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![]() DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT DES FRACTURES FRAÎCHES DE L'OLÉCRÂNE Alexis NOGIER*, Georges LAVAL*, Jérôme ALLAIN* Introduction I Diagnostic : dépister la fracture complexe 1. Définition de la fracture complexe 2. Trait de fracture, enfoncement et comminution 3. Lésions ostéo-articulaires associées 4. Mécanisme 5. Classifications II. Traitement de la fracture simple déplacée 1. Objectif 2. Installation 3. Voie d'abord 4. Manoeuvres de réduction 5. Le brochage-haubanage Principe Réalisation technique Variantes Contre-indications Inconvénients 6. Autres moyens de synthèse Le vissage centro-médullaire Autres moyens 7. Suites opératoires III. La fracture non déplacée IV. Traitement de la fracture complexe 1. Objectifs 2. Technique de l'ostéosynthèse par plaque postérieure 3. Fractures de la tête radiale 4. Fracture de la coronoïde 5. Fractures étendues à la métaphyse 6. Lésions ligamentaires 7. Fractures très complexes avec délabrement des parties molles V. Pronostic 1. Evaluation clinique 2. Suites simples 3. Facteurs de mauvais pronostic 4. Complications VI. Fracture du sujet très âgé VII. Fracture de fatigue VIII. Conclusion * Service de Chirurgie Orthopédique - Hôpital Henri Mondor - 94000 Créteil.
Introduction Les publications concernant les fractures de l'olécrâne mettent en relief trois aspects : d'une part la relation étroite entre durée d'immobilisation du coude et raideur séquellaire, d'autre part la fréquence des démontages de haubanages, et enfin la fréquence des lésions associées négligées ou passées inaperçues (fractures de la tête radiale ou de la coronoïde, lésions ligamentaires). (1,2,5,7,8) De fait, ces fractures posent à la fois un problème d'indication et de technique chirurgicale. Sur le plan de l'indication, il s'agit de savoir parfois renoncer à la synthèse par brochage-haubanage pour un montage plus rigide par plaque postérieure, et également de traiter les fractures associées (coronoïde et tête radiale essentiellement). Sur le plan technique, il s'agit de restaurer l'anatomie d'une articulation, tout en fixant solidement un fragment osseux parfois de petite taille pour permettre une rééducation précoce. Avant de poser l'indication isolée d'un brochage-haubanage sur une fracture de l'olécrâne, il est donc nécessaire de ne pas méconnaître une fracture complexe qui nécessiterait soit une ostéosynthèse différente, soit des gestes complémentaires.
I Diagnostic : dépister la fracture complexe
1. Définition de la fracture complexe On peut regrouper sous ce terme d'une part les fractures olécrâniennes associées à d'autres lésions osseuses (tête radiale, coronoïde, métaphyse ulnaire), mais aussi les fractures dont le trait est comminutif ou qui présentent un enfoncement majeur. L'instabilité du coude, luxé ou non, conséquence des lésions osseuses et/ou ligamentaires, doit également être prise en compte. Ces traumatismes complexes du coude doivent donc bénéficier d'un bilan radiologique préopératoire sur coude réduit, hors de toute attelle, avec des incidences adaptées. 2. Trait de fracture, enfoncement et comminution Selon la classification de Merle d'Aubigné, le trait de fracture intéresse soit la pointe de l'olécrâne, soit son corps, soit sa base. Lorsque le trait se rapproche de la base de l'olécrâne, le coude est plus fréquemment instable et une fracture de la coronoïde peut s'y associer (figure 1).
Les fractures par traumatisme indirect ont habituellement un trait simple, alors qu'un enfoncement est fréquent dans les fractures par choc direct sur l'olécrâne. Cet enfoncement, ainsi que la comminution parfois associée, ont été identifiés par Duparc dans une classification spécifique (figure 2). L'intérêt pratique de cette classification est grand, dans la mesure où enfoncement et comminution peuvent remettre en cause le haubanage (figure 3).
3. Lésions ostéo-articulaires associées Une fracture de la tête radiale peut passer inaperçue sur une incidence unique, mais se démasque sur des clichés adaptés. Une fracture de la coronoïde est parfois associée (stade 2 voire 3 de la classification de Morrey) : elle est un facteur majeur d'instabilité du coude (figure 4).
