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FRANÇOIS FASSIER

François Fassier présidait en septembre 2006 à Montréal le 10 e congrès de l’Association des Orthopédistes de Langue Française (AOLF). Alors qu’il était chirurgien pédiatre à Grenoble, François Fassier s’est lancé dans une carrière hospitalo-universitaire au Québec. Il nous retrace son parcours professionnel qui l’a conduit à sa position actuelle de chirurgien chef de l’hôpital des Shriners de Montréal et nous donne des nouvelles de la situation chirurgicale dans la Belle Province.

M.O. : Monsieur Fassier, quel est votre parcours ?

F.F. : Et bien, c'est un double parcours, européen et nord américain puisque j'ai commencé mes études de médecine à Lyon en France, j'ai fait mon internat à Grenoble et un semestre d'échange à Paris chez Mr Seringe et Mr Dubousset. Quand j'étais chez Mr Dubousset, il m'a dit : "François, il faut que tu ailles voir le Dr Duhaime à Montréal". Je suis donc venu passer une année à Montréal en 1980-81 et au bout de 6 mois, alors que les gens de Ste Justine cherchaient une recrue, on s'est plu mutuellement et une place m'a été proposée. Je suis retourné faire mon année de chef de clinique de manière à avoir mon diplôme de chirurgien français en 81-82 puis en 82, je suis revenu au Canada passer toutes les équivalences de diplôme et suis devenu un canadien à la fois orthopédiste et citoyen.

M.O. : Vous trouviez qu'il n'y avait pas assez de neige à Grenoble et que les hivers n'étaient pas assez longs ?

F.F. : Il y a eu deux raisons à mon choix. Premièrement, protéger ma famille. A Grenoble, j'étais le seul orthopédiste pédiatre et on finissait par m'appeler dans tous les cas que je sois de garde ou non. Je ne suis pas certain que ma famille aurait suivi si j'étais resté à Grenoble. On peut en débattre très longtemps, mais c'était une crainte.

La 2ème raison de mon choix est que j'ai toujours été un joueur d'équipe. En particulier j'ai joué au foot pendant des années et j'ai continué à Montréal. On a formé une équipe et pour moi une équipe c'est plus de deux personnes contrairement à ce que l'on constate souvent dans les services en France. J'ai eu le coup de foudre quand j'ai vu comment on travaillait à Montréal. Quand l'équipe de Ste Justine, c'est-à-dire l'hôpital pédiatrique francophone de Montréal, formée à l'époque de 5 personnes m'a proposé de la rejoindre, c'était vraiment là qu'il fallait que je sois. D'une part, j'allais faire uniquement de l'orthopédie pédiatrique tandis qu'à Grenoble, j'étais obligé en garde de faire de l'adulte, d'autre part, j'avais un groupe qui me supportait sur le plan académique. J'ai eu une carrière à laquelle je ne pouvais même pas rêver au départ puisqu'après 11 ans passés à Ste Justine, c'est l'université de McGill qui est venue me chercher pour devenir chef de l'hôpital de Montréal pour enfants dont je m'occupe depuis 1993 et en 2001 je suis devenu chirurgien chef de l'hôpital Shriners, Canada. Le département d'orthopédie pédiatrique de McGill, dont je suis responsable est une seule unité avec deux hôpitaux : l'hôpital de Montréal pour enfants et l'hôpital Shriners où je passe le plus clair de mon temps depuis 2000.

M.O. : Comment définiriez-vous pour nous français les Shriners ?

F.F. : Les Shriners sont une organisation philanthropique au départ et leur système d’hôpitaux est un système complètement privé. Les Shriners sont proches des francs-maçons mais à la différence de l'Europe, les francs-maçons d'Amérique du nord se montrent. On est fier d'être franc-maçon, on fait des manifestations publiques etc... Ce n'est pas comme certaines franc-maçonneries européennes où c'est un peu plus "underground". A l’origine, des francs-maçons se sont réunis à New-York à la fin du XIXè, ils se sont dit que c'était bien d'être dans un réseau de francs-maçons, mais qu'il leur manquait un but philanthropique et ils ont créé les Shriners pour s'occuper d'enfants handicapés du système musculo-squelettique, essentiellement à l'époque les enfants atteints de polio et de tuberculose. Progressivement ces maladies là ont été éradiquées puis ont été remplacées par des malformations, par de la traumatologie, et les Shriners ont continué à remplir leur rôle en soutenant des enfants atteints dans leur intégrité musculo-squelettique. Les Shriners ont 22 hôpitaux en Amérique du Nord, 20 aux Etats-Unis, 1 à Mexico et 1 au Canada et nous avons la chance qu'il soit à Montréal. Au Québec, le système de santé est public donc le statut de l'hôpital  est un statut intermédiaire. C'est un hôpital conventionné et pour vous donner une idée de la manière dont il est conventionné, son budget provient pour 1/4 du gouvernement et pour 3/4 des Shriners. Nous avons donc une liberté d'action que je n'ai pas à l'hôpital de Montréal pour l’Enfants où le budget est purement gouvernemental et les crédits restreints, tandis qu'au niveau des Shriners la lattitude « budgétaire » permet, entre autre une qualité d'accueil qui est très différente.

