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![]() MARTIN LAVIGNE
M.L. : Mon nom est Martin Lavigne, je suis Canadien et chirurgien orthopédiste. J’ai 41 ans, je suis professeur associé à l’université de Montréal et je travaille actuellement à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont qui est un hôpital affilié à l’Université de Montréal. M.L. : Un hôpital affilié est un hôpital qui ne fait pas partie du centre universitaire en tant que tel, mais qui y est rattaché. Un tel hôpital peut recevoir des résidents et des étudiants en formation. Des étudiants en médecine, en pharmacie, en physiothérapie, etc… Il y a trois hôpitaux francophones strictement universitaires à Montréal qui sont l’Hôtel Dieu, Notre-Dame et Saint-Luc mais dans lesquels l’orthopédie n’est pas très forte. En fait l’orthopédie s’est développée plutôt à l’extérieur de ce pôle universitaire et particulièrement à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et à l’hôpital du Sacré-Cœur. M.O. : Vous y faites de la traumatologie ? M.L. : Peu. Maisonneuve-Rosemont est un hôpital qualifié pour la traumatologie de niveau 2 donc surtout du mono-trauma. Tous les polytraumatisés vont à l’hôpital du Sacré-Cœur où la majorité des résidents font leur traumatologie. Nous avons une pratique plus élective de chirurgie programmée et pour ma part elle est centrée sur l’arthroplastie de hanche et de genou. M.O. : Comment votre service est-il organisé ? M.L. : Le service d’orthopédie de l’HMR fait partie du département de chirurgie et il est assez important puisqu’il y a 9 orthopédistes qui pratiquent chacun dans un domaine d’hyper spécialité. En oncologie il y 2 orthopédistes, en arthroplastie nous sommes plusieurs orthopédistes c’est à dire mes collègues le Docteur Alain Roy, le Docteur Pascal Venditolli, le Docteur Michel Fallaha et moi-même ; tout récemment le Docteur Vincent Massé s’est joint à l’équipe de reconstruction du membre inférieur. Ensuite il y a la médecine sportive avec 2 orthopédistes et enfin la chirurgie du rachis avec un seul orthopédiste. Les résidents viennent faire leur stage en rotation dans ces différents groupes pour une période variant de un à trois mois. M.O. : Enseignez-vous ? M.L. : Je suis professeur associé de chirurgie. L’enseignement consiste essentiellement à superviser les résidents à la clinique externe et au bloc opératoire. On peut également superviser les étudiants qui viennent faire des stages chez nous et que l’on appelle les externes. Ce sont les étudiants de médecine qui viennent faire des stages de deux à quatre semaines dans les services pour se familiariser avec les différentes spécialités. Je ne fais pas de cours magistraux en tant que tels mais vraiment du training. Certains orthopédistes, comme je l’ai fait moi même il y a quelques années, vont intervenir pour des séances d’apprentissage par cas cliniques qui sont enseignées en six semaines. Pour cela ils se déplacent vraiment à l’université pour superviser les discussions entre étudiants. A part cela le reste de l’année nous faisons essentiellement de l’enseignement par compagnonnage. M.O. : Etes-vous rémunéré par l’université pour cela ? M.L. : Mais non voyons ! C’est tout à fait du bénévolat, complètement gratuit. Nous avons le titre n’est-ce pas suffisant ? Honnêtement les orthopédistes en avaient marre de cette situation car ils n’ont jamais eu de rémunération sous quelque forme que ce soit pour leur enseignement jusqu’à tout récemment. Quelques orthopédistes bien choisis, avec des profils très académiques ont réussi à se débrouiller dans tout le processus de professorat pour recevoir finalement un salaire mais ce sont des exceptions. Maintenant, je vous dirai que depuis deux ans avec les pressions de la fédération des médecins spécialistes, il a été établi un forfait enseignement qui consiste en des petits « per diem » ; si on supervise un résident une demi-journée on a l’équivalent d’un cassoulet, l’après-midi l’équivalent de la boisson du 5 à 7… M.O. : Comment êtes-vous rémunérés pour votre activité hospitalière ? M.L. : Par le ministère de la santé via la régie de l’assurance maladie du Québec qui est l’agence responsable du paiement des actes que l’on fait. Pour chaque acte il y a un code. M.O. : Donc la rémunération dépend de l’activité ? Celui qui opère une fois par semaine gagne moins que celui qui opère trois fois par semaine ?
