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 2013-06-28CNIT 
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 Congrès thématique de la société d'imagerie musculo squelettique SIMS OPUS XXXX
 
 
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MICHEL-HENRY FESSY

 

Il y a dix ans, Gilles Bousquet disparaissait tragiquement et prématurément. Ce numéro de Maîtrise Orthopédique est un hommage à sa mémoire. La direction de son service a été confiée à Michel Henry Fessy qui depuis, n’a pas ménagé ses efforts pour maintenir la tradition de qualité de l’orthopédie stéphanoise. Michel Henry a aimablement accepté d’évoquer les conditions de son installation à Saint Etienne ainsi que le souvenir de ses rencontres avec Gilles Bousquet.

 

 

M.O. : Comment était Gilles Bousquet à la fin de sa carrière ?

M.H. F. : Ce n’était pas la fin de sa carrière ; il avait encore de belles années d’activité devant lui. Il a disparu tragiquement et trop prématurément.

C’était, je crois, avant tout un travailleur acharné. Il m’est toutefois difficile d’évoquer Gilles Bousquet, car je ne suis pas son élève. Je ne l’ai jamais côtoyé  dans son quotidien professionnel. Ses élèves sont beaucoup mieux placés que moi pour en parler.
Ma première rencontre avec Gilles Bousquet remonte à 1991, date à laquelle il faisait partie du Jury de ma thèse de médecine, que j’avais consacrée à la tige fémorale vissée qu’il avait développée. A l’époque, cela m’avait valu quelques inimitiés de sa part car je n’avais pas dit que du bien de cet implant. Ceci était toutefois constructif, puisque au fond de lui-même, il savait que cette tige n’avait pas que des avantages ; il l’avait modifiée à nombreuses reprises.

Je connaissais aussi Gilles Bousquet à travers les visites qu’il faisait à mon patron, Monsieur Fischer, au pavillon T, notamment à l’occasion de la réunion annuelle du jury du DESCQ d’Orthopédie, mais aussi à l’occasion de réunions et de colloques organisés par le service ; ces rencontres étaient toujours l’objet d’échanges fructueux compte tenu de sa vivacité et de sa profonde gentillesse.

Je connaissais enfin Gilles Bousquet, à travers des réunions de travail autour d’un programme que nous avions en commun autour de la double mobilité.

Il m’a réellement laissé l’image réellement d’un travailleur infatigable. On m’a raconté dans le service qu’il travaillait de bon matin jusqu’à très tard dans la nuit. Il veillait sur tous les malades du service. Il validait toutes les indications. Gilles Bousquet était une véritable légende de l’orthopédie.

Toutefois, il semblerait que dans les dernières années de sa vie, l’Orthopédie n’était plus sa passion essentielle, il s’adonnait à ses temps perdus à la peinture… Il s’agit là d’une facette peu connue de ce personnage hors du commun.

M.O. : Qu’est ce qui le motivait ?

M.H. F. : Il était toujours en quête de quelque chose de nouveau. Albert Trillat a nommé 4 élèves : Henri Dejour, Paul Grammont, Jean Luc Lerat et Gilles Bousquet. Gilles Bousquet était en quelque sorte l’électron libre de l’équipe. Il avait toujours des idées, peut être trop d’idées.
Mais à Lyon, il était modéré par les autres membres de l’équipe. Quand il est arrivé à Saint Etienne, en 1974, il a donné libre cours à toutes ses idées, qui étaient fulgurantes ; hélas, ses amis et ses collègues lyonnais, n’étaient plus là, pour apporter une certaine pondération.

M.O. : A-t-il vécu son départ à Saint Etienne, comme un exil ?

M.H. F. : Non, certainement pas, d’autant qu’à l’époque, le service de Saint Etienne était rattaché au CHU de Lyon ; l’internat de Lyon englobait les services stéphanois. Tous les internes spécialistes à orientation ostéoarticulaire de Lyon passaient chez Gilles Bousquet ; ils ont tous conservés des souvenirs mémorables de leur stage, tant sur le plan chirurgical, que pour les facettes extra chirurgicales de la vie à l’internat, à saint Etienne.

Plus tard, Saint Etienne a connu son autonomie, avec un choix séparé de ses internes ; à mon avis, c’est à ce moment là que Gilles Bousquet a été déçu ; les internes lyonnais qui, par tradition, le choisissaient, ne venaient plus jusqu’à Saint Etienne.

M.O. : Etait-il autoritaire ?

M.H. F. : Là encore, il m‘est difficile de répondre. Je pense, très sincèrement, d’après ce qu’il a pu m’en être dit, qu’il était ouvert à une certaine discussion lors de l’analyse des dossiers. Au final, cependant, c’est lui qui prenait la décision.

A titre personnel, à propos de ma thèse, même s’il n’était pas totalement satisfait de ce que j’avais pu écrire, on avait pu en discuter. A coté de cela, tout Chef de Service doit faire preuve d’autorité, le Chef d’école doit donner la ligne de conduite, et la discussion alors, n’est plus possible. Tous les élèves de Gilles Bousquet ont été très touchés par sa disparition ; si les sociétés savantes ont perdu un Maitre novateur, l’Ecole Lyonnaise d’Orthopédie a perdu un Chef de fil incontestable ; ses élèves ont réellement perdu un père.