M.O. : Peut-on comparer ce système à certains de nos hôpitaux privés qui ont une convention avec une université ou une faculté de médecine ?

F.F. : Tout à fait et alors que notre hôpital est affilié de manière historique avec l'université de McGill, compte-tenu que les collègues de Ste Justine viennent également chez nous, nous sommes en train de négocier une affiliation avec l'université de Montréal. Notre hôpital va ainsi être doublement affilié aux 2 grosses universités montréalaises.

M.O. : Qui peut-être soigné dans un hôpital des Shriners ?

F.F. : Au Québec, tous les enfants puisque c'est un hôpital  public dans son essence. Maintenant comme il a une partie privée, je peux y soigner des gens qui viennent de l'étranger. Il y a un système d'acceptation avec analyse de dossier. On ne peut pas accepter n'importe qui n'importe quand, mais une fois que les gens sont passés à travers ce système d'acceptation et soignés aux Shriners, ils ne payent rien. Ils s'arrangent pour voyager mais  une fois qu'ils  rentrent dans l'hôpital, les coûts des soins sont pris en charge par les Shriners, c'est ça la beauté du geste des Shriners. Il est certain qu'aux Etats-Unis c'est plus important encore, puisqu'il y a quand même aux Etats-Unis beaucoup de personnes qui n'ont pas d'assurance et qui utilisent les Shriners car ils ne peuvent pas payer. Savez-vous et je viens là de me faire confirmer les chiffres que  c'est entre 40 et 45 millions de personnes qui n'ont pas d'assurance maladie aux Etats-Unis, c'est-à-dire plus que toute la population du Canada qui n'a pas accès aux soins, et qui doit débourser. Prenons un exemple pratique : un jeune couple, a un enfant atteint de spina bifida : S'ils n'ont pas d'assurance et qu'il n'y a pas un hôpital Shriners aux alentours et bien pour ces gens là, c'est la ruine assurée pour faire soigner leur enfant.

M.O. : Vous voulez dire qu'aux Etats-Unis, la clientèle des hôpitaux des Shriners  est une clientèle beaucoup plus défavorisée que celle que vous avez ici à Montréal où elle se superpose à celle de tous les autres hôpitaux canadiens ?

F.F. : Chez nous, la clientèle est tout à fait superposable, à celle des autres hopitaux Canadiens, mais aux Etats-Unis il y a ce biais de recrutement dû au fait que les Shriners ne font pas payer pour les soins et "récoltent" effectivement tous les gens qui sont dans le besoin. Je dois dire que de ce côté-là, c'est absolument fantastique ce qu'ils sont capables de faire.

M.O. : Avez-vous définitivement remporté la bataille contre le risque de délocalisation de l'hôpital des Shriners de Montréal ?

F.F. : Alors c'est une très bonne question puisque ça a été sujet de controverse au moins ces 3 dernières années. Pour résumer l'histoire, les Shriners voulaient reconstruire un autre hôpital  à Montréal et quand est arrivée cette discussion, le problème de la localisation s'est posé. Des gens ont dit que les Shriners étant anglophones, on devrait peut être déplacer l'hôpital dans un milieu plus anglophone, comme l'Ontario. Ça a donné lieu à une bataille qui peut se résumer à un seul vote : pour déménager l'hôpital et fermer celui de Montréal, il fallait les 2/3 des voix pour la fermeture. C'est l'inverse qui s'est produit et les 2/3 ont voté pour rester à Montréal, ce dont nous avons été très fiers. Maintenant l'hôpital n'est pas encore en reconstruction mais nous avons des plans qui ont été déposés dans l'organisation des Shriners et nous attendons leur décision. Dire que tout est fini, non, sûrement pas, tant qu'on n'a pas commencé à pelleter et à faire la construction du nouvel hôpital tout peut survenir, mais ...

M.O. : Sa localisation est assurée à Montréal ?

F.F. : L'hôpital de Montréal ne fermera pas. C'est assuré. Maintenant est-ce qu'on aura un nouvel hôpital, quand et où, je ne peux pas répondre encore à ces questions.

M.O. : Vous avez parlé d'anglophonie, l'hôpital des Shriners de Montréal est un hôpital anglophone ?

F.F. : Non, c'est un hôpital entièrement bilingue, comme la plupart des institutions au Québec. On soigne les gens dans leur langue. Les patients anglophones sont soignés en anglais et les patients francophones en français. Ça ne pose pas de problème.

M.O. : Les conventions que vous avez avec l'université anglophone McGill, ne sont pas une obstruction à la francophonie ?

F.F. : Non, il est certain que tout ce qui concerne l'administration et l'enseignement des résidents se fait en anglais, mais au niveau du soin des patients c'est vraiment très bilingue.

M.O. : Y a-t-il beaucoup d'enfants au Québec ?

