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 2013-06-28CNIT 
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 Congrès thématique de la société d'imagerie musculo squelettique SIMS OPUS XXXX
 
 
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DOMINQUE MOULIES

 

Dominique Moulies est chirurgien orthopédiste pédiatre au CHU de Limoges et il s’est attaché dans son domaine à mener une activité à la fois polyvalente et spécialisée. Il a été président du Groupe d’Etude en Orthopédie Pédiatrique (GEOP) pendant l’année 2004.

 

 

M.O. : Parlez-nous de l’organisation du GEOP et de sa récente mutation en Société Française d’Orthopédie Pédiatrique …

D.M. : Le bureau du Groupe d’Etude en Orthopédie Pédiatrique est une équipe réunissant quatre fois par an dix membres élus qui assurent la continuité des projets. J’étais parmi eux l’an dernier au moment où cette mutation du GEOP en SOFOP c’est à dire  Société Française d’Orthopédie Pédiatrique  pouvait être présentée à tous nos partenaires. Il s’agit là autant de conviction que d’opportunité. Le but n’était pas de rompre avec quelque société que ce soit, ni de gagner en autonomie, mais de confirmer notre spécificité : l’Orthopédie Pédiatrique. Le terme de Société rend plus lisible notre travail, tant sur le plan national qu’international.

M.O. : Comment est né le GEOP ?

D.M. : Le GEOP a vu le jour il y a près de trente ans, au sein de la SOFCOT sous l’impulsion de P. Rigault, JG. Pous, H.Carlioz,  H. Bensahel, B. Glorion et JM. Bouyala. Cela a déclenché, à l’époque, des oppositions très fermes et argumentées de certains grands noms, défenseurs d’une orthopédie indivisible. Les faits et les esprits ont peu à peu changé, mais ce que craignaient nos aînés est arrivé : dans la brèche du GEOP d’autres spécialités ont voulu la même reconnaissance. A l’heure actuelle, le monde de l’orthopédie se modifie et les groupes qui travaillaient au sein de la SOFCOT deviennent des sociétés « filles » pour se retrouver lors d’un grand rassemblement avec l’organisation et les moyens que seule la SOFCOT peut mobiliser. Toute la dynamique de notre réflexion a été lancée à partir de cette idée de société fille qui permettait de s’affranchir du mot « groupe », sans choquer ni diviser. Nous nous sommes vite rendu compte, ces dernières années, que ce terme de groupe n’avait aucune signification dans le monde anglo-saxon, en particulier au moment où beaucoup d’entre nous avaient acquis leurs lettres de noblesse à la société européenne qui est l’EPOS et participaient activement à la société américaine c’est-à-dire la POSNA. En vingt ans le GEOP s’est transformé. L’impulsion donnée par nos maîtres n’a pas faibli et le nombre de communications et leur qualité ont créé un dynamisme incroyable. Ainsi, nous avons assisté à l’unification de nos pratiques, à la transparence de toutes nos activités, à l’esprit créatif et critique qui règne encore malgré une évolution qui risque de devenir un peu trop consensuelle  à mon goût. Singulièrement, nous n’avions aucun groupe équivalent en Europe, car aucun pays n’avait autonomisé l’activité de chirurgie pédiatrique orthopédique et aucun ne possédait autant de praticiens exclusifs dans cette spécialité. C’était cela l’exception française, et, pour la plupart d’entre nous, l’ambition restait hexagonale alors que tout autour de nous chaque nation créait sa société, petite certes, mais réunies par continent ; toutes commençaient à tisser une toile dans laquelle nous ne représentions qu’une seule maille, à l’échelle d’un seul pays. Malgré cela nous restions forts et fiers, peut être avec certaines raisons, mais avec peu de reconnaissance au-delà de nos frontières. Il fallait donc passer à la vitesse supérieure et surtout le faire savoir dans ces sociétés étrangères. Il y a vingt ans nous n’avons pas réussi le passage de tous les aiguillages. Souvenons-nous de l’initiative solitaire de H. Bensahel pour créer  l’EPOS,  déjà notre groupe frémissait et cherchait à s’ouvrir : nous invitions, le lundi matin, à la SOFCOT, des orateurs étrangers. Souvenons-nous aussi du magnifique travail mené par Jean Claude Pouliquen pour colliger les résumés et traduire en anglais les meilleurs travaux de ces dix dernières années. Toutefois, malgré les efforts de certains, qui avaient tissé des relations privilégiées avec les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, l’Amérique du sud, le groupe lui-même ne démarrait pas sur le plan international. La barrière du langage y était pour beaucoup : aucun étranger ne lisait les papiers français, trop complexes ou trop longs, même lorsqu’ils étaient traduits par notre vaillant correspondant, Sir Sharrard ! Inversement, très peu d’entre nous étaient capables de soutenir fermement une argumentation ou établir un lien durable par une conversation suivie. Tout cela est regrettable, il en va ainsi de toute culture, de toute littérature. Le hasard avait fait naître les plus travailleurs d’entre nous en terre française avec une culture, un langage spécifique. Imaginons aujourd’hui le JBJS inondé par les travaux de Pierre Rigault, Jean Claude Pouliquen ou tant d’autres français ! N'avons-nous jamais lu dans la littérature anglo-saxonne d’aussi bons papiers, si nuancés, que ceux de l’école Trousseau, de Saint Vincent de Paul ou des Enfants Malades ? Mais cet immense travail a été extrêmement fécond, et c’est sur lui que se sont basées les plus belles innovations, grâce au génie de certains, leur inventivité et leur dynamisme et parfois leur «culot ». Citons les domaines, tels que les déviations du rachis et leur approche 3D, la traumatologie et l’ECMES, le traitement des inégalités de longueur, etc. Nous avons alors commencé à être écoutés, visités, copiés ! Voila à grands traits l’état des lieux de ces dernières années, vous mesurez le chemin parcouru depuis.

