.
N.P. : Aucun. Personnellement, je fonctionne à l’enthousiasme et au plaisir du travail. Quand je trouve de la satisfaction dans un projet professionnel, le reste ne compte pas. Ici je suis entré au bon moment dans un nouveau projet qui m’a permis de rencontrer beaucoup de gens exceptionnels. Mon premier directeur médical était Peter Fowler que je connaissais déjà au travers des congrès, et j’ai eu l’occasion de voir comment il fonctionnait comme directeur médical. Concernant les Européens j’avais toujours beaucoup de respect et d’admiration pour le Pr Saillant. Je ne crois pas que pendant sa période d’exercice en France, quelqu’un ait fait plus que lui pour la médecine du sport. Et voilà que j’ai l’occasion de travailler avec lui de discuter et de le voir chaque jour. Je considère ma situation au Qatar comme une des bonnes choses que la vie m’a apportée, peut-être pour compenser les mauvaises comme d’avoir été obligé de quitter mon pays. Ici, je suis entouré de tout un groupe de médecins du sport très pointus : l’un, Hakim Chalabi était le médecin du Paris Saint-Germain, Cristiano Eirale était le médecin de l’Inter de Milan, Massimiliano Sala à l’AC Milan, Eduardo Mauri était médecin de l’équipe espagnole, Celeste Geertsema était la doctoresse de l’équipe nationale de football au dernier championnat du monde, Bruce Hamilton était le docteur de l’équipe nationale d’athlétisme d’Angleterre. Je discute de sport avec eux chaque jour et pour moi c’est une chose magnifique. Enfin, cerise sur le gâteau, j’ai été nommé Professeur associé à l’Université de Weill Cornell de New York, qui existe également à Doha. N.P. : Oui, la Belgique c’est un vrai pays d’accueil, en particulier Liège et la Wallonie. Bien entendu, j’ai travaillé très dur au départ. C’est probablement mon esprit sportif qui m’a aidé. Lorsque l’on perd sa situation professionnelle et tous ses biens, il y a de quoi faire un infarctus ; moi j’ai pris cela avec humour et enthousiasme grâce au soutien permanent et inconditionnel de ma femme. Elle a travaillé comme professeur d’allemand à Liège et petit à petit nous avons refait notre vie. J’ai acquis la nationalité Belge au bout de trois ans. Je suis très reconnaissant aux gens du CHU de Liège qui m’ont donné la possibilité de m’exprimer et de montrer ce que je sais faire. A présent, avec mon épouse, nous allons parfois en vacances en ex-Yougoslavie, mais quand on dit : « on va à la maison », cela veut dire on rentre à Liège.
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Entretien avec Gérard Saillant
M.O. : Quant l’hôpital Aspetar a-t-il été créé ? G.S. : C’est un hôpital qui est très jeune puisqu’il a peine 4 ans d’âge. Il est strictement dédié à la médecine du sport et sa mission est de permettre à l’athlète d’être au maximum de ses possibilités. C'est-à-dire qu’il ne s’agit pas seulement de traiter les lésions mais surtout de les prévenir en permettant au sportif de compétition ou de loisir de s’entraîner dans les meilleures conditions qui soient. M.O. : Les besoins de médecine du sport au Qatar justifient-ils un hôpital de cette importance ? G.S. : D’une part, il y a l’ambition de couvrir les besoins locaux et régionaux car dans tout le Golfe et même le Moyen-Orient il n’y a rien de tel. D’autre part il y a une volonté politique de faire du Qatar un passage obligé en médecine du sport et un centre d’excellence. Cette perspective de centre d’excellence est tout à fait réaliste car il y a peu d’endroits dans le monde où il existe un véritable itinéraire de soin allant du club sportif, passant par l’hôpital et retournant au club. Le sportif vient d’un club où il s’entraîne tous les jours, et il n’aurait peut-être jamais d’ennuis de santé, mais il est en liaison avec cet hôpital et si jamais il a un ennui, il va à Aspetar qui le prend en charge et l’accompagne jusqu’au retour sur le terrain. Le problème de la médecine du sport ailleurs et en particulier en France c’est qu’il y a un fossé entre le côté médical et le côté sportif. Il n’y a pas de discussion entre les deux milieux. Surtout, Aspetar participe au National Sport Medecin Program qui fait que l’hôpital a des représentants dans tous les clubs professionnels et dans les fédérations. En effet, dans chaque club et chaque fédération il y a un médecin, un ou deux kinés appointés par Aspetar, qui suivent les best practices d’Aspetar. C’est eux qui ont en charge la prévention des lésions, et qui en cas de lésions, vont récupérer et vont accompagner l’athlète dans son itinéraire de soin. Cela permet de ne pas saucissonner le sportif dans son parcours de santé mais bien d’avoir la continuité. Tous les jours on a sur notre Blackberry le « daily report » de tous les athlètes et on est informé s’il y a un problème médical dans n’importe quel club professionnel ou dans n’importe quelle fédération. Organiser la même chose en France ou aux Etats-Unis, c’est absolument