La fracture simple de l'olécrâne ne concerne pas la métaphyse ulnaire. Une fracture étendue à la métaphyse ulnaire doit être considérée comme complexe, excluant toute tentative de traitement par le haubanage. Les associations lésionnelles ont été décrites dans une série de Heim, qui les nomme par leurs initiales (O pour olécrâne, R pour tête radiale, C pour coronoïde et M pour métaphyse). Il a définit ainsi des lésions COR, OR,...(7) (figure 5).
La luxation trans-olécranienne a été définie par Biga et Thomine comme une lésion instable associant une fracture de la base de l'olécrâne à un déplacement en avant des deux os de l'avant-bras restés solidaires. Ils en différencient deux types, le premier étant le plus instable (3) (tableau 1). Tableau 1. Description des luxations trans-olécrâniennes par Biga et Thomine. Type I - Trait de fracture simple
Type II - Traumatisme violent
4. Mécanisme Divers mécanismes sont possibles : les lésions par choc direct associent parfois un trait complexe à une ouverture cutanée. Elles concernent plus souvent le jeune polytraumatisé. Les lésions par traumatisme indirect surviennent au décours de chutes chez des sujets plus âgés (traumatismes de moindre énergie).
5. Classifications Quatre classifications permettront de décrire au mieux les fractures de l'olécrâne : - Classification de Merle d'Aubigné pour le siège du trait ; - Classification de Duparc pour sa forme ; - Classification de Heim pour les lésions associées ; - Classification de Morrey pour le déplacement et la stabilité de ces fractures (fracture non déplacée, fracture déplacée stable, fracture déplacée instable) (14) (figure 6).
II. Traitement de la fracture simple déplacée
1. Objectif Après l'obtention d'une réduction anatomique, le geste chirurgical doit fournir une stabilité suffisante pour permettre une rééducation immédiate tout en limitant le risque de déplacement secondaire. Il ne faut pas trop tarder pour opérer une fracture de l'olécrâne, des phlyctènes pouvant apparaître rapidement, contre indiquant l'abord.
2. Installation L'installation en décubitus latéral est habituelle et recommandée pour les fractures complexes. Le bras est en antépulsion, à l'horizontale, l'avant-bras pendant (épaule en rotation interne) (figures 7a et 7b). Le garrot est utile, et l'opérateur doit pouvoir disposer d'images radiologiques per-opératoires de contrôle (incidence de profil et éventuellement de face). L'installation en décubitus ventral est également possible, comme celle en décubitus dorsal, bien que moins pratique.
3. Voie d'abord La voie longitudinale postérieure expose directement la crête ulnaire, sous-cutanée. Par cette voie, le fragment proximal pourra être relevé, permettant ainsi un contrôle articulaire de visu. L'abord de la tête radiale par voie postérieure est possible, sur un coude instable, en se servant de cette instabilité, mais il justifie le plus souvent une voie séparée postéro-latérale. Le repérage du nerf ulnaire n'est pas obligatoire pour les fractures simples, il est prudent dans les cas complexes. Dans tous les cas, il est recommandé de limiter le dépériostage de l'ulna, pour ne pas compromettre sa vascularisation.
4. Manoeuvres de réduction Un davier de Müller est utile pour mobiliser le fragment olécrânien et réduire la fracture. Dans notre expérience, la réduction des derniers millimètres de ces fractures est aidée par des mouvements d'extension du coude mais également parfois par une rotation externe d'épaule.
5. Le brochage-haubanage Le brochage-haubanage trouve ici son indication naturelle. Principe Le principe du hauban est la transformation des forces de distraction en forces de compression. Les deux fragments d'olécrâne sont-il en pratique comprimés l'un contre l'autre après un hauban ? Cela est discuté par les différents auteurs. On retiendra que cette ostéosynthèse est très stable et peu invasive, mais qu'elle ne pardonne ni l'erreur technique, ni l'erreur d'indication. Le simple laçage en 8 sans brochage appuyant le fil métallique est considéré par la majorité des auteurs comme insuffisant (15,16) (figure 9).
Réalisation technique Deux broches de bonne taille (1.8 mm minimum) sont introduites du sommet de l'olécrâne vers la médullaire ulnaire, l'une latérale, l'autre médiale. Du fait de l'axe de l'olécrâne, on prendra garde d'éviter les fausses routes en particulier médiales (Figures 8a, 8b et 8c).