F.F. : Je crois que nous sommes malheureusement comme dans beaucoup de pays occidentaux en crise de natalité ; ce qui est un peu particulier au Québec, est que s'il n'y avait pas l'immigration, on serait en décroissance de population, on fait donc en sorte que cette immigration soit francophone et il y a des lois que les gouvernements successifs ont essayé de mettre en avant pour que le français soit protégé, en particulier la loi 101 qui n'est pas toujours bien comprise ou acceptée. Par ailleurs, hier soir à la cérémonie d'ouverture de L’AOLF,  j'ai été capable de montrer par des statistiques que le français n'était pas en décroissance au Canada mais en légère croissance, et c'est plutôt une bonne nouvelle. Les canadiens sont fiers de leur différence par rapport aux Etats-Unis.

M.O. : Comment sont rémunérés les chirurgiens au Canada, tout du moins au Québec ?

F.F. : Au Québec, les chirurgiens sont rémunérés de différentes façons, il n'y a pas un seul système. Disons tout de suite que le système privé comme il existe en France, n'existe pas encore. Je dis "pas encore" car il est en gestation. Trois de nos collègues orthopédistes se sont retirés du système gouvernemental et pratiquent actuellement dans un milieu totalement privé. Mais ils ne peuvent pas garder de patients hospitalisés la nuit, donc ils ne font que des chirurgies "en cas d'un jour" sauf que c'est un pied dans la porte. Il y a un début, il y a des pionniers dans tous les domaines et ces 3 collègues sont des pionniers pour développer le système privé au Québec mais qui est loin d'être florissant comme il peut l'être en France.

M.O. : Ils sont 3 sur un effectif de combien ?

F.F. : 240 orthopédistes à peu près dans la province de Québec. Maintenant le système le plus général de rémunérations est que les gens sont payés à l'acte. Autrement dit, si vous ne travaillez pas, vous ne touchez rien. Si vous opérez beaucoup, vous êtes payé davantage. Ce système qui marche très bien au niveau de l'orthopédie adulte, avait un inconvénient majeur pour les orthopédistes pédiatres. Parce qu'un pédiatre passe plus de temps avec chacun de ses patients. Il faut s'occuper de la famille, les parents sont là, alors l'inertie est un petit peu plus lourde. Les patients pédiatriques sont souvent des patients multidisciplinaires. Par exemple, les spina bifida, ça prend un urologue, ça prend un neurochirurgien pédiatre, un orthopédiste, donc c'est plus lourd comme cas à traiter et une clinique multidisciplinaire dans laquelle on ne voit que quelques patients en 2-3 heures est moins compatible avec un paiement à l'acte. Nous avons été capables de négocier il y a quelques années une rémunération dite « mixte ». C'est-à-dire que maintenant, tous les orthopédistes pédiatres, sont payés avec un « per-diem » c'est-à-dire un certain montant par jour sur lequel se greffe un pourcentage de vos activités.

M.O. : Dans un tel système, comment sont valorisées les activités qui ne rapportent pas d'actes, je pense aux activités d'enseignement, de recherche, d'encadrement, de responsabilité de service ?

F.F. : Alors ... le système de santé prévoit ça de manière très très stricte. Seuls les soins aux patients sont considérés. Tout ce qui est de l'enseignement relève du ministère de l'éducation et des universités. Alors moi qui suis professeur à McGill, je reçois un salaire de l'université Mc Gill en tant que professeur, ce qui me permet de protéger une partie de mon temps pour faire de l'enseignement. Mon collègue et associé Reggie Hamdy qui est le directeur scientifique de l'AOLF pour le programme de cette année est chercheur boursier, c'est-à-dire qu'il fait 50% de son temps en clinique pour lequel il est rémunéré au système mixte (per-diem et acte) et 50% en recherche pour lequel il doit développer des demandes de recherches, des demandes de fonds et donc 50% de son salaire vient de demandes de fonds.

C'est très exigeant comme système parce que c'est un système qui vous rémunère par rapport à ce qui vous faites réellement. On est loin d'un salariat où à la fin du mois, « t'as travaillé, t'as pas travaillé, tu touches pareil ». Il y a des médecins salariés au Québec, ils sont vraiment peu nombreux et en général ils ne traitent pas des malades et sont plutôt administrateurs.

M.O. : Est-ce que les anesthésistes sont également payés à l'acte ?

F.F. : Absolument ! Mais, on a vécu une pénurie d'anesthésistes comme un petit peu partout, et je pense qu'on peut raisonnablement blâmer les gouvernements qui savaient très bien que s'ils augmentaient le nombre d'anesthésistes, il aurait plus de chirurgie. et comme c'est le gouvernement qui les payent, c'était une manière indirecte ...

M.O. : ... De limiter les dépenses de santé ?

F.F. : Exactement. Maintenant les anesthésistes que nous avons, travaillent volontiers. Il n'y a pas de problème à faire travailler un anesthésiste, on a plutôt des difficultés à avoir un anesthésiste certaines journées. Par exemple, il m’est arrivér de fermer le bloc opératoire, car il n’y avait personne pour remplacer un anesthésiste malade.