M.O. : Quelle a été l’expérience de la tige vissée ?

M.H. F. : Il y a eu successivement trois types de tiges vissées. Le premier modèle est la tige PIM dessinée en 1979 ; il s’agit d’une tige vissée sur laquelle est rajouté un col modulaire vissé. Cette tige a eu l’inconvénient de générer des impingements avec le métal back source de descellements précoces de la cupule. Parfois, ces lésions d’impingement sont visibles sur la radiographie ; en effet, il y a une encoche visible sur le col prothétique. La tige PIM est abandonnée en 1981 car il existe des ruptures d’implants consécutives à l’assemblage des pièces. En 1981, débute l’expérience de la tige PF. Il s’agit d’une tige vissée sur laquelle est mise en place une embase monobloc en Inox poli, le col mesure 16 mm, la tête 22,2 mm. La tête est monobloc sur cette embase. Cet implant donnera en regard du cotyle double mobilité d’excellents résultats. Toutefois, l’apparition des premiers cas de luxation intra prothétique fait évoluer Gilles Bousquet vers un troisième modèle de tige vissée. En 1986 débute l’expérience de la tige PRO. Il s’agit d’une tige vissée sur laquelle est mise en place une embase en Titane dont le diamètre du col est de 13 mm. Sur cette embase Titane est mise en place de façon modulaire, une tête de 22,2, de 26 ou de 28 mm. L’expérience de cette tige vissée dans ces différentes versions a été essentielle et a largement contribué à l’essor du sans ciment dans la région Rhône Alpes. La région Rhône Alpes, il est vrai a joué un rôle primordial dans l’avènement du sans ciment en France. De nombreux groupes dont la notoriété est clairement affichée, sont nés en Rhône Alpes. Les idées de Gilles Bousquet, dès les années 1980, sont sans doute à l’origine de cette évolution régionale.

Cette tige était revêtue d’un spray alumine. Il s’agissait à l’époque d’une prouesse technologique ; et puis, derrière ce recouvrement alumine, il y avait l’idée d’une fixation biologique que souhaitait rechercher Gilles Bousquet ; on sait aujourd’hui que cette Alumine n’est pas ostéoconductrice, contrairement à d’autres structures comme l’hydroxyapatite. Toutefois le process technologique du spray a été élaboré dès ces années là.

Il faut bien reconnaître aussi que cette tige vissée a contribué à démontrer que le sans ciment était une réalité. Certes, il y avait des dévissages précoces de ces tiges mais lorsqu’elles obtenaient une fixation secondaire, elles avaient une fixation pérenne. Elles avaient même la réputation d’être inenlevable ; c’était finalement le but recherché : la fixation définitive de l’implant à l’os.

C’est bien souvent par l’intermédiaire de cette tige vissée que les équipes chirurgicales de la région Rhône Alpes sont arrivées au sans ciment. Au pavillon T par exemple, Monsieur De Mourgues a débuté son expérience avec le sans ciment, dans la révision prothétique, en utilisant les implants de Gilles Bousquet, à la suite de la thèse de son élève le Docteur Jean Louis Debiesse.

Enfin, si cette tige était novatrice et source de progrès, elle introduisait un concept essentiel encore à la mode aujourd’hui : la modularité. Cette modularité permettait de régler l’antétorsion ; elle permettait de régler la latéralisation ; elle permettait de régler la longueur du col.

Il s’agit là d’une innovation proposée par Gilles Bousquet, souvent oubliée.

M.O. : Comment cette tige vissée était-elle perçue ?

M.H. F. : Comme je vous le dis, à l’époque, cette tige a été une révolution qui a contribué à l’essor du sans ciment. Toutefois, il y avait des inconvénients. La première prothèse PIM favorisait l’impingement et entraînait des descellements acétabulaires. La tige PF présentait une embase massive source de fracture trochantérienne. Dans ma thèse de médecine, consacrée à l’étude de la tige vissée, j’avais pu rapporter avec ces tiges PF, 15 % de fracture du grand trochanter ; ces fractures n’étaient toutefois pas toujours déplacées ; elles ne nécessitaient pas toujours une ostéosynthèse ; mais ces fractures trochantériennes étaient potentiellement source d’insuffisance du moyen fessier. Dans ma thèse, avec le modèle PRO, pourtant moins massive, je rapportais encore 10% de fractures du grand trochanter. Ces chiffres aujourd’hui sembleraient bien dramatiques.

M.O. : Qu’en est-il de la courbe de survie ?

M.H. F. : La courbe de survie de ces tiges vissées n’est pas extraordinaire. Ces tiges  étaient pénalisées par des dévissages précoces qui pénalisaient bien sûr la courbe de survie. Toutefois, il faut bien admettre qu’une fois que la fixation secondaire était assurée, cette fixation devenait éternelle. Je vois aujourd’hui de nombreux patients dans le service qui ont bénéficié d’une telle arthroplastie. Parfois, je les reprends pour des problèmes acétabulaires, je dois dire que l’on ne change pas la tige qui reste parfaitement fixée. On se contente de changer la modularité du col et de la tête. Par ailleurs, il faut reconnaître que ce sans ciment s’oppose au passage des particules puisque jamais, je ne vois un granulome à corps étranger en bout de tige avec cette tige vissée sans ciment.