M.O. : Quels sont les rapports entre la SOFOP et la SOFCOT ?

D.M. :  Notre situation par rapport à la SOFCOT s’est clarifiée en quelques mois : nous conservons et nous en sommes heureux , notre statut de société fille, reconnaissants d’avoir été hébergés gracieusement de longues années, en faisant salle comble ; nous gardons encore une place particulière dans la composition de son Bureau, dans les congrès, dans la Revue, dans le Collège. Tout ceci nous engage à maintenir une participation en nombre et en qualité. Il faut confirmer notre attachement à la SOFCOT dont nous sommes historiquement issus.

M.O. : Qu’en est-il des relations avec la Société Française de Chirurgie Pédiatrique ?

D.M. : Nos liens avec la SFCP sont également très anciens puisque nous sommes bien des chirurgiens d’enfants et partageons souvent avec nos collègues viscéralistes  les structures, les personnels, ainsi que certaines stratégies thérapeutiques. Ces liens se sont quelque peu distendus avec le temps. Du fait de l’hyperspécialisation, nos pôles d’intérêt se sont peu à peu séparés, les sujets transversaux se font rares, reste le savoir-faire particulier de l’hospitalisation de l’enfant et le partage d’une véritable philosophie de l’accueil et des rapports humains. Nous pouvons renverser le problème. La société française de chirurgie pédiatrique se trouve dans la même situation que la SOFCOT il y a quinze ans. Peu à peu toutes les composantes de la chirurgie de l’enfant se sont organisées. La chirurgie générale s’éteint progressivement pour faire place à des hyperspecialisations, répondant mieux aux exigences des familles et de nos tutelles. Aujourd’hui l’orthopédie, demain l’urologie, bientôt la plastique, la cardiologie, la néonatologie, etc.,  toutes les composantes de la chirurgie de l’enfant auront besoin d’un espace d’expression qu’une grande société ou fédération chirurgicale pédiatrique pourra seule offrir. C’est à Saint Sébastien, il y a huit ans, sous l’impulsion de Claire Fékéte, de Maurice Bergoin, de Jean Dubousset, que se firent les premiers pas d’une autonomisation, à l’époque très bien comprise. Le concept de chirurgie générale avait été bousculé, le symbole de l’amphithéâtre unique faisait place à deux réunions conjointes et nous ne nous retrouvions déjà que pour les sujets d’ordre général. C’est ce concept de société   « sœur » qui me semble réaliste aujourd’hui, nous regroupant autour du seul thème des soins et de l’hospitalisation de l’enfant. Au moment ou se construisent tant d’hôpitaux mère –enfant, nous avons beaucoup à proposer et pas seulement à défendre. La réalité du quotidien nous ramène tous les jours au monde pédiatrique, à cette cohabitation nécessaire. A l’heure où nos économistes parlent de limiter le nombre des spécialités,   les actions de notre Bureau vont dans le sens d’une mise en commun de nos problèmes syndicaux, pédagogiques et du fonctionnement quotidien. Le moment de cette mutation est enfin venu, à la veille d’un grand congrès de pédiatrie médicale et chirurgicale  qui se tiendra à Lyon en 2006. Il n’y a aucune erreur de casting, nous suivons la ligne. Nous ne ferons jamais la politique de la chaise vide : à Reims, en septembre  dernier s’est tenu le congrès de la SFCP, les orthopédistes pédiatres ont largement couvert les plages horaires par leurs communications et leurs tables rondes : la SOFOP a pour principe de toujours  profiter de l’opportunité de plusieurs demi-journées pour présenter ses travaux… et les publier dans la R.C.O. qui ouvre maintenant des pages dédiées aux sociétés « filles ». Mais transformer, c’est aussi créer et la SOFOP se dote de statuts plus précis et plus actuels que ceux du GEOP et d’un règlement intérieur qui clarifie notre position. C’était un gros travail, il est aujourd’hui accompli ; l’avenir est prometteur.

M.O. : Parlons de vous. Comment avez vous été attiré  vers la chirurgie pédiatrique ?