M.O. : Quelle est la journée type d'un chirurgien orthopédiste au Québec ?

F.F. : En général on commence très tôt, et je dirai que 7h30 c’est déjà "la grasse mat'". On fait les enseignements à 7h15 et la journée opératoire commence à 7h45. A 7h45, le patient rentre dans la salle en principe et les journées opératoires se terminent à 15h30/16h. C'est-à-dire que s'il y n'a aucune activité académique ou administrative au décours de la journée opératoire, les gens peuvent être théoriquement chez eux vers 17h. Vous imaginez que ce n'est pas bien souvent le cas. Cependant on retourne chez nous beaucoup plus tôt que lorsque je vivais en France. Moi qui fait des journées d'environ 11 heures tous les jours, je peux être à 18h/18h30 à la maison mais pas à 21h.

M.O. : Etes-vous confronté à beaucoup de patients revendicateurs ou procéduriers ?

F.F. : Ma réponse est oui. La loi canadienne protège énormément le consommateur, qu'il soit consommateur de soins ou un acheteur de voiture ou de biens personnels. Donc je dirai qu'on n'y pense pas en permanence mais c'est une épée de Damoclès. C'est aussi un stimulus pour donner le meilleur de nous-mêmes. On ne peut pas se permettre, parce qu'on n'est pas de bonne humeur, d'envoyer balader une famille qui s'attend à une attitude professionnelle de la part du médecin. Je ne parle pas de complications opératoires qui arrivent à tout le monde et ma foi si on paye des assurances c'est aussi pour ça, mais le patient revendicateur va être plus revendicateur sur la qualité de l'acte médical, s'attendant à ce que le médecin fasse tous les efforts possibles, sachant que des complications peuvent survenir car aucune chirurgie n'est exempte de complication.

M.O. : Et vous n'avez pas l'impression d’un harcèlement de la part d'avocats comme certains confrères des Etats-Unis peuvent le ressentir ?

F.F. : Non ! Pas du tout, pas du tout ! On est sur nos gardes mais pas à ce point là et je dirais que quand je veux opérer ça ne me déconcentre pas.

M.O. : Vivez-vous une pénurie d'infirmières ?

F.F. : Oui ! Nous vivons une pénurie d'infirmières au Québec et la bonne nouvelle est qu'il y en a beaucoup en formation en ce moment et il y a aussi un recrutement qui a été fait en Europe,( bien sûr dans les pays francophones car c'est un peu plus facile), mais définitivement, il y a une pénurie d'infirmières. A quoi est-elle due ? Je n'aurai probablement pas tous les éléments pour pouvoir vous l'expliquer. Il y en a certains qui sont évidents, comme la dégradation de la profession vue de l'extérieur. L'infirmière était "aux petits soins" pour les patients. Compte-tenu des coupes budgétaires qu'il y a eu dans le système de santé dans les années antérieures, l'infirmière est devenue souvent une gestionnaire de soins. Elle doit faire beaucoup d'administration, donc elle passe moins de temps avec les patients et le côté contact humain s'est un peu perdu. Je pense que les infirmières sont en train de redresser le bateau car le bateau allait nulle part. Le métier d'infirmière ne sera plus jamais comme avant et il y a d'autres formes d'infirmières qui arrivent. Pour vous donner un exemple, comme il y a moins de médecins également, il y a une délégation d'un certain nombre d'actes qui sont accordés aux infirmières. Ainsi des infirmières cliniciennes qui sont capables de faire un suivi postopératoire, qui sont capables de faire du dépistage de certaines maladies orthopédiques, capables d'intégrer un projet de recherche et d'examiner des patients avec une bonne formation.

M.O. : Et la législation suit tout cela en temps réel ?

F.F. : Absolument !

M.O. : ...Est-ce que c'est un glissement de tâches progressif et admis ?

F.F. : Ça se fait avec la législation en même temps. Même chose en salle d'opération puisqu'il va y avoir des infirmières qui vont être autorisées à être première assistante opératoire. C'est-à-dire le jour où on n'a pas de résident en salle d'opération, la chirurgie peut se faire car on aura des infirmières spécialement entrainées pour ça. Donc c'est une bonne nouvelle, parce que ça hausse d'un cran le niveau de responsabilité des infirmières, qui vont se sentir sûrement beaucoup plus impliquées dans le système de santé.

M.O. : Et comment faites-vous pour être attractifs vis-à-vis des infirmières francophones ou européennes dont nous manquons déjà ?

F.F. : Je ne saurais pas répondre à cette question car je ne participe pas à cette campagne. Probablement la qualité de vie, et la différence car le Québec n'est ni mieux ni pire que la France, c'est juste différent.  Il faut accepter les différences et on peut être très heureux.

M.O. : Avez-vous recours à l'intérim en ce moment ?

F.F. : Oui mais de manière ponctuelle.

M.O. : Comment êtes vous arrivé à vous intéresser à l'ostéogénèse imparfaite ?

