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![]() ANDREÏ FIRICA
Andreï Firica est le président de la Société Roumaine d'Orthopédie.
MO : Vous parlez parfaitement le Français, Où l'avez-vous appris ?
MO : Vous n'avez toutefois pas suivi la voie de la chirurgie générale. AF : Non, j'étais attiré par l'orthopédie, j'ai passé tous les concours nécessaires puis je suis allé exercer à la campagne car à l'époque c'était obligatoire pour tous les médecins de quitter les grandes villes et d'exercer en zones rurales. C'était une expérience que j'ai trouvée très instructive parce que c'est réellement un entraînement psychique extraordinaire pour un médecin d'être seul maître de ses décisions et de devoir résoudre ainsi des cas difficiles, parfois dramatiques. Il n'y a personne à vos cotés pour vous aider, cela vous forge le caractère et vous apprend le courage dans tous les sens du terme.
MO : A quel moment êtes-vous parti ? AF : J'étais ancien interne des hôpitaux de Bucarest préparé surtout à la chirurgie générale, j'ai fini mon internat en 1962 puis j'ai quitté Bucarest pour aller « à la campagne ». J'y suis resté un an et demi puis j'ai passé un nouveau concours pour préparer ma spécialité chirurgicale et là j'ai opté pour l'orthopédie après avoir fait deux stages dans un service d'orthopédie traumatologie. D'ailleurs après être revenu à Bucarest en 1964 j'ai été contacté pour aller exercer dans une grande clinique universitaire sur un poste de chirurgien généraliste, mais j'ai alors refusé car j'étais déjà atteint par cette maladie qui se nomme « chirurgie orthopédique ». En 1990, j'ai pris des responsabilités universitaires en dehors de la capitale. J'ai travaillé et enseigné pendant 3 ou 4 ans puis je suis encore et toujours retourné à Bucarest et cette fois ci comme chef des services médicaux de la ville. Mon fils y était seul car ma femme était décédée et il était devenu impératif pour moi de rester aux cotés de mon fils. J'ai alors changé de service, j'ai eu la possibilité d'exercer à l'hôpital Colentina où je travaille maintenant.
MO : Avez-vous voyagé pendant votre formation ? AF : Avec la France j'ai eu des relations étroites dès 1967. J'ai fait un stage à Lyon, j'ai travaillé à l 'époque sous la direction du Pr. Jean Creyssel avec Georges de Mourgues, professeur agrégé à cette époque, avec qui je suis resté longtemps en relation. Nous avons fait des échanges fréquents, et d'ailleurs c'est lui qui a mis la première prothèse totale de hanche de Roumanie !
MO : Comment cela s'est passé ?
AF : Cela s'est passé en 1968 ou 69 mais le résultat final a été dramatique. A l'époque à Lyon les PTH se faisaient sur table orthopédique. En cours d'intervention, la rotation
MO : De quelle prothèse s'agissait-il ? AF : C'était une Mac Kee Farrar. Quand Georges de Mourgue a commencé à opérer des cas difficiles, il disparaissait littéralement pendant 2 ou 3 jours, il voyageait entre Pauwels et Charnley en emportant avec lui les dossiers des patients et après avoir pris l'avis des deux, il revenait avec les conclusions finales et choisissait alors la technique chirurgicale appropriée. Je crois que rapidement par la suite, il a abandonné la Mac Kee au profit de la prothèse de Charnley.
MO : Après cette première implantation infructueuse, avez-vous continué à poser des Mac Kee Farrar ? AF : Non, rapidement l'influence de Charnley a gagné l'Europe entière et nous avons commencé dès lors à utiliser sa prothèse. Nous avons eu à l'époque une courte expérience avec une autre prothèse métal/ métal c'était la prothèse de Ring qui a été améliorée par un de mes aînés en orthopédie et qui en a simplifié la technique opératoire et rapporté une statistique sur à peine une trentaine de cas. Mais cette prothèse a eu des limites bien connues et rapportées dans la littérature, c'est pour ça nous avons abandonné les prothèses à couple de friction métal/métal.