M.L. : Mais celui qui opère trois fois par semaine est extrêmement rare au Québec ! La moyenne des chirurgiens orthopédistes québécois n’opère qu’une fois a une fois et demie par semaine, en excluant les gardes. Parfois, deux fois et demie ! M.L. : Une journée c’est entre 3 et 5 malades. Le reste de la semaine, les collègues vont à la clinique pour voir des patients et allonger leur liste d’attente. Ils vont aussi souvent faire du bureau, voir certains patients en suivi, ou voir les nouveaux patients au bureau. Puis le plus souvent le reste de la semaine est consacré à de l’expertise médico-légale. Les orthopédistes arrondissent leur fin de mois en faisant de l’exercice médico-légal ! M.O. : Pourquoi vous ne pouvez pas opérer plus que cela ?
M.L. : Il n’y a pas de possibilité d’accès au bloc opératoire. 98 % des orthopédistes québécois travaillent en public et sont rattachés à un hôpital particulier. Dans cet hôpital, ils vont pouvoir opérer leurs patients une journée par semaine. Pourquoi pas plus ? Parce que manque d’infirmières, manque d’anesthésistes et problèmes de budget : plus l’hôpital va permettre au chirurgien d’opérer plus cela va générer des coûts. C’est une façon pour le gouvernement et l’hôpital de contrôler les coûts. M.L. : Le Québécois sera très bien traité mais encore faut-il qu’il parvienne à se rendre jusqu’au bout de la liste. Cela peut prendre un an, un an et demi, deux ans. Ils se plaignent, il y en a qui font des visites aux urgences, il y en a qui viennent nous voir au cabinet en pleurant. C’est malheureux car parmi cette foule qui attend il y a des patients extrêmement handicapés, en arrêt de travail. M.O. : Cela leur coûte combien ? M.L. : Rien, ils ont déjà payé via leur impôt. M.O. : Et s’ils allaient dans le « privé » ?
M.L. : En clinique privée, une PTH peut coûter entre 15 et 20 000 $ canadiens. C’est relativement important, mais pas mal de personnes peuvent se le permettre.
M.L. : Actuellement, il y a plusieurs cliniques où on fait la chirurgie arthroscopique du genou ou autres petites chirurgies en privé. Cela passe bien parce que ce sont des chirurgies à petit budget et que l’on peut faire en hôpital de jour. Par exemple une arthroscopie du genou c’est 2500 $, le soir vous retournez à la maison et c’est fait. Vous pouvez donc retravailler la semaine suivante. Il y a une demie douzaine de ces cliniques de chirurgie de jour à Montréal et quelques-unes à l’extérieur. En fait la pratique chirurgicale du privé est concentrée uniquement au Québec. A l’extérieur du Québec il y a peut-être une clinique en Colombie Britannique et à ma connaissance aucune autre ailleurs. Une seule clinique au Québec, celle de notre collègue le Dr Nicolas Duval, peut hospitaliser des patients actuellement et se permettre de faire des chirurgies de type arthroplasties du genou ou de la hanche. Mais pour travailler dans cette clinique, il faut que le praticien devienne non participant du système public. Il doit faire une demande écrite. Je connais très bien le processus parce que moi je le pratique 4 à 5 fois par an. On écrit une lettre à la Régie de l’assurance maladie du Québec et au 30ème jour suivant la date de notre lettre on devient non participant, et là on peut opérer des patients en privé. Pour revenir opérer dans le système public, on réécrit une lettre et le 8ème jour suivant on peut commencer à traiter les patients dans le domaine public. Mais il y a une barrière étanche entre les deux alors que cette barrière ne devrait