F.F. : Je réfléchis parce que ça a toujours été en moi. J'ai toujours aimé les maladies rares. Depuis mon internat, tout ce qui était rare m'intéressait et donc quand j'ai commencé à Ste Justine, fatalement mes collègues qui eux préféraient voir plus de luxation de la hanche, de pieds bots me référaient leurs maladies rares. Donc je me suis retrouvé rapidement à m'occuper de toutes les dysplasies squelettiques et les maladies métaboliques. Pour vous dire vrai, ma pratique actuelle repose essentiellement sur les maladies métaboliques, les malformations des MI pour les allongements et toutes les dysplasies squelettiques. J'ai lancé à Ste Justine depuis mes débuts et depuis à l'hôpital de Montréal pour enfants des cliniques multi-disciplinaires d'arthrite juvénile. Je  m'occupe ainsi de toutes les formes d'arthrite juvénile qu'elles soient psoriasiques, idiopathiques ou rhumatoïdes et ça encore c'est parce que j'aime bien « jouer » en équipe, j'aime bien travailler avec mes collègues rhumatologues, j'aime bien travailler avec mes collègues métaboliciens, etc ... Donc je ne sais pas à quand ça remonte mais c'est un intérêt primaire pour tout ce qui est rare probablement. Je suis un collectionneur, j'aime les choses rares.

M.O. : Alors justement, vous aimez les choses rares, le Québec n'est pas très peuplé, jusqu'où drainez-vous tous ces patients ?

F.F. : En ce qui concerne l'ostéogénèse imparfaite, je dois dire qu'on a une situation unique, car ce genre de conjoncture, ça n'arrive qu'une fois dans une vie. Francis Glorieux qui est le directeur de la génétique à l'hôpital Shriners et moi nous sommes retrouvés avec la même passion pour l'ostéogènèse imparfaite et nous avons été capables de développer ensemble un modèle de soins, -qui est  spécifique et probablement pas « transportable ». Alors ça marche bien chez nous avec notre milieu. Les gens qui viennent nous visiter car ils sont nombreux, peuvent reproduire avec les spécificités propre à leur milieu quelque chose d'à peu près semblable ou différent. Tout a commence en 1992 quand le Dr Glorieux a eu l'idée de traiter les enfants atteints d'ostéogénèse imparfaite avec le Pamidronate et moi j'ai été confronté à un grand nombre d'enfants que j'ai opéré mais  mon taux de complication avec le clou de Dubow et Bailey me laissait très songeur. Je me suis dit que comme j'étais probablement celui qui en Amérique du Nord opérait le plus de ces petits enfants là, si j'attendais que quelqu'un trouve une solution pour moi, je risquais d'attendre longtemps.Alors j'ai développé le « fameux » clou Fassier-Duval qui est juste une modification du clou télescopique déjà inventé par Dubow et Bailey en 1963 mais qui n'avait jamais été remis à l'ordre du jour. Le traitement médical et le traitement chirurgical se sont à tel point développés chez nous qu’on est devenu une espèce de modèle. Alors effectivement nous drainons des patients d'un peu partout dans le monde. Je n'ai pas en tête le nombre de pays dont les enfants viennent se faire soigner chez nous mais il est important. Par exemple, nous avons beau être au Canada, nous soignons des patients des Etats-Unis, qui viennent de Californie, de St Louis dans le Missouri, de Tampa en Floride pour se faire soigner à Montréal alors qu'ils ont accès à d'autres sortes de soins.

Nous avons beaucoup de patients qui viennent aussi d'Amérique du Sud, d'Equateur, du Pérou, du Mexique, je ne sais pas combien on a d'enfants du Mexique qui viennent régulièrement. Nous en avons qui viennent même de France. J'en ai opéré de Suède, de Slovénie, de Croatie, d'Espagne, du Kuwait, plus récemment d'Allemagne, et beaucoup d'autres endroits encore.

M.O. : Vous avez une véritable synergie entre la recherche clinique, la recherche fondamentale,  la thérapeutique ?

F.F. : Tout à fait. Et c'est ce qui en a fait, je pense, un modèle tout simplement dans l'ostéogénèse imparfaite. Ce qui est extraordinaire c'est que les familles nous poussent, les familles se parlent. Ainsi j'ai été invité à traiter des patients à Ljubljana en Slovénie parce que la famille d'une enfant avait parlé à la famille de Stockholm qui était venue se faire soigner chez nous et que les gens ont réussi à convaincre leur médecin de me faire venir. Et ça c'est le bouche à oreille familial ! C’est fantastique ce que les parents trouvent d'énergie pour faire traiter leurs enfants lorsqu'ils pensent que c'est ce qui est le mieux pour eux.

M.O. : Le Pamidronate a été une vraie révolution pour le traitement de cette maladie... ?