MO : Avez-vous eu à reprendre des patients qui avaient été opérés avec cette prothèse ? AF : Dans le service actuel de Colentina, c'est un de mes collègues qui a eu l'occasion de reprendre quelques cas essentiellement, parce qu'il existait des ostéolyses autour de la vis de fixation du cotyle. Ces ostéolyses avaient une origine mécanique par mobilité et défaut de fixation. Mais ce qui était positif c'était l'absence de métallose, de descellement de la tige. Il n'existait d'ailleurs pas d'ostéolyse fémorale supérieure.
MO : Par la suite avez-vous gardé des contacts avec l'école Lyonnaise ? AF : Oui, je dois vous dire que j'ai eu l'honneur d'avoir un prix ! J'ai reçu de prix de l'association française de chirurgie en 1968 pour un travail de recherche sur la réimplantation des membres amputés.
MO : De quoi s'agissait-il ? AF : J'ai fait une étude sur la pathologie de la circulation lymphatique des membres réimplantés. Grâce à cela, j'ai continué à avoir des relations avec mes amis lyonnais. J'ai eu le bonheur de voir que nombre de mes anciens amis et collègues de cette période sont devenus chefs de service. Comme c'était le cas du Pr Jean-Jacques Comté, du Pr Louis Fischer, du Pr Bejui et Carré. J'allais souvent à Lyon et en échange ils m'ont rendu visite en particulier Fischer qui est venu plusieurs fois en Roumanie. Il aimait beaucoup découvrir des endroits qu'il ne connaissait pas, et d'ailleurs si je me rappelle bien, il s'intéresse un peu à l'histoire de la médecine. Il a d'ailleurs écrit des ouvrages sur ce sujet. Maintenant je suis en relation avec un groupe chirurgical qui a une activité de recherche au sein de la société lyonnaise Lépine. J'ai travaillé avec eux sur la culture de chondrocytes parce qu'ils ont un secteur d'activités très actif et développé sur le cartilage au sein de la banque tissulaire TBF. J'ai aussi posé la prothèse du groupe appelée B2C conçue par ces mêmes chirurgiens lyonnais.
MO : Depuis quand avez-vous une activité d'enseignement à Bucarest ? AF : Depuis 1990. Avant cette date, je donnais des cours de chirurgie orthopédique de façon épisodique. En 1990 j'ai passé le concours pour être professeur à l'université de Cluj-Napoca où je suis resté trois ans. En revenant à Bucarest j'ai été nommé titulaire de chaire d'orthopédie traumatologie dans la première université privée de Bucarest et qui est toujours en activité. Il y a d'ailleurs maintenant en Roumanie deux facultés de médecine totalement privées et indépendantes.
MO : Vous parlez d'universités privées, comment est structuré l'enseignement de la médecine en Roumanie ? AF : Les Français ne le savent sans doute pas, mais l'université de Roumanie a été créée par un Français, Charles Davila qui était bien en cour auprès de Napoléon III. C'est lui qui a créé la première faculté de médecine à Bucarest. C'était le début de l'amitié avec la France et presque tous les grands patrons roumains depuis la fin du 19ème siècle ont été formés à l'école française. C'est pour cela sans doute que l'école de médecine française a été un modèle pour l'école roumaine. Le premier service spécialisé en chirurgie orthopédique et chirurgie ostéo-articulaire été inauguré à Bucarest en 1937 à une époque où il existait très peu de services spécialisés en orthopédie en Europe.
MO : Vous semblez suggérer une tradition orthopédique ancienne en Roumanie ? AF : La tradition orthopédique est réelle. Dans l'hôpital ou j'exerce actuellement la première réimplantation de membre a été effectuée en 1913. La première pollicisation d'un orteil a été réalisée en 1927, à cette époque où l'on faisait l'anesthésie à l'éther, vous pouvez juger de la performance. Juvara qui était roumain a décrit sa technique de reconstruction après résection segmentaire des membres, puis il a eu l'idée de faire un fixateur externe qui a été très populaire en Roumanie dans les années 1918-1920. Plus proche de nous, mon père a mis le premier clou de Küntscher en 1940. Depuis lors, nous n'avons eu de cesse de faire progresser les techniques opératoires et de créer une école moderne et dynamique.