pas exister puisque, durant la semaine, le chirurgien fait sa clinique d’une journée, opère une journée, prend en moyenne une journée de vacances ou de congrès, il reste alors deux autres jours durant la semaine où le chirurgien pourrait se permettre d’aller dans le système privé faire des chirurgies. M.L. : Oui, nous sommes dans la moyenne des spécialités chirurgicales et au dessus des médecins de famille. Pour vous donner un ordre d’idée les chirurgiens peuvent faire entre 300 000 $ canadiens et 800 000$ canadiens. Cela dépend du niveau d’activité, de la vitesse avec laquelle on travaille. Tout cela a changé grandement puisqu’il y a 5 ans avec les moyens de pression effectués par les médecins spécialistes auprès du gouvernement, il y a eu un rattrapage salarial par rapport au reste du Canada qui nous a permis d’augmenter je dirai de 50 % nos honoraires. Ce qui fait que maintenant on est quand même choyé en termes de revenu par rapport aux autres professions libérales. M.O. : Dans la mesure où vous faites partie d’un système contrôlé, comment faites vous pour choisir vos prothèses ?
M.L. : En fait dans notre hiérarchie, il y a le chef mais celui-ci n’a pas l’autorité aussi prenante que celle qui existe en Europe. C’est-à-dire que le chef va coordonner les activités en terme de garde, en terme de répartition des activités cliniques, mais n’aura que peu d’autorité sur la pratique clinique de chaque chirurgien. Si un chirurgien décide qu’il veut poser tel type d’implant, il peut le faire. Le chef évidemment à des comptes à rendre pour ce qui est des budgets opératoires et pourrait être amené à dire à un collègue que sa pratique est anormalement dispendieuse et qu’il devrait restreindre son choix de certains types de prothèses. Mais en général les individus se concertent pour utiliser les implants spécifiques parce qu’à ce moment-là le prix de revient est meilleur en achat de groupe. Le bon côté de notre système c’est que le chirurgien est libre de faire ce qu’il veut, mais le désavantage c’est que souvent c’est difficile d’avoir tout le monde à bord avec le même type de pratique ou le même type d’implant et que cela est pénalisant en terme de projet de recherche, en terme de développement de produit. On le vit actuellement parce que le service d’arthroplastie, dans lequel je suis, commence à grossir et il y a des pôles qui se forment avec le nombre d’individus grandissants et les groupes commencent à s’opposer un peu. M.L. : Surtout sur le type de prothèse. On a des collègues qui font un peu plus de genoux et d’autres qui font un peu plus de hanches. Ceux qui font plus de hanches ont tendance à décider pour la hanche, les gens qui font un peu plus de genoux ont tendance à décider pour le genou. C’est naturel… M.O. : Et où est le clivage pour la hanche ?
M.L. : Pour la hanche actuellement ça va pas si mal, car avc tous les problèmes de métal / métal nous nous réorientons en termes d’implant. Il y a un consensus en terme d’approche chirurgicale, nous pratiquons tous l’approche postérieure, la majorité des implants sont non cimentés et en terme de surface de friction comme on traite beaucoup d’adultes jeunes donc on est plutôt céramique/céramique ou métal/métal. Je ne parlerais donc pas de clivage, mais de certaines préférences face à certains implants.
M.L. : Je suis un gars de Trois Rivières, à 1 h 20 de Montréal. J’ai fais mon cours de médecine à Sherbrooke pendant 4 ans puis par la suite ma résidence pendant 5 ans à l’université de Montréal.