M.O. : Vous semblez oublier les douleurs de cuisse ?

M.H. F. : Non, je ne les oublie pas. Il s’agissait d’un problème essentiel avec ces tiges vissées. Les douleurs de cuisse dans ma thèse sont présentes dans 10 % des cas. Un certain nombre disparaît au cours de la première année, mais certaines perdurent à jamais. Ces douleurs sont sans doute le fait d’une fixation diaphysaire préférentielle, voire élective, notamment avec les premiers modèles de tige. C’est sans doute pour cette raison que le dessin du filetage a souvent changé au fil du temps. Initialement, les filets étaient trapézoïdaux, ils sont devenus mordants, ils sont devenus ensuite affinés progressivement de l’embase de la tige en bout de tige. Peu de temps avant son décès, Gilles Bousquet testait un dernier modèle de tige vissée ; il s’agissait d’une tige métaphysaire, justement pour éviter cette fixation diaphysaire élective. Gilles Bousquet n’a jamais voulu reconnaître cet inconvénient majeur de la tige vissée ; pourtant, l’évolution qu’il donnait au profil  de cet implant était bien la reconnaissance du problème par le concepteur lui-même.

M.O. : Quand a-t-il mis au point le cotyle double mobilité ?

M.H. F. : Les premiers travaux sur la double mobilité débutent en 1976. A l’époque, il ne s’agit pas réellement de la double mobilité au sens où on l’entend aujourd’hui ; en effet, à l’époque, il s’agit d’un polyéthylène rétentif mis en place sur la tête prothétique, ce polyéthylène est articulé directement dans l’acétabulum. Cette première série donne des résultats catastrophiques et est vite abandonnée au profit d’un nouveau modèle, qui associe une mobilité entre la tête et le polyéthylène et entre le polyéthylène et un métal back, lequel est mobile dans l’acétabulum. Cette série connaîtra le désastre des cotyloidites et sera abandonnée pour un premier système double mobilité à fixation scellée dans l’acétabulum. Cet implant est abandonné en 1979 pour le cotyle Tripode sans ciment, qu’utilisera Gilles Bousquet pendant toute sa carrière.

Il utilisait en regard une tête de 22,2 mm pour conserver le concept de la low friction arthroplasty proposée par Charnley. Le métal back était recouvert d’un spray d’alumine, grâce à une collaboration avec Jean Rieu, à l’Ecole des Mines de Saint Etienne.

Cet implant dessiné en 1979 a connu très peu de modifications ; il y a eu une modification dans le dessin avec disparition des oreilles latérales qui pouvaient être source de conflit avec le psoas ; le polyéthylène a été redessiné avec la réalisation de chanfreins, pour améliorer les amplitudes de la première mobilité, c’est à dire la mobilité entre la tête et le polyéthylène. C’est en même temps que Gilles Bousquet préconise l’utilisation de têtes en diamètre 26 mm et en diamètre 28 mm, dès lors qu’il y a suffisamment de polyéthylène. Tout ceci est justifié à la suite des premiers épisodes de luxation intra prothétique.

M.O. : Pourquoi a-t-il fallu tant de temps pour que le concept s’impose ?

M.H. F. : Les causes sont multiples. Cela tient tout d’abord au personnage, qui n’avait pas que des amis dans le milieu orthopédique. Cela tient aussi au fait, que la double mobilité est à contre courant des systèmes unanimement reconnus dans le monde entier. Enfin, il faut bien reconnaître que l’Ecole Stéphanoise, Gilles Bousquet, mais aussi ses élèves, n’ont rien fait pour publier sur ce sujet. Pendant longtemps, les seules publications connues sur ce sujet sont celles de J.H. Aubriot à Caen.

M.O. : Il avait aussi mis au point une prothèse de genou ?

M.H. F. : Je pense que Gilles Bousquet a beaucoup apporté à la chirurgie de la hanche, mais dans l’esprit de la plupart de nos collègues, Gilles Bousquet, c’est avant tout un chirurgien du genou. C’est vrai. Il a fait sa thèse sur le pivot central, sous la direction d’Albert Trillat et il a ainsi participé, à ses cotés, au démembrement de l’instabilité du genou. Son nom restera inexorablement associé à l’instabilité postéro-externe ; son nom restera associé à la réfection des points d’angle postéro-externe PAPE et postéro-interne PAPI … et puis son nom reste attaché au poplité… Dans le domaine de l’arthroplastie du genou, il avait développé en effet, la prothèse rotatoire, qui associait une rotation automatique du genou dans les mouvements de flexion extension. Cette prothèse fut développée dans les années 1970.

M.O. : Il passait pour être excellent opérateur, quoiqu’un peu agressif…

M.H. F. : Tous les gens qui le côtoyaient reconnaissent ses qualités chirurgicales. En ce qui concerne le genou, il faisait le tour de cette articulation. A coté de cela, il avait des résultats exceptionnels, qui justifiaient sa clientèle internationale pour la chirurgie ligamentaire. Il a opéré de très nombreux footballeurs professionnels, notamment du championnat italien, comme en témoigne encore les fanions accrochés au mur de mon bureau. Cette notoriété dans le milieu footbalistique atteste bien des qualités chirurgicales de Gilles Bousquet. Il a tenu le championnat italien pendant des années. Je pense que le football, c’est vraiment le sport où l’on peut au mieux quantifier les résultats de la chirurgie ligamentaire. De nombreux patients de Gilles Bousquet ont continué une carrière internationale après avoir été opérés à Saint Etienne par ce Maitre incontesté.

