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![]() UNE NOUVELLE VOIE D'ABORD DU COUDE : L'OLÉCRANOTOMIE DIGASTRIQUE P. Cottias*.*****, KB. Camara**.***, P. Liverneaux**.**** INTRODUCTION MATERIEL METHODES RESULTATS DISCUSSION
* Centre d’Orthopédie et de traumatologie, Clinique Saint-Jean-l’Ermitage, 186 rue Pierre Curie, 77190 Dammarie-Lès-Lys, France
** Centre de Chirurgie Orthopédique et de la Main, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, 67403 Illkirch, France *** Ecole de Chirurgie, Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, 75005 Paris, France **** Institut d’anatomie, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Strasbourg, France ***** Service de Chirurgie Orthopédique et traumatologique, université René-Descartes, hôpital Cochin, AP-HP, 27 rue du Faubourg-Saint-Jacques 75014 Paris, France
INTRODUCTION Elles sont habituellement classées selon l’abord de l’appareil extenseur (tableau 1) : les voies para-tricipitales, les voies trans-tricipitales, et les voies trans-olécraniennes [Askavan]. Deux caractéristiques sont essentielles pour décider d’employer une voie d’abord dorsale du coude, d’une part le respect ou non de l’appareil extenseur, d’autre part le respect ou non de la vascularisation de l’olécrane, qui provient de multiples branches intra-osseuses et extra-osseuses. La vascularisation intra-osseuse est assurée par une artère intra-médullaire principale qui provient directement de l’artère ulnaire ou de l’artère récurrente ulnaire avant de pénétrer dans l’os par la base de l’apophyse coronoïde [Wright]. La vascularisation extra-osseuse de l’olécrane dépend de l’apport des masses musculaires du triceps brachial, de l’anconé et du fléchisseur ulnaire du carpe (FUC) [Yamaguchi]. Les voies d’abord postérieures du coude comportent toutes des inconvénients. Les voies qui interrompent la continuité de l’appareil extenseur comportent un risque de rupture et/ou d’adhérences secondaires du triceps pour les voies musculaires [Celli], et un risque de pseudarthrose [Marra] et/ou d’arthrose pour les voies trans-osseuses [Ring]. Les voies qui conservent la continuité de l’appareil extenseur ne donnent qu’une exposition limitée des structures anatomiques. Ce sont les voies musculaires et les voies trans-osseuses. Sur le chemin de Français comme Fustec en 1960 (fig. 1) et partant de l’idée des « voies digastriques » de hanche [Vinciguerra] ou de genou [Keblish], cette étude a pour but de décrire une voie d’abord digastrique du coude : l’olécranotomie digastrique. Le digastrique doit comporter un médaillon olécranien volumineux pour donner une exposition au moins égale aux voies qui interrompent la continuité de l’appareil extenseur. Nous posons l’hypothèse que cette nouvelle voie d’abord comporterait trois avantages : donner une bonne exposition articulaire, conserver la continuité de l’appareil extenseur, et préserver la plus grande part de l’apport vasculaire de l’olécrane.
MATERIEL Une olécranotomie digastrique a été réalisée sur les douze coudes du groupe 1 afin de mettre au point la technique opératoire, d’en décrire les variantes, en étudier la reproductibilité et rechercher des complications possibles. Parmi ces douze coudes, six ont eu une ostéotomie intra-articulaire (groupe 1a) et les six autres une ostéotomie extra-articulaire (groupe 1b). Dans chacun de ces sous-groupes la moitié, donc six au total, ont été stabilisés par cerclage.
Les six coudes du groupe 2 ont fait l’objet d’une étude de la vascularisation par artériographie. Après avoir pratiqué l’ostéotomie digastrique, un mélange de 60 cl de latex liquide coloré (bleu acrylique) et de sulfate de Bariym buvable (Micropaque®) a été injecté dans l’artère axillaire. Quarante-huit heures après l’injection, des images fluoroscopiques (Philips® -BV25 Gold) ont été réalisées et enregistrées (capture d’image Iris Player) selon quatre incidences (face, profil, obliques). L’olécranotomie digastrique comportait deux variantes, l’une extra-articulaire, réalisée dans six cas (groupe 1a), et l’autre intra-articulaire, réalisée dans six autres cas (groupe 1b). L’ostéotomie, réalisée à la scie oscillante, débutait soit au niveau du point central de la tangente de la concavité de la cavité sigmoïde, dans sa variante intra-articulaire (figure 3-trait bleu), soit à 0,5 cm en arrière de la pointe de l’olécrane, dans sa variante extra-articulaire (figure 3 trait rouge). De là, elle se dirigeait en bas et en arrière, pour se terminer sur la crête de l’ulna (environ sur 7 cm de hauteur), entre les insertions distale de l’anconé et proximale de l’extenseur ulnaire du carpe. On obtenait ainsi dans les deux variantes un digastrique constitué en proximal du muscle triceps brachial, en distal du muscle anconé, et d’un segment intermédiaire osseux contenant le médaillon olécranien. Les deux variantes différaient par la présence ou non de la pointe de l’olécrane. Le digastrique était ensuite récliné et retourné sur son versant latéral pour faire le bilan exact des différentes structures sous-capsulaires exposées (figure 5). Puis le digastrique était remis en place, le médaillon olécranien appliqué sur la tranche de section osseuse de l’ulna, et l’aponévrose des muscles antébrachiaux sectionnée précédemment a été réparée par des points de suture séparés en nylon. La stabilité du digastrique lors des mouvements de flexion-extension du coude était automatiquement obtenue par la coaptation spontanée de l’effet conjugué du triceps et de l’Anconé. Dans six cas, un cerclage de l’ulna au fil d’acier était ajouté afin de tester si la stabilité du montage en était augmentée.