M.L. : Parce que l’orthopédie est concrète. Je suis un individu très pragmatique qui aime les choses claires et qui aime faire des choses qui donnent des résultats immédiats. Je n’aime pas les longues discussions. L’orthopédie c’est de la mécanique, de la reconstruction, et le résultat est assez phénoménal rapidement.
M.L. : Tout d’abord il faut faire le cours de médecine. Les notes importent mais je vous dirai que c’est surtout le niveau de motivation que l’étudiant aura réussi à montrer à la fin de ses études médicales qui vont lui permettre de bien figurer lors des entrevues. Ce que les étudiants font c’est qu’à la fin de leurs cours, ceux qui sont très intéressés par l’orthopédie vont premièrement le dire, ils vont faire des stages supplémentaires appropriés, ils vont essayer certains projets de recherche avec les orthopédistes pour être connus parce que dans une entrevue de 15 min c’est difficile de bien connaître un candidat alors que le fait de se faire connaître avant l’entrevue permet de démontrer la motivation, la qualité de ton travail, la rigueur. Je vous dirai que la majorité des étudiants qui ont réussi à faire tout cela entre en orthopédie. Il y en a quand même très peu de candidats acceptés maintenant, soit de trois à cinq par année.
M.L. : Si possible oui ! Certains s’ils ne sont pas acceptés, vont retenter leur chance. C’est à dire patienter une année et passer une maîtrise en recherche, et ils vont refaire l’entrevue l’année suivante. Il y a eu des promotions plus nombreuses, par exemple moi quand j’ai terminé nous étions 7, et des promotions où ils ont fini deux ou trois. C’est assez variable. Je vous parle ici de l’université de Montréal, parce que l’université Sherbrooke, et l’université Laval ont également trois à cinq candidats. M.L. : Oui, lors du cours de préparation au système locomoteur de six semaines sur les différentes pathologies et la terminologie musculo-squelettique, il y avait un chirurgien orthopédiste qui était venu nous parler. C’était le professeur Gibelhy, un sympathique bonhomme plein d’expérience, qui nous a fait une présentation, si je me souviens bien, sur toutes les erreurs qui peuvent se produire en salle d’opération avec entre autres les patients qui peuvent tomber de la table ! Il a parlé des clous centromédullaires, des plaques, des vis et j’ai eu vraiment le déclic à ce moment-là. On est tous un peu bricoleur, on a tous eu un jeu de mécano avec les plaques, des vis et des écrous … M.O. : Pendant votre résidence de chirurgie orthopédique quelles sont les personnalités qui vous ont marqué ?
M.L. : En particulier, Hubert Labelle qui pratique à l’hôpital Sainte Justine et qui est très impliqué en recherche sur la scoliose des enfants. Tôt pendant ma résidence, la recherche m’a intéressé et je voyais Labelle comme un modèle à imiter. C’est une personne qui est très intègre, qui est crédible, qui ne recherche pas le pouvoir ou la prestance mais qui est terre-à-terre. Ce sont ces qualités que j’essaie d’intégrer dans mon profil de carrière, dans mon profil de recherche. Cela a été un bon modèle pour ce qui est du profil de recherche. Il y a aussi Georges Henri Laflamme de l’hôpital Sacré-Coeur qui est maintenant à la retraite qui est un homme très intelligent, très strict et très rigoureux auprès duquel j’ai appris beaucoup. Je suis pragmatique, mais j’ai aussi mon côté lunatique, et il m’a appris à mieux gérer mon côté lunatique !
M.L. : En fait pendant la résidence tous les étudiants doivent faire au moins un projet de recherche pour bien comprendre tout ce qui est derrière le développement d’une recherche, d’où cela part, comment on construit le projet, comment on en vient à produire des données qui vont être utilisées par nos collègues pour améliorer leur pratique clinique. En deuxième année de résidence, j’ai été impliqué dans des projets de recherche fondamentaux où on évaluait la biocompatibilité d’une agrafe métallique en alliage de titane à mémoire de forme. On mettait nos agrafes en présence de cellules pour voir si les cellules allaient survivre. On plantait ces agrafes dans des tibias de lapin pour voir si la guérison se faisait bien. C’était toute une aventure et il fallait aller jusqu’au bout des études toxicologiques avec nos petites coupes de foie de lapin dans la paraffine… Par la suite les projets d’ordre clinique ont pris le dessus. Je pense que c’est ce qui nous rejoint le plus en tant qu’orthopédiste.