impensable. M.O. : Parlez-nous des structures … G.S. : D’abord, en ce qui concerne l’ambiance, c’est tout sauf un hôpital c'est-à-dire que cela ressemble surtout à un hôtel dans lequel il y a tout ce que l’on trouve dans un hôpital. Au rez de chaussée, il y a 8 salles de consultation avec tout un service d’accueil spécialisé des patients. Il y a un service de chirurgie avec 4 salles d’opération extrêmement moderne et un service de soins intensifs post-opératoire. Il y a une cinquantaine de chambres dont 24 dites d’altitude c’est-à-dire avec teneur modulable en oxygène et pression atmosphérique. Le sportif peut dormir à 1000 mètres, 2000 mètres ou 3000 mètres « d’altitude » en fonction des restrictions d’oxygène et de l’hydratation pour s’adapter à un certain nombre de conditions « atmosphériques » que nécessite sa préparation. Il y a surtout un centre de rééducation qui est exceptionnel avec une cinquantaine de kinésithérapeutes. La grande particularité du centre de rééducation c’est qu’on y trouve à la fois des kinésithérapeutes, des coachs pour le fitness et aussi des entraîneurs qui sont spécialisés dans tel ou tel sport. Par exemple, si je joue au basket et que j’ai une luxation récidivante de l’épaule, après mon intervention chirurgicale, je suis rééduqué, et j’ai ensuite un entraîneur qui va me réapprendre à faire les bons gestes techniques du basket. L’hôpital est entouré de terrains de sport. Il y a d’autre part un centre de recherche avec une vingtaine de chercheurs orientés sur les domaines qui touchent le sport. M.O. : A quelle catégorie de sportif avez-vous le plus souvent affaire ? G.S. : Il s’agit à 80 % de footballeurs parce que c’est le sport national et aussi le sport planétaire. Les interventions concernent à 70 % les lésions du ligament croisé antérieur du genou et l’autre articulation souvent impliquée est l’épaule. Mais il n’y a pas que de la traumatologie à l’hôpital. Il y a de la cardiologie et nous avons un énorme département de cardiologie, un département de nutrition, de psychologie, et en particulier, car c’est très original, un département de screening. C’est-à-dire que tous les athlètes professionnels et de haut niveau du Qatar, peuvent bénéficier d’un dépistage d’affections de l’appareil locomoteur ou digestif ou encore cardiaque avec en particulier la prévention des morts subites. Ce dépistage peut être aussi génétique et psychologique. M.O. : Qui paye ces soins ?
G.S. : C’est l’état pour tout athlète professionnel du Qatar. Pour les autres, c’est facturé en fonction des prestations. G.S. : D’abord parce que c’est excellent au niveau de la qualité de soin, mais il y a quelques autres endroits excellents de par le monde, ensuite parce que la grande particularité c’est que l’on trouve tout sur place. C’est-à-dire que sitôt arrivé on a la consultation puis on passe à l’IRM situé à quelques mètres dans les 10 minutes. On est opéré le lendemain si l’on veut et rééduqué immédiatement au même endroit. Nous avons mis en place des contrôles qualités en permanence. Aucun athlète n’attend plus de 15 minutes pour une consultation qu’il ait rendez-vous ou pas. Aucun athlète n’attend plus de 24h pour une IRM. Aucun athlète s’il doit être opéré n’attend plus de 2 jours s’il doit être opéré. Cette structure permet de concentrer dans le temps et dans l’espace toute l’expertise nécessaire au sportif. Par exemple, le sportif opéré d’un LCA est revu non pas en salle de consultation mais dans la salle de rééducation avec le kinésithérapeute et le chirurgien en même temps. Si ceux ci voient qu’il est en avance, ils vont raccourcir les délais. Si ils constatent qu’il est en retard ils vont se demander pourquoi. Il y a donc une prise en charge immédiate, permanente et au cas par cas. Voilà pourquoi on vient de préférence au Qatar. M.O. : Pour une ligamentoplastie du genou, qu’elle est la durée du séjour ? G.S. : L’hospitalisation est d’environ deux jours, la moyenne est de 2,4 jours. Ensuite pour sa rééducation l’opéré peut retourner dans son club, ou aller à l’hôtel et faire sa rééducation en externe à Aspetar ou encore séjourner dans des chambres non médicalisées pour sa rééducation. M.O. : Le corps médical sur place est-il à la hauteur des patients ? G.S. : La gestion de l’ensemble du personnel est l’un des gros problèmes. En tout, le personnel soignant et non soignant constitue une population de 500 personnes de 54 nationalités différentes. Ce qui est une richesse fantastique, mais ce qui peut être un danger parce que le langage, la culture et les « processes » sont différents. Il faut donc que nous ayons des règlements intérieurs extrêmement précis et rigoureux. À partir de là on peut espérer avoir, sinon les meilleurs, du moins les très bons dans chacun des domaines. Mais dans l’ensemble, je dois veiller à ce qu’il n’y ait pas une nationalité qui prédomine sur les autres. M.O. : Comment vous êtes-vous retrouvé là ?
