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PETER MATTER
Le 73ème cours de l'AO se tenait mi décembre 2000 à Davos comme de coutume. Cette grand messe internationale de l'Orthopédie-Traumatologie avait attiré encore une fois, une foule compacte de pélerins. L'organisation impeccable des conférences, ateliers et autres exhibitions était à la hauteur de la réputation de l'institution. Nous avons rencontré Peter Matter, le Président de la Fondation AO

 

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M.O. : Monsieur Matter, comment vous présenter ?

P.M. : Je suis avant tout un chirurgien, un chirurgien général, mais j'ai grandi au sein de l'organisation de l'AO et donc j'ai un fort penchant pour la traumatologie. J'étais à la tête du service de chirurgie de l'hôpital de Davos pendant plus de 20 ans. J'ai arrêté il y a environ 7 ans parce que l'on m'a demandé de m'occuper de l'AO International qui est la branche d'enseignement de la fondation AO. C'est ce que j'ai fait pendant 6 ans et à présent je suis président de la Fondation AO.

 

M.O. : Comment devient-on président de l'AO ?

P.M. : En étant élu ! Sur le plan chronologique, je suis un représentant de la deuxième génération de l'AO mais je suis le dernier de ceux qui ont fait parti du groupe depuis ses débuts.

M.O. : L'AO des débuts était différente ?

P.M. : Certainement. Il s'agissait alors, vers la fin des années 50, d'un groupe de chirurgiens suisses orthopédistes ou généralistes qui n'étaient pas satisfaits du traitement des fractures. Ils décidèrent alors que de nouvelles méthodes de traitement des fractures devaient être mises au point. Ils ne voulaient plus se contenter d'obtenir une consolidation osseuse, mais ils voulaient aussi une restauration complète de la fonction. C'est ainsi qu'ils ont compris qu'ils avaient besoin d'instruments pour atteindre leurs objectifs. Et c'est donc ainsi que tout a commencé et beaucoup de choses ont été réalisées avec ce groupe. Mais aujourd'hui la Fondation a de multiples activités et de multiples ramifications dans un monde orthopédique marqué par la compétition.

 

M.O. : Mais ne pensez-vous pas que les objectifs initiaux du groupe ont été largement atteints ?

P.M. : C'est probablement vrai pour certains pays où les techniques chirurgicales ont atteint un très haut niveau de sophistication, mais il reste encore de vastes régions du globe où les moyens techniques sont limités, où il faut avoir des objectifs plus modestes et où l'application des principes de base du groupe prend encore tout son sens.

M.O. : L'AO était à l'origine une organisation innovante et à présent elle semble plutôt être orientée vers la formation...

P.M. : Mais on peut être innovant en matière de formation et je pense que nous faisons beaucoup pour être en tête dans l'enseignement. C'est vrai que les principes de l'AO ont été tellement diffusés et appliqués que l'on pourrait dire que nous avons atteints tous nos objectifs et en rester là. Cependant il est surprenant de voir le nombre de nouveautés apparaître comme par exemple toutes les techniques de mini-abord. Les traumatismes de plus en plus sévères des parties molles rendent indispensable cette approche qui tend non seulement à réparer la fracture mais aussi à respecter au mieux les parties molles. La chirurgie assistée par ordinateur est un autre exemple d'innovation qui ouvre à la spécialité un vaste champ d'application.

M.O. : Mais peut-on dire que ces innovations proviennent des travaux de l'AO ?

P.M. : L'AO est très impliquée dans tous ces domaines de pointe. Cependant je comprends votre question. Nous avons pris le train en marche dans certains domaines comme par exemple l'enclouage verrouillé qui a été promu par les français. Nous avons probablement cru que la sophistication de nos techniques nous dispenserait de méthodes comme l'enclouage verrouillé. Mais nous sommes revenus dans la course et nous développons particulièrement les techniques d'abord minimaux et de réduction indirecte des fractures. De plus notre Institut de Développement est très actif.

M.O. : Dans quel domaine ?

P.M. : Dans le domaine de la biologie de la consolidation. Nous sommes en contact étroit avec de nombreuses équipes de recherche sur l'accélération de la consolidation osseuse. Toutefois ces techniques basées sur le génie génétique ou sur le développement de nouvelles molécules ne supprimeront pas la nécessité des matériels d'ostéosynthèse car il y aura toujours besoin de stabiliser les fractures. Nous sommes aussi impliqués dans le développement de matériaux biodégradables.

M.O. : Si la consolidation était très accélérée, il suffirait d'un plâtre...