L’évaluation des résultats a consisté à étudier la qualité de l’exposition des structures anatomiques, la stabilité du digastrique au cours des mouvements passifs du coude, et la conservation ou non de la continuité vasculaire olécranienne. La stabilité du digastrique était obtenue par l’effet de coaptation musculaire lors du repositionnement du médaillon digastrique quel que soit le type d’ostéotomie intra ou extra articulaire. Cet effet était la conséquence de la continuité musculo-aponévrotique du triceps, de l’anconé et d’une partie de l’aponévrose antébrachiale postérieure recouvrant les muscles postéro-latéraux. Nous n’avons observé aucune instabilité au cours des mouvements passifs en flexion et extension du coude. Dans un cas, un trait de refend du médaillon olécranien a été observé, sans conséquence sur la stabilité de la réparation.
Les résultats du groupe 2 montraient qu’après olécranotomie digastrique, la vascularisation de l’olécrane n’était interrompue que par la tranche de section osseuse et la désinsertion du FUC. Les apports vasculaires majeurs (triceps et anconé) étaient préservés (figure 7), quelle que soit la technique intra-articulaire ou extra-articulaire. Parmi les voies d’abord classiques, celles qui donnent la meilleure exposition sont aussi celles qui interrompent l’appareil extenseur [Pollock]. En effet, la voie trans-olécranienne expose 57 % de la surface articulaire, contre 35 % pour la voie trans-tricipitale médiane [Shahane]. Nos résultats ont montré que l’olécranotomie digastrique offrait une exposition au moins équivalente au précédentes, mais sans interrompre l’appareil extenseur, notamment dans sa forme intra-articulaire. La forme extra-articulaire, au prix d’une section partielle des structures ligamentaires médiales, offrait également une exposition satisfaisante. Aucune des voies d’abord classiques ne respecte l’intégrité de la vascularisation intra-osseuse ou extra-osseuse de l’olécrane. Certaines sectionnent même la totalité de l’apport extra-osseux, comme la voie trans-tricipitale médiane ou la voie de Bryan-Morrey. Dans le meilleur des cas, seul l’apport vasculaire provenant du triceps est respecté, comme dans les voies trans-olécraniennes, les variantes de la voie de Bryan-Morrey (fig. 2), ou encore le lambeau osseux de l’anconé [Wolfe]. Les conséquences de l’insuffisance d’apport vasculaire sont l’apparition de pseudarthroses dans les voies trans-osseuses [Coles] et de ruptures du triceps dans les voies trans-musculaires [Celli, Van Riet]. Nos résultats ont montré que l’olécranotomie digastrique était la seule voie d’abord respectant la vascularisation principale de l’olécrane, c’est-à-dire provenant des masses musculaires du triceps et de l’anconé. Les voies qui interrompent la continuité de l’appareil extenseur exposent au risque de diminution de force et/ou de déficit d’extension du coude. Par exemple, les voies trans-tricipitales peuvent provoquer des adhérences ou des ruptures tendineuses du triceps brachial, et les voies trans-olécraniennes des adhérences articulaires ou des pseudarthroses de l’olécrane. Nos résultats ont montré que l’olécranotomie digastrique respectait la continuité de l’appareil extenseur. La préservation de l’insertion de l’anconé sur le médaillon olécranien pourrait même jouer un rôle dans la stabilité active post-opératoire. En revanche, la stabilité du coude après section partielle du plan ligamentaire médial dans la forme extra-articulaire de l’olécranotomie digastrique devrait faire l’objet d’une étude spécifique. Enfin, outre la résinsertion du FUC, la réparation de l’ostéotomie peut être confiée dans certains cas à une fixation de l’olécrane par fils métalliques en compression. L’intérêt de cette fixation complémentaire est de permettre, si nécessaire, un abaissement ou une élévation de l’olécrane dans un but d’accourcissement ou d’allongement de l’appareil extenseur. En conclusion, l’olécranotomie digastrique s’inscrit dans la logique de la voie de Bryan-Morrey, mais elle s’affranchit de ses inconvénients, notamment en respectant le fascia antébrachial, ainsi que toutes les insertions du triceps et de l’anconé. Elle respecte non seulement l’apport vasculaire principal de l’olécrane, mais aussi la continuité de l’appareil extenseur. L’exposition est excellente, même sans sectionner les ligaments latéraux, dans sa forme intra-articulaire. Enfin, la coaptation naturelle du digastrique autorise une mobilisation immédiate sans risque théorique de démontage. Les indications de l’olécranotomie digastrique pourraient être les arthroplasties prothétiques du coude (figure 8 et 9) et les ostéosynthèses de la palette humérale.
Maîtrise Orthopédique n°210 - janvier 2012
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