D.M. : J’ai vécu toute mon enfance au milieu des cris, des pleurs, des poussettes, des files d’attente, des emplois du temps surchargés de mon père et de mon frère aîné. Peu nombreux, les pédiatres de l’époque étaient habités d’une passion sans limite. Sans m’en rendre compte, j’ai été imbibé par cet esprit, et malgré un peu de retard à « l’allumage », car au collège et au lycée je rêvais de devenir guide de haute montagne, j’ai compris que ce modèle était le bon et que, génétiquement sans doute, j’étais passionné par le monde du soin. Je suis rentré en Médecine avec la conviction que seule la chirurgie m’intéressait au grand désespoir de mes proches qui ne comprenaient pas cette singulière vocation. J’ai partagé heureusement cette passion avec quelques amis, et très vite, dès les premières années, se sont enchaînés les aides opératoires en ville, le laboratoire d’anatomie, la préparation de l’externat avec deux merveilleux parrains, Jean Paul Emeriau et Henri Cabanier. Ce sont les plus belles années de mon existence, malgré le changement des règles du jeu en cours de partie, après les évènements de 68. Singulièrement, ma première inclinaison était pour la chirurgie viscérale et c’est en cours d’internat que j’ai découvert l’orthopédie et plus particulièrement l’orthopédie pédiatrique. A cette époque Jean Dunoyer exerçait à mi-temps et projetait de prendre avec Claude Pecout les rênes de l’orthopédie hospitalo-universitaire. Le creuset pédiatrique orthopédique limougeaud était particulièrement important. Jean Luc Alain venait de prendre ses fonctions, fort d’un cursus pédiatrique complet, auprès des meilleurs maîtres de l’époque. Claude Valette  avec  Jean Dunoyer, opérait plusieurs scolioses par mois et Jean François Mechin fit une arrivée fracassante à Limoges après sa formation à Cochin, Saint Vincent de Paul et Toronto. Je n’entendais parler que de Pierre Petit, sorte de référence invisible. Dans les congrès, comme beaucoup, j’étais alors fasciné par la clarté et la vivacité d’esprit de Pierre Rigault qui animait tous les débats et couvrait tous les mois d’articles la Revue de chirurgie orthopédique sur des sujets difficiles et mystérieux. J’étais dès lors intéressé. J’en fis part à Jean Dunoyer, qui m’encouragea et me recommanda auprès de Pierre Rigault. Tout a démarré ainsi, comme toujours par des rencontres, des affinités, des liens qui se sont tissés et qui ne se sont jamais altérés à travers toutes ces années. Après un séjour auprès de Pierre Rigault,  Jean Paul Padovani, Georges Finidori et  Philippe Touzet, me voila revenu parmi les limougeauds, et heureusement bien accueilli par Jean Luc Alain qui développait, avec la minutie qu’on lui connaît, le service de chirurgie infantile. La tâche en orthopédie pédiatrique était difficile, tant étaient dispersées les compétences entre le CHU et la clinique Chenieux. Jean François Mechin, heureusement, créait le trait d’union en venant tous les jeudis opérer rachis et hanches ; c’était alors l’époque des spina, des grandes déformations. Malgré tous ces éléments favorables, il m’a fallu beaucoup d’années pour comprendre, assimiler et commencer à maîtriser la discipline. J’admire aujourd’hui la patience de Jean Luc Alain et sa tolérance sachant son goût pour l’excellence. Mais le choix était confirmé, après six mois passionnants passés auprès de Denis Pellerin, de Claire Fékéte et Yann Revillon, je devins certes un peu chirurgien pédiatre, mais essentiellement et définitivement orthopédiste. Pierre Rigault me prévint alors qu’une vie ne suffisait pas pour appréhender l’ampleur de ce métier. Je réalise aujourd’hui combien il avait raison.

M.O. : Vous avez participé à un solide groupe de bibliographie ; qu’en pensez-vous aujourd’hui ?

D.M. : Dans les années 80, nous étions une douzaine, tous persuadés que nous ne savions pas grand-chose et que notre spécialité naissante était très compliquée ; il fallait mettre en commun le peu que nous avions réussi à assimiler. Ce n’était pas les problèmes techniques qui nous passionnaient, ni les dossiers, mais de véritables séances de bibliographie sur un thème donné qui nous réunissaient tous les deux mois. Un ou deux d’entre nous préparait le sujet qui s’ouvrait sur de longs débats, d’une ou deux journées, véritables polémiques qui nous faisaient réaliser que tout avait été écrit et même son contraire. C’était le ferment  d’où sortiraient les plus belles inventions, les plus belles idées que la plupart d’entre nous ont pu réaliser par la suite. Notre groupe appelé BIBLIOP était pour le moins assez hétéroclite jugez-en : Gérard Bollini, Jean Michel Clavert, Pierre Lascombes, JeanPaul Métaizeau, Luc Teot,  Alain Tanguy, François Fassier puis Merloz, Jean Michel Rogez, Jean Claude de Mauroy, Pierre Lebarbier !!! Rémi Kohler nous imposait sa discipline et nous l’acceptions, alors qu’aucun d’entre nous ne supportait la discipline quotidienne de son service ! Nous repartions le samedi ou le dimanche, le cartable plein de notes ou de mises à jour. Chacun fourbissait dans son coin, un nouveau projet. Clermont était sur le chemin de Limoges et avec Alain Tanguy nous passions en revue tous les scénarios orthopédiques possibles. J’ai gardé précieusement ces merveilleux polycopiés du Bibliop, ils sont la base de tous nos travaux et pour certains les brouillons de leurs plus belles publications. Je ne connais pas de meilleure manière de travailler que ces réunions où chacun vient d’un horizon différent pour apporter un son nouveau, une contribution. Bien préparées, surtout bien dirigées, ces séances étaient en fait des séminaires en miniatures. Le choix des sujets permettait de ne pas avoir à subir une technique ou un a priori d’école dominante. Nous n’étions pas vieux mais déjà nous avions découvert la recette pour comprendre, apprendre, tolérer et ne pas vieillir trop vite dans l’à priori. Mais, je le répète, pour que la recette soit réussie, il faut un chef cuisinier de talent, avec une rigueur singulière. Une seule question reste pour moi non résolue, pourquoi  Rémi nous avait-il choisis ? Il faut le lui demander…