M.L. : Actuellement, c’est sur les nouvelles technologies en arthroplastie de hanche. Par exemple, nous avons été très actif dans le domaine du couple de friction métal/métal et nous avons évalué tout ce qui est relarguage métallique dans toutes les formes de prothèses pour essayer de comprendre d’où pouvait venir tous les ions métalliques, et quelle influence cela pouvait avoir sur le patient. Il y a eu beaucoup de publications dans ce domaine qui nous ont aidé à comprendre pourquoi les prothèses métal/métal à gros diamètre ne fonctionnent pas aussi bien que ce qu’on avait anticipé. En fait le métal /métal en petite taille fonctionne très bien et en grand diamètre cela fonctionne moins bien pour deux raisons. La première raison est du côté de la pièce acétabulaire qui est monobloc implanté en press-fit, selon une technique particulière avec laquelle les chirurgiens ne sont pas tous confortables. La seconde raison concerne le dessin des pièces ; les laboratoires ont poussé les jeux articulaires et les arcs de couverture vers des limites qui finalement n’étaient pas tolérables. Pour ce qui est de la pièce à ce stade-là, il y a un problème de technique chirurgicale et problème de dessin.
M.L. : Les chirurgiens doivent être à l’aise avec l’implantation par press fit. Dans ce cas là, il s’agit d’une grosse pièce épaisse, lourde peu déformable et sans fenêtre pour vérifier qu’on est au fond ; c’est donc plus difficile à implanter !
M.L. : Plusieurs de ces implants avaient des couvertures qui étaient moins d’une hémisphère donc 150° par exemple de couverture, alors les chirurgiens ne plaçaient pas bien la cupule à 45° et les contraintes étaient concentrées en périphérie de la pièce … problème de dessin aussi de certaines prothèses dont le mécanisme pour impacter la prothèse était à l’intérieur même de la surface articulaire donc avec risque de subluxation ou d’accrochage sur cette espèce de rebord acétabulaire …. L’autre problème venait de la modularité des implants à tête de gros diamètre. On avait sous-estimé, je pense, les problèmes mécaniques qui pouvaient survenir à la jonction entre la tête de gros diamètre et le col standard d’une prothèse qui avait toujours eu une tête de 28 mm. De la corrosion qui s’est produit à ce niveau-là et des débris métalliques ont contribué au développement des réactions.
M.L. : C’est une question de moment de force et de friction. Je pense que nos projets ont contribué à une meilleure connaissance de ce phénomène et ça on en est fier parce que ces concepts on peut les appliquer au jour le jour. Cela a été vraiment un axe de recherche, l’autre a été un axe de projet clinique le plus souvent randomisé dans notre centre.
M.L. : Nous sommes dans un centre de moyen débit c’est-à-dire qu’on fait 700 à 800 prothèses au total par année. Si on fait un projet de recherche il faut mobiliser nos efforts pendant un laps de temps bien précis et il faut bien le faire parce qu’on n’a pas des milliers de patients à inclure. La réponse attendue de l’étude doit être claire. Le premier projet qu’on a mené était un projet prospectif randomisé où l’on comparait les résultats cliniques entre le resurfaçage de la hanche et la prothèse totale de hanche de 28 mm. Le resurfaçage était présenté sur le marché comme étant la nouvelle prothèse qui règlerait tous les problèmes de conservation osseuse et de niveau d’activité sportive. On le créditait de tous les avantages et on lui enlevait tous les désavantages alors que vraiment la littérature ne permettait pas de l’affirmer. Pour nous l’objectif était clair, il fallait répondre à la question : « est-ce que le resurfaçage est meilleur que la prothèse totale conventionnelle ? » C’était notre premier projet qui était un gros projet pour lequel nous avons enrôlé 220 patients. Ce travail nous a apporté beaucoup d’expérience et je pense, beaucoup de crédibilité car nous avons répondu à une question claire, précise.