MO : Vous-même avez mis au point une technique d'enclouage élastique ? AF : Oui, j'étais parmi les pionniers dans ce domaine, j'ai d'ailleurs présenté pour la première fois une communication qui a été bien reçue à la SOFCOT en 1980 et après cette communication sur l'ostéosynthèse élastique je suis allé à Lyon où j'ai fait 2 ou 3 conférences. En Roumanie comme partout dans le monde, ce système d'ostéosynthèse a eu un franc succès et malheureusement après quelques années, ce mode d'ostéosynthèse est tombé en désuétude parce que les techniques n'ont pas été très clairement expliquées et systématisées. La philosophie de l'ostéosynthèse élastique reste toujours valable parce que c'est une ostéosynthèse plus « biologique » que les fixations rigides. J'essaie maintenant de gommer les inconvénients du système et de codifier les indications. Je suis arrivé à quelques succès, mais le travail n'est pas fini, on doit encore progresser de façon notable.
MO : Quelles sont vos principales indications d'ostéosynthèse élastique ? AF : Les fractures per et intertrochantériennes du fémur, les fractures de la diaphyse fémorale, les fractures diaphysaires de tibia dans presque dans tous les cas, même dans les fractures instables. Mais la condition princeps est de stabiliser le foyer avant l'enclouage. C'est la technique actuelle, c'est pour ça que je dis que l'on doit toujours faire dans ce cas une ostéosynthèse élastique « stabilisée ». Nous avons aussi obtenu d'excellents résultats dans le traitement des pseudarthroses diaphysaires fémorales et tibiales.
MO : C'est-à-dire que vous faites un enclouage élastique à foyer ouvert ? AF : En urgence, si la fracture est simple on opère à foyer fermé. Dans tous les cas de pseudarthrose, on est obligé d'aborder le foyer. Je peux vous dire que nous n'avons pas eu de problème à foyer ouvert parce que d'un point de vue biologique l'ostéogenèse induite par le montage élastique est de très bonne qualité.
MO : Par exemple ? AF : Je peux vous donner pour exemple une vingtaine de cas où j'ai utilisé l'ostéosynthèse élastique sur des échecs d'ostéosynthèses rigides faites dans d'autres services. Le cas le plus spectaculaire était celui d'une jeune femme qui a été opérée 12 fois pour une fracture sous trochantérienne au stade de pseudarthrose. Elle a été toujours opérée par des chirurgiens éminents et je ne peux pas dire qu'il y ait eu de faute chirurgicale ni d'indication. Quand elle est venue dans le service, j'ai programmé une ostéosynthèse élastique. La pseudarthrose a consolidé et nous avons pu lui éviter la pose d'une prothèse de hanche qui était programmée à l'étranger. Les autres cas de pseudarthrose ont tous consolidé.
MO : Quel type de matériel utilisez vous ? AF : J'ai commencé à utiliser les clous de Ender, j'ai fait réaliser l'analyse métallurgique des composants et j'ai réussi à reproduire la technologie exacte de fabrication de ce matériel qui a de très bonnes qualités intrinsèques. Maintenant les ingénieurs de l'institut polytechnique ont mis au point un matériel supérieur au précédent. C'est très important d'avoir un alliage contrôlé, il doit être suffisamment élastique pour pouvoir dépasser tous les obstacles du canal médullaire, mais il ne doit pas être trop plastique pour ne pas se déformer en postopératoire.
MO : Combien avez vous réalisé d'ostéosynthèse élastique ? AF : Quand j'ai travaillé à l'hôpital d'urgence de Bucarest, j'ai opéré plus de 15 000 cas. A Cluj-Napoca nous en avons aussi réalisé beaucoup car c'était un service universitaire ou l'on faisait énormément de traumatologie. Actuellement à Colentina où je suis maintenant on a peu de cas de traumatologie, nous avons beaucoup plus d'orthopédie pure. Ici nous avons surtout développé la chirurgie arthroplastique, la chirurgie arthroscopique et la chirurgie oncologique.