M.O.: On vous sait passionné par l’enseignement …

D.M. : Sans doute, parce que j’apprends et  comprends lentement, j’ai toujours eu un goût prononcé pour la clarté dans les explications. Tout ce qui est compliqué à exprimer ne me semble pas facile à transmettre. Même les sciences les plus abstraites peuvent être transmises simplement. Il suffit de trouver la vitesse et les termes. C’est un bonheur de sentir que l’on a trouvé les mots, le ton, la formule, les images qui retiennent l’attention et finissent par éclairer ce qui était, il y a quelques instants, inconnu ou mystérieux pour un étudiant. N’ est -il pas aussi passionnant d’expliquer le problème de la luxation congénitale à un étudiant du deuxième cycle que de décrire  la variété des malformations des membres inférieurs à des chirurgiens confirmés ? Dans les deux cas, celui qui vous écoute doit repartir avec le sentiment d’en savoir autant que vous et s’il a compris, il retiendra sans effort et n’oubliera jamais. Je dis souvent aux étudiants de regarder, d’écouter, de participer et automatiquement le désir d’en savoir plus va les aiguillonner. Personne n’avait appris par cœur la description du modèle 1990 de la Renault 4  et pourtant en un clin d’œil tout enfant était capable de la reconnaître et de la décrire. Sans doute les vendeurs de voiture sont ils meilleurs que nous en pédagogie ! Notre problème aujourd’hui est surtout de ne pas manquer notre cible : les étudiants de deuxième cycle, les internes, les médecins généralistes, les chirurgiens installés, les orthopédistes en formation, les urgentistes, voyez que nous sommes loin des quelques rares sujets inscrits au nouveau programme du deuxième cycle des études médicales et combien il faut nous retrousser les manches !

M.O. : Comment s’est engagée votre carrière hospitalo-universitaire ?

D.M. : Je ne pense pas que ma vie ressemble à une carrière mais seulement à ce que j’ai pu réaliser et l’enseignement reste pour moi le moteur essentiel. Depuis l’époque des conférences d’internat jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais perdu le goût de ce mode de communication. Il faut le reconnaître, cela a déterminé mon choix pour la carrière hospitalière car je n’aurais pas trouvé mon bonheur sans cet exercice quotidien. Ma vie s’est donc engagée, très lentement d’ailleurs, dans cette voie et je ne regrette pas tout ce temps de maturation après ce départ avec un enthousiasme un peu naïf dans cette spécialité, car ces années d’assistanat étaient plus que nécessaires. Les idées que nous partagions avec toute ma génération sur la nécessité d’une large diffusion des enseignements transversaux se réalisent enfin et nous retrouvons au sein même de la SOFCOT des demi-journées entières de présentation de dossiers de traumatologie infantile qui arrivent à réunir plus de 500 personnes : mieux encore, au dernier congrès, une table ronde sur les fractures des deux os de l’avant-bras a fait salle comble en fin de semaine ! 

M.O. : Dans votre spécialité, quels sont vos domaines préférentiels ?