F.F. : Tout à fait. On s'entend que le Pamidronate n'est pas une cure de la maladie. Si vous avez des difficultés à lire, que vous êtes myope, une bonne paire de lunettes va vous permettre de lire. Vous améliorez votre qualité de vie. Le Pamidronate empêche l'os de casser mais il a d'autres effets. Le  Pamidronate a changé la qualité de vie des patients et je ne pense pas qu'on puisse retourner en arrière parce que ces patients là n'ont plus de douleurs comme ils avaient avant, avec un taux de fractures annuel qui est très en dessous de la normale, enfin au dessous de la normale pour une ostéogènèse imparfaite. En revanche, et ça le Dr Glorieux le dit souvent, ce qu'il y a comme différence entre un médicament et un poison : c'est la dose. Si vous donnez trop de Pamidronate ça devient un poison. Il y a un article qui a été publié dans le New England Journal of Medicine et qui n'aurait malheureusement jamais dû être accepté pour publication. L'enfant dont on décrit l’ostéopétrose iatrogénique n'aurait jamais du recevoir premièrement le Pamidronate, ça n'était pas une bonne indication et deuxièmement il a reçu une dose 7 fois la dose recommandée. Donc on ne peut pas accuser le Pamidronate. Ce surdosage a effectivement induit cette ostéopétrose.

M.O. : Le clou Fassier-Duval, quel est son principal avantage ?

F.F. : Il y a la théorie et la pratique. En théorie il y avait deux buts à faire une modification du clou. Premièrement, ne plus faire d'arthrotomie du genou pour les enclouages de fémur, parce qu'avec l'autre clou il fallait rentrer la partie distale dans le genou. Deuxièmement, une des principales complications que l'on avait, était la migration proximale du clou Dubow-Bailey dans la fesse. Il remontait régulièrement.

Nous avons donc fait une modification du clou qui nous permettait de l'insérer comme n'importe quel clou fémoral de manière antérograde par le grand trochanter, avec une fixation vissée dans l'épiphyse, donc évitant d'avoir à ouvrir le genou. Concernant la fixation proximale, après avoir beaucoup parlé avec des ingénieurs, on a opté pour une fixation avec une vis dans le grand trochanter, en se disant que la vis ne pourrait pas remonter dans la fesse. Ça c'était la théorie. En pratique, effectivement, on n'ouvre plus le genou, mais on a encore quelques complications car si le clou n'est pas bien vissé dans le grand trochanter avec les vibrations dues à la marche ou les contractions musculaires, etc., un certain nombre de clous se dévissent. C'est le côté un peu frustrant de cette technique là, cependant comme j'ai toujours dit quand le clou est sorti, ce n'est pas "the ultimate technique", mais c'est un progrès.  D'autres modifications seront nécessaires parce qu'on se fixe dans du cartilage, ce n'est pas très solide, ça évolue, ça grandit. Ce n'est pas comme un clou qu'on va mettre dans un os d'adulte pour lequel on sait que si on met une bonne vis, ça ne bougera pas. Là, il faut qu'on trouve un système de fixation dans un milieu beaucoup plus évolutif sur les années et c'est, je pense, le prochain défi de modification du clou : il faudra trouver une fixation proximale plus stable et plus fiable.

M.O. : Vous avez évolué également vers les ostéoclasies à foyer fermé. Que devient le sheesh kebab dans tout ça ?

F.F. : Le sheesh kebab reste le principe même de la chirurgie, c'est-à-dire d'aligner un os qui est courbé sur une tige droite, mais au lieu de faire comme dans la technique décrite en 1959, c'est-à-dire de sortir l'os et le mettre sur la table et de le couper en petits morceaux pour l'aligner, on est capable maintenant avec nos techniques, de le faire sans ouvrir. Quand je fais une ostéotomie, mon incision a à peu près 2-3 mm, j'utilise un tout petit ostéotome ou une mèche pour fragiliser l'os et je fais une ostéoclasie sur un os fragilisé, exactement à l'endroit où je veux qu'il casse ; mais le clou est dans l'os et dès que l'ostéoclasie est faite, j'avance le clou. Alors le nombre de cicatrices a considérablement diminué de même que les pertes sanguines et que les douleurs post opératoires. Donc de ce côté-là, la chirurgie qu'on appelle mini invasive, rend d'immenses services. Mais il faut apprendre à le faire. Je pense que ce n'est pas toujours évident au départ mais une fois qu'on est habitué, on ne veut plus faire autre chose car les patients vont bien.

M.O. : Pour changer complètement de sujet, vous avez parlé de sport tout à l'heure. De France, on imagine volontiers un chirurgien québécois avec des raquettes aux pieds poursuivant un orignal autour d'un lac.