MO : Comment est structuré votre service ? AF : Nous avons 90 lits d'hospitalisation orthopédiques et 6 lits de soins intensifs postopératoires. Les malades qui ont subi une opération importante sont surveillés pendant les premières 24 heures dans le service de soins intensifs et après ils passent dans le service habituel. Auparavant, nous étions en co-gestion de service avec un collègue et ami, je suis maintenant le seul chef de service. Nous avons une équipe avec de nombreux jeunes, j'ai senti tout de suite à mon arrivée à Colentina la nécessité de prendre des jeunes chirurgiens qui assurent à mes cotés la cohésion du service. Je suis très content d'avoir une équipe exceptionnelle avec de jeunes orthopédistes dynamiques.
MO : Combien avez vous de collaborateurs ? AF : En moyenne 12. Il y a 4 ou 5 qui sont résidents, les autres sont des praticiens hospitaliers. J'ai un universitaire et dans quelques mois j'aurai un 2ème universitaire à mes cotés. Je les ai formés en les envoyant partout dans le monde. Presque tous sont allées au Etats-Unis, en France, en Belgique. Je pense qu'il faut profiter de cette ouverture politique apparue après 1990 ce que nous appelons « la révolution » en Roumanie pour avoir des contacts suivis avec les pays de l'ouest.
MO : Avant la révolution de 1989 il n'était pas possible de sortir de Roumanie pour se former ? AF : Presque impossible. Il y a eu des exceptions bien sûr qui d'ailleurs ont conforté la nécessité des voyages d'étude. Par exemple l'école d'urologie qui a réalisé les premières transplantations rénales en Roumanie a été formée aux Etats-unis. D'autres aussi en gynécologie. Pour un jeune, c'était exceptionnel de pouvoir partir dans une pays étranger, en fait c'était quasiment impossible. Moi j'ai eu la chance extraordinaire d'avoir eu cette possibilité d'aller en France. Je fais partie des exceptions.
MO : Est ce qu'il était plus facile pour vous de circuler vers les pays du bloc soviétique ? AF : Dans les pays du bloc soviétique c'était très simple, mais d'un point de vue technique et théorique pour les spécialités, c'était difficile pour un chirurgien lambda parce qu'on était envoyé vers un seul pays : la Russie soviétique. Je crois d'ailleurs que toutes les personnes envoyées étaient des personnalités politiques ou proche du pouvoir, c'est-à-dire mandatées par le gouvernement. Je ne connais aucun cas de praticien qui ait pris une initiative isolée comme je l'ai fait au cours de mes déplacements en France.
MO : Comment avez-vous vécu le redémarrage de votre pays après la chute du régime communiste ? AF : Je peux vous dire que les choses n'ont pas été faciles ! Bien sûr tout le monde a été heureux et ça c'est tout à fait clair. Mais après les premiers mois d'euphorie, les difficultés ont commencé, provoquées par une certaine anarchie, par un certain manque de confiance vis-à-vis du nouveau gouvernement qui a eu beaucoup de mal à diriger la Roumanie durant cette période. Je crois que cette période de transition s'est passée pour nous chirurgiens, finalement assez vite. Ce que j'ai trouvé très bien c'est que les chirurgiens en formation ont eu enfin l'autorisation de faire des voyages d'étude et ont saisi rapidement cette opportunité. Nous avons ainsi pu reprendre des échanges internationaux à haut niveau après cette éclipse communiste émaillée de difficultés extrêmes. Nous avons de nouveau bénéficié d'une ouverture complète vis-à-vis de l'information, l'accès aux revues étrangères a été possible, l'achat de livres autorisé, et quand nous avons eu accès à Internet les choses ont été encore plus simplifiées. D'autres part quelques spécialités ont eu la chance d'être bien soutenues d'un point de vue financier par le nouveau gouvernement. Jusqu'à maintenant nous sommes à 100% financés par l'état et les chirurgiens orthopédistes ont pu enfin développer la chirurgie prothétique.