D.M. : Si l’étude de la physiologie et de la chirurgie du pied m’ont accordé de grands moments de bonheur, il faut reconnaître que la « courbe d’apprentissage » est ingrate : les plus cuisants des mes échecs m’ont été donnés par la chirurgie du pied bot varus équin ! Malgré cela j’aime toujours autant cette chirurgie non répétitive avec, à chaque fois, un problème à résoudre un peu différent. Comme celle de la hanche, la chirurgie du pied du petit enfant et de l’adolescent me semble encore aujourd’hui l’artisanat le plus accompli ! J’ai vécu à ce propos de longues joutes avec Jean Luc Alain entre les tenants et les aboutissants de l’allongement précoce postérieur isolé, contre le tout postéro-interne dont j’étais bien sûr partisan car il était plus moderne. Je ne sais toujours pas qui a raison…. Et que dire des difficultés et des doutes rencontrés dans la prise en charge de seconde main des luxations de hanche dites congénitales! Au-delà de la chirurgie articulaire et segmentaire, ma vie chirurgicale s’est organisée autour du handicapé. Mes premiers patients étaient porteurs de séquelles de myeloméningocèle, puis j’ai pris en charge de si nombreux IMOC. Il y a plus de vingt ans, les centres hélio marins étaient de véritables temples, tenus par des pédiatres et quelques médecins rééducateurs ; ils connaissaient parfaitement leurs patients et s’inscrivaient dans de véritables circuits de recrutement issus des « grandes maisons référentes ». Il fallait trouver  sa place, sans s’imposer, sans choquer, car les aînés étaient très écoutés : Tardieu, Audic, Guillaumat, Dubousset. J’ai pu profiter d’une opportunité pour aller régulièrement à Saint Trojan sur l’Ile d’Oléron, puis en Corrèze, puis à Limoges, puis dans l’Indre, puis en Charente… et couvrir ainsi peu à peu  toute la région du centre-ouest. Je faisais ainsi de longs périples, accompagné d’un interne plus impressionné que convaincu. Aujourd’hui, je partage avec mes collègues une consultation dans 13 centres et je roule encore de longues heures pour que la flamme ne s’éteigne pas, car c’est auprès des soignants que l’on juge au mieux de l’état d’un enfant et de ses progrès. Notre préoccupation du moment réside justement dans cette nécessaire communication entre tous les centres et notre service. Nous avons pu développer  grâce à tous les intervenants une fiche regroupant tout ce qui est réellement important pour l’enfant : ce qu’il aime, comment il s’exprime, ses dessins, ses goûts, ses photos, ses installations préférées, etc.. Un séjour lors de l’évaluation anesthésique permet de formaliser tout cela pour éviter les grands écueils que sont la souffrance et l’isolement. Combien de fois j’ai déploré l’incompréhension par l’équipe soignante de ce que nous faisions pour un enfant, triste conséquence du manque de cohésion entre le centre, la famille et l’opéré. S’il manque une de ces données, la chirurgie, même techniquement réussie ne sera jamais un vrai succès.Enfin, j’ai toujours aimé prendre en charge le problème de la luxation congénitale de hanche dans une région où il semblait, dans les années 70, que ce phénomène était inéluctable. Les progrès dus au dépistage ont considérablement amélioré le sort de nos nouveaux- nés.  Toutefois les situations difficiles n’ont pas disparu et des questions restent sans réponse : le dépistage est- il bien fait ? L’échographie est-elle un filtre absolu, est-elle toujours en de bonnes mains ? Les conséquences du syndrome postural s’expriment elles si précocement ? Une seule certitude : le filtre absolu d’un seul examen peut être un piège  redoutable !

M.O. : Quelle place faites-vous à la recherche au sein de votre équipe ?

D.M. : Malgré de gros efforts pour participer à la recherche, je dois reconnaître que je supporte moins aujourd’hui l’ambiance labo et ses rituels. Je ne suis pas certain non plus que nos amis chercheurs aient joué pleinement le jeu, du moins pour notre génération. Comptez autour de nous ceux qui après leur DEA ou leur thèse ont été invités à poursuivre activement leur travail, même en quart de temps ! Je suis peut être un peu pessimiste et je le regrette d’autant plus que le DEA ou une année de recherche transforment un jeune chirurgien en un esprit beaucoup plus raffiné et beaucoup plus exigeant, que le simple cursus de l’internat et je reste fermement partisan du maintien d’une année de recherche dans le cursus du chirurgien en formation. Reconnaissons que nos collègues qui ont réussi une carrière clinique et scientifique, ont développé  leur propre laboratoire. Il reste toutefois, pour certains l’esprit de recherche au quotidien, c'est-à-dire le goût d’aller dans la littérature trouver des arguments pour défendre une indication ou découvrir une pathologie inconnue, la mise à jour permanente de la bibliographie, bref, le refus de tout a priori, s’il ne s’appuie pas sur des preuves scientifiques. Si mon parcours de recherche est relativement modeste par les résultats obtenus dans le domaine de l’épidémiologie de la luxation congénitale de hanche ou de la conduction  médullaire, je reste persuadé que les années que j’ai passées au centre de documentation de la SOFCOT m’ont appris autant en rigueur qu’une paillasse de laboratoire. Aujourd’hui  ma plus  belle gratification est d’encourager dans le service  les  travaux  de recherche de P. Peyrou  et  L. Fourcade  en collaboration avec l’université. De plus, pour encourager les  plus jeunes, JP Cahuzac, A. Dimeglio et G. Bollini  organisent à tour de rôle un séminaire de recherche  ouvert à tous nos collègues européens et très fréquenté par toutes les générations.

M.O. : Dans votre pratique quotidienne à Limoges, quelles difficultés spécifiques rencontrez-vous ?