G.S. : Avant moi, il y avait comme Chief Medical Officer, Peter Fowler qui est mondialement connu en chirurgie arthroscopique. Finalement, Peter Fowler n’a pas terminé son contrat pour différentes raisons et il m’avait demandé d’y aller parce qu’il savait ma passion pour la médecine du sport. Ils m’ont recruté comme ça.
G.S. : Oui mais l’une des particularités de cet hôpital, c’est qu’il y a un directeur général un peu plus en hauteur et un exécutif à deux têtes : le Chief Medical Officer, CMO, qui gère le versant médical et le Chief Executive Officer, CEO qui gère le versant administratif. Quand les deux s’entendent bien c’est de très loin une formule extraordinaire. Je suis responsable de toute la stratégie médicale avec en particulier les très importants contrôles qualités. Je m’occupe du recrutement médical avec toutes les questions que cela soulève. Est-ce qu’on va faire plus de chirurgie ? Quel radiologue trouver ? etc… Mais en fait, je ne suis présent que dix jours par mois à Aspetar et une très grosse partie du travail revient au Docteur Hakim Chalabi qui est Assistant CMO et temps plein. Il connaît parfaitement tous les rouages, fait un travail remarquable et nous nous entendons très bien. Hakim est un ancien sportif de haut niveau en judo, médecin du sport et en particulier ancien responsable de la cellule médicale du PSG et du Stade Français Rugby. Il a une grande compétence en management et c’est précieux. Malgré que ce ne soit pas un hôpital académique, il y a également un volet de recherche et un volet de formation. Formation et enseignement des patients, et des personnels sur place mais également des contacts extérieurs avec participation aux réalisations de congrès, réalisations de conférences de consensus. Ces deux aspects recherche et formation sont essentiels car ils vont de pair avec la volonté de l’excellence de soins.
G.S. : Il ne faut pas croire que nous disposons d’un budget illimité ! Bien sûr qu’il y a de l’argent mais sincèrement l’argent est très bien utilisé. Toutes les dépenses doivent être justifiées. Le gros avantage c’est qu’il s’agit d’un pays jeune et de petite taille. Si un projet est accepté il sera financé et le retour entre la proposition et la réalisation sera très rapide. Nous avons actuellement quatre grands projets. Le premier, c’est de créer un Spine Center pas particulièrement chirurgical mais orienté sur la lombalgie et le dos des sportifs qui est un domaine relativement méconnu. Le deuxième, c’est de créer un Sport Cartilage Center focalisé sur le cartilage du sportif. Le troisième c’est de lancer un très grand centre sur la prévention de toutes les lésions traumatiques ou non traumatiques induites par le sport. Enfin le quatrième projet, qui est un projet technique, c’est de créer un grand centre de chirurgie expérimentale du sport. C’est bien entendu de l’arthroscopie sur cadavre, mais aussi de la chirurgie virtuelle et de la chirurgie assistée par robot et ordinateur. G.S. : L’hôpital fait partie d’un vaste ensemble qui s’appelle Aspire Zone Fondation et qui comprend Aspetar, Aspire Logistic qui comme son nom l’indique, s’occupe de toute la maintenance et de l’intendance, et puis surtout Aspire Academy. C’est un complexe extraordinaire qui a été construit par Taillibert, le très grand architecte français qui entre autre a fait le Parc des Princes. Aspire Academy a 7 terrains de sport couverts, mais surtout une Académie qui reçoit, cette année, 330 jeunes de 6 à 18 ans qui viennent essentiellement d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient et un peu d’Europe et qui ont été sélectionnés par des recruteurs sur leurs qualités sportives. Sur place ils sont entraînés et surtout scolarisés. Ils vont ensuite retourner dans leur pays avec un certain nombre de records et de médailles, un métier, un pécule et ils vont être de véritables ambassadeurs du sport et du Qatar dans leur pays d’origine. Le politique du Qatar a très intelligemment misé sur le sport et il a placé les moyens sur les hommes et sur l’intelligence. Au Qatar il y a grâce à l’Emir et à sa femme qui est Sheikha Moza, la Qatar Fondation qui est un centre de technologie absolument impressionnant car c’est une Silicon