F.F. : La raquette c'est vrai !. On a la chance ici d'avoir des saisons. Il y a des pays qui n'ont pas cette chance d'avoir des saisons. J'adore faire du ski et de la raquette. Je ne fais pas de patin parce que je n'ai pas été élevé avec des patins aux pieds et puis c'est plus difficile à apprendre quand on est rendu à un certain âge et qu'on ne veut pas se casser, parce que c'est dur la glace. En revanche, l'été je fais de la planche à voile et de la bicyclette. La nature est très généreuse au Québec. On s'adapte et on change d'activité en fonction des saisons. En ce moment, on arrive dans la saison des belles couleurs, on va marcher dans le bois et dès qu'il y aura un petit peu de neige, on va prendre les raquettes et je n'irai pas poursuivre un orignal parce qu'il ne m'attendra pas mais on va regarder les oiseaux, la nature. C'est très régénérateur de passer une fin de semaine dans la nature, donc on essaye de le faire le plus souvent possible. Par exemple, nous avons un chalet pour ma famille qui est à 45 mn de Montréal. A 45 mn de Montréal, je suis au bord d'un lac au milieu de la forêt ! J'imagine un parisien qui du centre-ville de Paris aimerait avoir un chalet au bord d'un lac à 45 mn. Il y en a sûrement, dans des grands domaines privés, mais ce n'est pas donné à tout le monde, j'imagine.

M.O. : Et le hockey, avez-vous une équipe fétiche ?

F.F. : Sûr, les Canadiens de Montréal. Les Canadiens qui ont un "H" d'ailleurs sur leur maillot. Je vais vous dire pourquoi. Le canadien francophone, autrefois s’ appelait « l'habitant ». Donc, le "C" a un "H" à l'intérieur qui veut dire « habitant », « go, Habs go ! » Oui j'aime beaucoup regarder le hockey. Je ne suis pas mordu en ce sens que je ne vais pas voir toutes les parties car il y en a beaucoup dans une saison mais j'aime volontiers aller voir une partie de hockey. C'est un sport, qui je trouve, est d'une vitesse folle. Malheureusement c'est un sport qui peut devenir violent, j'ai l'impression, même si je n'ai pas vécu au temps des romains, que ça fait un petit peu ...

M.O. : Combat de gladiateurs ?

F.F. : Gladiateurs oui ! Vous avez deux joueurs de hockey qui commencent à se tapocher sur leurs patins, et la foule est en délire. Ça me dérange quelque part, car si ces gens là faisaient ça dans la rue, on les arrêterait, mais là c'est le spectacle et ça me chagrine beaucoup, cette espèce d'engouement pour la violence sur la glace. Il est certain que si on aime voir la violence sur la glace, ça ne dérangera pas de voir la violence à l'extérieur de la glace.

M.O. : N'est-ce pas très nord-américain tout ça ? Quand on regarde le football américain par rapport au football qu'on connaît en Europe, c'est-à-dire au soccer, la violence y est beaucoup plus présente ?

F.F. : Je ne serai pas tout à fait d'accord. Le football américain est un sport de contact. Il y a énormément de contacts, mais ce n'est pas un sport violent. Je ne me souviens pas en 20 ans avoir vu des joueurs de football américain se battre. L'arbitrage est extrêmement strict et ces gens là sont habillés de telle manière que pratiquement ils ne peuvent pas se battre. Je ne vous dis pas qu'ils ne se font pas des coups par en dessous mais on ne voit pas de gens se battre au football comme on voit au hockey. Au soccer, puisque le football s'appelle le soccer en Amérique du nord, les coups vicieux ne manquent pas et j'étais un joueur de soccer vous savez. Non, le football américain est un sport de contact et de contacts violents mais je ne le considérerai pas comme un sport violent ou l'agressivité va essayer de blesser.

M.O. : Vous avez organisé avec l'association d'orthopédie du Québec des séances de dégustation de vin. Les Québécois apprécient-il le vin et la bonne chère en général ?

F.F. : Oui, oui. Il faut quand même expliquer dans quel contexte ceci est fait. Ceci a été fait à l'instigation d'un de nos collègues, le docteur Real Lemieux, grand amateur de vin, grand collectionneur de vin qui voulait faire une levée de fonds pour l'association d'orthopédie du Québec qui s'occupe d'aider les pays en voie de développement. Nous avons un sous-groupe qui s'appelle "Orthopédie Outre-mer" donc quand moi-même ou un collègue partons en Haïti pour aider nos collègues nous sommes subventionnés par l'association d'orthopédie du Québec et ça prend de l'argent pour ça. Le but de cette dégustation de vin était de lever des fonds pour "Orthopédie Outre-mer".

Ce collègue a non seulement donné des bouteilles de grand prix pour le tirage au sort, mais chacun payait son inscription pour venir déguster des vins et il nous expliquait un petit peu la qualité ou les spécificités de chaque vin qu'il avait choisi lui-même.

M.O. : Qu'est-ce que le  virus O-O ?