D.M. : Limoges en plein centre, n’est pas protégé par son isolement et rencontre au quotidien les mêmes turbulences administratives et médicales que les villes mieux situées ou plus proches du Pouvoir : Dès les premiers pas dans le service le matin je ne sais pas quel problème je devrai résoudre en premier ! Il n’y a pas de recette, mais il est une évidence, on ne peut plus diriger aujourd’hui un service avec les principes qui ont guidé nos maîtres. Les individus ont changé, les parents ont des exigences, leurs angoisses sont très vite exprimées, le gain de leur confiance est plus difficile à obtenir dans notre environnement cyber informé. « L’administration », elle-même, n’est plus un étranger mais un partenaire embarqué dans la même galére.  Pour le quotidien, le meilleur remède recommandable semble être chaque matin une bonne dose de « staff  » avant que toute l’équipe ne s’éparpille. Chacun sait alors ce que l’autre a fait, doit faire, ou ne saura pas faire. A Limoges, spécifiquement, notre difficulté reste notre isolement, c’est aussi notre chance. Village gaulois, nous avons en charge 250 000 enfants sans aucune concurrence à moins de deux heures de route. C’est avec cet argument que j’ai pu poursuivre une politique de recrutement et renforcer les équipes de chirurgie pédiatrique et de pédiatrie, malgré notre éloignement de la mer, de l’océan, des Alpes, des Pyrénées et de Paris nous avons pu convaincre quelques P.H. de quitter la capitale pour travailler avec nous dans la région réputée comme la plus âgée d’Europe ! Nous sommes prêts pour un prochain déménagement à l’hôpital Mère – Enfant dans 18 mois, bâtiment magnifique  malheureusement à 200 mètres du CHU nécessitant de réinventer toutes les connexions établies pendant des années avec nos partenaires : imagerie, biologie et surtout chirurgie orthopédique adulte. Si ces liens se rompaient, notre isolement serait une exclusion. Tous ceux parmi mes collègues qui sont à la veille d’un tel  changement doivent ressentir cette même impression de risque pour notre spécialité. Gageons que  nous serons sûrement mieux écoutés avec le poids d’un pôle. 

M.O. : Comment fonctionnent les urgences chirurgicales pédiatriques dans votre CHU ?

D.M. : Chaque ville a construit son mode de prise en charge en fonction de ses effectifs. A Limoges, les urgences de chirurgie pédiatrique sont « polyvalentes ». Un senior est d’astreinte 24 heures sur 24. Si la pathologie ne relève pas de sa compétence, il appelle un autre collègue, mais cet évènement ne concerne que les urgences néonatales ou les fractures complexes. Nos chefs de clinique sont essentiellement recrutés dans le monde de l’orthopédie mais il faut le dire, une appendicite ou une torsion du testicule ne les effraient pas ! Le timing est le suivant : de huit heures à dix huit heures trente, les urgences sont reçues dans le service, à la consultation, par l’interne, la proximité d’un senior, des locaux dédiés nous permettent de contrôler au mieux cette vingtaine de patients quotidiens. Malheureusement nous ne pouvons pas assurer, 24 heures sur 24, sur ce même site, cette prestation, le soir à l’heure où les enfants arrivent si nombreux, ils sont accueillis dans le service des urgences générales où l’interne junior les reçoit. Un senior urgentiste bien sûr est sur place, sous la tutelle d’un ancien chef de clinique du service et le chirurgien pédiatre d’astreinte se déplace au moindre appel. Ce système bipolaire n’est pas parfait, mais il nous offre l’avantage de diminuer la pénibilité pour nos internes du service tout en imposant des séances de formation tous les six mois aux jeunes promotions. L’accueil bien sûr est moins professionnel à partir de 18 heures 30 et surtout le mélange adultes – enfants, malgré un local dédié, le soir et la nuit, est souvent mal vécu. Tout ceci va prendre fin avec la création à l’hôpital mère – enfant d’un service d’urgences dont Bernard Longis, un des rares chirurgiens pédiatres polyvalents existant encore sur notre sol, va  prendre les rênes. Je respirerai enfin : accueillir les urgences, la journée, parmi les 15000 consultations annuelles, devient difficile et m’endormir tous les soirs en sachant que les enfants sont reçus par des mains un peu « innocentes » m’a toujours inquiété. Pour toutes ces raisons nous avons mis en place un verrou de sécurité : toutes les radiographies informatisées sont revues dès le lendemain et aucune immobilisation plâtrée ne part sans surveillance et rendez-vous de contrôle. Je reste persuadé que la permanence physique d’un senior sur place de nuit n’est pas indispensable dans la plus grande part des services d’orthopédie pédiatrique, elle pourrait même devenir un gaspillage de temps et de talents en regard des services rendus et des récupérations imposées aujourd’hui. Il faut un minimum de sept praticiens pour assurer une garde sur place, seules les très grandes équipes pourraient assurer cette charge, mais à quel prix ! 

M.O. : L’orthopédie pédiatrique française conserve des liens étroits avec la chirurgie pédiatrique viscérale, tant par l’unité de lieu dans les services hospitaliers que par les nominations hospitalo-universitaires. Est il licite de conserver cette « exception française » de formation de chirurgiens pédiatres polyvalents ?