Le hauban métallique doit décrire un 8, appuyé en proximal contre la face antérieur des broches dépassant de la pointe de l'olécrâne, et en distal sur un tunnel osseux frontal foré quelques millimètres en avant de la crête ulnaire. Le serrage du cerclage ne doit ni être réalisé en flexion complète (exposant alors à une détente en extension), ni être excessif afin de ne pas ouvrir le trait de fracture en avant (6). Les trous de pénétration du hauban dans la diaphyse doivent être éloignés du trait de fracture, (3 à 8 cm selon les auteurs), et ne doivent pas affleurer la crête ulnaire afin de ne pas la fragiliser. (2,6,9) Les broches sont recourbées prudemment en cas d'ostéoporose (risque de créer un trait de refend) puis enfouies pour ne pas agresser la peau. (12) En fin d'intervention, la stabilité du montage doit être testée en flexion pour éventuellement limiter l'amplitude de la rééducation. Variantes Certains auteurs proposent, lorsque l'os est fragile, de passer la boucle inférieure du 8 métallique dans un tunnel osseux très légèrement plus antérieur, de sorte que le fil passe en avant des broches centromédullaires, et s'appuie sur elles. Le hauban peut s'appuyer également sur deux broches plus courtes dirigées vers la coronoïde et fichées dans la corticale ulnaire, sans compromettre la stabilité du montage. Le haubanage au fil tressé radiotransparent (Mersuture 2) est discuté pour deux raisons : d'une part il peut se rompre de façon occulte, et d'autre part le principe même du hauban « compressif » est incompatible avec l'élasticité présente dans certains fils tressés. (Figures 10a, b, c et d.) Certains auteurs l'utilisent cependant, dans le but d'éviter toute irritation des parties molles par l'extrémité du fil d'acier, et d'éviter également l'ablation du hauban au moment de l'ablation des broches, rendant alors le geste possible sous anesthésie locale. Böstman a développé des broches résorbables afin d'éviter toute ablation du matériel d'ostéosynthèse (4).
Contre-indications Les contre-indications théoriques du hauban sont multiples : trait comminutif, enfoncement important de la surface articulaire, fracture métaphysaire, lésions osseuses ou ligamentaires déstabilisantes,... En pratique, l'opérateur hésitant sur la bonne indication du hauban devra préférer une plaque vissée. Inconvénients Le recul des broches est fréquent lors des premiers mois et l'ablation d'un brochage-haubanage est le plus souvent nécessaire. Cette ablation des broches est réalisable sous anesthésie locale, mais l'ablation du cerclage métallique nécessite une anesthésie plus complète. Afin de faciliter cette extraction du hauban métallique, le tortillon sera avantageusement positionné proche des trous de pénétration des broches, et non distalement contre la diaphyse.
6. Autres moyens de synthèse Le vissage centro-médullaire Les inconvénients du vissage centromédullaire sont multiples. La tenue mécanique d'une vis dont les spires sont perpendiculaires à l'axe diaphysaire est mécaniquement mauvaise : blocage précoce en cas de vis trop large, tenue médiocre en cas de vis trop petite. Ce type de montage, atypique en orthopédie, présente des faiblesses mécaniques démontrées par Murphy (16). L'ulna est courbe dans sa portion proximale : sa forme est celle d'un S italique (figure 11). L'introduction d'une vis centro-médullaire rigide dans un segment courbe peut également sembler illogique, tout comme peut sembler dangereuse la préparation de ce canal médullaire à l'aveugle par forage au moteur. Les fausses routes sont redoutables, des enroulements du nerf ulnaire ont été observés autour de forets. Enfin, au moment du serrage d'une vis centromédullaire, l'olécrâne peut se translater ou tourner de quelques degrés (6).
Autres moyens Le vissage direct peut être utile en complément d'une synthèse insuffisamment stable. Le cerclage simple est mécaniquement insuffisant, et la stabilité d'un cerclage en huit sans brochage est très discutée par les auteurs. La plaque vissée représente la synthèse de référence des fractures complexes : elle sera décrite au chapitre des lésions complexes.
7. Suites opératoires La rééducation est débutée dès les premiers jours post-opératoires en flexion active et extension passive, associé à des postures. La prévention des ossifications en cas de fracture complexe peut justifier la mise sous Indocid (75 mg/jour pendant cinq jours). La consolidation est habituellement acquise en 45 à 60 jours.
III. La fracture non déplacée
La fracture simple non déplacée du corps de l'olécrâne respecte généralement la continuité fibreuse de l'appareil extenseur (périoste et fibres distales du tendon triceps). Le recours à une stabilisation chirurgicale n'est alors pas systématique et le coude peut généralement être mobilisé précocement, et supporter l'extension active dès le trentième jour. L'indication d'une ostéosynthèse stable reste néanmoins légitime dans certains cas lorsque l'extension active doit être obtenue avant le premier mois (contexte professionnel, polytraumatisme avec difficultés de nursing,...).