M.O. : Qu’est-il arrivé à Gilles Bousquet ?

M.H. F. : Il est décédé accidentellement. Il est parti se reposer aux Seychelles et il s’est noyé. Il n’avait que 59 ans. Il faut dire qu’il avait un rythme de vie épouvantable. Il travaillait sans s’arrêter. Il fumait cigarette sur cigarette. Il a sans doute fait une crise cardiaque. Il y a des rumeurs qui circulent autour de sa mort tragique… Ceci ne repose sur aucun fondement. J’ai appris personnellement son décès par ses assistants qui m’ont contacté par téléphone. Je me souviens de l’émotion soulevée dans le monde orthopédique lyonnais à l’annonce de cette triste nouvelle.

M.O. : Quand êtes-vous arrivé à Saint Etienne ?

M.H. F. : Le 1 septembre 1998. Auparavant, j’étais à Edouard Herriot, à Lyon, au pavillon T, auprès du Professeur L.P. Fischer où je pensais faire toute ma carrière. J’étais à l’époque Maitre de Conférence en Anatomie. Je faisais 9 heures de cours par semaine. L’université de Lyon souhaitait me nommer, mais il n’y avait pas de poste à court terme, on souhaitait me faire attendre.

La libération du poste de Gilles Bousquet m’a créé une opportunité que j’ai saisie. A l’époque, les Lyonnais ont été déçus de mon départ, nombreux sont ceux qui ont essayé de me retenir. Mais il est tellement difficile d’obtenir un poste de PUPH, que lorsque l’on vous en propose un, il ne faut avoir aucune hésitation. J’ai donc accepté immédiatement le poste à Saint Etienne. J’ai été nommé la même année, Professeur et Chef de Service à Saint Etienne.

M.O. : Comment s’est passée votre arrivée à Saint Etienne ?

M.H. F. : Gilles Bousquet est décédé le 14 avril 1996. Je suis arrivé deux ans plus tard à Saint Etienne. Le service avait beaucoup souffert. Il ne comptait plus que 35 lits au lieu de 70. Le service avait été dépouillé. Quand je suis arrivé à Saint Etienne, je ne connaissais personne. Je ne connaissais même pas la structure. J’ai réalisé le 1 septembre 1998, en m’asseyant dans le fauteuil de Gilles Bousquet, que les choses allaient être compliquées.

Le problème était surtout de réorganiser le service. Ma première année a été consacrée à cette réorganisation. J’ai été particulièrement bien accueilli par l’ensemble du personnel du Centre d’Orthopédie. J’ai été aidé aussi, par le soutien de la secrétaire de Gilles Bousquet, qui était réellement l’âme du service ; j’ai eu la chance de la garder à mes côtés. Elle savait tout. Il suffisait de demander. Elle n’a surtout jamais porté de jugement sur son jeune Chef de Service de 38 ans et elle était suffisamment intelligente pour ne faire aucune comparaison. La phrase que je redoutais tant : « Monsieur Bousquet ne faisait pas comme ça », on ne me l’a jamais dite. Il s’agit pourtant d’une phrase bien habituelle que l’on entend lors des changements de semestre des internes…

J’ai été aussi secondé par mes collaborateurs chirurgiens, Praticiens Hospitaliers, Assistants et Internes qui m’ont permis de redonner du dynamisme au service. En un an et demi, nous avons pu retrouver nos 71 lits pour mener notre activité de traumatologie et d’Orthopédie.

M.O. : Quelle organisation avez-vous donné à votre service ?

M.H. F. : L’organisation est classique. Il y a un staff de traumatologie tous les matins, pour faire le point avec le chirurgien de garde et l’interne de garde sur les malades hospitalisés. Les contrôles radiographiques de la nuit sont examinés. Les malades d’urgence différée sont programmés pour le jour même ou les journées à venir, en fonction de la pathologie et de son urgence, mais aussi en fonction des disponibilités du bloc. Ceci est discuté avec le cadre infirmier du bloc. Tous les chirurgiens du service sont présents.

Comme le veut la tradition lyonnaise, le lundi après midi est consacré au colloque hebdomadaire. C’est l’occasion de revoir et d’analyser tous les dossiers des patients qui seront opérés dans la semaine. Nous avons un œil attentif sur l’ensemble des contrôles de la semaine précédente. Ceci est l’objet de critiques éventuelles sur les montages. Nous rediscutons des dossiers difficiles de traumatologie qui demandent une prise en charge échelonnée. Enfin, à l’occasion de cette réunion où sont présents tous les chirurgiens du service, tous les internes, le Cadre de Bloc et l’Anesthésiste référent, est défini l’ordre de passage des patients sur la semaine. Je dois reconnaître que le rôle du cadre est essentiel dans la bonne réalisation du programme. Nous avons la chance à Saint Etienne d’avoir un Cadre, issue de l’Ecole d’IBODE, qui a une large connaissance de la pathologie orthopédique et qui a un sens de l’organisation hors du commun. Sans elle, il nous serait difficile d’avoir une gestion efficiente.