D.M. : L’exception française a au moins le mérite d’avoir très vite compris que la pire des situations est celle que vivent certains chirurgiens d’enfants relégués dans le coin d’un service d’adultes spécialisé ou polyvalent, avec quelques jouets et des murs de couleurs voyantes ! La vraie exception française c’est la reconnaissance de la spécialité de l’enfant, et, surtout de l’orthopédie pédiatrique, avec la mise à la disposition de moyens spécifiques et d’une indépendance dont il faut se féliciter. Le seul problème, qui reste de taille, réside dans le fait que le terme de chirurgie pédiatrique dans les pays qui nous entourent, ne recouvre que la chirurgie viscérale et néonatale. C’était d’ailleurs ainsi que fonctionnaient les premiers services de chirurgie pédiatrique, véritables officines généralistes où les grands maîtres du début du siècle dernier étaient polyvalents. Ce mode d’exercice n’a pas pu se transmettre en raison de la délégation du savoir et des progrès techniques. Qui peut prétendre aujourd’hui réaliser parfaitement une fente palatine, corriger une scoliose et  guérir une fistule post-opératoire d’un hypospade ? Le concept de chirurgie générale pédiatrique n’existe plus, à moins que nous ignorions aveuglement les exigences des familles ou que nous souhaitions doter certains centres hospitaliers de petite taille de chirurgiens pédiatres généralistes, à la botte des services de pédiatrie médicale. Tout ceci est indéfendable en raison de l’exigence de qualité qui nous oblige et de la démographie médicale. Dans notre pays, il y a de grandes équipes, de niveau international, par leur recrutement, leur niveau technique, leurs travaux, etc. ; et d’autres, plus modestes qui assurent la santé orthopédique d’une plus petite population d’enfants, et qui ne doivent pas prendre en charge, seules, sans pratique, sans logistique, sans référent, des pathologies lourdes ou exceptionnelles. Nous l’avons souligné à propos de l’oncologie à Toulouse, il y a deux ans,  lors du séminaire d’enseignement annuel. L’organisation en réseau pour les tumeurs est valable pour toutes les pathologies rares et nous devons fonctionner par régions. Il faut  encourager un interne à connaître plusieurs sites pendant sa formation.Enfin, pour le problème des gardes, même pour les petites équipes  il n’y a qu’une réponse possible : seul celui qui sait prendre en charge est autorisé à le faire ; en pédiatrie, moins qu’ailleurs on ne pardonnera pas une complication ou un échec à celui qui aura voulu rendre service en se « hasardant » tout seul, même en urgence. 

M.O. : Comment cette formation à la Française pourra-t-elle s’articuler avec les qualifications des « boards » européens ?

D.M. : Pour recruter et former des spécialistes en orthopédie pédiatrique, il faut d’abord être attractif par les stages, l’enseignement, les prises de responsabilités et ensuite offrir des perspectives d’exercice. La réponse à votre question vient tout simplement de l’observation de la réalité. Qui sont nos élèves aujourd’hui ? Ce sont des orthopédistes qui ont le goût pour notre spécialité, rarement des chirurgiens généralistes pédiatres et nous trouvons notre bonheur dans cette situation car, si un interne ou un ancien chef d’orthopédie adulte est rompu à la ligamentoplastie, aux prothèses, il garde cette pratique dans le service, aussi à l’aise dans la réparation d’un genou d’enfant que dans une reconstruction  prothétique après résection pour tumeur. Ces chirurgiens de passage, ou ces futurs chirurgiens orthopédistes pédiatres ont l’avantage de garder un pied dans le service adulte voisin, assurant un pont régulier, technique, matériel, des présences aux staffs, aux séances communes de bibliographie, etc. Et la chirurgie de l’enfant ? Ils ont le temps de l’apprendre, comme nous l’avons apprise au contact de l’équipe pluridisciplinaire, dans les staffs communs, au contact des familles, par les exigences quotidiennes. Notre génération n’a plus le choix. Son devoir se limite seulement à donner à tous les futurs orthopédistes les connaissances théoriques et techniques qui leur permettront d’intervenir avec sécurité, en traumatologie pédiatrique ou en orthopédie courante, d’où cette obligation d’organiser des séminaires très spécialisés, de les inciter à participer aux cours d’orthopédie adultes, aux congrès nationaux, régionaux, des sociétés dynamiques telle la Société d’Orthopédie de l’Ouest. Toutes ces manifestations nous ouvrent leurs portes. Quel que soit le recrutement des Internes ou des Chefs de Clinique de nos services, notre grande force sera très vite de proposer un enseignement structuré avec un échelon régional et national. Cette réflexion menée par le Collège de chirurgie pédiatrique, initiée il y a cinq ans, arrive à son stade final de réalisation. Georges Penneçot et les membres du Collège ont écrit les bases de ce programme qui est pratiquement terminé, inspiré de celui des USA et contenant tout ce qui manque aujourd’hui à chaque interne en début de cursus : les bases fondamentales, la compréhension des pathologies, de la thérapeutique sans ignorer les références fondamentales françaises et internationales. C’est en proposant un enseignement solide et structuré que nous verrons arriver les futurs orthopédistes pédiatres, guidés par un tuteur régional et pouvant se comparer et affronter leurs collègues anglo-saxons ou européens. En effet, le Board européen dont Gérard Bollini s’occupe avec efficacité va lui aussi voir le jour. Car dans chaque pays, la formation, le mode d’exercice de l’orthopédie pédiatrique est différent. Nous sommes très peu en Europe à exercer exclusivement notre spécialité. Il faut donc convaincre que le parcours réalisé par la France, depuis 25 ans, a été bénéfique. L’époque est très féconde, tout se met en place pour les prochaines années et chacun de ceux qui fréquentent l’European Pediatric Orthopedic Society   peuvent mesurer le travail fourni par ces membres les plus actifs, qui ont contribué à former un véritable « lobby » multinational afin d’harmoniser les savoirs et les pratiques. Mais tous ces efforts pour quels débouchés, quelles carrières pour nos élèves ? Il faut reconnaître que la question peut paraître singulière à une génération comme la notre, qui n’a jamais évoqué ce genre de problème. En fait, les données ont peu changé. D’abord, il y aura des postes vacants, car une génération entière va prendre sa retraite dans les cinq à dix ans, par ailleurs la pathologie orthopédique n’a pas régressé, bien au contraire puisqu’un million et demi d’enfants sont annuellement reçus aux urgences, enfin, l’exercice pourra être mixte, en libéral ou en association avec des orthopédistes généraux ou un cabinet de chirurgiens pédiatres ; seuls la compétence et le savoir-faire seront reconnus.

