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![]() EXPÉRIENCE ET AVENIR : DE LA CÉRAMIQUE CLASSIQUE À LA CÉRAMIQUE COMPOSITE B. Masson*, M. Dietrich*, J.Y. Lazennec**, Y. Catonné** Introduction Un peu d’histoire De la Bauxite à l’Alumine Qu’est ce qu’une céramique ? L’optimisation fruit de l’expérience clinique L’impaction de la tête Résultats cliniques Et l’avenir… Le développement d’une nouvelle céramique La Céramique composite Les applications de la céramique composite pour les arthroplasties de hanche Têtes Fémorales et Inserts Têtes fémorales de révision (fig. 18) Double mobilité céramique Autres développements Conclusion *Medical Product Division CeramTec AG, Plochingen - **CHU La pitié Salpetrière, Paris
Introduction
La dureté de ces matériaux ainsi que ses propriétés très spécifiques de lubrification expliquent l’extension progressive des indications de ce couple de friction pour les prothèses totales de hanche. La céramique d’alumine est aujourd’hui devenue un standard avec plus de 3 millions et demi de composants implantés depuis 1995. En 2003, ce couple de frottement a été retenu par la Food and Drug Administration (FDA) pour une utilisation clinique aux Etats-Unis. Depuis 30 ans, les progrès industriels ont été décisifs en ce qui concerne la matière elle-même avec l’émergence des céramiques composites. Quant aux designs des implants, ceux-ci se sont améliorés grâce à la collaboration entre les chirurgiens et les céramistes aussi bien en matière de prothèse totale de hanche que dans des indications encore marginales aujourd’hui comme l’arthroplastie de genou. Un peu d’histoire De la Bauxite à l’Alumine La bauxite est le minerai utilisé pour obtenir de l'alumine, mais aussi pour la fabrication de l'aluminium. La Bauxite a été découverte pour la première fois par Pierre BERTHIER en 1821 aux Baux-de-Provence d'où son nom. Ce minerai d'aluminium est composé d'oxyde d'aluminium hydraté (40 à 60%), mélangé à de la silice et à de l'oxyde de fer ce qui lui confère sa couleur rouge caractéristique (fig. 2).
C’est essentiellement en Australie, en Guinée et en Jamaïque que l’on exploite aujourd’hui la bauxite. En 1914, les 300 000 tonnes de bauxite extraites en Provence représentaient les trois-quarts de la production mondiale. Au début du XXe, la France était encore le premier producteur mondial de bauxite, d'aluminium et d’alumine (fig. 3).
L’industrie de transformation de l’alumine a pris le relais de la sidérurgie déclinante dans la région de Marseille. Cette activité a été profitable avec plus de 3 000 emplois dans l'ensemble de la Provence de 1908 aux années 1970. Depuis 1991, la France a pratiquement cessé l’exploitation de ces mines de bauxite (situées dans le Var, les Bouches-du-Rhône et l'Hérault) en raison de l'épuisement des réserves. Il est intéressant de noter que la Société française de Bauxite, principale productrice mondiale au début du siècle fut rachetée par une Société allemande AL A.G. en 1905. Les principaux acteurs de l’industrie de l’alumine ont donc été les Français et les Allemands. Concernant plus spécifiquement le marché de la céramique en orthopédie ces deux pays ont également été très novateurs. L’Alumine en Orthopédie Depuis 1970, les composants en céramique sont utilisés dans les prothèses totales de hanche avec de très bons résultats cliniques aujourd’hui rapportés avec un long recul. Véritable pionnier, le Dr Pierre Boutin (fig. 4) de la clinique Marzet à Pau développa une prothèse de hanche composée d’une tête fémorale et d’un insert en céramique d’alumine massive (Al2O3) fabriquée par la société Ceraver.
Parallèlement, en Allemagne, le professeur Mittelmeier mettait au point une prothèse de hanche non cimentée utilisant également le couple alumine alumine (fig. 5). La première implantation de ce type de prothèse date de 1974 en Allemagne à Homburg/Saar.
Le développement de cette bio céramique de haute pureté a été menée par la société Feldmüle, qui deviendra plus tard la société Ceramtec A.G. Il faut noter que, très rapidement, le gouvernement allemand comprit l’importance industrielle de ces applications médicales et démarra un programme de recherche afin d’accélérer le développement des applications en chirurgie orthopédique. La céramique en orthopédie a été certifiée par la communauté Européenne, autorisant l’utilisation des couples de frottements Alumine–PE et Alumine-Alumine. Dès 1977 l’équipe de l'hôpital Lariboisière à Paris, avec le professeur Laurent Sedel, a activement contribué au développement et au succès de la céramique en chirurgie orthopédique. 33 années séparent la pose de la première céramique en France et son agrément en février 2003 sur le territoire américain par la FDA (Food and Drug Administration) On estime que depuis 1995, 3,5 millions de têtes fémorales en céramique et un demi-million d’inserts acétabulaires ont été implantées. Ce nombre croît d’environ 275 000 têtes et 100 000 inserts par an.