Personnellement, j’opère le mardi matin et le jeudi matin, parfois le vendredi lorsqu’il y a des malades en attente ou lorsqu’il y a des dossiers à programmer assez rapidement, difficiles à caser sur un programme réglé. Par ailleurs, depuis une quinzaine d’années, j’ai l’habitude, le mercredi matin, d’aller opérer dans un hôpital périphérique, à Saint Vallier. Chaque mercredi matin, j’opère une prothèse, puis je consulte.

L’architecture du pavillon 1-3, où nous exerçons, à l’hôpital Bellevue, n’est pas très favorable, puisque le bâtiment a été réhabilité et il y a des difficultés de communications architecturales entre les deux ailes du bâtiment. Cette difficulté de communication a été jugulée grâce à un réseau informatique. En direct, tout le service peut connaître les dates d’hospitalisation, les interventions programmées et le matériel nécessaire pour le bloc.

Le service a une activité dirigée vers la traumatologie qui représente 40% de l’activité. Le service est le seul service de traumatologie du bassin ligérien. Nous restons le service de référence.  60 % de notre activité est tournée vers l’orthopédie. En orthopédie, nous avons une grosse activité hanche, mais aussi une activité genou et une activité épaule. J’ai la chance d’avoir à mes cotés deux PH. Frédéric Farizon est la mémoire chirurgicale du service, puisque c’est l’élève de Gilles Bousquet. Il a une activité générale, mais il est le référent genou dans le service. J’ai aussi à mes cotés, Laurent Beguin qui a développé l’activité épaule, bien qu’il gère d’autres activités dans le service. C’est un moteur essentiel qui contribue à l’essor du service. A nos cotés, il y a trois Assistants, 4 internes. Depuis mon arrivée à Saint Etienne, j’ai toujours été choisi par les Internes, nous n’avons jamais eu aucune défection. J’ai beaucoup de chance. J’en ai conscience puisque de nombreux services connaissent des difficultés devant la pénurie des internes chirurgicaux. Ils savent que je les remercie pour la confiance qu’ils m’accordent. Je crois que tous mes collaborateurs contribuent à leur manière à leur formation professionnelle. Enfin l’équipe est renforcée grâce à des vacataires : Michel Colas, premier Assistant de Gilles Bousquet, chirurgien à Saint Chamond, Philippe Girardin, élève chéri de Gilles Bousquet, chirurgien à Montbrison. L’équipe est aussi renforcée par Giorgio Gresta, ancien Interne de Gilles Bousquet, chirurgien à Montbrison. Le Docteur Henri Olagnier, gère la consultation sportive du service.

M.O. : Quels sont vos problèmes en tant que Chef de Service ?

M.H. F. : Le vrai problème c’est l’urgence ; le vrai problème c’est le respect de la législation. Le service est le seul à assurer l’urgence chirurgicale traumatique ostéoarticulaire, 24 h / 24 sur le secteur. Le chirurgien est de garde ; il dort sur place. Nous disposons de 71 lits. Hélas, il n’y a que 5 chirurgiens seniors qui se relaient pour prendre la garde et assurer la continuité des soins. Ceci pose problème pour la gestion de l’activité chirurgicale chaque jour, puisqu’un chirurgien est en repos de sécurité. L’été bien évidemment, il n’est pas possible de respecter toutes ces règles et nous nous retrouvons dans l’illégalité. Notre Direction Générale a bien conscience de ce problème ; elle fait tout pour nous aider.

M.O. : Quel a été votre cursus ?

M.H. F. : J’ai toujours voulu faire de l’Orthopédie et de la chirurgie ; je ne suis pourtant pas issu d’un milieu médical. Je suis né à Lyon, j’ai grandi à Roanne où j’ai passé mon bac. Très intéressé par tout ce qui touchait le monde du vivant, je me suis dit que j’allais faire médecine. J’étais très bon en maths alors on m’a dit non. Il ne faut pas aller en médecine, il faut aller en math sup. Me voilà donc parti en math sup au Lycée du Parc à Lyon. J’y ai passé une année extraordinaire car j’aimais beaucoup les mathématiques ; j’aimais moins la physique. A cette époque, mon cothurne, à l’internat, avait un de ses amis en médecine à Lyon ; j’ai eu par cet intermédiaire un polycopié de biomécanique articulaire rédigé sous la direction de Louis Fischer. J’ai été fasciné ; je me suis dit que c’était cela que je voulais faire. L’année suivante, en 1978, malgré mes bons résultats en math sup, je suis entré en médecine à la Faculté de Lyon Grange Blanche. J’ai réussi ma première année. Dès la deuxième année, je m’inscrivais en biologie humaine, en biomécanique articulaire et en troisième année en certificat d’Anatomie. Ensuite, ce fut la préparation de l’Internat… J’ai eu une formation orthopédique très générale. Cependant, j’ai décidé que je ferai de la chirurgie de la hanche dès mon premier semestre. J’étais Interne chez Claude Régis Michel, qui bien que Patron d’infantile, avait une énorme activité adulte et de prothèse totale de hanche. J’ai été subjugué par cette chirurgie et aujourd’hui encore, je fais des gestes qu’il m’a appris.

M.O. : Sur le plan universitaire, vous êtes anatomiste ?

