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QUI CONNAIT LE LOSANGE DE MICHAELIS ?
A. Kapandji
Longjumeau - Kap-vega@wanadoo.fr

Les artistes, qu'ils soient peintres ou sculpteurs, connaissent, en général le losange de MICHAELIS : c'est une partie fort intéressante de l'anatomie humaine située au bas du dos, chez les hommes aussi bien que chez les femmes, dans la région lombo-sacrée. Chacun peut donc l'observer et le reconnaître avec une grande facilité, car il est souvent superbement dessiné.

Ce losange régulier, à grand axe vertical est déterminé par quatre points (fig. 1) :


fig. 1

- Deux angles latéraux situés au niveau de la fossette sacro-iliaque, parfaitement visible chez tous les individus, quel que soit leur embonpoint ;

- Un angle ou sommet supérieur, situé à l'extrémité inférieure du sillon lombaire

- Un angle ou sommet inférieur, marqué par le début du sillon inter-fessier.

fig. 2 fig. 3 fig. 4
 

Chez les sujets normaux, il est symétrique, régulier, bien dessiné et occupé par un épiderme fin et satiné recouvert parfois d'un léger duvet... Pour tous les esthètes, il mérite bien son nom de "Divin Losange", car il figure dans toutes les œuvres d'art où les bas du dos n'est pas masqué par une fausse pudeur, que ce soit sur les peintures ou les sculptures. On le remarque, par exemple, sur le "Poseïdon" du musée d'Athènes (fig. 2), "L'âge d'Airain" de Rodin (fig. 3), sur les Trois Grâces de Pradier qui vous attendent au Louvre (fig. 4), ainsi que sur de nombreuses statues (fig. 5 et 6). Il est au premier plan dans la gravure sur cuivre de Dürer (1497) "Les quatre sorcières" (fig. 7). Notons au passage que la tradition moyenâgeuse ne faisait apparaitre le nu feminin que dans les scènes de sorcellerie et de tentation...


fig. 5
fig. 6 fig. 7

Si ce losange est bien connu des artistes, il est par contre presque totalement ignoré des médecins et chirurgiens, qui pourtant devraient bien le connaitre, en particulier les orthopédistes et les rhumatologues.

J'ai longtemps cru que l'auteur de ce fameux losange, MICHAELIS, était un peintre ou un sculpteur, mais mes recherches dans cette voie furent vaines, même sur Internet où je trouvais un Michaelis, biochimiste, célèbre pour ses lois sur la cinétique de certains réactions chimiques.

C'est à l'occasion d'un Congrès à Mainz en Allemagne, que je rencontrai enfin un MICHAELIS, Professeur et président de la Faculté, que je crûs être le bon, tout au moins à titre de descendant... Malheureusement, Gustav Adolf ne figurait pas parmi ses ancêtres. Par contre, il me permit de localiser au XIXème siècle à Kiel, un gynécologue nommé Gustav Adolf MICHAELIS (1798-1848) qui décrivit le fameux losange chez ses futures parturientes afin de prévoir d'éventuelles dystocies, en un temps où il n'y avait pas de radiographie. Il avait remarqué des déformations du losange sur les bassins asymétriques, facteurs de dystocies. Il a transmis son expérience internationalement puisque certains livres d'obstétriques français le citent. M. Lacomme, Professeur de clinique obstétricale à Paris, dans son ouvrage "Pratique Obstétricale" (Masson et Cie Editeurs 1960) décrit ainsi le losange :

"l'angle inférieur du losange est situé sur la ligne médiane là où se joignent les deux plis fessiers et l'angle supérieur est marqué par une fossette souvent d'ailleurs peu visible, placée sous l'apophyse épineuse de L5. Chez une femme bien conformée, cet angle supérieur est à 3 ou 4 cm au-dessus de l'horizontale passant par les deux fossettes laterales. Le losange de Michaelis permet donc de situer la 5e lombaire et par consequence le promontoire à la fois dans le sens vertical et dans le sens horizontal. Il permet aussi d'évaluer la hauteur et la largeur du sacrum." Il est également mentionné (fig. 8) dans le célèbre Précis d'Obstétrique de Robert Merger, Jean Lévy et Jean Melchior (Masson et Cie Editeurs 1974).


fig. 8

Suite à cette découverte, je me suis intéressé au "Divin Losange" sous l'angle anatomique et j'ai mis au point une méthode radiologique, marquant avec des plombs de pêche les quatre sommets du losange pour voir à quoi ils correspondent, sur des radiographies de face de la région lombo-sacrée (fig. 9, 10 et 11). J'ai pu constater sur une courte statistique que ces angles correspondent à des points relativement précis du rachis lombo-sacré :

fig. 9 fig. 10 fig. 11

- Les deux repères latéraux correspondent au bord supérieur de l'aileron sacré, et plus exactement à la partie toute supérieure de l'articulation sacro-iliaque.

- Le repère inférieur se projette sur S3

- Et le repère supérieur, moins précis, à L4 ou L5.

Pour le Rhumatologue et le Chirurgien du Rachis, ces repères peuvent être fort utiles. Chaque angle latéral, marqué par la fossette sacro-iliaque permet de trouver très facilement, aux fins d'infiltration, l'articulation sacro-iliaque. La ligne horizontale réunissant les deux angles latéraux du losange, sa diagonale transversale, correspond à l'interligne L5-S1.

Nul doute que, grâce à l'artifice des plombs de pêche, le Losange de Michaelis ait encore bien des secrets à nous révèler.


fig. 12

En tous cas, l'amoureux
de l'anatomie, l'esthète, l'homme de goût ne se lassera jamais d'admirer à chaque occasion le "Divin Losange", dans toutes ses manifestations, dans les musées, sur la plage, dans la mode féminine et même dans la publicité (fig. 12). Si j'avais un souhait à formuler, à votre intention, Mesdames, devant la mode grandissante des tatouages faux ou vrais, c'est de respecter cette partie de votre anatomie et de ne jamais la laisser "défigurer" par un dessin, même réussi, car le "Divin Losange" se suffit à lui même...!

Maîtrise Orthopédique n°125 - juin 2003
 
 
 
 
 
 
  AVERTISSEMENT : Ce site est destiné au corps médical. Les traitements présentés ne reflètent que l'expérience des auteurs au moment où leur article a été publié dans notre journal. La décision d’une intervention chirurgicale ne peut se prendre qu'après un examen clinique. Les techniques publiées ici ne sauraient justifier une quelconque revendication de la part d'un soignant ou d'un soigné.
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