IV. Traitement de la fracture complexe
1. Objectifs La stabilité nécessaire pour entreprendre une rééducation précoce est obtenue grâce à la réalisation d'une synthèse stable de toutes les lésions osseuses et parfois par le remplacement prothétique de la tête radiale. La plaque vissée postérieure trouve son indication dans la plupart des cas. La suture ligamentaire est discutée (technique enraidissante) et doit probablement être évitée dans la mesure possible.
2. Technique de l'ostéosynthèse par plaque postérieure La plaque postérieure est courbée pour épouser la forme de l'ulna proximal, jusqu'au sommet de l'olécrâne où elle peut avantageusement être recourbée en crochet. Le nombre de vis prenant l'olécrâne étant limité, la vis supérieure peut avantageusement être tirée à partir de son apex, dans le grand axe de l'ulna en prenant garde à ne pas finir en intra articulaire (figure 12 a,b,c,d). Le dépériostage doit être, comme toujours, limité au maximum, et il est possible de fixer une plaque en pont, vissée seulement sur les fragments principaux, sans dévasculariser les petits fragments. En cas de comminution importante, un apport spongieux peut être bénéfique.
La position de la plaque peut respecter deux variantes : soit une position postérieure sur la crête, qui nécessite de désinsérer quelques fibres tricipitales du sommet de l'olécrâne, soit une position latérale dont le crochet proximal est glissé sous les fibres tricipitales. La plaque postérieure a l'avantage de permettre le positionnement de vis sagittales, dont l'une peut se ficher dans la coronoïde. La prise de la coronoïde en rappel est intéressante dans les lésions COR de Heim. La plaque « tiers de tube » ne peut être tordue : elle ne permet donc ni de crocheter l'olécrâne, ni de s'adapter à la morphologie de l'ulna (figure 13).
En cas de fracture COR, Heim recommande de débuter la synthèse par l'apophyse coronoïde, puis de traiter la tête radiale avant de visser la plaque postérieure ulnaire.
3. Fractures de la tête radiale La tête radiale peut présenter des lésions de passage du condyle externe (luxation conjointe postérieure de l'avant-bras), et des fractures séparation qui se réduisent parfois avec l'ulna. Si tel n'est pas le cas, un abord chirurgical en vue d'une réduction optimale est indiquée, associée à une ostéosynthèse stable, soit par voie postérieure si l'humérus peut être repoussé en avant, soit par une voie postéro-externe supplémentaire. Les fragments dont le volume est suffisant peuvent être synthésés par de petites vis. La résection de la tête n'est pas justifiée si elle compromet la stabilité du coude, imposant alors un remplacement prothétique, y compris chez le sujet jeune. Dans sa série, Heim comptabilise six patients dont la fracture de tête radiale a été négligée : cet abandon chirurgical est la cause, selon lui, d'un mauvais résultat fonctionnel. 4. Fracture de la coronoïde La coronoïde forme l'autre extrémité d'une même surface articulaire : la grande cavité sigmoïde. Sa fracture déstabilise le coude. Heim recommande sa synthèse par une ou deux vis en rappel, en jouant de l'instabilité du coude pour contrôler la réduction. Dans son étude, il comptabilise de nombreux cas de fractures COR (9 sur 41) où l'opérateur n'a pas synthésé la coronoïde. Là encore, les résultats sont mauvais (figure 14 a,b,c,d).
5. Fractures étendues à la métaphyse L'indication de plaque postérieure pontant la métaphyse est quasi systématique. L'apport osseux spongieux peut être utile en cas de grande comminution.
6. Lésions ligamentaires Les lésions ligamentaires ne sont habituellement pas suturées, la réalisation d'un montage stable permettant la cicatrisation du complexe ligamentaire collatéral médial. Il n'existe néanmoins aucun consensus sur le sujet.
7. Fractures très complexes avec délabrement des parties molles En cas de lésions ostéoarticulaires majeures ou d'ouverture cutanée avec délabrement des parties molles, le fixateur externe huméro-ulnaire de sauvetage trouve sa place, parfois associé à une ostéosynthèse à minima (figure 15).
V. Pronostic
1. Evaluation clinique Le coude peut être évalué par différents scores, tel celui de la Mayo ou celui de Geel et Palmer (tableaux 2 et 3). Tableau 2. Score de la Mayo Clinic modifié de Broberg et Morrey pour évaluer cliniquement le coude.