P.M. : Oui et non. Si nous avions abandonné le plâtre c'est pour pouvoir mobiliser les articulations immédiatement. Je doute que la biologie réduise énormément les délais de consolidation. En dehors du bénéfice fonctionnel, l'ostéosynthèse permet de stabiliser la fracture et permet aussi de diminuer les douleurs !

M.O. : Comment s'organise l'enseignement des cours de l'AO...

P.M. : Comme vous pouvez le constater, nous avons un grand centre de congrès à Davos, qui reçoit tous les participants. De plus nous organisons des cours dans le monde entier. Il y a donc deux possibilités de bénéficier des cours de l'AO. Par exemple, pour le cours de cette semaine nous avons des participants de 80 pays différents. Ce qui est remarquable, c'est que seul un tiers vient avant tout pour se mettre à niveau. Les autres sont plutôt intéressés par la possibilité de rencontrer les enseignants. Nous avons ici tous les universitaires qui publient dans les revues orthopédiques prestigieuses et les participants sont ravis de les rencontrer de discuter avec eux voire de se faire prendre en photo en leur compagnie. Par ailleurs nous avons le siège central de l'AO qui comprend nos bureaux et l'Institut de Recherche et Développement. Il y a donc de nombreux motifs pour venir à Davos et je dois dire que pour l'AO c'est plus économique que d'envoyer une équipe d'enseignement dans chacun des pays. Cela dit nous nous déplaçons régulièrement. Mais ici les possibilités de travaux pratiques sont optimales. Le matériel qui sert aux ateliers est de grande qualité ; en fait c'est exactement celui qui existe dans les blocs opératoires modernes. Les os de démonstrations sont fabriqués par nos services, sans profit, et présentent des caractéristiques mécaniques voisines de l'os humain afin de donner aux participants les conditions d'entraînement les plus proches de la clinique.

M.O. : Avez-vous envisagé de travailler sur cadavres ?

P.M. : Vous savez au début, en 1960, nous travaillions sur os humain mais aujourd'hui nous avons besoin de 200 000 os et avec des pièces humaines cela poserait des problèmes éthiques et infectieux majeurs. Pour un enseignement de cette envergure, c'est impossible. Cela dit, l'os sec n'est pas le matériel pédagogique idéal. Dans certains pays on peut encore faire des petits séminaires de chirurgie où l'on s'exerce sur cadavre. Cela permet d'enseigner de façon réaliste les abords chirurgicaux. C'est bien quand on peut le faire mais dans l'ensemble cela devient de plus en plus difficile. C'est pourquoi nous nous intéressons de plus en plus aux possibilités pédagogiques de la réalité virtuelle. Nous travaillons sur ces projets avec des Instituts techniques à Zurich et en France.

M.O. : Y a-t-il une sorte de clinicat organisée par l'AO ?

P.M. : Nous proposons des courtes formations de 2 ou 3 mois et nous disposons d'environ 220 postes par an. Les "fellows" sont répartis sur une centaine de "cliniques". Celles-ci sont pour la plupart situées en Europe mais aussi en Amérique du Nord du Sud et en Asie afin de surmonter les problèmes de langue. Les structures d'accueil font toutes de la traumatologie mais avec parfois des spécialisations comme le rachis ou la maxillo-faciale. Inutile de vous dire que ces postes sont très appréciés et très convoités.

M.O. : Comment fait-on pour postuler ?

P.M. : Nous n'avons pas de gros dossiers à remplir. Vous pouvez d'ailleurs faire directement votre demande par le biais du site internet de l'AO. Il y a un comité restreint de l'AO International qui choisit parmi les candidats qui, il faut le dire, sont toujours plus nombreux que les postes. Nous essayons de respecter un quota géographique et d'être le plus équitable possible dans ce choix. Ainsi vous voyez que l'AO en matière d'éducation agit de façon directe avec les cours et les stages mais il y a aussi une action pédagogique indirecte qui se fait au travers des publications, d'internet et des nouvelles technologies.

M.O. : Comment l'AO trouve ses ressources financières ?

P.M. : La fondation AO est une institution scientifique médicale. Elle possède une compagnie appelée Synthes qui n'a pas pour objectif de faire de profits. Synthes a des accords avec trois fabricants qui eux, ont l'exclusivité des produits mis au point par l'AO et qui sont fabriqués sous le label Synthes. Ces trois fabricants sont Mathys à Bettlach en Suisse, Stratec à Oberdorf en Suisse et Synthes USA. Les profits générés par l'exploitation de ces licences Synthes sont reversés à l'AO. C'est ainsi que nous pouvons financer tout cet enseignement et toute cette recherche.