• La zircone est une céramique triphasique, trois types de réseau cristallin sont possibles en fonction de nombreux paramètres (température, procédé de fabrication, additif, etc.… ) Dans le cas de la zircone massive, cette caractéristique bénéfique dans un premier temps pour la résistance du matériau, présente un inconvénient majeur. En effet une transformation de phase initiée risque de se propager de grain en grain et aboutir ainsi à la fragilisation de l’ensemble de la structure cristalline. • Concernant les céramiques composites plus récemment développées, ce phénomène n’existe pas car les grains d’oxydes de zirconium sont contenus dans une matrice d’alumine monophasique stable.
L’oxyde d’Aluminium pur Al2O3 ne possède qu’une seule forme cristallographique (fig. 6a et b).
Les conditions de température, de pression, d’humidité ou simplement le vieillissement, ne pourront pas modifier sa structure. Aucune transformation de phase n’est possible. Une très large expérience clinique rapportée par la littérature a permis de confirmer les propriétés suivantes : • Une excellente bio compatibilité. • Une dureté très élevée. • D’excellentes propriétés de lubrification. Au contact des fluides physiologiques, une couche lubrifiante se forme et garantit de bonnes performances tribologiques même dans des situations anatomiques peu favorables, à la différence par exemple du couple métal métal. Comparé aux autres couples de frottement, le couple céramique céramique présente de meilleurs résultats tribologiques. Ces performances en simulateur ont été confirmées cliniquement avec un taux d’usure linéaire moyen annuel de l’ordre du micron.
Fig 7 : usure linéaire en mm/an de différents couples de frottements
L’optimisation fruit de l’expérience clinique Les ingénieurs en biomatériaux ont sans cesse cherché à améliorer les performances de la céramique. Le fabricant de prothèses joue également un rôle important sur le comportement du matériau : la qualité de fabrication des cônes métalliques conditionne directement la sécurité d’utilisation des inserts et des têtes céramiques. Enfin une manipulation adéquate des implants et le respect de quelques règles évite le risque de complication. C’est la combinaison de ces compétences qui permet d’obtenir le meilleur de la céramique (fig. 8).
L’expérience malheureuse du groupe SaintGobain Norton Desmarquest avec la céramique de Zircone a sensibilisé les céramistes et a conduit ceux ci à la plus grande vigilance sur les procédés de fabrications, les tests et les contrôles pratiqués. Des investissements importants ont été faits en production ainsi qu’au niveau des services de contrôle qualité. C’est au prix des ces efforts que le taux de complications des implants en céramique a été sensiblement réduit (fig. 9).
Optimisation des procédés de fabrication • De nombreuses publications décrivent les soucis rencontrés avec les anciennes céramiques pénalisées par leurs caractéristiques mécaniques et les designs obsolètes de certains implants (tête à jupe) • Une amélioration très significative a été apportée en 1992 avec l’utilisation d’une poudre d’alumine de meilleure qualité ayant une granulométrie plus fine et un degré de pureté plus élevé (tableau 1). Tableau :
• Un effort tout particulier a été porté sur le polissage des céramiques afin de garantir de meilleures performances tribologiques du couple alumine-alumine. Le marquage des implants par gravage diamant fragilisait le matériau en créant des tensions de surface. Le gravage laser proposé aujourd’hui ne présente plus cet inconvénient. • La résistance mécanique d’une céramique va dépendre de la taille du défaut minimum de sa microstructure. En d’autres termes, la diminution de la taille moyenne des grains augmente la résistance en flexion du matériau. L’application pratique de ce principe de renforcement a été apporté par la technologie " Hot Isostatic Pressing " Cette technique de frittage (cuisson) sous haute pression combinée au traitement de frittage classique a permis d’améliorer sensiblement les performances de l’alumine. La taille moyenne des grains ainsi obtenue a été réduite de 3.2µm à 1.8µm, et les valeurs de résistance à la flexion atteignent 580MPa pour une céramique d’alumine (fig. 10 a et b).
La densité finale est très proche de la densité théorique. Pour cette raison le niveau maximal d’optimisation semble être atteint pour ce type de céramique. Aujourd’hui les céramiques commercialisées sont dites de 3ème génération et bénéficient de toutes ces améliorations. La qualité de fabrication actuelle reflète les développements importants imposés par des normes de plus en plus drastiques particulièrement au niveau de l’assurance qualité. L’agrément par la Food and Drug Administration du couple céramique-céramique accordé en février 2003 aux USA a été l’aboutissement de tous ces efforts. Il a été l’aboutissement d’études cliniques (IDE) démarrées en 1996 et 1997 pour les deux premières. Ces 2 études ont porté sur le suivi clinique de plus de 2000 patients.