M.H. F. : En effet, sur le plan universitaire, je suis Professeur d’Anatomie. Je continue à enseigner l’Anatomie à Saint Etienne. Il n’y a pas de Professeur d’Orthopédie et j’assume aussi cet enseignement. J’ai été nommé en Anatomie, en qualité de MCU. C’est l’anatomie qui m’a donné mes titres universitaires. Je n’ai jamais souhaité abandonné la discipline, malgré la charge d’enseignement. D’ailleurs, pour mon arrivée à Saint Etienne, j’avais négocié de rester en Anatomie, alors que le poste de Gilles Bousquet était en Orthopédie. C’était un
calcul délibéré, car en tant qu’Anatomiste, je savais qu’un jour je pourrais faire nommer un élève en Orthopédie. Il s’agit en effet, d’une discipline qui génère une activité colossale sur le plan hospitalier et qui assure la formation de jeunes chirurgiens, qui demain, prendront en charge la population.

M.O. : Que pensez-vous de l’enseignement de l’Anatomie ?

M.H. F. : C’est une discipline que j’aime beaucoup. Hélas ! on n’enseigne aujourd’hui qu’un vernis de culture anatomique à la Faculté de Médecine. Il faut, il est vrai, s’adapter, car la Faculté de Médecine prépare à tout finalement, sauf à la médecine.

Sur quelques 700 étudiants, une centaine seulement rentreront en médecine, beaucoup n’auront aucune porte de sortie, quelques uns pourront accéder à l’Ecole dentaire, à l’école de Sage femme ou à l’école de kinésithérapie. Tout le paradoxe de la Faculté de Médecine, en première année, est qu’il faut enseigner à toute cette masse d’étudiants, et finalement on ne va pas au fond des choses pour les futurs médecins, qui devraient rester la cible préférentielle de notre enseignement. On n’enseigne aujourd’hui que des rudiments ; le drame est que cette anatomie n’est plus jamais enseignée. Ceci est surtout dramatique pour la formation chirurgicale. Le principal reproche à l’organisation actuelle, c’est qu’il n’y ait pas une ré injection de l’anatomie au niveau du 3e cycle pour les internes. Dans notre spécialité, l’anatomie est incontournable, elle reste « la boussole qui dirige » les pas et les mains du chirurgien. Dans notre spécialité, outre le geste osseux, il y a l’apprentissage des voies d’abord ; c’est au laboratoire d’Anatomie qu’il faut les apprendre.

M.O. : Finalement vous vous êtes retrouvé chez Monsieur Fischer ?

M.H. F. : J’ai été interne chez Monsieur Fisher en 1986, en deuxième année d’internat. J’avais apprécié son service pour son orientation vers la hanche. Je lui avais demandé un poste de Chef. En 1991, j’ai été Interne médaille d’or dans son service et je suis devenu Chef de Clinique en 1992. Ces années à ses côtés, dans son service, au pavillon T, ont été merveilleuses. Dans ce service, j’ai pu réellement apprendre la chirurgie de la hanche, car le service conservait une tradition dans cette orientation, puisque c’était l’ancien service de Monsieur De Mourgues. Monsieur Fischer m’a toujours honoré de sa confiance totale ; avec lui, je participais à l’organisation du service. Ces années ont été aussi merveilleuses car c’est pendant cette période que j’ai renforcé mes liens avec Jean Christophe Chatelet, aujourd’hui installé à la Clinique du Beaujolais. Nous nous sommes toujours fait une confiance réciproque. Nous restons complices tant dans notre activité professionnelle, chirurgicale autour de la hanche, qu’à l’occasion de réunions plus privées. C’est aussi dans ce service, avec Louis Fischer, que nous avons organisé à plusieurs reprises les journées lyonnaises de hanche ; ces journées ont été décisives dans le déroulement de ma carrière. Grâce à ces réunions, grâce au soutien de Monsieur Fischer, j’ai pu rencontrer des chirurgiens de la hanche qui m’ont toujours accordé un accueil chaleureux. C’est aussi grâce au soutien de Monsieur Fischer que j’ai pu accéder aux fonctions de Maitre de Conférences en 1994. Je lui dois beaucoup ; il ne le sait peut être pas suffisamment ; c’est l’occasion de lui renouveler mes remerciements et ma considération.

Enfin, ce pavillon T, c’est aussi des souvenirs plus personnels, puisque c’est là que j’ai rencontré mon épouse, avec qui je partage des moments de grand bonheur. Le rôle d’une épouse est essentiel dans notre métier pour nous seconder dans des moments parfois difficiles de la carrière universitaire et de l’activité chirurgicale.

M.O. : Monsieur Fischer est-il toujours en exercice ?

M.H. F. : Non, il est à la retraite. Il n’a pas pour autant abandonné la médecine. Il s’intéresse toujours autant à l’histoire de la médecine. C’est un homme, comme vous le savez, excessivement cultivé ; il connaît la peinture, la littérature, l’architecture.

J’aime beaucoup la peinture. Nous avions souvent au pavillon T des discussions autour de cet art. Je crois qu’il connaît la peinture autant que n’importe quel conservateur d’un grand musée. Je reste réellement très admiratif.

M.O. : Comment sont organisés les hôpitaux universitaires à Lyon ?