M.O. : Cela nous amène à nous interroger sur le futur de l'AO...

P.M. : Nous sommes impliqués dans des recherches fondamentales et surtout dans des programmes de recherche appliquée afin de garder toujours un pied dans la réalité clinique. Je pense donc qu'il y a de nombreux domaines susceptibles de faire l'objet de champ de développement comme par exemple les implants biodégradables ou la fixation d'implant dans l'os ostéoporotique. Le vieillissement des populations a de grandes répercussions sur l'économie de santé et c'est un domaine où il y a de réels progrès à faire. Et bien sûr, il y aura toujours les programmes d'enseignement.

M.O. : Chez qui avez-vous été formé ?

P.M. : Chez le Prof. Allgöwer qui est l'un des pionniers de la fondation AO. J'ai commencé mon internat en 1958 à Chur où il exerçait. Plus tard je l'ai suivi à Bâle. Je suis devenu Professeur à l'Université de Bâle et j'ai été détaché de cette université en 1971 pour enseigner à Davos. A présent je n'exerce plus.

M.O. : Avez-vous l'impression aujourd'hui d'une grande différence dans le traitement des fractures de jambe par rapport à votre temps ?

P.M. : A vrai dire non ! Ma formation de traumatologie auprès d'Allgöwer qui était un chirurgien général, ainsi que mes deux années de chirurgie plastique m'avaient beaucoup sensibilisé au respect des parties molles. Dans l'équipe chirurgicale il y avait une véritable symbiose entre la compréhension mécanique et tridimentionnelle de l'orthopédiste et l'approche plus biologique du chirurgien général.

M.O. : Par exemple, comment traitiez-vous les fractures largement ouvertes ?

P.M. : Nous les fixions avec des plaques vissées et si nous ne pouvions pas les fermer nous les laissions ouvertes. Nous avions dans l'ensemble plutôt de bons résultats. J'ai d'ailleurs rédigé un ouvrage sur le sujet. Aujourd'hui tout le monde est d'accord sur le principe que la stabilisation d'une fracture ouverte est le meilleur moyen de prévenir l'infection mais, toutefois, au moyen d'un fixateur externe. On essaye de se tenir à distance du foyer qu'il soit d'ailleurs ouvert ou fermé car dans les fractures très comminutives la vascularisation des parties molles est compromise. C'est ce qui a conduit au développement des abords minimaux. Incontestablement la fixation externe a bien fait progresser la prise en charge des traumatismes à haute énergie. Mes résultats avec les plaques dans les fractures ouvertes il y a 30 ans n'étaient pas mauvais mais il ne s'agissait probablement pas de lésions aussi graves que celles d'aujourd'hui.

M.O. : Que reste-t-il de la classique opposition entre clou et plaque ?

P.M. : C'est vrai qu'il y avait des clans "d'encloueurs" et de "plaqueurs". Le noyau dur de l'AO était qualifié de "plaqueur" intégristes mais cette réputation était excessive. Lorsqu'il se présentait une bonne indication d'enclouage centro-médullaire nous mettions un clou, mais lorsqu'il y avait possibilité de choisir l'une ou l'autre modalité d'ostéosynthèse nous préférions toujours la plaque pour la bonne raison que nous développions sans cesse de nouveaux modèles de plaques et que nous avions besoins de résultats cliniques. Cela dit, j'ai fait une étude multicentrique mondiale il y a 8 ans sur les préférences des orthopédistes et il est apparu que dans l'ensemble la plaque était plus utilisée que le clou et ce pour diverses raisons. L'une des raisons c'est que tout le monde ne peut disposer d'imagerie dans le bloc opératoire. Certains pensent que l'ostéosynthèse par plaque est plus difficile que celle par enclouage. Ce n'est pas mon avis mais j'ai été éduqué avec la plaque.

M.O. : Quels sont les reproches que l'on fait le plus souvent à l'AO ?

P.M. : Je crois que l'on nous reproche souvent notre "stabilité" dans le sens péjoratif du terme. C'est pourquoi durant ma présidence j'encourage les comportements hyperdynamiques. Et je peux vous dire que nous sommes entourés de jeunes gens particulièrement dynamiques.

Maîtrise Orthopédique n°104 - mai 2001
 
 
 
 
 
 
  AVERTISSEMENT : Ce site est destiné au corps médical. Les traitements présentés ne reflètent que l'expérience des auteurs au moment où leur article a été publié dans notre journal. La décision d’une intervention chirurgicale ne peut se prendre qu'après un examen clinique. Les techniques publiées ici ne sauraient justifier une quelconque revendication de la part d'un soignant ou d'un soigné.
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