M.L. : Il n’y a pas d’avantage clinique au resurfaçage de la hanche. Il n’y a pas d’avantage au niveau de la survie des implants. Il y a un avantage au niveau de la conservation osseuse au fémur c’est tout. Il n’y a pas d’avantage pour la conservation de l’os acétabulaire, pas d’avantage pour le retour au sport, pas d’avantage pour les ions métalliques, pas d’avantage pour le retour au travail.
M.L. : Ils sont peut-être très très bons avec le resurfaçage, mais peut-être ne le savent-ils pas mais ils seraient meilleurs avec la prothèse totale conventionnelle ! M.L. : Oui exactement. On était tellement satisfait des résultats de notre étude qu’on s’est dit que si le resurfaçage n’était plus nécessaire, on pouvait aller vers la grosse tête métal/métal qui nous procurerait l’absence de luxation et de meilleures amplitudes articulaires. Les taux d’ions métalliques avec le resurfaçage étaient tellement bas, qu’on s’est dit qu’on ne risquait rien avec la grosse tête métal/métal. Surprise ! Nous n’avons effectivement eu aucune luxation sur 1400 cas opérés par approche postérieure mais en revanche les taux d’ions étaient beaucoup plus élevés avec la grosse tête. Et il y avait des répercussions cliniques. Plusieurs patients ont présenté des réactions à cette usure ou à cette corrosion qui se produit à la jonction tête-col. Cela allait d’une simple douleur tolérable à une réaction agressive avec nécrose tissulaire et nécrose osseuse. M.O. : Vous ne vous êtes pas mis à la double mobilité ?
M.L. : La double mobilité a traversé l’Atlantique et toutes les compagnies sont en processus d’approbation pour la double mobilité. Est-ce qu’elle pourra être une solution de rechange pour la métal/métal grosse tête ? Cela reste à voir.
M.L. : Manger du cassoulet ! En plus, on me paye le billet d’avion et l’hôtel …
M.L. : Plus sérieusement, il y a ce congrès avec nos collègues et amis Chiron et Puget sur la hanche. J’ai connu plus personnellement Philippe Chiron à divers congrès. Il est venu au Canada, et il y a un de ses assistants qui est venu faire une année de moniteur clinique chez nous. Une réelle amitié s’est développée entre nous. Nous avons les mêmes pôles d’intérêts en chirurgie de la hanche et puis on se voit annuellement dans divers congrès. J’étais déjà venu à Toulouse en 2008, alors il m’a réinvité et j’en suis ravi. Il voulait avoir mon opinion sur ce que je pense du métal / métal. J’ai une opinion ! Et aussi sur d’autres sujets : les ostéotomies péri-acétabulaires, et sur l’utilisation des prothèses de hanche chez le jeune sportif entre autres.
M.L. : Oui, pour la chirurgie de la hanche pour ce qui est du métal/métal, cela s’étend au-delà du Québec avec toutes les publications que l’on a fait.
M.L. : Il y a des échanges entre le Canada anglophone et francophone mais pas autant qu’on l’aimerait. En fait l’association des orthopédistes du Québec est la plus grosse association d’orthopédistes du Canada avec son congrès annuel qui est très fréquenté. Mais cela reste très francophone. Ailleurs au Canada les orthopédistes vont aller au congrès de la Canadian Orthopaedic Association ou à l’AAOS mais il y aura très peu de Québécois parce que ces derniers sont allés à leur symposium annuel entre collègues francophones. Il y a donc une certaine forme de clivage. Je vous dirai que la qualité de l’éducation au symposium du Québec est tellement bonne que les gens ne ressentent pas le besoin d’aller à l’extérieur.