L’analyse des empreintes métalliques laissées dans le cône femelle de la tête apporte des informations intéressantes sur la fixation conique. Une empreinte de type I représente le mode de fixation optimal. La zone de contact se situe sur la partie haute du cône, l’empreinte métallique est circulaire et homogène (fig. 12 a, b, c).
A l’issue des nombreux travaux réalisés sur la fixation conique, les recommandations suivantes ont été retenues concernant la mise en place de la tête : • Lavage, nettoyage et inspection minutieuse du cône afin d’éviter la présence d’un 3ème corps à l’interface. • Placer la tête fémorale en appliquant une force dans l’axe du cône • Appliquer un mouvement de rotation en maintenant la pression • Impacter la tête dans l’axe du cône
L’impaction de la tête
2. Avec un angle d‘impaction supérieur à 30 degrés une empreinte de type II est également obtenu ; des pics de contraintes importants risquent d’apparaître sur la partie haute du cône, ce qui peut fragiliser l’implant en céramique. On voit ainsi le rôle capital du geste opératoire dans la réalisation de l’assemblage entre la tête et le cône métallique. Il faut insister sur le soin apporté dans le nettoyage de ce cône avant l’impaction pour vérifier l’absence d’interposition de parties molles. Il faut bien entendu éviter toute rayure ou choc sur cette zone fragile. Concernant l’interface métal-céramique des inserts acétabulaires, les mêmes recommandations s’appliquent. Une attention particulière sera apportée au positionnement du cotyle. Dans le cas d’un couple céramique céramique standard, l’inclinaison frontale optimale recommandée est comprise entre 40° et 45° avec une antéversion de 10 à 20°. Dans le cas d’un cotyle trop vertical, l’usage de la céramique est déconseillé, car les contraintes sur le bord de l’insert acétabulaire sont trop élevées et le risque de luxation majoré.
La courbe de survie des implants en céramique montre que plus de 70% des fractures apparaissent dans les 24 premiers mois. Le taux global de complications des composants en céramique, déclaré auprès du fabricant, est de 1.9 pour 10 000 implants. Il ressort également de cette étude que le respect de quelques règles d’usage des têtes fémorales et des inserts en céramique permet d’obtenir les meilleurs résultats cliniques.
Le second principe de renforcement par dissipation de l’énergie est obtenu grâce à l’oxyde de strontium reparti de façon homogène dans la matrice d’alumine. La forme particulière de ces cristaux en " barrettes ", joue un rôle de barrière en empêchant la propagation des fissures par déviation. L’AMC est une alumine renforcée appartenant à la famille des alumines, par conséquent la combinaison en couple de frottement de l’alumine classique avec l’AMC est possible. Les performances tribologiques du couple Alumine-AMC ont été testées et présentent en terme d’usure des résultats comparable au couple Alumine Alumine (tableau 2). Seule ombre au tableau, le coût de la matière première, de plus nombreuses étapes de production ainsi qu’une durée de production plus longue font de l’AMC une céramique plus onéreuse. Tableau : Propriété de la céramique composite AMC et de l’Alumine
Certaines applications étaient limitées dans le passé, par exemple l’usage d’une tête fémorale céramique sur une tige fémorale en cobalt chrome : ceci devient possible grâce à la résistance mécanique améliorée du matériau. La résistance d’une tête de 28 mm col L (long) en alumine Hipée (Biolox® forte), est de 55 kN alors qu’une céramique composite résiste à une charge supérieure à 100kN (fig. 17).
Les exigences de la FDA en matière de résistance à la fracture pour les têtes fémorales ( >46 KN) sont ainsi largement dépassées.
La société CeramTec ne recommande pas l’utilisation d’une tête fémorale en céramique sur un cône endommagé car des pics de contraintes importants peuvent être créés et aboutir à la fragilisation de la tête en céramique. Grâce à ses propriétés mécaniques supérieures, L’AMC permet d’utiliser des têtes en céramique spécifiques sans réviser la tige fémorale. Les têtes de révision sont combinées à un manchon métallique en titane qui autorise le remplacement sans risque d’une tête en céramique sur un cône déjà utilisé. Trois tailles de têtes sont utilisables avec 4 tailles de col (S, M, L et XL) allant de - 3 à +7 mm Ces têtes fémorales de révision ne sont utilisables que sur des tiges auparavant validées par le céramiste.
Maîtrise Orthopédique n°149 - décembre 2005
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