MO : Depuis quand posez-vous des PTG ? AF : Je crois que j'ai posé ma première PTG en 1995. Maintenant nous avons des possibilités financières accrues et entre 1996 et 2003 plus de 1000 prothèses ont été implantées dans le service. Le plus grand effectif est celui représenté par les PTH, puis les PTG et enfin des prothèses d'épaule, de coude et des doigts. Mais pour la chirurgie du genou, j'ai du initier un programme de formation, j'ai invité un groupe de chirurgiens des Etats Unis, de Floride plus précisément. Un des chirurgien faisait exclusivement des prothèses de genou et de hanche. Il est venu avec une générosité extraordinaire travailler chaque année, il venait au début 2 fois par an, je suis allé ensuite chez lui dans son institut et après j'ai envoyé mes collaborateurs. Avec lui nous avons réussi à démarrer assez vite cette chirurgie qui donne des résultats spectaculaires.
MO : Actuellement vous posez la prothèse de resurfaçage de Birmingham. Que pouvez-vous nous en dire ? AF : Depuis 1975, la seule prothèse que nous posions était la prothèse de Charnley. Maintenant pour les sujets jeunes nous proposons une alternative à la PTH c'est la prothèse de Birmingham. Certes, notre expérience actuelle est assez modeste, nous avons seulement 46 patients opérés. Jusqu'à aujourd'hui nous sommes extrêmement satisfaits des résultats. Nous pensons que c'est une prothèse idéale pour les patients jeunes, très actifs, et dynamiques. Les résultats fonctionnels sont parfaits. Je crois qu'un des grands avantages de cette prothèse est qu'on peut la considérer comme une « prothèse d'attente » car à n'importe quel moment, on peut la reprendre par une prothèse classique en retrouvant un bon stock osseux fémoral. Ceci permet d'éviter les dégâts métaphysaires ou métaphyso-diaphysaires des reprises de PTH telles que nous les connaissons. Cette prothèse est toutefois plus contraignante à poser qu'une PTH traditionnelle.
MO : Pourquoi ? AF : En règle générale, je n'aime pas les abords extensifs et ici on est obligé de faire un abord très long pour pouvoir sectionner les attaches distales du grand fessier sur le fémur. La difficulté vient aussi du fait que la majorité des patients opérés sont des hommes en pleine activité, musclés et il est un peu plus difficile de libérer le cotyle, en laissant la tête fémorale en place. Il faut ensuite la luxer et la positionner sous la masse musculaire du moyen fessier. Cette technique oblige à faire des mouvements en force. Nous avons eu deux échecs en partie causés par une difficulté de voie d'abord et d'exposition. Une fois le cotyle en place nous n'avons pas eu la possibilité de vérifier s'il était bien positionné ou non. En fait, le cotyle prothétique n'était pas au contact de l'arrière-fond du cotyle osseux. Certains cotyles ne sont pas sphériques mais cylindriques et cette forme anatomique est la plus dangereuse car il reste un espace qui empêche l'hydroxyapatite d'être bien intégrée. Dans ce cas, la pièce cotyloïdienne se luxe en varus. Nous en avons eu deux cas et nous les avons repris par une PTH classique.
MO : Comment répartissez-vous les indications entre prothèse de resurfaçage et prothèse classique ? AF : Pour moi, les contre-indications absolues de la prothèse de Birmingham sont les personnes âgées ou ostéoporotiques. S'il existe une nécrose très évoluée de la tête fémorale, il ne faut pas tenter de resurfaçer la tête fémorale car elle s'effondrera à coup sûr. Dans les hanches dysplasiques et surtout les vraies luxations congénitales, je crois qu'il est illicite d'utiliser ce type de prothèse mais sur une coxarthrose primaire où le centrage entre le cotyle et la tête fémorale est conservé, même sur les nécroses relativement évoluées, on est en droit de placer ce type d'implant. Je suis très curieux de voir quel en sera le résultat à long terme parce que dans notre série la plupart des malades opérés étaient porteurs de nécrose de la tête fémorale quelquefois assez profonde.