M.O. : Quelle est votre opinion sur la démographie médicale et quels sont les moyens qu’il faudrait développer pour rendre cette spécialité plus attractive ?

D.M. : Béarnais d’origine, je suis plutôt du genre critique. Mais sur ce sujet, je n’ai pas d’inquiétude. Nous aurons ce que nous méritons. Si nous sommes attractifs, nous aurons des élèves, sinon nous serons seuls à déplorer notre surcharge de travail et la baisse de niveau etc… Refrain connu depuis l’antiquité et chanté par des dizaines de générations de mauvais pédagogues. Au pire nous apporterons un plus de raisonnement et de compréhension des risques spécifiques de la croissance, au mieux la plus grande part des chirurgiens orthopédistes formés en France connaîtra la traumatologie de l’enfant et les bases de la prise en charge des principales malformations. Si nous savons donner, nous recevrons. Les craintes de certains sont en fait nos atouts : la féminisation de réputation catastrophique par exemple, la fausse baisse de natalité, la soi-disant disparition des grandes malformations, tous ces arguments sont en fait favorables pour ceux qui savent différencier les chimères de la réalité qui est l’enthousiasme des jeunes internes du moment. Aujourd’hui, puisque la traumatologie pédiatrique « effraie » souvent un jeune chef de tempérament honnête, ouvrons lui les portes de nos services, même pour un ou deux ans.  Les urgentistes veulent savoir les limites de leur compétence ? Montrons leur que c’est auprès de nous qu'ils les apprendront. Les pédiatres ne comprennent pas nos inquiétudes devant de tous « petits détails » comme une malformation du pied, un problème  de hanche, une anomalie rachidienne ? Apprenons leur les règles de l’aggravation des déformations. Même si les moyens financiers devenaient de plus en plus réduits, nous limitant dans notre exercice quotidien, nous pourrions alors garder la meilleure des devises pour un artisan :  « Faire moins peut être, mais mieux toujours  ». La mode est au rendement, les échelles de valeur s’écrivent en fonction du nombre d’interventions réalisées. Certes le concept de qualité est difficile à évaluer mais il ne faut pas le nier à ce point. Par comparaison si l’on attribuait les étoiles de bonne cuisine au nombre de couverts servis, les cantines scolaires seraient en tête dans le guide Michelin ! Nous avons tous assisté à des présentations de grandes séries douteuses en terme d’indication ou de technique. Revenons au concept de qualité que nous seuls, entre collègues de la même spécialité, savons apprécier.

M.O. : Quelles sont vos passions, vos hobbies ?

D.M. : Cela peut paraître assez curieux aujourd’hui : j’ai eu une jeunesse très sportive et mon goût pour la montagne a failli orienter ma vie. Il m’est resté un peu de glisse à ski, que l’on peut pratiquer à tout âge et pour la marche, je pousse parfois une balle de golf comme on fait une partie de pétanque entre amis, et c’est là mon vrai hobby : le culte de l’amitié, quelles que soient les convictions, les cultures et les horizons. Cette sorte de naïveté et cette ouverture, j’ai pu les conserver dans le monde très protégé des services d’enfants. C’est auprès d’eux que l’on peut encore garder des illusions et puiser de l’énergie et ne pas se rendre compte des années qui passent.

M.O. : Si vous deviez qualifier l’orthopédie pédiatrique française en un seul mot, quel serait-il ?

D.M. : Il y a beaucoup de qualificatifs qui me viennent à l’esprit mais le premier est  « dynamisme ». Trois générations d’orthopédistes pédiatres cohabitent, partagent leur expérience, et gardent  leur enthousiasme intact depuis plus de 25 ans !

Maîtrise Orthopédique n°148 - novembre 2005
 
 
 
 
 
 
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