F.F. : alors le virus O-O – je vois que vous êtes bien renseigné- j'ai été effectivement atteint par le virus O-O "Orthopédie Outre-mer" il y a de très nombreuses années. ... Ma première expérience, c'était en 1986. A ce moment là j'étais à Ste Justine et je voulais vraiment aller travailler et, faire ma part pour un certain nombre de collègues qui sont moins chanceux que nous. Je suis parti avec "Orthopaedic's Overseas Inc" qui est un organisme américain, basé à Washington. Je suis parti passer 3 semaines en  Ethiopie et ça a été une révélation. A ce moment là, il y avait encore la guerre en Erythrée et j'ai fait de l'orthopédie adulte et enfant parce qu'à ce moment là c'était hors de question d'être très spécifique en pédiatrie. Progressivement je me suis plus spécialisé, puisque mes compétences en tant qu'orthopédiste adulte sont quand même très limitées, et je ne fais désormais que de l'orthopédie pédiatrique quand je peux et ma dernière expérience date de simplement quelques mois puisque j'ai été en Equateur au mois de février 2006, soigner des enfants atteints d'ostéogénèse imparfaite pendant une semaine. Nous sommes partis en équipe pour les soigner sur le plan métabolique, médical et même rééducatif, puisqu'on avait emmené avec nous, une ergothérapeute et une physiothérapeute.

Je continue à travailler dans cette optique parce que ma retraite s'approche tranquillement, donc je vais avoir une autre vie après. Je vais certainement, tant que je pourrai continuer à opérer, rendre service à ces populations là et dans le programme de l'AOLF, je ne sais pas si vous avez vu, samedi matin, il y a un invité du président que j'ai appelé "un canadien errant". C'est un de mes collègues et ancien resident qui s'appelle Richard Gosselin qui va nous donner son expérience lui qui est un professionnel d'Orthopédie Outre-mer.

M.O. : Vous n'êtes pas guéri du virus O-O ?

F.F. : Non ! Je ne pense pas qu'on en guérisse, c'est un peu comme le paludisme. J'ai donné une conférence sur le sujet il y a quelques années et j'ai comparé effectivement le virus O-O au paludisme. Ça vient par crise, mais quand ça vous prend, il faut y aller.

M.O. : Quel est votre avis éclairé sur la qualité des vins nord-américains et particulièrement des vins québécois ?

F.F. : Mon opinion a complètement changé. Quand je suis arrivé ici, il y a plus de 25 ans, je me souviens qu'on nous avait annoncé la visite d'un ami qui venait du côté de Savigny-lès-Beaune. Qu'est-ce qu'on allait lui faire boire, lui qui était habitué à boire des grands vins ? J'avais acheté un vin de l'Ontario mais j'avais prévu un vin français au cas où. Le vin ontarien est passé directement dans l'évier. On ne pouvait même pas l'utiliser pour la cuisine.

Maintenant, je peux vous dire une chose : il y a des vins de l'Ontario, de Niagara on the lake qui sont excellents, le vin de glace, bien sûr, qui est très particulier, mais aussi des vins de la vallée d'Okanagan en Colombie Britannique. Je ne vous dis pas qu'ils se comparent à du Pomerol mais ce sont de très bons vins qui sont surtout à un prix très abordable. C'est le problème que l'on a quand on quitte la France pour acheter des vins français. Ils sont trop chers à l'étranger et ici, au Québec, même s'il y a un monopole sur la vente de l'alcool, par la Société de l'Alcool du Québec, la SAQ, mon choix est plus grand maintenant que j'ai quitté la France. J'ai découvert les vins italiens, les vins espagnols, les vins chiliens, les vins argentins et puis bien sûr les vins de Californie. Ils sont plus abordables, on trouve un petit peu de tout y compris des excellents. Comparativement à il y a 25 ans, il y a eu des progrès absolument fantastiques.

M.O. : Donc le complexe de supériorité des Français quant à leur vignoble est de moins en moins justifié ?

F.F. : Il faut que les Français se méfient car effectivement les gens ont appris. Vous savez que concernant les grands vins californiens, une grande partie du vignoble californien est planté avec des cépages qui venaient du bordelais. Ce sont des gens qui ont une approche scientifique et qui sont capables de produire de très très grands vins. Le vin français reste excellent, il n'y a aucun doute là-dessus, mais il a de plus en plus de concurrents.

M.O. : Pour finir, que diriez-vous en tant que président du congrès de l'AOLF à nos collègues francophones pour qu'ils viennent en masse à Marrakech au prochain congrès de l'AOLF en 2008 ?

F.F. : En ce qui me concerne, l'AOLF, c'est un peu la francophonie telle qu’elle était définie par Léopold Sédar Senghor, ancien président du Sénégal et 1er invité de l'AOLF en 1986 : c'est une question d'attitude. Nous avons une culture, cette culture est francophone, nous partageons cette culture avec un grand nombre de pays puisque plus de 35 pays sont représentés à Montréal. C'est une occasion unique de partager nos savoirs, nos expériences en français et c'est surtout une occasion unique de rencontres avec des gens qui vivent dans un autre milieu. J'ai des amis absolument partout à travers le monde grâce à la francophonie et même si le restant de l'année je fais mon enseignement en anglais à l'université McGill, je n'abandonnerai pas le français parce que c'est dans ma culture.

Ensuite Marrakech est une ville splendide et il faut visiter le Maroc, c'est un pays absolument somptueux. Je suis sûr que le Pr Ouabi  va bien organiser ça et je serai au Maroc en 2008 si la santé me le permet.

 

Maîtrise Orthopédique n°166 - août 2007
 
 
 
 
 
 
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