M.L. : Surtout en terme de littérature. Tout ce qui est journaux, publications provient des Etats-Unis et donc le lien se fait là. Le lien social ou professionnel est plus limité pour la majorité des orthopédistes québécois. Les universitaires évidemment sont invités à différents congrès et vont avoir leurs contacts aux Etats-Unis. J’ai fait mon fellowship aux Etats-Unis et j’ai gardé mes contacts mais cela va se concentrer sur une réunion scientifique annuelle ou deux et puis c’est tout.
M.L. : C’est plus difficile. C’est beaucoup plus facile avec nos collègues européens. Les moniteurs cliniques qui partent de chez nous ou qui viennent chez nous trouvent que la communication et l’échange d’idées est plus facile qu’avec les échanges américains ou canadiens anglophone.
M.L. : Pour nous Québécois nos destinations sont la France et la Suisse. J’ai moi même fait une partie de ma formation chez le professeur Ganz. J’avais fait la demande via la fondation AO de l’Amérique du Nord qui envoie chaque année des fellows.
M.L. : Au cours de mon fellowship aux US à San Diego avec le Docteur Santore et le Docteur Coutts j’ai été sensibilisé à la chirurgie conservatrice de la hanche et cela m’a donné envie d’aller chez Ganz pour parfaire tout ce qui est ostéotomie et surtout ce qui a trait au concept d’accrochage fémoro-acétabulaire ou de conflit de hanche. Quand je suis revenu au Québec, il y a une dizaine d’années, personne ne traitait ce genre de pathologies. J’étais parmi les pionniers dans ce domaine au Canada.
M.L. : Je ne connais que certains centres, en particulier à Lille, parce qu’un collègue français et maintenant ami, Julien Girard, est venu faire une année de moniteur clinique chez nous. J’ai bien connu Henri Migaud. Ce genre de centre traite de très gros volumes et semble avoir une possibilité de recevoir tous les cas complexes ce qui est plus difficile au Québec même en milieu universitaire. Évidemment les correspondants vont nous envoyer des cas complexes, mais les hôpitaux vont avoir tendance à moins regrouper les types de cas comme ce qui semble être le cas pour Lille. Les orthopédistes, mais je ne sais pas si c’est dans toute la France, semblent travailler très fort dans les hôpitaux universitaires où les gardes semblent être prenantes. J’ai l’impression que nous avons plus le contrôle sur notre pratique au Québec. C’est une pratique à moins gros volume qui comporte ses contraintes mais où on reste quand même notre propre « entrepreneur ». C’est-à-dire qu’il n’y a pas de lourde hiérarchie au dessus de nous qui va nous dicter des lignes de conduite. Par rapport à ce que je ressens de la France, nous sommes plus autonome. Mais l’orthopédie est belle au Québec et c’est une profession très en demande, même actuellement trop en demande. On a atteint un niveau de saturation même au Québec où il y a seulement 5 ans on disait lors du symposium annuel qu’il fallait recruter en orthopédie. M.L. : Les orthopédistes qui pensaient prendre leur retraite, je veux dire les 60-65 ans, se rendent compte qu’ils sont capables de continuer plus longtemps car ils sont encore en bonne santé. Ils ont passé leur vie à faire ce métier et leurs enfants ont grandi. Ils veulent continuer même si c’est à temps partiel et donc ils quittent un peu moins vite que prévu. Et puis il y a tous ces nouveaux qui sont arrivés en prévision d’un manque qu’on a comblé rapidement. Mais je pense que le futur est radieux car le gouvernement a conscience des problèmes et a la volonté d’augmenter l’efficacité et la qualité de la pratique orthopédique. Maîtrise Orthopédique n°213 - avril 2012
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