MO : Comment gérez-vous la rééducation de vos malades en post-opératoire ? AF : C'est un point noir de nos hôpitaux, je souhaiterai d'ailleurs me calquer sur le modèle français. Dans un hôpital comme le mien de plus de 1000 lits, il y a 7 ou 8 disciplines médicales différentes. Il y a 2 services de rééducation fonctionnelle, un service avec des lits d'hospitalisation et l'autre de type ambulatoire. Mais aucun d'eux n'a de piscine pour pouvoir faire la rééducation dans l'eau, je trouve que c'est extrêmement important de prévoir une unité de balnéothérapie dans le futur surtout pour améliorer la récupération fonctionnelle après chirurgie du genou. En règle, dans le service je garde les patients au moins 14 jours parce que plus de la moitié des malades viennent de loin et je n'ai pas le courage de les renvoyer chez eux sans avoir assuré le suivi post-opératoire immédiat. Après ces 15 jours, j'adresse le malade dans le service de rééducation de notre hôpital soit dans un autre service de rééducation de type « universitaire ». Dans d'autres villes certains de ces services fonctionnent bien mais toujours sans balnéothérapie. Avec cette hydrothérapie qui me tient tant à cœur, nous obtenons de très bons résultats quand nous envoyons les patients au bord de la mer noire. Là bas il y a deux hôpitaux avec une expérience vieille de 50 ans spécialisés dans la réhabilitation de l'appareil locomoteur avec piscine en eau de mer et bains de boue. Les résultats sont excellents mais l'inconvénient c'est l'éloignement de ces centres. Le patient n'est toutefois jamais mieux rééduqué que lorsqu'il est proche de son chirurgien.
MO : Est-ce que vous arrivez à faire revenir facilement les malades pour contrôler leur prothèse ?
AF : Oui, ils reviennent toujours. Nous avons l'habitude de convoquer nos malades chaque mois la première année, puis tous les 6 mois et après 2 ans, à chaque date anniversaire. Ils viennent avec une grande régularité. Nous avons mis au point un système de suivi en utilisant des techniques classiques d'évaluation et de score. Je dois dire que je profite aussi de l'expérience de mes jeunes collègues qui utilisent de routine l'informatique. Nous avons constitué en Roumanie un registre comme en Suède qui couvre tout le pays. On transmet tous les dossiers avec l'ensemble des détails opératoires et les caractéristiques de la prothèse. Nous avons commencé avec la hanche et nous sommes passés très vite aux prothèses de genou. On peut ainsi avoir les données exactes sur l'évaluation de tous les types de
MO : Finalement comment voyez-vous l'avenir de l'orthopédie en Roumanie ?
AF : Je suis très optimiste. Enfin, j'espère que tout le pays va continuer à avoir un développement normal. Nous avons un pays assez riche en ressources naturelles. Les Roumains sont des gens intelligents et travailleurs. Ce qui nous a manqué c'est un système économique sain pour donner la possibilité aux gens de se réaliser à titre personnel, de montrer leur savoir faire. Nous espérons tous un avenir dynamique pour notre pays. Pour ce qui me concerne, je suis depuis septembre 2003 le président
MO : Quelles actions prévoyez vous en tant que Président ?
AF : C'est difficile à évaluer. La première chose est que j'espère avoir plus de succès que mes confrères ! Il faut rassembler le bureau très régulièrement et c'est la première difficulté chez nous. En France, tout est facile parce que vous avez une infrastructure de transport performante. Les liaisons entre les villes sont simples et efficaces. Chez nous, pour aller de Cluj à Bucarest on doit faire presque 8 heures de train et 6 heures de voiture. C'est fatiguant et en général les chirurgiens ne sont pas très heureux de devoir se déplacer chaque mois pour discuter des problèmes de la société d'orthopédie. Je crois que c'est obligatoire que le bureau se réunisse à date fixe. Il est impossible de mener une société tout seul, c'est presque impossible dans ce cas d'éviter des erreurs stratégiques. La deuxième est de convaincre l'administration, je parle ici du ministère de la santé, de juger du bien fondé de nos décisions dans le domaine médical, l'administration doit s'impliquer avec les sociétés scientifiques de façon plus étroite qu'auparavant. Maintenant, au ministère de la santé, les conseillers sont nommés par le ministère lui-même, ce qui apporte un grand changement par rapport à l'ère Ceaucescu. Je crois que c'est beaucoup plus démocratique de discuter avec les personnes physiques qui ont été élues par la société civile. En dernier lieu, j'espère enrichir nos relations avec les sociétés scientifiques de tous les grands pays parce nous avons appris beaucoup au cours des échanges avec Maîtrise Orthopédique n°134 - mai 2004
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