Tableau 3. Score de Geel et Palmer pour évaluer cliniquement le coude.
Bon 80 à 89 points
Moyen 70 à 79 points Mauvais 0 à 69 points 2. Suites simples Il est très rare que l'amplitude de mobilité du coude soit inférieure à 60° après une fracture de l'olécrâne. Dans 85% des cas d'une série urbaine, Doursounian obtient une mobilité supérieure à 0-20-120, sans déficit de la prosupination, ni perte de force. Rappelons que l'ablation du haubanage est souvent proposée vers le sixième mois (76% de la série de Doursounian). Les luxations trans-olécrâniennes telles que décrites par Biga et Thomine ne compromettent jamais la prosupination, contrairement à une fracture de la tête radiale (3) (figure 16).
3. Facteurs de mauvais pronostic Plusieurs facteurs de mauvais pronostic ont été décrits. Citons la fracture de la tête radiale, les fractures luxation, les fractures instables, les fractures associées de l'humérus (condyle externe, palette). Une ostéosynthèse instable est un facteur majeur de mauvais résultat. Dans sa série de 35 fractures complexes de l'extrémité supérieure des deux os de l'avant-bras, Beaufils constate 6 pseudarthroses et cals vicieux, tous associés à un montage insuffisamment stable. L'immobilisation prolongée est enfin le facteur essentiel d'enraidissement. (1)
4. Complications Les démontages de haubans sont classiques (5% dans la série de Doursounian). Les pseudarthroses sont habituellement bien tolérées selon Bellermore, mais peuvent nécessiter une reprise chirurgicale comportant un apport osseux secondaire. Elles concernent, selon Coonrad, 5% des cas (5). Certaines paralysies temporaires sont dues à un garrot trop gonflé et/ou trop longtemps. Elles sont habituellement régressives mais leur survenue contre-indique alors l'utilisation du garrot à vie (6). D'autres complications sont non spécifiques (7) : infection, algoneurodystrophie, ossifications.
VI. Fracture du sujet très âgé
La fracture du sujet âgé pose le problème de la tenue médiocre des moyens d'ostéosynthèse dans un os porotique (17). En cas de fracture stable, surtout si elle laisse plus de 60% de la grande cavité sigmoïde intacte (selon Inhofe), on peut abandonner toute tentative de synthèse au profit d'un traitement purement fonctionnel (10). Certains proposent parfois une résection du fragment proximal associé à la réinsertion du tendon triceps sur l'ulna. Si le coude est immobilisé, il doit l'être à 90° pour éviter la raideur en extension. Les résultats sont habituellement satisfaisants, grâce à la formation d'un cal fibreux (6). Les fractures du sujet âgé avec instabilité du coude doivent, par contre, être stabilisées.
VII. Fracture de fatigue
Elle résulte de la traction excessive sur l'olécrâne et d'un conflit postérieur lors de l'extension. Elle atteint généralement l'adolescent, moins souvent l'adulte. Cliniquement, elle se manifeste par une douleur postérieure à l'effort, qui cède au repos. L'extension du coude est limitée et l'olécrâne est douloureux à la palpation. La radiographie est habituellement normale. Le scanner peut être nécessaire, voire la scintigraphie si l'imagerie standard n'est pas concluante. Le traitement comprend le port d'une attelle pour 6 à 8 semaines et l'arrêt du mouvement responsable (sport) pendant trois mois.
VIII. Conclusion
La complication la plus commune après traitement des fractures de l'olécrâne est le déplacement secondaire attribué soit à l'utilisation abusive du hauban, soit à la négligence d'une lésion associée. Dans la prise en charge des traumatismes du coude, la non prise en compte de l'éventuelle complexité d'une fracture de l'olécrâne peut être lourde de conséquence. La tête radiale doit parfois être réparée ou remplacée et la coronoïde synthésée. Ne pas négliger une lésion requiert de bons clichés préopératoires, sous anesthésie, hors attelle, sur coude réduit, et éventuellement en traction. En cas de fracture complexe, prévoir une crête iliaque dans le champ opératoire permet de disposer d'un éventuel apport osseux pour traiter les fractures très comminutives. La plaque ulnaire recourbée proximalement en crochet permet de stabiliser la grande majorité des fractures de l'olécrâne dès que le hauban semble dépassé.
Maîtrise Orthopédique n°143 - avril 2005
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