M.H. F. : A Lyon, il y a trois pôles hospitalo-universitaires. Il y a l’hôpital Edouard Herriot. Il y a l’hôpital de la Croix Rousse avec le Centre Livet qui est le service d’orthopédie et le Centre hospitalier Lyon Sud. Jacques Bejui et Jean Paul Carret  sont au pavillon T à l’hôpital Edouard Herriot. Guillaume Herzberg au pavillon M, de l’hôpital Edouard Herriot, assure l’activité membre supérieur ; il a aussi la lourde charge de gérer la traumatologie ; il est aidé dans cette fonction par son adjoint le Docteur Jean Christophe Bel. A l’hôpital de la Croix Rousse, Philippe Neyret est au Centre Livet. Au centre hospitalier Lyon Sud, Jean Luc Lerat et Bernard Moyen gère l’activité orthopédique, mais aussi l’activité traumatique d’urgence du site.

M.O. : On dit que vous quittez Saint Etienne pour Lyon ?

M.H. F. : Jean Luc Lerat, fera valoir ses droits à la retraite en septembre 2006. Il m’a demandé de lui succéder en accord avec Bernard Moyen, pour gérer l’importante activité hanche de ce service. J’aurai grand plaisir à travailler aux côtés de Bernard Moyen, dont l’activité est tournée sur l’articulation du genou.

Je quitterai Saint Etienne avec regret. Saint Etienne m’a tout donné. J’ai obtenu mon titre de Professeur ; j’ai obtenu une chefferie de service ; j’ai surtout obtenu la confiance totale du personnel du service mais aussi de mes collègues stéphanois et des patients. Je quitterai vraiment Saint Etienne avec regrets car j’y ai développé une activité constructive.

Toutefois j’avais été déçu de ne pas être nommé à Lyon ; j’avais eu l’impression a posteriori d’avoir été abandonné par la structure qui m’avait formé, et pour laquelle j’avais dépensé tant d’énergie. Lyon aujourd’hui souhaite mon retour. C’est pour moi une véritable deuxième nomination…

M.O. : Quels sont vos domaines de prédilection ?

M.H. F. : La hanche et encore la hanche…. Je m’intéresse aussi à la chirurgie traumatique, plus particulièrement à la chirurgie traumatique du bassin. J’ai abandonné, depuis que je suis à Saint Etienne, la traumatologie du rachis que je pratiquais à Lyon. Je m’intéresse toujours à la chirurgie tumorale et j’assume la prise en charge de la pathologie infectieuse de l’appareil locomoteur.

M.O. : Que pensez-vous de la double mobilité ?

M.H. F. : J’ai découvert ce principe à Lyon, dans le service du Professeur Fischer, qui l’utilisait volontiers dans la chirurgie de la reprise. J’avais pu apprécier dès 1986, lors de mon passage comme Interne, dans le service, l’intérêt de ce matériel pour prévenir l’instabilité. Il est vrai que c’est la qualité essentielle de la double mobilité. Lorsque j’étais Chef de Clinique, je m’intéressais déjà à la chirurgie prothétique de la hanche et j’utilisais volontiers ce système chez les patients qui présentaient un risque d’instabilité, mais aussi pour traiter l’instabilité chronique. Je me rappelle que je l’utilisais volontiers, dans la fracture du col lorsque le patient pouvait bénéficier d’une arthroplastie totale de hanche, mais aussi dans la chirurgie de la résection tumorale.

M.O. : Ne trouvez-vous pas que les indications sont devenues excessives ?

M.H. F. : Je ne sais pas. Beaucoup de chirurgiens le disent. Certains même prétendent qu’une cupule sur deux vendue en France est une double mobilité. Qu’en est-il ? je n’en sais rien. Il est vrai que ce système a connu un très large développement depuis une dizaine d’années. Il y a sans doute une forte demande, puisque tous les fabricants proposent un tel système. Il faut toutefois reconnaître que parmi les problèmes soulevés par  la chirurgie prothétique de la hanche, il reste le problème dramatique de la luxation. Certes, les causes de la luxation sont multifactorielles, mais la luxation est toujours vécue par le chirurgien comme une faute ; pour le malade c’est un échec de la méthode, même s’il ne reproche souvent rien à son chirurgien ; d’ailleurs, beaucoup de malades disent avec philosophie : « j’ai fait quelque chose qu’il ne fallait pas. » Toujours est-il que l’opérateur se sent responsable. Les choses restent d’autant plus dramatiques qu’une luxation sur deux récidivera. La double mobilité, il faut bien le reconnaître, met à l’abri de cet accident, de ce coup de tonnerre dans le ciel serein du résultat attendu dans les suites d’une arthroplastie.

M.O. : Utilisez-vous à titre systématique la double mobilité ?

M.H. F. : Non, certainement pas. Je privilégie chez les gens jeunes et actifs, le couple alumine-alumine pour prévenir l’usure à long terme. Toutefois, en cas de risque majeur d’instabilité, quel que soit l’âge, je n’hésite pas à utiliser ce concept qui permet d’assurer l’absence de luxation. Par ailleurs, chez les gens plus âgés, dès 70 ans, j’utilise aussi la double mobilité. Les courbes de survie permettent aujourd’hui d’affirmer l’absence de reprise chez ce type de patients ; la double mobilité met à l’abri de la luxation, qui reste la complication première dans cette population âgée.