Valley en miniature. Cette volonté de promouvoir les connaissances se retrouve partout. En médecine du sport, le National Sport Medecine Program est responsable de tout un programme de transfert des acquis du sport vers l’activité physique du Qatari pour permettre de prévenir l’obésité, prévenir le diabète, prévenir les accidents de la sédentarité. On mise sur l’intelligence, on mise sur le sport et on mise ainsi sur l’avenir et non pas sur le court terme. M.O. : Pourquoi le Qatar a-t-il acheté le PSG ? G.S. : Le Qatar a acheté en fait 70 % du PSG. Le Qatar, comme je viens de le dire, a une politique sportive et s’en donne les moyens avec entre autre Aspetar et toutes les installations sportives. Il a une politique sportive sur les grands évènements puisqu’il a su attirer la coupe du monde de football en 2022, ce qui est extraordinaire mais qui va poser des problèmes. Ce sera probablement organisé l’hiver mais si cela devait être fait l’été les stades en plein air peuvent être climatisés grâce à l’énergie solaire. Il y a d’autre part en 2015 le championnat du monde de handball qui est le deuxième sport national au Qatar. Et puis il y a tout un tas de manifestations : tournois de tennis ATP, de golf et courses de moto internationales. Pour répondre à votre question, le Qatar a d’abord été un grand sponsor du Barça qui est champion d’Europe, et il a acheté 70 % du PSG parce que le PSG est un très grand club et je ne dis pas cela uniquement parce que je m’y suis, avec Eric Rolland, pas mal investi ! Ce club n’est pas à la hauteur des autres clubs des grandes capitales européennes. Ce n’est pas le Real de Madrid, ni Chelsea. La capitale française n’a pas de grand club pour des raisons historiques, de manque de moyens, etc… Et je pense que le Qatar dispose ainsi d’une bonne opportunité d’apporter du sang neuf au PSG et en faire un club à la hauteur de Paris. Je suis certain que l’argent va être investi de façon tout à fait réfléchie. M.O. : Il semble y avoir aussi une certaine d’affinité du Qatar pour la France ? G.S. : Il y a une très grande affinité pour la France et je ne sais pas à quand elle remonte. Peut être qu’elle remonte à l’époque de Jacques Chirac. L’émir et la famille royale aiment beaucoup la France. M.O. : Comment pouvez-vous vous en sortir dans un hôpital qui fonctionne entièrement sur un modèle anglo-saxon et où les gens parlent l’anglais où l’arabe ? G.S. : C’est en fait polyglotte. Dans les consultations il y a des traductrices qui sont souvent libanaises et qui parlent donc parfaitement le français, l’anglais et l’arabe. La culture est très anglo-saxonne, américaine mais aussi singapourienne et australienne. Mais il y a beaucoup de réunions et beaucoup de justification de ceci et de cela. Quand je suis arrivé, il y avait je crois 25 comités. Il n’y en a plus que huit à présent. Mais je crois qu’on a beaucoup à apprendre de cette culture anglo-saxonne. La sagesse est au juste milieu. Si on passe notre temps à faire des réunions, et qu’on n’a plus le temps d’opérer ce n’est plus la peine d’être chirurgien. Si on opère sans avoir intégré un certain nombre de protocoles, on ne sera pas très bon. Il y a donc un juste milieu à trouver et je pense que, peut-être, le rôle des Français présents permet de prendre le bon côté de chaque culture. M.O. : Combien y a-t-il d’hôpitaux à Doha ? G.S. : A Doha, Aspetar est un petit hôpital. Le grand hôpital c’est le Hamad Hospital qui est une énorme structure avec peut-être 1000 lits. Par ailleurs, il y a des cliniques privées et d’autres hôpitaux. Il y a aussi un excellent hôpital de pédiatrie, très en lien avec Necker sur la génétique. M.O. : Une des conditions pour garder un niveau d’excellence en chirurgie, c’est d’avoir le débit… G.S. : Oui, c’est un des problèmes d’autant qu’Aspetar n’est pas qu’un hôpital chirurgical, c’est un hôpital pour le sportif et que le débit de chirurgie est relativement modéré. Cela est compensé par le fait qu’au lieu de traiter un vaste champ de pathologies, la chirurgie est concentrée sur quelques interventions. Ceci permet de conserver la qualité malgré un débit moindre.
Maîtrise Orthopédique n°206 - août 2011
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