M.O. : Où en sont vos études sur la double mobilité ?

M.H. F. : En arrivant à Saint Etienne, je savais que j’abandonnerai la tige vissée. En effet, je défends avec conviction, l’utilisation non plus de ce système vissé mais d’une tige quadrangulaire sans ciment recouverte en totalité d’hydroxyapatite. Avec le groupe ARTRO, nous avons une telle constance de résultats qu’il n’y avait plus de place pour le système vissé avec son cortège de problèmes. Je savais aussi en arrivant à Saint Etienne, en qualité de chirurgien de la hanche, qu’il y avait un patrimoine scientifique inestimable autour de cette double mobilité. Il s’agissait encore d’un système peu connu. L’Ecole Stéphanoise avait peu publié. Il y avait tout à faire. J’ai été particulièrement aidé par mes collaborateurs. Rémi Philippot a consacré sa thèse de médecine à la revue d’une cohorte de patients à 10 ans. Il nous a fourni une courbe de survie. Les résultats à 10 ans sont bons et sont tout à fait comparables à des méthodes plus classiques.

Frédéric Farizon a travaillé sur le devenir des patients de moins de 50 ans ; les résultats ont été publiés à la Société Française de Chirurgie de la Hanche, à l’occasion du symposium dirigé par Henri Migaud et Christian Delaunay. Les résultats de notre série ont été critiqués, pourtant au vu de notre intervalle de confiance, la double mobilité n’a pas démérité par rapport aux autres systèmes. Notre courbe de survie a été pénalisée par le changement discutable de la cupule pour deux luxations intra prothétiques, alors que l’on aurait pu se contenter du changement isolé du polyéthylène. Philippe Adam consacre sa thèse de science à la double mobilité. Il a travaillé sur l’analyse de l’usure du polyéthylène. Laurent Béguin, Olivier Vanel et Sophie Grosclaude ont contribué à leur manière à l’analyse des résultats.

Enfin, nous travaillons actuellement sur deux axes. Le premier axe est consacré à l’analyse des contraintes à l’interface de la cupule et de l’os.  La question est de savoir si la double mobilité permet de diminuer ces contraintes à l’interface. Le deuxième axe est l’analyse de la luxation intra prothétique. Nous avons une cohorte d’une soixantaine de patients qui ont présenté une telle complication. Nous recherchons les facteurs favorisants qui pourraient conduire à une telle luxation intra prothétique. Nous avons retenu le jeune âge d’implantation. Il semblerait que cette luxation intra prothétique ne soit pas seulement la conséquence de l’impingement avec le col. Il semble en effet, que le rapport tête col n’explique pas à lui seul la survenue d’une telle complication. Il y a en effet deux mécanismes qui concourent à cette luxation intra prothétique. C’est le dessin du col  qui déclenche cette complication. Il faut sans doute optimiser le dessin du col à implanter en face d’une double mobilité.

M.O. : Avez vous une activité de recherche fondamentale ?

M.H. F. : Je suis membre d’une équipe INSERM. Je participe à l’activité du laboratoire de biologie du tissu osseux dirigé par Laurence Vico, à Saint Etienne. L’équipe s’intéresse à l’adaptation de l’os à la contrainte. Nous avons un travail d’analyse de la contrainte autour d’une tige fémorale sans ciment. La transmission des contraintes sur un fémur normal est bien connue depuis les travaux de Koch en 1917 et de Blaimont, en 1968. Lors de l’implantation d’une tige fémorale, du fait de la section du col, la tête ne transmet plus ses contraintes en tension sur la corticale latérale et ses contraintes en compression sur la corticale médiale. Après implantation de la tige fémorale, les contraintes sont transmises par la tête au fémur par la tige fémorale. Nous menons une analyse par extensomètrie à l’Ecole des Mines, ainsi qu’une analyse prospective radiologique, et surtout une étude prospective densitométrique. Nous espérons pouvoir définir un modèle prédictif par élément fini, afin de quantifier le rôle des facteurs prothétiques : alliage, taille, forme quadrangulaire ou arrondie…, des paramètres chirurgicaux comme le  “fit” fémoral, la restitution de la latéralisation et des paramètres physiologiques du patient comme l’ostéoporose.

Nous nous intéressons aussi à la navigation chirurgicale de la hanche, et nous avons pu mener un travail avec l’Ecole des Mines pour l’analyse du cône de mobilité fonctionnelle de la hanche normale à l’occasion de différentes taches ; ces données physiologiques du sujet normal sont confrontées aux possibilités offertes par l’arthroplastie, en fonction de la position relative des pièces. Dans le même axe de travail, nous analysons les référentiels bassin et fémur.

M.O. : Quels sont vos objectifs pour cette année ?

M.H. F. : Je souhaite tout d’abord maintenir l’activité à Saint Etienne jusqu’à mon départ. Bien évidemment, j’organise mon retour sur Lyon, puisque le poste a été ouvert au Journal Officiel.

A court terme, je prépare avec le groupe ARTRO l’organisation des 20 ans CORAIL.

Je vais aussi, vous l’imaginez, poursuivre sur la voie de la fabuleuse histoire de la double mobilité.

 

Maîtrise Orthopédique n°152 - mars 2006
 
 
 
 
 
 
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